JOUKNÉES DES 16 ET 17 JUILLET
.1 M. le général Du four
Guarroman, 17 juillet.
« Vous partirez de suite pour vous rendre à Sainte- Hélène, et y prendrez position avec vos troupes. »
Le général de diiision, .
Signé : Vedel.
« Ce fut en présence d'une partie des officiers de létat-major du général Vedel et du mien qu'eurent lieu, à Guarroman, les explications ci-dessus. »
Une telle déclaration constitue une charge d'autant plus écrasante contre Vedel qu'il n'avait laissé à Baylen gu^tin hataillon et une pièce de canon avec le général Cavrois ^ et que même il les rappela à lui quelques heures après son départ ! Rien ne transpira de cette discussion dans ses dépêches à Dupont. Si, comme il l'assure, les reconnaissances envoyées <« vers le Guadalquivir » lui donnèrent « la certitude qu'il n'y avait point d'ennemis entre le fleuve et Baylen- », ce n'était point assez : il fallait reprendre ie contact et pousser des pointes sérieuses sur Mengibar et Villanueva, et non à mi-chemin.
On le conçoit sans peine, tout était là et dès lors tout changeait de face, car les patrouilles eussent découvert sur la rice droite du fleuve l'ennemi après lequel il courait à marches forcées vers le Despena Perros. Mais non, se bornant à des reconnaissances insuffisantes ou mal faites, Vedel infère de ce qu'elles n ont point rencontré fmlœmi entré le Guadalquivir et Baylen^ qu il se porte sur la Caroline ! Alors qu'en peu d'heures sa cavalerie peut
1. Ordre de Vedel au général Cavrois, 17 juillet. ■2. Observations de Vedél (.\rch. Guerre).
réclairer sur la situation, il préjuge^ et rien à la guerre n'est plus dangereux; il marche en aveugle vers les défilés de la Sierra Morena, à la poursuite d'un ennemi imaginaire et avec une telle précipitation qu'il laisse Baylen à la merci des colonnes espagnoles prêtes à déboucher de Mengibar et de Villanueva.
Vedel à Dupont
Guavvoman, 17 juillet, dix heures et demie du matin.
« J'arrive à Guarroman. J'y ai rejoint les généraux Dufour et Belair. Ils partent à l'instant pour aller prendre position à Sainte-Hélène. Peut-être l'ennemi y arriverat-il avant eux. Dans ce cas, ils m'attendront pour agir, s'ils ne le peuvent sans moi.
« Les rapports de quelques paysans s'accordent à dire que l'ennemi marche par plusieurs chemins pour s'emparer des gorges. On le dit fort de 8 à 10.000 hommes. Ceci paraît exagéré; quoi qu'il en soit, j'espère que nous le mènerons demain à la française.
« Je donne ordre au général Caerois, que J\/fy//s Iftissê à Baylen pour protéger la communication., d\n partir au reçu de ma lettre ^pour me rejoindre dctnain matin à Sainte- Hélène.
<( Je chercherai l'ennemi sur toutes les routes, afin de le battre partout. Mon expédition terminée, je reviendrai à Baylen avec le gros de ma troupe et y prendrai position pour vous rejoindre ensuite dans le plus court délai.
« J'ai examiné la situation de Baylen. Elle me paraît très avantageuse sous tous les rapports. Un corps d^ armée établi à Baylen serait maître de tout le royaume de Jaën, en faisant occuper Baëza et Ubeda., et y vivrait bien. »
Vedel entra à la Caroline dans la matinée du 18, au
btPONT S ATTARDE A ANDtJAR 177
moment OÙ, par son ordre, Dufour atteignait Sainte-Hélène. D'Espagnols, point : la route de Madrid était ouverte et les courriers y circulaient. Vainement prétendra-t-il plus tard avoir agi «avec l'approbation de Dupont»; dans la nécessité de s'en remettre aux informations qu'il en recevait, celui-ci se borna en somme à lui répondre : « Vous êtes mieux placé que moi pour voir et savoir, faites...» Après une aussi horrible manœuvre, et pour peu qu'il songeât aux ^dangers que courait le général en chef, Vedel devait à toute bride se rabattre sur Baylen ; il n'en fit rien. Aux fautes qu'il commit les 16, 17 et 18, devaient s'ajouter par surcroît celles du 19, dont les conséquences furent si terribles que ne pouvant les attribuer à des malentendus, à des renseignements erronés, Clarke en arriva à le soupçonner de jalousie et de mauvais vouloir. <i Tout me fait craindre que Dupont ait été mal obéi... Je ne sais si fa similitude de grade na pas eu une influence funeste sur la discipline, elc'. »
ni
DUPONT s'attarde A ANDUJAR
Pourquoi Dupont remit-il au 18' au soir l'évacuation d'Andujar? A quel moment lui apparurent le danger de sa }tosition et les responsabilités qui s'amassaient sur sa tête? Abandonner Andujar le 17 ou l'abandonner le 18 c'était sauver ou peut-être perdre l'armée, et seules, les pièces de correspondance présentent un caractère de certitude assez absolu pour permettre de résoudre des questions d'une telle gravité dans les circonstances ou l'on se