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CHAPITRE PREMIER Le Despotisme de Henri VI

LA diplomatie matrimoniale de son père avait orienté les espérances de Henri VI vers le sud de l'Italie, où il guettait un bel héritage. Mais, à ses yeux, la possession de la Sicile n'était qu'un moyen, de même que jadis celle de la Lombardie pour son Frédéric : dominer l'Italie entière, voilà ce qu'il voulait. Bien plus, ses plans s'élargissaient jusqu'à l'immensité universelle. Urhs et Orhs; empereur en Allemagne, roi en Sicile, il comptait de là subjuguer l'Orient et faire de la Méditerranée un lac Hohenstaufen ; il voulait être César. Dès lors, l'Italie devenait le centre de ses ambitions, l'Italie, occidentale par son corps, mais orientale déjà par ses extrémités; l'Italie, ce bras allongé de l'Occident vers l'Orient. Après Legnano, vieilli et assagi, Barberousse avait sacrifié en partie ses ambitions méridionales à la paix de l'Allemagne; lui, au contraire, était prêt à sacrifier quelque chose en Germanie pour avoir la Péninsule.

Dès 1186 et 1187, au cours de son séjour en Italie, ce jeune rusé travaillait déjà à étendre partout son emprise. Il s'y efforçait particulièrement dans l'Italie centrale. Toscane et Marche d'Ancône, espérant ainsi élever une barrière entre la papauté et ses alliés naturels, les Lombards. Comme marquis d'Ancône, il avait installé le Souabe Conrad de Lutzenhard, et comme duc de Spolète, un autre de ses protégés, Conrad d'Urslingen. Même en Toscane où se maintenait l'indépendance de villes considérables, Florence, Fisc, Pérouse et Sienne, il parvenait cependant à établir un président, Allemand lui aussi, Anselme de Kœnigsberg. Enfin, il arrivait à imposer sou

influence dans le Patrimoine et à se faire prêter serment par les barons romains ; les hauts personnages de la cité du pape lai étaient dévoués.

Bref, grâce à une action aussi énergique qu'habile, l'Italie centrale tombait pièce à pièce entre ses mains; ainsi complétait-il l'œuvre de Barberousse, qui, à Constance, avait déjà séparé en partie les villes lombardes de l'alliance pontificale. La papauté se trouvait donc maintenant extrêmement isolée. Ne semblait-il pas qu'allaient venir les jours de servitude sans combat? Car souvent une diplomatie lente et insidieuse est plus dommageable infiniment que toute guerre meurtrière. Le jour où Henri VI posséderait effectivement la Sicile, pour devenir le Tyran de la Péninsule entière, que lui manquerait-il hormis se donner la peine de faire son entrée dans Rome?

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