RO DR
un peu de la vie commune et sa famille l'ayant fiancée elle se marie au mois de mai 1897.
C'est au lendemain du mariage que je deviens médecin de celte intéressante malade, et, à ma première visite, au matin de la nuit de noces, je suis épouvanté, en examinant le cœur, qu’on ait marié cette enfant.
J'apprends qu’elle a consulté le D' Hanot qui a constaté avec le D: Bailly une lésion cardiaque très grave. Mais en dehors de la lésion mitrale Je trouve une congestion pulmonaire qui évolue régulièrement et dont elle se remet très vivement,
Quelque temps après je suis appelé à nouveau pour constater une grossesse et je suis étonné de ne plus retrouver ni l’essoufflement ni la cyanose que j'avais constatés quelques mois auparavant. |
Onze mois après son mariage, Mm° P... accouche en deux heures d’un enfant bien constitué, mais, sur mon avis, elle ne nourrit pas. Malgré les conseils très sévères qu’on lui done elle se lève au dixième jour et reprend sa vie ; mais l’essoufflement et les troubles extérieurs dus à la lésion se manifestent à nouveau jusqu'au jour où elle me confie qu'elle commence une seconde grossesse qui se termine en 1899 par la naissance d’une fille.
Cette fois-ci elle allaite dans les meilleures conditions possibles et si l’auscultation n'avait pas révélé les troubles cardiaques organiques établis chez elle, on la croirait revenue à la vie de tout le monde.
Ainsi elle met au monde six enfants en l’espace de dix ans, et, chose très curieuse à noter, elle allaite son troisième enfant jusqu’à la venue au monde du quatrième (à 5 heures du matin
elle donnait le sein et à 7 heures naissait l’autre enfant).
REC Are
Mais dès le début de la sixième grossesse M: P... est moins bien portante et les phénomènes d’asystolie se montrent à différents intervalles.
Au sixième mois de la grossesse le foie devient volumineux, la peau subictérique. L'essoufflement est manifeste et les jambes se mettent à enfler.
7 mars 1907. — Mme P... est prise des douleurs de l’enfantement et accouche aussi facilement que les autres fois, en moins
d’une heure. à
Mais le foie reste volumineux, les poumons s’engorgent aux
bases, le cœur bat d’une facon désordonnée, l'œdème devient
de l’anasarque et malgré tous ces phénomènes terrifiants, mal-
gré nos exhortations elle sort de sa chambre et de sa maison pour aller dans notre cathédrale, au 19 mars, douze jours après sa délivrance. Au retour de cette sortie elle se metau lit et tous les phénomènes de troubles de ‘circulation s’aggravent. AB de plus en plus mal on demande une consultation et la famille me prie de faire venir près d’elle un de nos maîtres de Paris, spécialiste dans les accouchements.
J'appelle mon ami le professeur Paul Bar, dont l'esprit clinique est égal à la science gynécologique, et il vient pour confirmer nos prévisions, étonné que la pauvre jeune femme ait pu supporter six grossesses successives et rapprochées avec des lésions cardiaques aussi avancées.
Du reste notre maître ne peut exactement fixer les lésions tant l'organe cardiaque est en folie, et il donne à la famille la
triste perspective d’une fin rapide. Quinze jours après la consultation Mme P... succombe, en pleine connaissance, dans un dernier accès d’asystolie, avec
l’anasarque que nous avons vu s'établir, depuis six semaines,
3) en
avec un foie mesurant 22 centimètres de profil, avec des reins laissant filtrer l'aibumine à flot.
Ce que je me permets de noter spécialement dans cette trop longue observation clinique, c’est l’état de bien-être et de santé apparente que ma chère malade présentait à chaque grossesse nouvelle, et je suis persuadé que si Me P... avaitvoulu suivre les conseils de prudence et d'hygiène que nous lui donnions, si elle n'avait pas été épuisée par six grossesses évoluées, en moins de dix ans, elle aurait vécu malgré les graves phénomènes organiques cardiaques dont elle souffrait depuis l’âge
de dix ans.
Nous avons eu personnellement l'heureuse occasion de suivre quelques femmes atteintes de cardiopathie en
état de grossesse.
OBSERVATION IV (Personnelle;
Mme L..., âgée de vingt-sept ans, ménagère, entre le 4 août 1909 dans le service d’accouchements de la, Charité à 10 heures du matin. Elle est affolée parce que le médecin et la sage-femme qu’elle a eu l’occasion de voir lui ont dit qu’elle avait une maladie de cœur et qu'elle pouvait mourir en accou-
chant.
Cette femme est une secondipare : le premier accouchement
s’est normalement effectué et la mère a elle-même nourri son enfant.
Dans ses antécédents pathologiques on trouve simplement une scarlatine à l’âge de quatre ans, pas d’autres maladies
infectieuses, pas de rhumatisme articulaire aigu.
Cette femme paraît bien constituée, elle est de taille moyenne, possède une bonne santé générale et a loujours pu se livrer à ses occupations parfois un peu pénibles.
À son entrée dans le service La femme est déjà en tlravaii, les premières douleurs ont débuté à 7 heures du matin; elle se plaint d'êtretrès éssoufflée, d'avoir des bourdonnements d'oreille et manifeste une très vive appréhension.
On rassure la malade du mieux que l’on peut et on lexamine.
Elle présente un facies rouge un peu vultueux, une dyspnce notablement marquée et un peu d'œdème malléolaire et tibiai. Le pouls est assez fort et très rapide, 128.
Le cœur présente des battements tum ultueux, on ne perçoit pas de frémissement cataire A l’auscullation on entend un souffle très intense occupant presque tout le temps de la révolution cardiaque, mais très manifeste surtout à la pointe au moment de la systole. Ce souffle est perçu très aisément dans l’aisselle et dans le dos de la malade. Le foie présente une matité normale et n’est pas douloureux
On trouve un léger nuage d’albumine dans les urines. Ricn de particulier du côté de l'utérus et l’on met la malade à la salle de travail.
La malade est un peu agitée, mais les troubles dyspnéiques n’auwmentent pas.
À 2h. 45 du soir la dilatation est complète, les membranes se rompent spontanément et dix minutes après la parturiente accouche spontanément d’une fille vivante qui pèse 3.180 gr. et mesure 50 centimètres de long.
Le placenta pèse 420 grammes et ne présente pas de lésions apparentes. Îl n’y a pas eu d'hémorragie ni d'aggravation dans
l’état de la femme.
Les suites de couches sont normales. On examine de nouveau la malade quatre jours après l'accouchement. Le pouls est calme. Le cœur bat régulièrement.
On trouve àla palpation un frémissement pré-systolique net et en auscultant on retrouve le souffle systolique intense de la pointe se propageant dans l’aisselle, mais on entend aussi un bruit de roulement diastolique et à la base un dédoublement du deuxième bruit.
Pendant son séjour à l'hôpital la femme ne présente aucun trouble particulier et elle quitte le service le 18 août en bon
état et nourrissant son enfant,
OBSERVATION V (Personnelle)
L. L... est une ouvrière d'usine de trente ans, de taille moyenne, mais d'aspect chétif. Elle est née à terme, a toujours été faible. Elle a toujours été bien réglée depuis l’âge de seize ans et perd une assez grande quantité de sang. Son père est mort d’accident, sa mère « ale cerveau faible », mais est bien portante.
La malade à eu une fièvre typhoïde à quatorze ans, soignée à Beauvais par le Dr Lesage qui a constaté à l’éclosion de la cardiopathie. Elle a eu son premier enfant à dix-sept ans. Les couches et les suites furent normales. La mère a nourri dixhuit mois son enfant, qui aujourd’hui a treize ans et une santé
; un peu débile. ;
Deuxième grossesse à dix-neuf ans. Accouchement à terme, rapide, bonnes suites de couches. La femme nourrit encore pendant dix-huit mois, elle a même eu pendant deux mois un