T. MICHAEL'8 COLLEGE
peu résistants, tombaient ou brûlaient, mais on les rebâtissait aussi vite, et la lutte, engagée un peu partout, s'éternisait. Tel est le spectacle qu'offrait Rome, de mai à octobre 1204, pendant qu'Innocent III, du palais de Latran, devenu aussi une forteresse, pouvait entendre les cris de bataille et voir s'allumer les incendies. Jean Gapocci brûla, près du Latran, des maisons appartenant à Pandolfo. La guerre fut vive, surtout entre ces deuxhommes. Les pontificaux s'opposaient à la construction de l'énorme tour que Gapocci ajoutait à sa demeure. Celui-ci s'obstina; mais de temps à autre, prenant l'offensive, il se ruait sur le donjon de Pandolfo, qui dominait l'Esquilin. De son côté, Pandolfo occupa un monument antique contigu à la maison de son ennemi et y fit une plate-forme très haute, d'où ses frondeurs et ses archers lançaient leurs projectiles avec rage. Ce fut l'épisode principal, mais on se battait de tous les côtés. Les Fraiapani, qui avaient fait du Colisée un vaste bastion, s'attaquaient aux Annibaldi. Un partisan du pape, Gildo Carbonis, éleva, à lui seul, jusqu'à trois tours. A la fin, la fortune se déclara visiblement pour l'Église. Pierre Annibaldi, beau-frère d'Innocent III, repoussa l'attaque de Capocci, prit deux tours et une église fortifiée, tandis qu'un des chefs de l'opposition, Baroncelli, eut le malheur de voir son fort, mal construit, s'écrouler de lui-même. Découragé par ce désastre, le parti de l'indépendance faiblit et la populace l'abandonna 1. » Voilà un exemple des luttes telles qu'elles éclataient à Rome entre les factions. En plus, l'épilogue mérite ici de retenir notre attention; sans doute, Jean Capocci et les siens ne voulurent pas s'avouer vaincus, mais la victoire morale restait au pape. Après un retour transitoire au Sénat de cinquantesix membres. Innocent III put établir définitivement le régime du sénateur unique, contre lequel personne ne