CHAPITRE IV La Victoire finale d'Alexandre III
DÈS que le Staufen vit ses ruses déjouées, il n'eut plus qu'une idée : entreprendre une nouvelle campagne d'Italie et percer cette muraille lombarde qui protégeait Rome. De diètes en diètes, à Worms, à Goslar, à Mersebourg, à Ratisbonne, il annonce ]' expédition, il y convoque l'Allemagne entière. En septembre 1174, il va prendre à Bâle Je commandement de ses troupes, armée nombreuse encore, mais moins brillante que la précédente : déjà sur les bords du Rhin, on protestait contre cette folle politique italienne. C'est au lendemain d'un revers de son lieutenant, Christian de Mayence, que Frédéric arriva en Italie. Christian menaçait le pape dans Tusculum, et surtout, avec l'aide d'une flotte génoise, il assiégeait Ancône, clef maritime de Rome. Mais Ancône résista héroïquement et fut débloquée grâce aux secours que lui envoya la ligue. Cependant n'y avait-il pas une autre porte de Rome, porte terrestre nouvellement bâtie, ville du pape et ville de la ligue : Alexandrie. L'enlever à tout prix, tel fut l'objectif de Barberousse. Mais, de même qu' Ancône, bien défendue, protégée par une plaine inondée, Alexandrie tint tête aux attaques les plus furieuses. L'hiver entier se passa pour Barberousse à ne pas la prendre. Au printemps, la ligue envoyait une armée de secours qui bientôt menaça les derrières de l'armée impériale.
Une bataille était imminente quand de part et d'autre, redoutant des conséquences décisives, on résolut de négocier. Mais les Lombards étaient solidaires du pape; de même que jadis Alexandre III à Veroli, ils refusèrent
de traiter sans lui. Sentiment d'une solidarité qui s'impose, pacte sauveur des responsabilités et des fidélités. Les ambassadeurs d'Alexandre prirent donc part aux négociations : vive fut la discussion entre les cardinaux du pape et les chanceliers de l'empereur. Pouvait-elle aboutir? Chaque parti se cramponnait à ses idées : la dissolution de la ligue lombarde, la destruction d'Alexandrie, voilà tout ce qu'exigeaient les Allemands; les Romano- Lombards ne pouvaient consentir de telles conditions, qui les livraient à Barberousse comme des agneaux au loup vorace; ils voulaient rester sur la défensive. D'ailleurs, en opposition aux prétentions impériales jadis formulées à Roncaglia, ils réclamaient les libertés municipales telles qu'on les avait connues sous Charlemagne et sous les Othons. Obstination invincible de l'orgueil teuton, et du sentiment national italien : nul moyen de s'entendre.