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Ce ne peut être que la Relacion dont nous avons parlé

« Nous avons ensuite traversé la ville et le champ de bataille. Ce soir, à 7 heures, le général Vedel et son état-major se sont présentés devant moi. , Ses troupes avaient déposé les armes.

(( Tout s'est passé dans le plus grand ordre. C'était une troupe qui, en proportion de son nombre avec le nôtre, eût effrayé tous autres que des Espagnols. »

Un correctif pourtant : ils ne trouvèrent point leur compte d'armes et de chevaux, car « après le défilé, tels étaient la rage et le désespoir des soldats devant cet acte d'humiliation qu'au moment oii la tête de colonne déposait ses armes, la gauche se répandit par les oliviers de chaque côté de la route pour se garantir du soleil, brisa celles-ci et les jeta dans les ravins, et laissa aller les chevaux. La perte fut considérable et ne put être évitée, malgré le concours des paysans des fermes et localités voisines K »

« Il serait difficile, rapporte de son côté le lieutenant Thiébault, de donner une idée de l'état déplorable dans lequel se trouvaient les débris de l'armée, depuis le 19 jusqu'au 23 au matin, jour de son départ comme prisonnière de guerre jusqu'à Cadix, oii elle devait être embarquée. Une c/ialeu)' excessive avait coj'rompif les cadavres, qui exhalaient une odeur infecte, et avait rendu toutes les blessures mortelles. Dévorés par la soif et la faim, les officiers et les soldats étaient couchés sous les oliviers. Et ceux que le besoin commandait impérieusement allaient chercher de l'eau sur les bords d'une fontaine placée de l'autre côté du ravin, où ils recevaient la mort des paysans embusqués près de la route. Le feu avait été mis à tous les champs de blé, et on avait obligé de déplacer à plusieurs reprises le parc de l'artillerie, qui, plus d'une

l. Relacion, loc. cit. à la note (Arch. Guerre).

ODIEUSE CONDUITE DES GÉNÉRAUX ESPAGNOLS 22b

fois, pendant l'action, avait couru les plus grands dangers. Le malheur et l'état d'accablement dans lequel presque toute l'armée était plongée la rendait pour ainsi dire insensible aux insultes et aux outrages des Espagnols, dont les officiers et un grand nombre de moines traversaient le camp resserré*. »

Un chirurgien du corps do Dupont a écrit : <( // faut au soldat uw iimsiirriti- à lin^rnlc; aujourd'hui la disette, demain tout à, profusion; après-demain la disette encore, puis de nouveau labondance. Pourvu qu'on aille en avant, personne ne reste en route : il n'y a à l'ambulance que des blessés. Notre armée était pleine de vigueur, lorsque les dispositions de son général la précipitèrent dans un un faux pas dont il ne sut ou ne voulut pas se retirer avec honneur. Elle ne se vit pas plutôt à la disorélion d'un ennemi contre lequel il ne lui avait pas été permis d'essayer les dernières ressources de sa bravoure, qu'elle perdit tout à coup cet aspect de santé qui suffit à parer un modeste uniforme. Les troupes allèrent en déclinant Chaque jour, les mines s'allongeaient ; elles devinrent sombres et piteuses. Les longues files de nos régiments déguenillés ressemblaient à des processions de malades indigents qu'un incendie a chassés de leur hôpital ; elles cheminaient lentement dans un complet désordre, et sans reconnaître d'autre disciplina que la crosse du fusil des soldats qui formaient notre escorte. Tout prisonnier qui s'écartait pour un besoin, ou qui, n'écoutant que sa faiblesse, s'obstinait à ne pas suivre la colonne, se reposait sur sa tombe! Les habitants accouraient pour le massacrer; nous n'avions qu'à nous retourner pour être témoins de ces assassinats, et, ne leussionsnous pas fait, des cris lamentables et les chants barbares des égorgeurs ne nous révélaient que trop ce qui se

i. Relation de la campagne d'Andalousie. Manuscrit (Arch. Guerre).

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passait. Femmes, enfants, vieillards, tous s'en mêlaient.

« Après des marches forcées, après des campements sous un ciel lorride, dans un pays oii il n'y avait pas d'ôtre qui ne fût un ennemi, après un long trajet à travers des plaines arides, nous parvînmes enfin au terme de notre voyage. Cadix, oii nous aurions dû entrer en maîtres, put jouir de notre humiliation ; quand on nous lit passer dans les rues de cette ville, où l'on nous montra comme des trophées, les Espagnols se demandaient, avec un ricanement d'insulte, si c'étaient là ces Français qui faisaient tant de bruit dans le monde. A coup sûr, soit dans nos personnes, soit dans notre tenue, il y n'avait rien de bien imposant. Des visages pâles, émaciés, et dont les barbes n'étaient plus coupées depuis qu'on avait jugé a propos de prendre jusqu'aux rasoirs de nos fraters^ des corps exténués, point de souliers, point de linge ; des habits couverts de poussière, parce qu'on nous avait enlevé nos brosses comme un meuble inutile^. »

Des 17.000 prisonniers de Baylen, 2.000 seulement, réduits à l'état de spectres nus et allâmes, furent ralliés, en 1814, à l'îlot de Cabrera par deux frégates françaises : le reste était mort de misère dans une lente et épouvantable agonie, et les ossements de ces infortunés gisèrent sans sépulture jusqu'au mois de juin 1847, où le prince de Joinville les lit recueillir et enterrer religieusement '.

Les Archives de la Guerre ne fournissent aucun relevé des pertes du corps de la Gironde. Celles en hommes demeureront inconnues ; mais il résulte des recherches insérées dans les Tableaux des officiers tués ou blessh pendant les guerres de l'Empire'', que les divisions Frésia

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