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Whittinyhain à Dalrymple, 21 juillet

RETRAITE ET fiAT AILLE DE RAtLËN 189

Les pentes du Cerrajon, de la Haza et des Ziimacar sont raides, parsemées de bois ou de bouquets d'oliviers, mais nullement rocheuses, et il en est de même des rampes daccès de la Croix-Blanche du côté de la De hesa, ïescaladG n'en présente aucune difliculté. même pour la cavalerie^.

Les divisions Beding et Coupigny, fortes ensemble de 17.<J00 hommes, dont 1.200 de cavalerie, et 16 pièces de canon, bivouaquaient sur leCerro de Valentin, à cheval sur la route : Bpding au nord et Coupigny au sud. Et comme il fallait observer les débouchés de Guarroman, par où Vedel pouvait revenir et attaquer à dos pendant la marche sur Andujar, Beding avait fait occuper le San-Cristobal par 3 bataillons et l'Ahorrado par 3 autres ; le régiment de cavalerie de Montesa patrouillait dans la direction de Guarroman. Il se rendait visiblement compte de sa situation, en somme tout à fait comparable à celle de Dupont.

Chabert passa le Bumblar, atteignit la Croix-Blanche sans avoir rencontré personne et culbuta l'avant-garde ennemie. Il lui enleva même 2 pièces de canon, mais sans pouvoir les emmener. Les hauteurs du petit Zumacar et du Cerrajon avoisinant le col furent aussitôt occupées.

A ce moment, l'armée espagnole rompait les faisceaux et, le jour se levant, s'apprêtait à se mettre en marche sur Andujar : entendantla fusillade, les divisions se formèrent sur place et lancèrent vers les hauteurs des régiments qui parvinrent sans peine à nous en déloger. Chabert n'avait avec lui qu'un bataillon de la i" légion, 4 compagnies de grenadiers, 1 escadron et 2 pièces de canon; il se replia sur le col et s'y cramponna. En vain les brigades de cavalerie Dupré et Privé, accourant de la queue de la colonne, attaquèrent les hauteurs : expulsé et perdant môme des drapeaux, Tennemi y revenait sans cesse avec

1 Voyez le plan du champ de bataille.

des troupes fraiclies. En vain les brigades Rouyer et Pannetier^, se formant à la Croix-Blanche tandis que le convoi serrait et passait le Rumblar, marchèrent contre la gauche de l'ennemi ; elles furent ramenées à leur tour. Massée sur le Valentin, l'artillerie espagnole vomissait le fer à toute volée dans la trouée, et sur un terrain aussi resserré, que confinaient les pentes de la Hazana, du Cerrajon, des Zumacar, que coupaient les bois d'oliviers, nos colonnes étaient dans l'impuissance de se déployer. A la lin, réduite h rester sur la route sous le feu convergent de 16 pièces, notre artillerie fut démontée, et de 10 canons, 5 ou 6 seulement furent en état de tirer. Successivement, les forces de Dupont étaient entrées en ligne, à l'exceplion du détachement laissé à la garde du pont du Rumblar, devant lequel on s'attendait à voir paraître Castanos. Les heures s'écoulaient en pure perte ; la fatigue d'une marche de nuit, la soif, l'atroce chaleur, des attaques incessamment renouvelées, avaient anéanti les forces physiques et morales du soldat, et d'un instant à l'autre, le canon de Castanos allait répondre à celui de Reding. Enfin D. Juan de la Cruz, qui avait traversé le Rum-

\. Nous hésitions à citer la brigade Paniietier, car, si Dupont écrivit à Savary que toutes ses troupes avaient donné, le général Privé parle dans non Journal de vêpres de 2.000 hommes employés à la défense du convoi-» et le croquis du lieutenant Tliiébault, joint à son manuscrit, place en ellet derrière le pont du Rumblar la garde de Paris et la 3° légion, soit les 4 bataillons de Pannetier,dontla force totale s'élevait aux 2.000 hommes dont parle Privé. 11 est vrai quele manuscrit de Thiébault accuse ^wp/çmcs co?»j3a- (jnies, et qu'une surcharge qui ne peut guère être de sa main remplace compagnies pnr bataillons.

Dans la réalité, Panneliur gardait le pont avec sa brigade, les marins de la garde el 3 pièces de canon; et pour exécuter la charge finale, Dupont les fit avance)' sur la Cidix-Blauche, à l'exception dun bataillon de la 3° légion et des 3 pièces (|ui restèrent en ])osition. 11 résullc en ell'et des recherches auxquelles s'esl livré M. Mari inieii d.ins ses Tnlileiiu.r: des officiers tués et blessés pendant les (fuerresdv l'Iùu/iirr, <|iie le> ngimenls ci-dessus perdirent, dans celle chai-ge, 'li officiers. Grâce a nuire ami, ce point d'histoire se trouve élucidé; si Dupont avait livré bataille aux H. 000 Espagnols de Reding avec les seules brigades Chabert et Schramm, soit 5,000 hommes, quelle charge plus giave aurait pesé sur lui?

RETRAITE ET BATAILLE DE BAYLEN l9l

blar à deux lieues en amont du ponlavec la division de montagne, occupait Los Baùos. Encore une heure oudeux, et Vedel pouvait être, lui aussi, coupé de Baylen ! Où donc se trouvait ce général, qui avait ordre de s'y rabattre au plus vite, dès qu'il aurait culbuté les colonnes supposées en marche sur Sainte-Hélène et le Despena Perros? On le savait à la Caroline et, depuis la veille, on était sans nouvelles de lui. S'il était victorieux, que lardait-il à paraître en vue de Baylen et' à dégager son chef en ouvrant par derrière la porte qu'il s'épuisait vainement à enfoncer par devant ? Si, au contraire, il avait échoué, s'il était lui-même battu, il ne restait plus qu'à se rendre ou à se faire jour.

Dupont termina l'affaire par où elle aurait du commencer ; mais à ce moment la brigade espagnole, abandonnant ses braves et loyaux officiers, passa à l'ennemi, et dans ces conditions, une charge générale à la baïonnette n'avait plus aucune chance de succès, alors que, trois heures plus tôt. le salut en eût dépendue Blessé, abattu, à bout de forces, ne disposant plus d'un seul bataillon, il se résigna à passer sous les fourches caudines et demanda un armistice pour traiter avec Gastanos. Il était environ midi et demi : on s'était battu sans interruption pendant neuf heures, et sur 9.000 hommes, 2.400 jonchaient le champ de bataille. « J'appris, rapporte Privé, que M. le général Dupont, perdant tout espoir, s'était déter-

l.Nous ne savons ;i quelle source Arteihe a puisé pour donnerune relation circonstanciée et métliodique de l'engagement. Les Archives de la Guerre sont muettes à cet égard, et nous ne pouvons mieux faire que de rappeler, d'après cet historien, les phases successives d'une affaire à laquelle, comme pour Alcolea, il imprime un caractère un peu scientifique:

1° Engayement de Vavant-garde ;

2° Entrée en ligne et engagement de la brigade C/iah^'rt :

3' Attaque de la Hazanu Walona, du centre et du /n'/i/ '/.uuuiciir /,„ !>>.< brigades Chaberl et i^chramm et la cavalerie ;

k° Attaque générale par le corps entier de Du/mui/. ,i I Vx, ( [ilii.ii duii bataillondela 3" légion laissé au pont du Rumblai-; la brigade- sui>M' p i->e à l'ennemi.

La division Reding était formée à droite de la route et la division Cou-

192 GLERRE DESPAGNE

miné à envoyer au général Reding un parlementaire pour demander à capituler : que l'on était convenu de cesser le combat et que les deux armées devaient garder leurs jjositions respectives. Vivement aflecté, je me rendis auprès du général en chef. Je lui représentai qu'il me semblait que rien ne devait être encore désespéré et que le passage pouvait être forcé, ,1e lui proposai^ pour l'edectuer plus sûrement, d'cdjandonner toute espèce de voitures qui gênent et entravent la marche de l'armée et à la défense desquelles étaient employés près de 2.000 hommes, de réunir toutes ses forces vis-à-vis l'aile droite de l'ennemi et de marcher en colonne d'altaque, faisant flanquer la gauche par toute la cavalerie : les Espagnols, vu leur position, ne pourraient résister à cette attaque, surtout lorsqu'ils verraient notre cavalerie déborder leur aile droite et les attaquer en flanc, et ils seraient forcés de nous céder le passage; alors l'armée, continuant à marcher, se battrait en retraite jusqu'à ce qu'elle se fût réunie à la division Vedel. J'ajoutai que ces dispositions et cette attaque étaient d'autant plus faciles à faire que nous étions masqués par un bois, qui empêchait que les Espagnols ne pussent voir aucun de nos mouvements pour former nos colonnes. Accablé dans ses réflexions, bien pénibles sans

pigiiy ù gauche. Les ailes s'avançaient sur les Zumacar et la Haza Walona, tandis que le centre, placé en avant de Baylen sur le Valcntin. était retiré. U serait difficile d'imaginer une position plus forte. Arteclie dit que Duiiont n'écouta point les officiers qui lui conseillaient de former une seule masse de tous ses bataillons et de faire une trouée par la route : VaLlaque. cjénérale se fit sur tout le front du champ de txitaiUc. Si le l'ait est vrai, on n'a qu'une faute déplus à enregistrer.

Dans une note sur la bataille de Baylen insérée à la suite de son llislnire des dernières (/lierres de la Péninsule, le commissaire des guerres Amade dit que les bataillons Teulet et Freuler eurent la lâcheté de passer à l'ennemi. C'est une atrocité. Amade est inexcusable; il s'agit de la brigade suisse-esjoaf/?ioZe de Schramm, et non point des braves bataillons suisses au service de la France; Teulet d'ailleurs commandait la 4" légion.' Et voilà comme on écrit l'histoire... Pauvre public! 11 n'y avait qu'un bataillon suisse-français à Baylen, et il y perdit 14 officiers.

doute, le général Dupont ne répondit rien à toutes mes propositions : je n'insistai pas, je me retirai*. »

Par son ordre, le capitaine de VlUoutreys s'était rendu en parlementaire aux lignes ennemies, et Reding avait dû s'estimer heureux d'accorder un armistice. 11 nous déplaît sans doute d'avoir à citer ici, en le traduisant de l'espagnol, le mémoire ou journal d'un officier français demeuré introuvable à la Bibliothèque et aux Archives nationales, mais ce qu'il rapporte présente un cachet de vérité auquel on ne peut se méprendre : « Les deux armées avaient un égal intérêt à faire des efforts extraordinaires : la nôtre, pour forcer la position et passer; celle des Espagnols pour s'y maintenir ; car toutes deux étaient menacées de se trouver entre deux feux ; nous, par le corps principal espagnol que nous avions laissé sur les hauteurs d'Andujar en nous retirant et qui, par conséquent, pouvait tomber au premier instant sur nos derrières ; Reding, par l'arrivée de Vedel, qui avait dû quitter la Caroline et ne pouvait être loin du champ de bataille. Ainsi, vu leur position réciproque, les deux armées devaient mutuellement se hâter de terminer une affaire appelée à décider et qui effectivement décida du sort de l'une d'elles, et, sans aucun doute, de l'indépendance de la nation espagnole'.»

Quelle situation fut jamais plus atroce, quel malheur plus complet? L'émotion nous étreint le cœur à la pensée des hontes et des infamies qu'il nous reste à rapporter, car l'opprobre suivit de près la victoire et la déshonora à jamais, et le malheur n'inspira ni pitié ni respect.

Malheur, deux fois malheur au vaincu, si aux outrages de l'ennemi viennent s'ajouter la haine et le mépris de ses concitoyens! Qu'a-t-on attendu dans notre pays pour condamner une telle injustice, établir les responsabilités

1. Journal du général Privé {kvcti. Guerre). 1. Mémoire ou Journal du capitaine Baste.

194 CxUERRE D ESPAGNE

et montrer aux contempteurs jusqu'où les ont conduits l'aveuglement et la passion.

CASTANOS REFUSE UNE SUSPENSION D ARMES : IL EXIGE UNE CAPITULATION IMMÉDIATE

La question est si grave et de simples extraits des pièces de correspondance dénatureraienttellement les faits, que nous n'hésiterons pointa reproduire la majeure partie tant des lettres des généraux espagnols et des rapports de Gastaiïos à la Junte que des interrogatbires ou déclarations de Dupont, Legendre, Marescot, Ghabert, Martial Thomas et Villoutreys devant le Conseil d'enquête ; tous documents inédits qui forment un dossier complet pour les journées des 19, 20, 21 et 22 juillet, oii se traita et conclut la capitulation.

Castanos à la Junte de Séville.

Andujar, 19 juillet, 8 lieures du malin

« Hier, Reding me fit savoir qu'il était entré, le matin à neuf heures^ à Baylen avec sa division et celle du marquis de Goupigny, et que l'ennemi se retirait à Guarroman, après avoir laissé un bataillon qui en fut chassé aussitôt*. Je lui ordonnai sur-le-champ de prendre Andujar en ilanc avec ses deux divisions, tandis que je l'attaquerais de front.

(( Je me préparais à le faire à la pointe du jour, lors-

1. Il semblerait résulter de là que le bataillon laissé à Baylen avec le général Cavrois en fut chassé, le 18, vers neuf heures du matin, avant d'avoir reçu de Vedel Tordre de le rejoindre à la Caroline.

CASTA^fOS REFUSE UNE SUSPENSION d'aRMES 195

qu'à deux heures du matin j'appris que Tennemi évacuait Andujar et se retirait précipitamment par la route de Madrid. Je ne puis cacher mon étoiinement que les habitants (V Andujar ne m'en aient donné le moindre avis. Craignant qu'il ne m'échappât, j'ordonnai à Lapena de harceler l'arrière-garde avec sa division : disposition d'autant mieux justifiée que je reçus, au moment môme, une lettre de Reding- m'informant qu'il quitterait Baijlen à trois heures pour attaquer Andujar à onze. Ainsi, par ce mouvement, Dupont va se trouver entre les divisions de Reding et celle de Lapena.

« J'occupe la ville avec la division Jones, et j'y ai pris une position qui s'adapte à toutes les occurrences. L'ennemi y a laissé trois cents malades. Le général Cruz ' m'a averti qu'il a pénétré avec ses tirailleurs jusqu'à Los Rafios, et si le colonel Valdecanas a bien suivi mes instructions, bientôt nous occuperons le Despena Perros. »

Lapena ne quitta Andujar qu'à huit heures du matin. Afin de regagner du temps, il marcha en masse de guerre : la cavalerie et l'artillerie sur la route et l'infanterie par les côtés, à travers champs. L'avant-garde, aux ordres de D. Rafaël Menacho, déhoacha à deux heures deyantle ^ont du Rumblaret Lapefia Attirer quatre coups de canon à intervalle régulier pour annoncer son arrivée à Reding '. A ce moment, vint à lui le capitaine Villoutreys. qui arrivait du camp espagnol et portait à Castanos la dépêche suivante :

Hedint/ à CustaJios.

linyleii. l'J juillet.

'< .1 midi, /orstjuc lo feu (■niniiirjirai/ à SI- ral/iirr. un parlementaire du général Du i mut s'pst pri'sejitr . Comme

1. D. Juan de la Cruz, commandant la division de montagne. 1. Menacho à Caslaiîos, 19 juillet.

je liai point pouvoir pour traiter d'une capitulation et qu'on ne m'en a jamaifi parlé^, je vous envoie le susdit M. de Villoutreys, afin qu'il vous dise ce dont il s'agit; pendant ce temps nous serons tranquilles, et, s'il est nécessaire, j'enverrai un peu d'eau à l'ennemi.

(( Je n'en puis dire davantage.

« Lapeha a reçu mon avis de s'arrêter au point où il se trouve, à une demi-lieue, je crois, de l'armée française. »

Dupont avait demandé, mais verbalement : \° une suspension d'armes. Reding t accorda, sous la réserve formelle que Castahos la confirmerait^; et comme consé([Lionce, outre que les troupes engagées resteraient sur leurs positions respectives, celles de Castanos venant d'Andujar comme celles de Vedel attendues de la Caroline, s'arrêteraient et s'interdiraient tout mouvement offensif; 2° le libre passage par Baylen vers la Sierra Morena et Madrid. Reding refusa; 3° une capitulation honorable. Reding déclara ne point avoir les pouvoirs nécessaires, qu'il fallait en référer à son général en chef.

Or, qu'arriva-t-il ?

Castahos à la Junte de Séville.

Andiijar, i^ juillet, & heures du soir.

(( Il est cinq heures et demie-^ : un officier parlementaire (M. de Villoutreys) est arrivé porteur de la demande que je voulusse bien ordonner à Lapena de suspendre toute hostilité pendant la conférence que Dupont avait

1. « Como yo no lenr/o facultad de capitular ni jarnàs tite se ha kuhlndo de esto. envio el mismo M. de Villoutreys para que el diga cuanto huy sobre el asunto... »

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