‹ GrosChapitre 58 sur 66 · HERCULE ET DIOMÈDE · texte numérisé non relu

HERCULE ET DIOMÈDE

lequel on découvre le personnage motivant la frayeur d'Acis et de sa timide compagne.

Un dessin coulant, un coloris frais, des ombres d'une grande transparence recommandent cette production. La brosse a, dans certains endroits, effleuré la surface, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, sans nuire à la solidité de la construction môme. Ce système laisse prévaloir la grâce, une expression juste, un sentiment délicat des convenances.

La critique envisagea diversement ce tableau. Nous ne rapporterons pas ici les pièces de cette polémique. Nous citerons une causerie fort originale de Gros à cette occasion. Il était de belle humeur : « Vous avez vu, nous dit-il, ces enfants qui se cachent, après avoir fait une sottise, et ce grand croquemitaine, dont la marche effraye les petites femmes qui se jettent dans l'eau comme des grenouilles. »

Aujourd'hui, le temps, cet autre correcteur, aparachevé l'œuvre, en augmentant son puissant ressort. Elle est là, sous nos yeux ; ta révision du dossier est concluante. Nous applaudissons sans réserve et le compositeur et son ouvrage.

Hercule et Diomède devaient clore la liste des sujets empruntés aux Grecs anciens.

Depuis longtemps Gros était en butte à de mesquines attaques ; leur titillation continue avait exaspéré l'imagination de l'artiste. Ce n'était pas une saine et juste critique, luttant avec le talent du 'peintre. L'animosité de la malveillance mettait en avant une trivialité facile à retenir, et qui, répétée par l'ignorance, pouvait passer pour un jugement aux yeux de la foule. Quelque méprisables que fussent ces provocations, elles ne laissaient pas de s'empreindre, en quelque sorte, à la surface de l'œuvre discutée. La boue fait tache sur un fond d'or, sans en altérer la valeur, jusqu'à ce que la plus légère goutte d'eau ait lavé la fraction atteinte. Le dédain seul devait répondre à des adversaires dont la petitesse assurait l'impunité.

Cependant l'insecte avait piqué les naseaux du lion et l'avait

plongé dans le découragement, en ne lui présentant jamais un obstacle saisissable à combattre.

Gros sembla se retirer de guerre lasse. Puis une noble et généreuse pensée surgit de son âme ; il voulut montrer qu'il n'était pas déchu de sa position, en établissant un parallèle entre les deux points extrêmes de sa vie : l'époque brillante des succès de sa jeunesse et le temps présent. Dans ce but, il chercha le sujet le plus propre à développer une ou deux figures, en faisant entrer dans la composition les belliqueux animaux, objet de sa constante prédilection. Il s'agissait pour Gros d'obtenir une gloire d'atelier , celle que des pairs et des émules sont seuls aptes à décerner. Peu lui importait de produire un tableau dans l'acception rigoureuse dece mot; il désirait une occasion de faire preuve d'un grand goût de dessin et de modelé. Hercule vainqueur de Diomède et livrant cet impie aux chevaux mêmes que le tyran nourrissait de la chair de ses victimes, réunissait ces conditions. Gros s'en empare, etson fier crayon trace, avec une sûreté rare d'exécution, un gigantesque ensemble.

En voici la première indication (h'g. 41).

Le héros vient de renverser d'un char le monstre condamné à subir la peine du talion. L'exécuteurde la volonté suprême des dieux lance Diomède aux bètes féroces, rompant leurs liens et dilatant leurs narines à l'odeur du sang, dont ils sont avides. Hercule agit avec la conscience de sa force musculaire humaine et de la dignité du fils de Jupiter. Son bras droit, dont on n'aperçoit que l'articulation du poignet, contient les efforts de son antagoniste. Ce misérable rejette en arrière sa tête el sa poitrine, menacées par la bouche béante des animaux, dont il a lui-même aiguisé la sanguinaire habitude, et que ses deux bras étendus cherchent vainement à repousser.

Le renversement de la tête du roi contribue à atténuer l'effet terrible des contractions d'une mort violente. Son expression est admirablement conçue. Son genou gauche s'appuie sur la cuisse droite du demi-dieu ; la jambe droite du patient cherche à reprendre un point d'appui sur le sol.

La tète d'Hercule est entièrement copiée d'après l'antique : elle

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