‹ Guerre d'EspagneChapitre 128 sur 207 · Journal de Privé · texte numérisé non relu

Journal de Privé

ransportèrent chez ce général et lui firent observer que •on corps <rannér jouissant de toute sa lihprt(\ ne pouvait être en situation de capituler, et que Dupont, qui était enveloppé, avait perdu le droit de lui donner des ordres ; }ue r honneur ne permettait pas (F accepter nne iKin-illr capitulation, puisquon était encore maître des gon/rs ilc a Sierra Morena et qu'on avait douze heures de ntarclu- •ur tennemi. A toutes ces représenlations, Vedel opposa a nécessité d'obéir, les conséquences d'un refus et l'obligation de tenir ses engagements : plusieurs généraux ippuyèrent ses raisonnements et insistèrent sur le danger le repasser la Sierra Morena, prétendant qu'il n'y avait de ialut que dans la capitulation. Il ne resta plus qu'à perluader le soldat, et l'on parvint enfin à le décider à se soumettre à la volonté du général en chef... Ainsi donc, Vedel a adhéré à la capitulation contre le vœu des troupes 't des chefs de corps, et, bien plus, à une capitulation jui n'était point conclue encore, qui ne fut signée que le 12 dans l'après-midi et dont il ne connut les conditions jue dans la nuit du 21 au 22' ! »

(c Votre division, disait Legendre dans la lettre que )ortait Martial Thomas, se trouve comprise da)is le traité }ue nous venons de faire avec le général en chef de 'armée espagnole. En conséquence, veuillez rester oh la )rosente vous trouvera, en attendant que je puisse vous mvoyer copie du traité. »

Copie d'un traité dont on discutait alors les articles! Et )lus tard Dupont, dépêchant à son. tour le général Privé, léclarait : « Votre division est comprise dans le traité qui a m lieu... » îl sentit si bien la gravité de sa conduite en îette circonstance que dans son interrogatoire, croyant ses lépèches perdues, il affirma n'avoir prévenu Vedel que '<? 22; et que, dans son Précis, il va jusqu'à dire qu'il

1. Rapport de Clarke à Xapoléon, 27 déc. 1809 (Arch. nat. AFiv 1006 .

refusa de signer une lettre impérative, qu'il se borna à le prévenir qu'il était compris dans le traité, le laissant libre de continuer sa retraite, s'il la jugeait praticable. Vedel n'a pas cm sans doute sa retraite possible, et il a accédé an traité ^ .

Dupont s'était rendu le complice de l'ennemi en tendant à Vedel le piège où il eut le malheur de se laisser prendre, malgré les représentations de ses officiers et l'attitude non moins clairvoyante que courageuse de ses troupes. Impudeur d'un côté et « vertige d'inconséquence » de l'autre, on se demande vainement oîi se trouvaient la dignité et l'honneur qui eussent dû présider au règlement de la capitulation. L'honneur? la dignité? On a déjà vu et l'on va voir encore que les Espagnols les méconnurent au même degré, et qu'ils y joignirent une de leurs vertus naturelles, la barbarie.

Lapeha à Castahos.

Camp duliumhlav, 21 juillet.

« Ce matin, il y a eu une fusillade assez vive sur ma gauche. Le commandant de mon avant-garde est allé aussitôt prévenir I). Juan de la Cruz du traité et de la reddition de l'armée ennemie. Le feu a cessé, et il n'y a en que trois Français de tués. Ce soir, je j^orterai ma ligne en avant afin d'être davantage sur l'ennemi, an cas où cette nuit Dupont trahirait... Je laisse en ce moment passer les vivres à f armée française , mesure que j'avais suspendue,, parce que rexpérience oblige à se méfier des gens qui si souvent manquent à leur parole. »

Ainsi, non content d'avoir négligé d'informer D. Juan de la Cruz de rarmistice qui existait au moins en fait,

1. Conclusions du Pi^ocureur général et Précis des opérations de Dupont

puisqu'on traitait de la capitulation, l'ignoble personnage alTamait l'armée! Le lendemain encore, alors que la capitulation était sinon signée, du moins conclue, M. de Lapefia se disposait à attaquer lorsque Chabert survint à propos pour l'en empêcher.

Lapena à CastaF)o.<;.

Camp i/u Rumhlni , -22 jnillpf.

« Le général Chabert m'ayant présenté ce matin au lever du soleil, la lettre de Vedel. dans laquelle il acquiesce aux dispositions de la capitulation du général Dupont, j'ai suspendu l'attaque que j'allais commencer dans une excellente position, puisque mrs arri/i(-j>ns/r<. ^jt/i rfon/if à une portée de phtolel de l ennemi^ après l'aroir délogé sans qu'il ait répondit à mon feu, étaient sur les Français qui m'ont demandé la permissinn il'fnh-rrrr sur h' terrain même un de leurs généraux. »

Il n'y eut là sans doute, comme la veille, que « trois Français tués! >/ C'est horrible. Les négociations traînaient, et le moment semblait approcher où un massacre, UQ épouvantable assassinat allaient rendre toute capitulation inutile. Reding et Lapena s'impatientaient et jugeaient sévèrement Castafios, dont la place n'était point à la maison de poste, mais à l'armée et en rapport direct avec Dupont. Pour la part qu'il avait prise à la journée dt; Baylen. ses lauriers n'étaient qu'une brassée de foin.

Heding à Castanos.

Ba>/len 'sans dale. mais visihleme»t du 2[ nu s..,/-.;

« // y aurait heaucmiii à dire sur la capitulation de nos ehnemis, mais nous laisserons cela pour le moment oîi

j'aurai le plaisir de vous voir... Mon avis serait que vous veniez au camp deLapena, et que là, traitant en un instant avec le général Dupont, on achève une affaire si importante. Nous sommes tous impatients comme pleins de confiance que vous saurez la terminer en due forme. Mais le retard ne convient d aucune façon et nous rendrait tous ridicides.

« Permettez-moi de vous dire que la division Jones devrait marcher sans perte de temps sur le Despeîia Perros, puisque Valdecafias est toujours à Baeza, Ubeda et Linliarès, et ne l'a point fait. »

Les conditions de la capitulation ayant été arrêtées le 21 dans la soirée, Chabert revint trouver Dupont qui les accepta. A son retour à la maison de poste, le lendemain matin, les négociateurs, se trouvant trop à l'étroit, se rendirent à Andujar pour rédiger et signer l'acte dont nous donnons ici la traduction littérale de l'espagnol, rapprochée minutieusement ensuite de hi pièce insérée dans le rapport de Saint-Jean d'Angély du 17 février 1812. Cette précaution est d'autant plus nécessaire que certains textes portent des variantes et des erreurs de dates ou de localités.

« Leurs Excellences le comte de Tilly et lo général don Francisco Javier Gastanos, commandant en chef l'armée d'Espagne en Andalousie, voulant donner une preuve de leur haute estime à S. E. le général comte Dupont, Grand- Aigle de la Légion d'honneur, commandant en chef le corps d'observation de la Gironde, ainsi qu a l'armée sous ses ordres, pour la belle et glorieuse défense qu'ils ont faite contre une armée infiniment sî/pé?'icure en nombre et qui l'enveloppait de toutes parts : et M. le général Chabert, commandant de la Légion d'honneur, chargé des pleins pouvoirs de S. E. le général en chef de l'armée française, S. E. le général comte Marescot, Grand-Aigle

de la Légion d'honneur et premier inspecteur du génie, présent;

« Sont convenus des articles suivants :

Art. i". — Les troupes françaises sous les ordres de S. E. le général Dupont sont prisonnières de guerre, la divislo?i Vedel et les aidres troupes françaises en Andalousie exceptées.

x\rt. 2. — La division Vedel, et généralement les troupes françaises en Andalousie, n'étant point dans la position des troupes comprises dans Tarticle premier, évacueront l'Andalousie.

Art. 3. — Les troupes comprises dans l'article 2 conserveront généralement tous leurs bagages ; et pour éviter tout sujet de trouble pendant la marche, elles remettront leur artillerie, train et autres armes à l'armée espagnole, qui s'engage à les leur rendre au moment de leur embarquement.

Art. 4. — Les troupes comprises dans l'article 1" sortiront de leur camp avec les honneurs de la guerre : chaque bataillon ayant deux canons en tète ; les soldats armés de leurs fusils, qui seront déposés à 400 toises du camp.

Art. 5. — Les troupes du général Vedel et autres, ne devant pas déposer les armes, les placeront en faisceaux sur leur front de bandière ; elles y laisseront aussi leur artillerie et leur train, et il en sera dressé procès-verbal par des officiers de deux armées, et le tout leur sera remis ainsi qu'il est convenu à l'article 3.

Art. 6. — Toutes les troupes françaises d'Andalousie se rendront à San-Lucar et Rota, par journées d'étape qui ne pourront excéder quatre lieues de poste, avec les séjours nécessaires, pour y être embarquées sur des vaisseaux avec équipages espagnols et transportées en France m port de Rochefort.

Art. 7. — Les troupes françaises seront embarquées

aussitôt leur arrivée. L'armée espagnole assure leur traversée contre toute expédition hostile.

Art. 8. — MM. les officiers généraux, supérieurs et autres, conserveront leurs armes, et les soldats leurs havresacs.

Art. 9. — Les logements, vivres et fourrages, pendant la marche et la traversée, seront fournis à MM. les officiers généraux et autres ayant droit, ainsi qu'à la troupe, dans la proportion de leurs grades et sur le pied des troupes espagnoles en temps de guerre.

Art. 10. — Les chevaux de MM. les officiers généraux, supérieurs et d'état-major, dans la proportion de leur grade, seront transportés en France et nourris sur le pied de guerre.

Art. 11. — MM. les officiers généraux conserveront chacun une voiture et un fourgon; MM. les officiers supérieurs et d'état-major, une voiture seulement, aans être soumis à aucun examen.

Art. 12. — Sont exceptées de l'article précédent les voitures prises dans l'Andalousie, dont l'examen sera fait par M. le général Ghabert.

Art. 13. — Pour éviter la difficulté d'embarquer les chevaux des corps de cavalerie et d'artillerie, compris dans l'article 2, lesdits chevaux seront laissés en Espagne, d'après l'estimation de deux commissaires français et espagnol, et acquittés par le commissaire espagnol.

Art. 14. — Les blessés et les malades de l'armée française, laissés dans les hôpitaux, seront traités avec le plus grand soin, et seront transportés en France sous bonne et sûre escorte, aussitôt leur guérison.

Art. 15. — Comme., dans phisieyrs endroits., et yiotamment à lassant de Cordoue., plusieurs soldats, au mépris des ordres de MM. les généraux., et malgré les soins de MM. les officiers., se sont portés à des excès qui sont conséquents et inévitables dans les villes qui font résistance

OniFrSK r.ONDUlTE DES GÉNÉRAUX ESPAtxNOLS 217

ail iM'i,,ii')l! (frlrr pi'}sf<. MM. /rs r/r/ir/'i/n > ,-t mitrp^ offi- Cier>< iirPUiIrnnt 1rs iiir^iii'i'^ ni-ri'ss(i}ri< iiniir i/rimir ri r h'S vasfs sacrr^ //ni iiPiirrnt ai'n'ir rtr niln'rs. et h's if'stituf')\ fi' ils r.r/sfni/ '■.

Art. 16. — Los employas civils attachés à l'armée française ne sont point considérés comme prisonniers de guerre ; ils jouiront cependant, pour leur transport en France, de tous les avantages de la troupe, dans la mesure de leurs emplois.

Art. 17. — ' Les troupes françaises commenceront à évacuer lAndalousie le 23 juillet, à 4 heures du matin. Pour éviter la grande chaleur, la marche des troupes s'etïectuera de nuit et on se conformera aux journées d'étape qui seront réglées ])ur MM. les officiers d'étatmajor français et espagnols, en évitant le passage des troupes dans les villes de Cordoue et de Sévi lie.

Art. 18. — Les troupes françaises, pendant leur marche, seront escortées par les troupes de ligne espagnoles, à raison de 3(X) hommes par colonne de 3.000 hommes, et MM. lesofficiers ::viirraux seront escortés par des détachements de cavaleiic de ligne.

Abt. 19. — Les troupes, dans leur marche, seront toujours prt'M'(Mléi>s pai- <]('> cniiiinissaires français et espagnols, qui devront a>surei' le- logements et vivres nécessaires, d'après les états qui li-ur seront fournis.

Art. "20. — La présente capitulation sera portée de suite à S. K. le duc de Rovigo, commandant en chef des troupes françaises en Espagne, par un officier français qui devra Hre escorté par des troupes de ligne espagnoles-.

Art. 21. — Il est convenu par les deux armées qu'il

1. « Los excesos qiif son coiisii.Hiieiiti's ô iiifvilabk'S en las ciuilades que lacen resistancia al tienijio «le si r tMiiiaila< ■>. Au risque dune incoiTec- ,ion, nous avons voulu ilonner le uiut à mot. Cet article et lartit le I ! <ont les plus graves du traité.

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