Mém. d'Ouvrant
Pour terminer, on observera que l'Angleterre ne fut point tant le banquier de l'Europe; elle ne prêta que 66 millions à l'Espagne, et à partir de 1810 seulement. L'Autriche, la Prusse, la Russie, la Suède et la Sicile enfin n'en reçurent que 371, et la plus lourde charge qu'elle endossa fut l'entretien de la moitié de l'armée portugaise, qui fi;iit par lui coûter annuellement 50 millions. Qu'est cette avance de 66 millions, une fois faite à l'Espagne, à côté des 300 que cette puissance dut chaque année tirer presque exclusivement de ses colonies, car foulée par amis et ennemis, la métropole était à bout de ressources?
On vit bientôt l'Angleterre solliciter l'Espagne, engager des pourparlers avec les Juntes provinciales, accueillir à Londres leurs délégués, proposer des secours, inonder le pays de ses émissaires; enquêteurs, diplomates ou stratèges à tous crins qui parlèrent haut et dénigrèrent jusqu'à la calomnie le gouvernement espagnol, ses hommes politiques et ses généraux; on la vit invoquer la noblesse de sa cause et, sous l'apparence de sentiments humanitaires, déguiser d'étroits calculs. Au reste, l'Espagne ne fut point dupe de ces protestations, et son attitude aussi sage que prévoyante lors des tentatives sur Cadix prouva que si elle s'estimait heureuse de conclure une alliance, elle entendait conserver l'indépendance de ses ports. Peutêtre vit-elle avec surprise, avec indignation même, l'isolement dans lequel les puissances la laissaient, se bornant à des encouragements platoniques; chacune d'elles avait assez à faire à sauvegarder ses intérêts, et somme toute, la guerre d'Espagne n'ajoutait qu'un chapitre à l'histoire de cette terrible époque, elles en prenaient leur parti après tant d'autres qui avaient coûté davantage à leur amour-propre.
H Donc, plus de finances et plus de marine. Si l'on en
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juge par la correspondance de Murât et des capitainesgénéraux, le dénuement de l'armée n'était pas moindre. « Il n'y a rien dans les caisses, dit le Manifeste de la Junte de Valence : les dérèglements de la cour, la rapacité du favori et le désordre qui s'est introduit dans les diverses branches du gouvernement ont tout épuisé. » A la fm d'avril 1808 déjà, la trésorerie du royaume de Valence, un des plus riches de la Péninsule, n'avait qu'une encaisse de 63.000 francsM » Il serait facile de fournir d'autres preuves non moins péremptoires de cette situation, — elles abondent dans les archives espagnoles — si l'on n'avait à redouter le reproche d'abuser des références. Gomment, au surplus, donner en quelques pages la substance d'un grand nombre de volumes que nul n'a osé écrire encore, mais dont on pressent les lointaines recherches, la profondeur et l'intérêt?
Désespérée, l'Espagne n'avait aucune mesure à garder vis-à-vis de la France et devait à tout prix se dégager de l'impasse oii l'avait fourvoyée le prince de la Paix. Mais par malheur, la guerre était au-dessus de ses moyens et Napoléon retirait de trop grands avantages du pseudopacte de famille pour ne point chercher à l'éviter. S'il était alors et s'il est encore un principe dont la France ne doit jamais s'écarter, c'est celui de n'avoir aucune crainte du côté des Pyrénées lorsqu'elle se trouverait en lutte avec les puissances du Nord; principe signalé déjà par le général Lamarque dans ses Souvenirs, et que confirme la correspondance de Metternich : « Pourquoi, m'a dit l'empereur, j'ai fait un changement en Espagne? J'avais besoin de tranquillité dans mon dos^, »
Une occasion parut enfin se présenter. En 1806,1e Cabinet de Madrid arma en sourdine et prit des mesures aussi