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Journul des opérations de l'année de Calalo(/ne, 21b

une jactance capable de rabaisser la cause la plus sainte, loin d'e'veiller les susceptibilités de l'étranger, ne provoquent en lui qu'un juste mépris. Ainsi ramenée à ses proportions naturelles, la page qui appartient à l'Espagne est assez haute pour lui suffire.

Certains historiens s'évertuent à préciser le moment oii Napoléon arrêta ses résolutions sur la Péninsule ; recherche oiseuse, car si l'article 3 du traité de Tilsitt portait : « La dynastie des Bourbons d'Espagne et la maison de Bragance en Portugal cesseront de régner ; un prince de la famille Bonaparte succédera à chacune de ces couronnes », nul doute que l'invasion a été l'objet de ses méditations longtemps avant la malencontreuse proclamation de 1806. Les pleutres de Madrid, comme ceux de Lisbonne, étaient indignes d'intérêt; ils le gênaient; il fallait en finir par un coup de théàtic.

Dès lors son génie s'applique à préparer le terrain et à trouver des prétextes d'ingérence dans les affaires de la Péninsule ; une année presque entière de machinations le conduit à ses fins, et le jour où le rideau se lève, il n'est plus possible de reculer. Préparer le terrain, c'est-à-dire faire le vide au cœur de l'Espagne et anéantir toute velléité de résistance, quoi de plus simple? Aux clauses du triité de San Ildefonso et à la guerre avec lAngloterro se joignaient, pour lui en donner les moyens, Ihuaiilité et le vertige du Cabinet de Madrid. Normalement, l'cirmée espagnole comptait 128.000 hommes de toutes araies : or déjà 12.000 avaient été transportés en Dane-

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mark, et un nouveau marché de dupes, le traité de partage du Portugal conclu secrètement à Fontainebleau le 27 octobre 1807, vint obliger l'Espagne à fournir un contingent de 24.U00 hommes pour l'occupation de ce royaume. En d'autres termes, 40.000 hommes, les meilleurs régiments, quittèrent la métropole et furent se ranger sous les ordres de Bernadotte ou de Junot; situation étrange et non moins dangereuse, car outre les garnisons nécessaires aux Baléares et à Ceuta, il fallait, avec 1)0.000 hommes, pourvoir à la défense de 650 lieues de côtes exposées aux entreprises des flottes anglaises et conserver à portée de Madrid une réserve, n'eût-elle pour effet que de rassurer la cour. 70.000 hommes seulement gardaient les cotes et les îles de la Méditerranée : La route de Madrid était ouverte...

Impuissant, imbécile ou dément, le Cabinet de Madrid ne devina point que l'article 6 du traité de Fontainebleau cachait un prétexte d'invasion. « Un corps de 40.000 hommes de troupes françaises sera réuni à Bayonne pour être prêt à entrer ea Espagne, à l'effet de se rendre en Portugal, dans le cas où les Anglais y enverraient des troupes. » Or, bien que les cotes du Portugal fussent inabordables l'hiver, et que Junot n'eût rien à craindre des Anglais avant le printemps, sans que le gouvernement espagnol eût été consulté, une masse grossissante et qui iinit par s'élever à 116.000 hommes franchit les Pyrénées de décembre 1807 à mars 1808 et se dirigea en trois colonnes sur Vitoria, Pampelune et Barcelone. Qu'on juge des perplexités de la cour à l'approche de cette invasion déguisée, de sa déconvenue, après tant de sacrifices consentis pour se faire pardonner la folle équipée de 1806, de sa rage enfin d'en être réduite à de vaines protestations ! Tandis qu'elle j cachait au fond du palais les reproches de sa conscienct

et la honte de son passé, le peuple, qui s'en était détaché, mettait son espérance dans Napoléon et appelait ses armées à Madrid.

Tel fut le premier mouvement de l'opinion publique. Dans le courant de février 1808, alors que de Bordeaux et de Toulouse à Bayonne et V^itoria les routes sont couvertes de troupes et que l'invasion progresse avec cette méthode dont l'empereur avait le secret, M. de Vandeuil rend compte à Champagny que « l'entrée de l'armée française en Espagne a produit deux sensations entièrement opposées : elle a consterné le prince de la Paix, la reine et leurs adhérents, tandis qu'elle a fait naître dans Tàme des Espagnols Tespéranco rFun rjrand changi-mcnt que. quel quil soit^ ropinion publique appelle hautement. Du reste, il se dit tout haut et partout que Sa Majesté ne songe point à exécuter le traité et qu'il a <ervi de prétexte à l'entrée des troupes françaises ; que son silence ne peut s'interpréter que d'une manière sinistre pour le prince de la Paix, autant qu'heureuse pour l'Espagne. » Il ajoute : « Le prince n'a pu contenir ses discours sur ce qui se passe réellement dans sa pensée. Dans l'intimité de ses ép,anchements,ila dit que, par le traité 25.00<» Français et non 60.000 devaient passer en Portugal : que l'empereur gardait depuis six semaines avec lui le silence le plus alarmant, que peut-être Sa Majesté Impériale méditait l'inexécution du traité et qu'alors il n'était que trop évident qu'elle voulait faire à l'Espagne une guerre pour laquelle il serait facile de créer des prétextes ; que, dans cette situation désespérée, il aurait prié déjà le roi d'accepter sa démission, s'il ne craignait par là de le faire mourir de chagrin. La terreur de la reine est alimentée de remords : elle craint tout et n'a aucune force personnelle pour le bien'. »

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