CHAPITRE PREMIER
Les Préliminaires du Conflit sous le pontificat d'Adrien IV.
DEUX grandes questions politiques retinrent l'attention du moyen âge chrétien : la question d'Orient et la question italienne; la lutte contre le Croissant, et la lutte du sacerdoce et de l'Empire. La première fut un splendide acte de foi; la seconde, un scandale continu.
En Allemagne, au milieu du xii^ siècle, les récents malheurs de la deuxième croisade ont fait abandonner tout projet sur l'Orient ^ ; on en revient aux rêves d'Occident, la conquête de l'Italie qui assurerait la domination germanique. Aussi, à la mort de Conrad III (1152), guelfes et gibelins résolurent-ils de se rapprocher. Négligeant le fils de Conrad, un enfant, ils élirent son neveu, Frédéric Barberousse, un homme de trente et un ans, robuste et énergique, gibelin par son père Henri le Borgne, guelfe par sa mère Judith, fille du duc de Bavière, Henri le Noir. Déjà Barberousse avait bien montré sa valeur dans la dernière croisade où sous les murs de Damas il s'était distingué « au-dessus de tous »; ambitieux d'ailleurs autant qu'audacieux, il deviendrait l'incarnation vivante des visées germaniques sur la Péninsule. « Enfant de
I. Suscitée par saint Bernard après la perte d'Édesse, la deuxième croisade avait été entreprise par Louis VII et Conrad III; l'expédition échoua devant Damas (juillet 1148); le seul résultat fut d'arrêter la marche en avant de l'atabek Noureddin, et de retarder ainsi la prise de la Ville sainte. On sait que Jérusalem devait retomber aux mains des infidèles en 1187. Toute cette période est marquée en Orient par des insuccès et des revers.