‹ Guelfes et gibelinsChapitre 10 sur 38 · I. FouRNiER, Le Royaume d'Arles, p · texte numérisé non relu

I. FouRNiER, Le Royaume d'Arles, p

en obéissant sans fierté au voisin le plus menaçant, à Barberousse. Mais au lendemain de Saint- Jean de Losne, tout change; les moines de Cluny chassent cet abbé trop circonspect, d'ailleurs déposé par Alexandre; ils élisent à sa place un abbé fermement romain. Évidemment, un tel cas ne fut pas isolé ; se sentant soutenus par la France, les plus timides se découvrirent de la bravoure.

Alexandre III restait le véritable vainqueur. L'empereur, sans doute, voulut prendre sa revanche : le 7 septembre II 62, il tenait à Dole un grand concile, réduit par l'absence des rois de France et d'Angleterre, à n'être plus qu'un conciliabule germanique. Victor y défendit la validité de son élévation, puis Barberousse prit la parole : « Il avait invité les petits rois {reguli, ceux de France et d'Angleterre) à une conférence pour terminer le débat qui déchirait l'Église, mais ils n'avaient pas comparu parce que, au mépris des droits exclusifs de l'empereur romain, ils prétendaient instituer un pape romain et s'arroger une juridiction sur Rome où ils n'avaient que faire. » Le chancelier Raynald de Dassel appuya dans le même sens : que les rois de France et d'Angleterre prétendissent participer à l'élection de l'évêque de Rome, ville impériale, n'était-ce pas aussi exorbitant qui si l'empereur s'arrogeait le droit de participer à l'élection d'un évêque français ou anglais? Raynald répéta cette ridicule comparaison successivement en latin, en français et en allemand afin que personne n'en perdît rien. C'était une nouvelle affirmation des prétentions impériales sur Rome, mais cette fois, les entendeurs changeaient de nom; ils ne s'appelaient plus Alexandre III et les Italiens, mais Louis de France et Henri d'Angleterre ; les ambitions romaines de l'empereur allaient-elles donc froisser l'univers entier?

Et par une curieuse aberration, l'échafaudeur de rêves grandioses qu'était Barberousse, rapetissait le Saint-Empire aux proportions d'un domaine national, et la catholicité à celles d'une simple Église impériale. Ainsi pré-

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tendait-il briser cette idée d'une chrétienté unifiée, telle que l'aurait voulue le moyen âgé. Ces « deux moitiés de Dieu » que devaient être le pape et l'empereur, sa solution de la question romaine les transformait en deux personnages étriqués, l'âme et le corps d'un organisme particulier et non plus de toute la société chrétienne, l'un n'étant plus que le roi d'une Allemagne émiettée, et l'autre le chapelain du premier. Qu'il y a loin des grandes figures d'Adrien et de Charlemagne à celles de Barberousse et de Victor !

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