DIAGNOSTIC
A une époque un peu plus avancée, lors même que la sonorité de la poitrine n’est pas encore altérée, on peut noter quelques modifications dans le murmure vésiculaire : il peut être plus faible ou plus fort, ou bien c’est l’expiration qui, douce et à peine marquée à l’état physiologique, devient dure, rude, et se prolonge de manière à égaler ou dépasser la durée de l’inspiration elle-même. Cette donnée, qui revient à Jackson (de Boston) (1), a été considérée comme très-importante, surtout lorsqu’elle se produit à gauche sans exister à droite, la bronche droite étant plus volumineuse que la gauche.
En résumé, lorsqu’on trouve une toux sèche, persistante sans cause appréciable, des crachats clairs, des douleurs sur les côtés de la poitrine ou entre les deux épaules; s’il y a hémorrhagie pulmonaire, obscurité du son à la région sous* claviculaire, affaiblissement ou altération des bruits respiratoires dans le même point — le reste de la poitrine étant dans l’état normal, — si enfin le liséré gingival, la rougeur des pommettes ou le psoriasis existe, on peut être certain qu’on a affaire à un sujet dont le poumon renferme des tubercules à l’état de crudité.
Dans la seconde période, le diagnostic est très-facile, parce que tous les symptômes sont nettement
(1) Mémoire de la Société méd, d’observ t. 1. Paris.
accusés. Les crachats, T amaigrissement, la diarrhée, les ongles, fournissent des signes très-importants; l’auscultation et la percussion donnent des signes positifs : la matité, remplacée quelquefois par une exagération du son pulmonal quand la caverne est superficielle; le bruit du pot fêlé, le gargouillement, la respiration caverneuse, la pectoriloquie, et, quand l’excavation est considérable, la respiration amphorique et le tintement métallique.
C’est à cette époque qu’on rencontre les ulcérations du larynx et de l’épiglotte; ces lésions, qui causent la dysphonie, sont dignes d’attention, puisque, à peu d’exceptions près, elles ne se montrent que dans le cours de la phthisie pulmonaire. Pendant la première période, les règles sont moins abondantes chez les jeunes filles et chez les femmes ; pendant la dernière période, elles disparaissent complètement, et il est dangereux de vouloir les rappeler, car ce serait ajouter une nouvelle cause de faiblesse à un état permanent de déperdition des forces.
Il faut noter aussi chez tous les phthisiques la sérénité de l’esprit, l’insouciance pour tout ce qui concerne la santé, le refus de croire à la phthisie et la manie de faire des projets d’avenir.
« Lorsqu’on entreprend le traitement d’une phthi— » sie pulmonaire, dit Hufeland (1) , il ne faut pas, » comme font la plupart des médecins, se laisser do- » miner par l’idée que la guérison présente peu de » chances, car un pareil doute brise le courage, pa- » ralyse les ressources de l’esprit, et éteint jusqu’au » désir de rien entreprendre. On doit, au contraire, » se persuader que toute phthisie, meme la puru- » lente , est curable. Ainsi, ne perdons jamais ni l’es-
(1) Manuel de mèd. pral., p. 800.
GUÉRISON de la phthisie pulmonaire. 01 » pérance ni le courage, et faisons tout ce qui y> dépend de nous pour atteindre le but. »
Ces conseils partis d’un noble cœur, et la douleur qu’on éprouve à voir mourir des malades qui vous supplient vainement de les sauver, ont fait naître en moi la volonté de guérir la phthisie pulmonaire. Depuis plusieurs années je poursuis mon œuvre, et les succès que j’ai obtenus me font une obligation de persévérer dans la voie que je me suis tracée.
Je n’ai pas la prétention de guérir tous les phthisiques qui suivront mon traitement, mais je suis convaincu, par l’expérience, que j’en guérirai ou soulagerai un plus grand nombre que par les moyens employés jusqu’à ce jour.
Lorsque la maladie est arrivée à‘sa dernière période, alors que l’absorption des substances médicamenteuses ou nutritives ne peut plus s’effectuer, il est bien
évident que mon traitement sera impuissant. A la première période, je réussis presque toujours.
Pour bien saisir la portée théorique de ma méthode curative et prophylactique, je crois qu’il est indispensable de rappeler les traitements qui ont été préconisés jusqu’à ce jour. Le simple examen prouvera qu’ils ne reposent sur aucune donnée intelligente de la maladie qui nous occupe, et qu’ils sont presque tous des remèdes empiriques, irrationnels et même dangereux.
Les saignées, les sangsues, employées par Broussais, et dont on a tant abusé, hâtent la marche de l’affection. Il en est de même des vésicatoires, des cautères, des sétons , des moxas et des purgatifs.
Le chlore en fumigation excite la toux, provoque les hémoptysies et allume la fièvre.
L’expérience n’a reconnu aucune utilité au souscarbonate de potasse proposé par M. Pascal (de Strasbourg) , ni au sel ammoniac donné par le docteur Cless (de Stuttgard) , ni à la digitale, ni à l’acide cyanhydrique, ni à la compression de la poitrine. Le protoiodure de fer préconisé par E. Dupasquier (de Lyon) n’a été reconnu par M. Louis d’aucune espèce d’utilité; on n’a jamais obtenu de guérison avec l’émétique à faible dose prôné par M. Bricheteau, ni avec l’arsenic ni avec l’iode, ni avec les iodures, qui sont très-efficaces dans la scrofule.
Avicenne conseillait le sucre comme palliatif de la phthisie. Un médecin américain, le docteur Calwriglit (1) , prétend avoir guéri des phthisiques avec la même substance : il envoie ses malades passer plusieurs heures par jour dans une fabrique de sucre. Il dit que les vapeurs sucrées qui en émanent produisent presque instantanément fenrayement de la
(1) Revue de thérap ., avril 1853.
phthisie. Si ce moyen n’est pas efficace, il a au moins le mérite d’être facile et agréable.
M. Beau (4), n’ayant pas rencontré de phthisiques chez les ouvriers qui manient le plomb, a conçu l’idée de combattre la diathèse tuberculeuse par l’empoisonnement saturnin. M. Beau fait administrer des pilules contenant 10 centigrammes de céruse, et, par une augmentation rapide, il est arrivé à en donner huit par jour. On en suspend l’usage ou on en diminue la dose aussitôt qu’il se manifeste de l’arthralgie, ou à l’apparition du liséré, de l’analgésie, et du teint ictéroïde, qui caractérisent le premier degré de l’empoisonnement par le plomb. Ce traitement est dangereux, et n’a jamais amené de guérison. Hufeland l’avait déjà appliqué sans profit.
L’Académie de médecine de Turin a couronné un mémoire du docteur Parola, qui regarde le seigle ergoté comme l’agent le plus actif dans le traitement de la phthisie. M. Parola administre l’ergot de seigle en poudre, à la dose de 2 grammes par jour, en ayant soin de suspendre le médicament pendant quarante-huit heures, après chaque période de quatre ou cinq jours de son administration.
L’ergot de seigle peut être utile dans l’ hémoptysie, il peut encore agir dans la phthisie en diminuant les battements du cœur, en prévenant la congestion
(1) Union médicale , juin 1859.
6A TRAITEMENT
pulmonaire, mais de là à la guérison il y a bien loin.
Je citerai pour mémoire l’huile de n aphte, employée en Angleterre par le docteur Hastings et Wilson ; le caoutchouc par M. Haller, de Presbourg (une circonstance qui ferait croire au peu d’efficacité de ce moyen, c’est que le caoutchouc n’est nullement absorbé); l’oxygène naissant, la vapeur de charbon, l’aconit, les semences de Phellandrium aquaticum , le chlorure de sodium proposé par M. Amédée Latour; le goudron, la ciguë, la conicine, le sang de mouton, la viande crue, l’alcool, etc., etc.
Les moyens les plus répandus aujourd’hui sont l’huile de foie de morue, l’iode, les escargots et les
eaux minérales naturelles.
Huile de foie de morue. — Depuis 18/15, l’emploi de l’huile de foie de morue est devenu une sorte de banalité; mais ce médicament doit perdre une grande partie de la confiance qu’on lui accorde, si l’on songe aux fraudes dont il est l’objet et au dégoût qu’il occasionne.
Et d’abord l’huile noire pure qui vient de Terre- Neuve est rare, difficile à se procurer et fort peu usitée en médecine à cause de son aspect repoussant.
Les huiles brunes sont les plus employées et consistent le plus souvent dans des mélanges d’huile de foie de morue, de marsouin, de cachalot, de baleine
ou de phoque, parce que les pêcheurs s’occupent bien moins de produire des huiles pures, que d’en produire beaucoup. A Terre-Neuve, on obtient l’huile de foie de morue en exposant aux rayons du soleil des foies d’une quantité de poissons entassés dans des cuves, et en les soumettant à la presse à mesure qu’ils se putréfient. Qnantauxhuiles blondes, jaunes, dorées, blanches, elles s’obtiennent habituellement dans 1 in dustrie en coupant les huiles brunes avec des huiles d’œillettes, de sésame et d’arachide, et cela dans des proportions qui vont jusqu’à 55 sur 100; on a même vendu à Paris une soi-disant huile de foie cle morue qui consistait en une solution de colophane dans une huile végétale.
D’après les analyses faites par MM. Girardin, doyen de la faculté des sciences de Lille, Delatre et Rigel, analyses approuvées par l’Académie impériale de médecine, le 3 mai 1859, l’huile de foie de morue de Terre-Neuve contient sur 1000 parties :
Phosphore » 0,00 G
Acide phosphorique . 9,095
Iode. 0,013
Sous l’influence de la putréfaction et de la chaleur l’iode s’échappe en totalité ou en partie, de telle sorte que plusieurs chimistes n’en ayant pu trouver, ont cru pouvoir en nier l’existence.
Iode. — L’iode porté dans les ramifications bronchiques par de fortes aspirations, est, d’après M. Danger (1) , de tous les corps connus celui qui présente les conditions les plus favorables au traitement de la phthisie. Dans son travail, M. Danger s’efforce de prouver que la propriété désydrogénante de l’iode décompose les matières organiques avec lesquelles il est en contact.
M. Piorry (2) recommandait aussi il y a douze ans les inspirations d’iode et l’iodure de potassium à l’intérieur. Je sais que ce praticien célèbre est bien revenu aujourd’hui de ces premières impressions.
J’ai employé très-souvent l’iode et l’iodure de potassium, et toujours sans succès. Dans quelques cas la phthisie semblait enrayée : ainsi la toux , la fièvre et les sueurs disparaissaient, mais, hélas ! pour peu de temps, et lorsque je croyais toucher au but, les accidents revenaient avec plus d’intensité, la fonte tuberculeuse était activée, et la mort arrivait plus rapidement que si les malades n’eussent suivi aucun traitement.
L’iode favorise la formation des cavernes, et sa présence dans les excavations, loin de déterminer leur cicatrisation, active la désorganisation du poumon. Je soutiens donc que l’iode doit être banni du
(1) Académie de médecine , 9 août 1853.
(2) Clinique de la Pitié, 1853.
traitement de la phthisie, mais qu’on peut l’utiliser dans les laryngites et dans certaines bronchites : dans ces affections, la muqueuse pharyngo-bronchique peut être heureusement modifiée (1).
Des praticiens célèbres, dont je vois souvent des ordonnances, ont sans doute compris les dangers de l’iode à l’intérieur, puisqu’ils se contentent maintenant de badigeonner la poitrine avec de la teinture de ce métalloïde, et de faire prendre de la térébenthine dans le but de cicatriser des cavernes.
Il est permis de considérer ces ordonnances comme de véritables déclarations d’incompétence.
Chez les médecins, l’âge amène l’in différence; nos maîtres eux-mêmes ne vont jamais à la décou-
(1) L’opinion que j’émets sur les dangers de l’iode, dans la phthisie, est partagée par un des médecins les plus compétents de notre époque. Je cite textuellement la lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’adresser, après avoir lu ma brochure :
« Très-honoré confrère,
» Je viens de lire avec le plus grand intérêt votre brochure sur le Traitement de la phthisie pulmonaire. Depuis douze ans je m’occupe exclusivement de cette question, et vivant sans cesse au milieu des tuberculeux, j’ai pu me convaincre de toute la vérité des idées que vous avez publiées. Je partage entièrement votre opinion sur les dangers de l’iode, qui est préconisé partout aujourd’hui, et sur les grands avantages des escargots, de l’huile de morue, des toniques doux et des préparations phosphatées. Je suis très-désireux d’essayer en grand la poudre que vous recommandez avec conscience. Je suivrai
verte; ils préfèrent s’endormir sur leur vieille répu-
tation.
Escargots. — Après vingt-huit années de pratique, dont seize passées à l’hôpital de Mataro, le docteur Joachim Pascal a reconnu que le traitement qui lui avait fourni les plus heureux résultats était le mucilage d’escargots à haute dose. Dans les cas désespérés, il fait prendre au malade un escargot cru, et il va ainsi progressivement jusqu’à en faire manger trente en une seule fois. « Qui n’a pas expérimenté l’usage thérapeutique de ces mollusques, dit ce médecin espagnol, ne peut croire aux effets salutaires qu’ils pro-
vos indications pour l’administrer, et je serai heureux de vous faire part des résultats obtenus.
» Je ferai mes observations en toute liberté; car, nous n’avons qu’un but, c’est de trouver enfin une médication efficace et rationnelle pour une maladie si fatale qui fait tant de victimes autour de nous.
» Déjà mes efforts m’ont prouvé qu’on pouvait souvent obtenir des guérisons presque inespérées, et je suis persuadé que nous arriverons à effacer de plus en plus ce triste mot d’incurabilité. Pour cela il faut chercher et tout essayer, modifier, combiner sans aucun parti pris de sotte exclusion.
» J’ai horreur des gens à idées fixes qui se prononcent pour ou contre un système sans tout examiner à fond, et nos plus grands maîtres ont le tort de se renfermer souvent dans les formules identiques, connues à l’avance.
» Agréez, très-honoré confrère, l’assurance de ma parfaite considération.
» Dr Génieys,
» Médecin inspecteur d’Amélie-les-Bains, t
GUÉRISON DE LA PHTHISIE PULMONAIRE. 69 (luisent dans ces cas graves. » Il a vu les diarrhées colliquatives cesser comme par enchantement, et les symptômes les plus alarmants disparaître avec rapidité. Cette médication a fourni au docteur Pascal des succès qu’il n’a jamais obtenus par les moyens préconisés dans ces derniers temps, tels que les inspirations de vapeurs iodées et chloro-iodées, l’éther hydriodique, les préparations de brome, l’huile de foie de morue, l’iodure d’amidon, etc.; dans la plupart des cas, il n’a guère eu à se louer de tous ces médicaments.
Eaux minérales. — Les eaux minérales sont utiles dans la bronchite chronique et très-nuisibles dans la phthisie pulmonaire.
Lorsqu’on veut traiter une maladie de poitrine par les eaux minérales, le diagnostic ne devrait pas être porté à la légère, comme cela se pratique généralement, parce que c’est souvent pour le malade une question de vie ou de mort.
La plupart des médecins, après avoir épuisé sans succès leur répertoire thérapeutique, se hâtent d’envoyer leurs malades aux eaux minérales ou à la campagne.
Dans le premier cas, ils mettent leur responsabilité sous le couvert de confrères ordinairement très-indulgents ; dans le second cas, ils préfèrent se dé-
barrasser de leurs clients que de lutter jusqu’à la fin.
Je le répète, les eaux minérales produisent d’excellents résultats dans la bronchite chronique, — nous y reviendrons plus loin; — mais chez les phthisiques, même chez ceux qui ont des tubercules à l’état latent, elles déterminent des hémoptysies et mettent le feu aux poudres, pour me servir de l’expression du docteur Pierre Bertrand, qui pendant plus de trente ans a été inspecteur aux eaux du Mont-Dore.
Je sais bien que Bord eu, et même d’autres médecins instruits, ont constaté des guérisons de la consomption pulmonaire à l’aide des eaux des Pyrénées; mais comme ce sont des faits très-rares, je dis qu’il faut être très-réservé dans l’emploi d’un moyen qui peut être dangereux et qu’on doit toujours s’en abstenir si le diagnostic est douteux.
En exposant ma méthode curative, je reviendrai sur l’action thérapeutique de l’huile de foie de morue, des escargots et des eaux minérales, qui jusqu’ici ont été employés empiriquement. Je montrerai leur véritable mode d’action sur les tubercules, et l’on verra que les succès obtenus avec ces divers agents sont une justification complète de ma théorie et de mon traitement de là phthisie par la poudre
SALINO-CALCAIRE.
Outre la poudre salino- calcaire, j’emploie l’eau cohobée de laurier-cerise, la mixture noire, la poudre
contre les sueurs, les pilules anti-rhéiques et le topique révulsif. Je vais expliquer l’action et le mode d’administration de ces diverses substances.
Poudre salino-calcaire. — La nature est toujours et essentiellement réparatrice; ce n’est qu’en l’imitant ou en lui venant en aide qu’on peut obtenir la guérison des maladies.
Dans la phthisie, cette loi de réparation se traduit par l’induration des tubercules, ce qui les rend inertes et inoffensifs, et par la cicatrisation des cavernes.
Que doit-on faire lorsqu’on se trouve en présence d’un phthisique? Doit-on favoriser la fonte des tubercules, hâter la formation des cavernes et la mort? ou doit- on suivre la voie tracée par la nature, c’està-dire chercher à obtenir l’induration de la matière tuberculeuse, en fournissant au sang les matériaux propres à cette transformation? J’ai adopté sans peine cette dernière idée, et, après de nombreux essais, je suis arrivé à formuler un traitement qui m’a donné des résultats extraordinaires.
Sous le nom de poudre salino-calcaire, j’ai réuni des substances bien connues en médecine, mais qu’on n’avait pas encore employées dans le traitement de la phthisie. Ces substances, qui sont exactement celles qu’on rencontre dans les os et dans les tubercules , sont d’une innocuité reconnue, d’une administration
très-facile, et c’est à bon droit qu’on peut dire de leur action : Similia similibus curuntur.
Voici la composition de cette poudre :
Phosphate de chaux,
Carbonate de chaux.
Bicarbonate de soude (1).
J’ai confié la préparation de cette poudre et des autres remèdes que j’emploie dans la phthisie et la bronchite, à M. le docteur Servaux, pharmacien à Paris, 72, rue du Château-d’Eau.
Les éléments qui constituentces divers médicaments sont fabriqués avec le plus grand soin par ce chimiste distingué.
(1) Dans les éditions précédentes (complètement épuisées), j’avais donné les doses des substances qui entrent dans la composition de ma poudre. Je crois devoir les supprimer aujourd’hui, pour épargner aux malades et aux médecins les inconvénients qui résultent de préparations insuffisantes et de contrefaçons grossières. Tous les médicaments que j’indique dans cette édition se trouvent à la pharmacie du Château-d’Eau, 72, rue du Château-d’Eau, à Paris, et dans les bonnes pharmacies de France et de l’Étranger. Dans tous les cas, il est urgent de n’accepter que les préparations qui porteront l’étiquette de la pharmacie du Château-d’Eau.
Je cite une lettre d’un médecin distingué de Marseille pour monrer à quoi l’on s’expose en oubliant cette recommandation.
« Monsieur et honoré confrère,
» Je ne vous dirai rien de la satisfaction que j’ai éprouvée et que m’ont causée vos déductions logiques ; d’aulres avant moi, et haut placés dans la science, vous auront déjà, par leurs témoignages, dé-
Le phosphate cle chaux que j’emploie se dissout rapidement et complètement dans l’eau légèrement acidulée; or, les sucs de l’estomac étant franchement acides, le phosphate peut donc s'y dissoudre et devenir facilement absorbable.
Le mémoire présenté à l’Académie, le 7 avril 1856, par M. A. Milne Edwards, et les recherches expérimentales de M. Gosselin à l’hôpital Cochin, prouvent d’une manière péremptoire que le phosphate de chaux est porté dans le torrent de la circulation, qu’il accélère le travail d’ossification dans les cas de fracture, et que ce sel n’exerce aucune action fâcheuse sur l’économie. Ces messieurs employaient le
dommagé en partie des efforts que vous avez faits pour arriver à ce but.
» Je vous demanderai seulement quelques explications.
» J’ai déjà appliqué votre traitement à plusieurs phthisiques, j’ai fait préparer votre poudre salino-calcaire d’après la formule que vous donnez dans votre brochure, l’administration de la dose indiquée a ' provoqué chez deux malades une diarrhée qu’ils n’avaient pas et qui a cessé lorsque j’ai suspendu l’administration du mélange.
» Veuillez, monsieur et honoré confrère, me dire deux mots sur ce fait ; dois-je continuer mes expériences d’après la formule que vous donnez? Dois-je au contraire la modifier? Ou bien encore, l’effet qui s’est produit proviendrait-il d’une préparation faite avec des substances qui ne se trouveraient pas à l’état de pureté irréprochable?
» Je vous serai reconnaissant si vous daignez éclairer mes doutes et me fournir l’occasion d’augmenter le nombre de vos observations.
» Agréez, etc.
» Dr Millou. »
Cette lettre me dispense de tout commentaire sur l’utilité d’une bonne préparation.
phosphate de chaux provenant de la calcination des os ; ce sel est très-peu soluble, tandis que celui qui entre dans la poudre salino-calcaire est d’une solubilité très-grande, et par conséquent d’une assimilation très-facile.
Lorsque le phosphate de chaux est en quantité convenable dans le sang, son dépôt ne s’effectue que sur tous les points de l’économie qui n’en renferment pas la quantité normale et jamais sur des organes à l’état sain. C’est ce qui explique la guérison des os ramollis, l’induration des tubercules et enfin l’innocuité de son emploi.
Les faits suivants justifient cette appréciation.
M. Chossat nourrit des pigeons avec des grains choisis un à un de manière à supprimer les substances minérales de l’alimentation, et il remarque que les os de ces oiseaux deviennent minces et fragiles, tandis que si on leur donne en même temps des sels calcaires, il n’arrive rien de semblable.
Dans un travail très-remarquable sur les phosphates, M. L. Sandras (1) dit : «J’avais entendu parler de guérisons de fractures accélérées par l’administration du phosphate de chaux; j’en avais moi-même observé, me semblait-il, les bons résultats; et j’avais surtout été frappé du fait suivant observé à l’hôpital de l’En-
(1) Abeille médicale , 21 mars 1864.
fant- Jésus. Un petit garçon du service des scrofuleux rachitiques était tombé dans un état de faiblesse tel qu’il ne pouvait plus ni marcher, ni se lever; un jour, mon chef de service lui prescrivit (par dérision, je crois) un peu de poudre de phosphate de chaux, et au bout de peu de jours l’enfant se tenait debout et marchait. Nous croyons du reste que, comme ce lait aurait pu confirmer une opinion qui n’était pas alors h la mode, il n’en a pas dû être fait mention en haut lieu.
» En dehors de ces expériences qui me paraissent irrécusables, il y a des faits qui me semblent prouver l’ efficacité réelle des corps phosphorés dans le traitement des maladies de poitrine. Je sais bien qu’il est toujours possible de nier des guérisons de phthisie, parce que si l’on prend des malades arrivés à la dernière période, il n’y a pas de guérison à obtenir, et parce que si l’on prend des malades peu avancés, il est facile de dire que la maladie n’était pas bien caractérisée, et qu’ après tout la guérison a pu se produire d’elle-même. Aussi, sans vouloir prendre partie pour les guérisseurs enthousiastes non plus que pour leurs adversaires systématiques, sans vouloir donner gain de cause aux phosphates plutôt qu’aux hypopliosphites, je me permettrai de faire observer que d’illustres professeurs de l’école de Paris ont reconnu que lorsque la guérison arrivait,
elle était le résultat d’une cicatrisation produite par une concrétion phosphatique calcaire, et que, par conséquent, l’administration des médicaments phosphatiques est on ne peut plus rationnelle. »
D’après ce qui précède, il est facile de comprendre que le phosphate de chaux ingéré est d’abord dissous par le suc gastrique, et qu’ ensuite il est tenu en dissolution dans le sang à l’aide de l’acide carbonique que ce liquide contient.
Dans la composition de ma poudre nous voyons figurer le bicarbonate de soude, tandis que dans les analyses que nous avons données des os et des tubercules, nous trouvons de l’ hydrochlorate de soude. Je vais expliquer ce fait, et prouver qu’en donnant du bicarbonate de soude, le malade absorbe réellement clef hydrochlorate de cet oxyde. Pour M. Lambossy(l) , le bicarbonate de soude mis en contact avec l’acide hydrochlorique de l’estomac est transformé en hydrochlorate de cette base, l’économie reçoit alors de l’hydrochlorate de soude.
Si l’on se demande pourquoi l’huile de foie de morue, les escargots et les eaux minérales modifient et guérissent quelquefois, la phthisie pulmonaire, il est bien facile de répondre.
L’huile de foie de morue et toutes les huiles de
(1) Considérations physico-chimiques relatives à l’absorption des médicaments minéraux , Ihcsc, Strasbourg, 22 avril 1836.
GUÉRISON DE LA t>HTHISIE PULMONAIRE. 77 poisson doivent leur propriété curative au phosphate de chaux qu’ elles contiennent, et non pas à la petite quantité d’iode qu’on y rencontre ; car toutes les huiles végétales plus ou moins iodées ne fournissent aucun résultat dans le traitement de la phthisie, tandis que dans la scrofule elles sont des succédanées des huiles de morue (1) .
Quant aux escargots et aux autres coquillages employés à haute dose, on ne peut raisonnablement admettre leur action sur la marche des tubercules qu’à la condition de reconnaître l’influence du phosphate et du carbonate de chaux que ces animaux contiennent en très-grande quantité.
Les eaux minérales tiennent en dissolution des phosphates et des carbonates calcaires, et si leur efficacité n’est pas certaine dans la phthisie, c’est que la proportion de ces sels n’est pas assez considérable, et que les autres principes qui les caractérisent, possèdent des propriétés assez excitantes pour détruire les bénéfices obtenus par l’assimilation des sels terreux.
« Je ne serais même pas étonné, dit M. L. Sandras (2) , de voir attribuer bientôt et avec raison au phosphore l’action curative des eaux minérales que nous sommes trop heureux, pour l’instant, de pou-
(1) Voyez page GA.
(2) Loc. cit.
voir attribuer à des traces d’arsenic presque imaginaires. »
» Il ne faudrait, pour opérer un pareil changement d’idées, que le caprice d’un nom illustre, car sous certains rapports les médecins de France sont comme les chirurgiens d’Italie dont parle Guy de Chauliac : « Je m’esbahis d’une chose; qu’ils se suivent comme » des grues, car l’un ne dit que ce que l’autre a dit.»
Le traitement que je viens d’indiquer pour obtenir l’induration des tubercules doit être employé, même lorsqu’il y a des cavernes dans le poumon. En effet, les cavernes existent toujours concurremment avec des tubercules en plus moins grand nombre; il faut donc prévenir le ramollissement de ces derniers, et chercher à obtenir la cicatrisation des excavations pulmonaires. Si Ton se rappelle que ces excavations sont tapissées par une membrane sécrétante, qui reçoit des vaisseaux nombreux, on comprendra facilement que, sous l’influence de la poudre salino-calcaire, cette membrane, qui a déjà de la tendance à revêtir la forme semi-cartilagineuse, subisse une transformation qui la mette à l’abri de toute désorganisation. Lorsque cette membrane est ainsi modifiée, les parties du poumon qui enveloppent la cavité ne peuvent plus être détruites, et leurs mouvements d’expansion, en rapprochant les parois des excavations, faciliten l’oblitération des cavernes.
Mode d’administration de la poudre salino-cal-
CA1RE ET DES AUTRES MÉDICAMENTS. — ÂUX adultes, je
fais prendre deux cuillerées à café de poudre salinocalcaire par jour : l’une, le matin, et l’autre le soir; un quart d’heure au moins ayant ou après le repas. Chaque cuillerée à café de poudre est délayée dans un demi -verre d’eau sucrée, à laquelle on ajoute une cuillerée à café d’eau cohobée de laurier-cerise. Tous les quinze jours on augmente d’une cuillerée la dose de poudre salino-calcaire, sans dépasser six cuillerées par jour et sans augmenter la dose d’eau cohobée de laurier-cerise.
Le flacon de poudre suffit pour le traitement d’un mois. Cette quantité n’a rien d’exagéré, puisque dans l’état normal chaque digestion demande 6 grammes de sel calcaire pour réparer les pertes de l’organisme .
Pour prévenir la phthisie chez les enfants issus de tuberculeux ou dont la croissance est trop rapide, et chez ceux qui présentent les attributs du vice scrofuleux, chez les femmes qui nourrissent et surtout chez celles qui ne sont pas robustes, je conseille une seule cuillerée à café de poudre salino-calcaire en deux lois dans la journée, au moment du repas. <
Ce traitement doit être suivi pendant longtemps, parce qu’il a pour but non-seulement de prévenir le
dépôt de granulations gélatineuses dans le poumon, mais encore d’arrêter le développement des tubercules dont nous sommes presque tous atteints. D’après les recherches consciencieuses de M. E. Boudet, on
sait que sur sept personnes on en rencontre six dont
les poumons offrent à l’autopsie des tubercules à l’état latent, et en trop petit nombre pour exercer pendant la vie une influence fâcheuse sur la santé générale.
La poudre salino-calcaire est encore indiquée dans toutes les affections où l’huile de foie de morue est administrée : elle est plus active et bien moins désagréable que les huiles de poisson ; elle réussit parfaitement aussi dans les cas de chloro-anémie, dans les convalescences longues, dans la scrofule avec ramollissement des os, dans la carie et dans la gravelle oxalurique.
Eau cohobée de laurier-cerise. — Cette eau, qui doit se prendre en même temps que la poudre salino-calcaire, a pour effet de calmer la toux et les spasmes nerveux qui fatiguent tant les phthisiques, et de rendre l’administration de la poudre salino-calcaire bien plus agréable en donnant au mélange le goût du sirop d’orgeat. Cette eau diffère essentiellement de l’eau distillée de laurier-cerise qui se trouve dans le commerce; elle est toujours titrée uniformément.
Mixture noire. — Provoquer l’appétit chez les phthisiques et faciliter l’assimilation des aliments et des remèdes, tel est le problème que je cherchais à résoudre depuis longtemps. Après bien des essais infructueux, je suis arrivé depuis peu à obtenir un résultat satisfaisant en employant une préparation à laquelle j’ai donné le nom de Mixture noire à cause de sa couleur. Sous l’ influence de cette mixture qui est extraite de la houille, j’ai toujours vu les malades recouvrer l’appétit et l’embonpoint en peu de temps. Cette préparation modifie la nutrition et arrête la désassimilation des sels calcaires qui entrent dans la composition de tous nos liquides et de tous nos tissus.
Cette mixture se prend entre les deux repas, à la dose d’une cuillerée à café, dans cinq cuillerées à soupe d’eau ordinaire. C’est l’accompagnement obligé de la poudre salin d-calcaire et de l’eau cohobée de ✓ laurier-cerise.
Poudre contre les sueurs. — J’ai toujours vu les sueurs résister aux moyens ordinaires, qui sont : le sous-acétate de plomb, conseillé par M. Fouquier, l’agaric blanc, le tannin et le quinquina. La nouvelle poudre que je préconise a pour effet non-seulement de prévenir les sueurs, mais encore de prédisposer au sommeil et de calmer 1a. toux. Elle réussit toujours , et à toutes les périodes.
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On en prend un paquet dans un demi-verre d’eau sucrée, au moment le plus rapproché de l’apparition des sueurs.
Je ne puis résister au désir de faire connaître, sur cette poudre, F appréciation d’un de mes malades qui s’en est servi avec beaucoup de succès.
« Je termine ma bien longue lettre, monsieur le docteur, en vous racontant un fait qui peut-être vous fera plaisir. J’avais donné de votre poudre contre les sueurs à une pauvre phthisique au dernier degré, elle s’en trouva si bien, qu’elle se crut guérie. Le docteur qui la soignait m’a envoyé les parents d’une autre malade qu’il voit pour me demander de cette merveilleuse poudre. J’en ai fait venir de nouveau ainsi que des pilules anti-rhéiques ; j’apprends que la pauvre malade, que je suis allé voir, s’en trouve aussi très-bien.
» G..., prêtre,
» Carpentras. »
Pilules anti-rhéiques. — La diarrhée se présente rarement lorsqu’on fait usage de la poudre salinocalcaire, mais lorsqu’elle persiste, j’emploie avec succès des pilules auxquelles j’ai donné le nom de pilules anti-rhéiques. Le malade en prend de trois à six par jour.
Je combats les douleurs thoraciques par les ventouses scarifiées ou par le topique révulsif , selon que les douleurs résultent d’une phlegmasie pleurale ou d’une névralgie intercostale.
Le topique révulsif dont je viens de parler est un liquide que je retire de l’acide phénique. Son application doit être faite sur les points douloureux», et tous les huit jours au niveau des clavicules, à l’aide d’un petit pinceau à aquarelle.
Tous les révulsifs connus déterminent une douleur et une gêne souvent intolérables, mon topique produit un très-grand effet sans cependant surexciter la sensibilité des malades. Aussitôt qu’on en a appliqué une couche sur une surface de 3 à Zi centimètres, l’épiderme blanchit, se soulève légèrement et le malade accuse une chaleur analogue à celle qu’on éprouve par le vésicatoire. Cette chaleur persiste pendant quelques minutes, puis disparaît complètement. La révulsion continue à s’opérer, une petite croûte se forme, et ne se détache que du huitième au quinzième jour sans laisser de trace. Je recommande aussi aux ma- , Jades d’en verser dans un vase à large ouverture et de faire des inspirations plusieurs fois par jour.
Pour arrêter les hémoptysies, le traitement le plus efficace, c’est sans contredit, le perchlorure de fer, dont on règle facilement les doses (15 à 30 gouttes par jour, en trois fois dans une cuillerée à bouche d’eau froide) .
Lorsqu’il y a douleur de gorge, je conseille un gargarisme au chlorate de potasse (10 grammes pour un demi-litre d’eau). On l’emploie six fois par jour.
Lorsque les quintes de toux sont fréquentes, il est utile de faire usage du sirop pectoral du docteur Servaux (de 2 à 6 cuillerées par jour). Je préfère ce sirop à tous les autres parce que c’est le seul qui ne renferme pas d’opium.