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LE COMBAT HE NAZAKETH

un de ses camarades croise la baïonnette; il sert de rempart à trois blessés, hors d'état d'agir isolément, mais réunissant leur peu de force individuelle, pour en utiliser le reste en commun. Il est beau de voir un fusil armé dans les mains de ce brave, forcé de fléchir sous la douleur d'une plaie à la cuisse, et qui tomberait sans le secours de ses deux amis également atteints. L'un d'eux retient entre ses bras le tireur chancelant, et s'appuyant sur l'épaule d'un autre ayant le genou posé sur une pierre ; sa tête enveloppée d'un mouchoir, fait connaître le genre de la blessure. Le fantassin semble puiser une énergie nouvelle à la vue de l'un des siens, dont la perte appelle une prompte réaction. Ici, l'association, cette ressource du faible contre l'oppresseur, est exprimée avec une profondeur toute philosophique, et rendue sensible par l'intérêt du sujet lui-même ; principe fertile en applications, qui doit équilibrer les forces humaines et conduire à l'indépendance, en établissant l'égalité.

Liez maintenant entre eux ces beaux fragments, par l'habile disposition des grandes lignes de la composition et l'harmonie d'un coloris vrai, soutenu, vigoureux, et vous aurez une idée encore imparfaite de cette page historique, où le génie de firos apparaît dans toute sa puissance et dans tout son éclat. Tantôt la brosse u'a fait qu'effleurer la toile, en la couvrant d'un léger glacis dans les endroits où le ton pouvait repousser. Tantôt elle y a laissé la pâte solide d'une teinte ferme et lumineuse. Presque partout, la touche est large et savante : elle est fine et spirituelle quand les détails d'une exécution rapide en rendent l'emploi propice aux intentions judicieuses de l'artiste.

Toujours sa palette a des ressources nouvelles pour des besoins nouveaux : elle ne s'épuise point par la diversité des tons et leur nombre, en raison des variantes locales.

Rien de conventionnel pourtant dans cette profusion de nuances et de contrastes. Tout procède d'une cause naturelle, le jeu de la lumière générale sur chaque objet en particulier. La projection des masses d'ombres ne résulte pas de nuages supposés; elle provient de la fumée de la poudre, s 'élevant dans les airs, et s'interposant entre certaines parties et le foyer lumineux du soleil.

Il y a tant de fraîcheur, d'entraînement, de spontanéité dans le travail qu'on le dirait éclos d'un seul jet; mais une étude approfondie, des beautés de premier ordre, attestent des soins assidus et des recherches nombreuses. Junot lui-même et ses officiers ont fourni les renseignements nécessaires. Le plan des lieux et des divers points occupés par nos troupes ou par celles des Turcs est d'une exactitude scrupuleuse. Les faits principaux sont extraits des récits officiels.

Il est curieux de suivre l'auteur dans ses combinaisons successives, pour arriver au résultat définitif que nous venons de décrire. Les matériaux sont entre nos mains; nous redirons simplement ce que nous ont appris les livres de croquis du maître et ses premiers essais. Ce dossier contient le plan topographique, base des dispositions militaires à conserver dans le tracé du tableau. On voit sur cette feuille les indications authentiques de la stratégie. Dislance des localités dans leur position respective, accidents de terrain, tout y est mathématiquement relaté, (Jros a mis ce plan en perspective, et, sans s'écarter du programme, il a su tirer un parti très-pittoresque de ces exigences géographiques.

Sur le premier compartiment de cette série progressive, la pensée apparaît dans sa naïveté première. Une courbe, sinueuse et formée de traits verticaux et parallèles, serpente au milieu de niasses indistinctes, et les sépare en deux divisions, comme la colonne française divisa l'armée ennemie. Dans un autre croquis, le même point de départ de la pensée s'entoure de rudiments, qui se coordonnent avec plus de clarté dans l'esquisse suivante. Ils prennent une forme moins vague encore dans une quatrième étude, et deviennent enfin une bataille sur une petite toile, où l'ensemble des tons dominants est indiqué.

Plus le cercle de la conception s'agrandit, plus les matériaux se classent avec abondance et netteté. C'est une succession d'idées en fermentation, fixées à chaque transformation, depuis le germe, jusqu'à leur élucidation complète : résultat tout à fait semblable à l'effet produit par le jeu d'une lorgnette mal ajustée d'abord, et montrant l'objet moins trouble, à mesure que les verres se rapprochent davantage du point. convenable ;i la vue du spectateur.

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