‹ Guelfes et gibelinsChapitre 8 sur 38 · COLLEGE · texte numérisé non relu

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où, à Montpellier, l'attendait l'accueil le plus chaleureux.

Alexandre proscrit et Barberousse triomphant ! Il semblait que cette fois l'empereur fût définitivement vainqueur et maître de l'Italie. Barberousse ne se tenait pas d'orgueil et de joie : « qui désormais lui disputerait Rome ? » « Moi Frédéric, signait-il, glorieux, toujours auguste et amplificateur de l'Empire. » Il datait ses lettres selon une chronologie triomphante qui partait de la ruine de Milan, et son oncle, Othon de Freisingen, avouait humblement qu'il ne pouvait « se mettre au pas de ces hauts faits, qu'il sentait son style succomber à la matièie devant tant de victoires ».

Pour parachever son œuvre, Barberousse songea à s'emparer du royaume normand de Sicile. Dans ce but, il vise à se faire le centre d'une coalition. Dès les premiers mois de 1160, il travailla à se rapprocher du basileus Manuel Gomnène. Composée d'Henri de Carinthie, du protonotaire Henri, et de Richard Polani, fils de l'ancien doge de Venise, une ambassade se dirigea vers Constantinople en vue d'élaborer le plan d'une campagne que les deux empereurs conduiraient contre la Sicile.

Après la chute de Milan, Barberousse s'alliait dans le même but avec les Pisanset les Génois. Déjà on se partage les dépouilles du lion mort : ainsi Frédéric promet-il aux Pisans la moitié de Palerme, de Messine, de Salerne et de Naples ; aux Génois, Syracuse et le Val de Noto ; aux Pisans, dans chacune des villes de l'Italie du Sud une rue avec ses maisons; aux Génois dans chacun des ports, une rue, une église, un établissement de bains, un four et un entrepôt. Oui, mais il y a loin de la coupe aux lèvres; en réalité, l'alliance grecque était sans avenir parce que les intérêts des deux empereurs restaient opposés; leurs ambitions italiennes seraient rivales et non pas conjuguées. Loin de faire la guerre au Sicilien, Manuel allait tenter de le séduire afin qu'il lui concédât un pied-à-terre dans la Péninsule.

Aux yeux de la chrétienté, Je concile de Pavie restait une odieuse comédie, et Victor un pape de cour. On le vit bien par l'accueil que reçut en France Alexandre III. Sous sa présidence se tient à Montpellier un concile national auquel assistaient les archevêques de Sens, de Tours, d'Aix, de Narbonne, nombre d'évêques et nombre de princes; derechef on y excommunia Victor à titre d'antipape. Ni le concile de Pavie, ni la prise de Milan ne faisaient donc taire la protestation des consciences.

Alexandre pouvait d'ailleurs compter sur l'alliance des rois de France et d'Angleterre, Louis VII et Henri II, auxquels les ambitions de Frédéric donnaient de légitimes inquiétudes. Alexandre pensait à former contre Barberousse une vaste coalition dans laquelle entreraient non seulement la France et l'Angleterre, mais l'empire grec et le royaume de Sicile, la Hongrie et la république de Venise. Entreprise ardue, à coup sûr, car il s'agissait de concilier les inconciliables pour une œuvre de chrétienté : comment, par exemple, ménager à la fois les intérêts de la Sicile et ceux de l'empire grec? Le succès ne semblait possible qui si les divers États s'oubliaient euxmêmes pour ne plus penser qu'à la seule cause de l'Église. Mais, — l'Histoire l'a trop souvent montré — la générosité inouïe qui traversa la chrétienté entière lors du concile de Clermont et de l'appel à la croisade, fut un moment unique; la voix d'Alexandre III n'aurait donc pas autant d'écho que celle d'Urbain IL Au moins les craintes sérieuses que la diplomatie d'Alexandre causa à Barberousse, l'obi igèrent-elles à ajourner la conquête du royaume normand, et ainsi se trouvèrent compromis les résultats de sa deuxième descente en Italie.

En effet, l'Italie est ainsi faite que pour la maîtriser, il faut la posséder tout entière; qui s'arrête sur le chemin de la conquête tournera bientôt bride. Si l'on veut commander à Rome et dans l'Italie centrale, on doit s'imposer à la fois en Lombardie et en Sicile; l'Italie du Sud n'est

pas comparable à je ne sais quelle Bretagne isolée et sans influence; elle constitue pour l'envahisseur un ennemi lointain, difficile à saisir, et tandis qu'on l'ira traquer, les Lombards n'auront-ils pas beau jeu à s'insurger et à couper les communications?

Aussi, Barberousse eût-il dû sacrifier tout le reste à cette entreprise. Au lieu de cela, il se laissa intimider par les manoeuvres diplomatiques d'Alexandre. D'ailleurs, il est probable qu'il ne comprit pas alors la décisive importance d'une si lointaine conquête. Il quitta l'Italie, la croyant subjuguée. Cet homme a des projets gigantesques, mais il ne sait pas en achever l'exécution : lors du premier voyage, il a conquis la Lombardie, mais non pas Milan qui en demeure le centre ; lors du deuxième voyage, il prétend avoir dompté l'Italie entière, mais il ne s'est pas approprié la Sicile, son plus redoutable contrefort. On le voit pressé de s'en aller par delà les Alpes à la recherche d'une nouvelle conquête, celle du royaume d'Arles ^. Jouissant chez lui d'une autorité restreinte et discutée, Barberousse veut absolument être maître chez les autres, dans des contrées qui, géographiquement et moralement, sont incompatibles avec l'Empire. N'apparaît-il pas comme l'incarnation même du génie germain, orgueilleux, Imaginatif et rêveur? Avec lui plus qu'avec nul autre, « l'Empire est une épée dont la pointe est partout, dont la poignée n'est nulle part », Et voilà pourquoi la chute de Milan n'implique pas la mort de Rome et de l'Italie; l'énergie d'Alexandre III peut encore obtenir des triomphes.

Somme toute, par son action diplomatique, ce grand pape parvint à immobiliser Barberousse. Pourtant, il ne réussit pas dans son projet de coalition européenne. Deux causes principales peuvent être attribuées à cet échec :

I. On appelle royaume d'Arles cette partie de la Gaule orientale qui s'étend entre la Saône, le Rhône et les Alpes, et dont la capitale devrait être Lyon.

l'antipathie foncière des Grecs et des Siciliens, et le conflit franco-anglais.

L'aide anglaise constituait alors l'appoint le plus eflicace. Les légats pontificaux l'avaient bien compris; ils firent tout pour plaire d'abord au Plantagenet. Or, certaines questions de mariages altéraient alors plus ou moins les rapports d'Henri II et de Louis VIL Veuf de Constance de Castille, celui-ci s'était aussitôt remarié avec Adèle de Champagne, union politique qui vexa le roi anglais. Il y répondit par le même procédé; bien que les deux fiancés n'eussent guère que neuf ans à eux deux, il maria son fils aîné avec la petite Marguerite de France, qui apportait en dot le Vexin. Dans le besoin où ils se trouvaient de faire plaisir au roi d'Angleterre, les délégués pontificaux y donnèrent leur approbation. Le mécontentement de Louis VII fut extrême; Alexandre III n'en tint pas compte suffisamment.

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