‹ Guerre d'EspagneChapitre 148 sur 207 · Vindicncion de Morla · texte numérisé non relu

Vindicncion de Morla

2. Arch. liai. AK^^' IGOC. ."i" dossier. Nous n'avons Irouvr aucune des lettres de Dupont et de Vedcl à Morla sur la violallon de la caiiilulation.

tulation. Je pourrais éluder tout éclaircissement et toute réponse en vous disant, ainsi que cela est absolument vrai, que la Junte ne m"a imposé aucun devoir en ce qui concerne voire division^ mais seulement à l'égard de celle du général en chef Dupont. Je serais également fondé à vous dire que la .Iwiff et la nation se feront un devoir sacré de remplir de la iiianière la plus r'/'iniircu'^r ( cite capitulation, dès que votre Souverain aura cessé de violer les droits sacrés et naturels ([ue notre Souverain bien-aimé et une grande partie de ses troupes ont à la liberté dont ils ont été perfidement dépouillés^ Il n'est paysan qui ne sache que tant que cette oppression inouïe et sans exemple durera, nous ne saurions étrr tmus à faire rien d'avantarjeux à la France.

(( Je pourrais également vous dire que, quand môme vous auriez pour vous, de la façon la plus favorable et la plus marquée, la volonté de la Junte suprême, des généraux et des magistrats, vous n'en seriez pas plus avancé, car le peuple, irrité, furieux même des maux et des opprobres incroyables qu'il a reçus, de la France, durant plusieurs années ne respecterait personne qui voudrait r empêcher de se rassasier de rrmjcanrr et ne permettrait jamais d'exécuter entièrement la capitulation.

« Mais nous n'avons point besoin de ces raisons, qui î)Ourtant ne sont que trop vraies, pour nous excuser de ne point tenir ce que nous avons promis jjar la capitulation. Il nous suffit d alléguer l'impérieuse loi de la nécessité qui, comme le destin, gouverne tout. Dans la déplorable situation où notre impolitique et fatale alliance avec la France nous a jetés, avons-nous, en effet, les moyens, soit en iâtiments, soit en numéraire, d'effectuer un pareil transport de iS.O()() homélies? Et quand bien même nous les

1. Allusion aux régiments espagnols faits prisonniers en Danemark et eu Portugal.

aurions, pourrions-nous confier ces bâtiments et leurs équipages à la bonne foi de l'homme qui, y manquant, a fait prisonnières nos troupes, au moment môme oii comme alliées elles secondaient les siennes?... Mais passons tout cela sous silence ! Comment les cjènèrmu français ont-ih pu croire que le (jonrernemeni britannique permettrait que -i^.OOO hommes de ses implacables e/i/i ''//// s lr(ircrs((s.<i'nt ses escadres victorieuses pour aller lui faire la guerre? Parlons franchement. M. le général D. Jaeier Castafios, en accordant la capitulation^ n^a eu en rue que dr se débarrasser de ses ennemis. Il se proposait sans doute de faire tout ce qui dépendrait de lui pour remplir sa promesse, mais il n'avait pas examiné les difficultés, et j'assure qu'ils l'a accomplie autant qu'il était en lui. Les généraux français veulent obtenir une capitulation trop honorable, et ils la demandent ainsi, tout enprèvoyant <iu elle sera inexécutcdAe, af)i de rourrir leur responsabilité aux yeux de leur Souverain et dr sortir du péril. On est arriré à son but de jjart et d\,'utre. Vous vons disculperez sur notre manque de foi; cous ne direz point à votre Souverain que ce manque de foi tient au sien qui exposait la division du général Dupont à être taillée en jnèces, et la vôtre à ne poueoir échapper à une nombreuse armée victorieuse, en fugani éi travers des pror'mi'es soulevées où tous les bras s\(r//taiejit , Jusqu'à ceux des femmes. « Ces vérités sont certaines, et il n'y a pas moyen de faire autrement. Je vous conseille de vous prêter sur-lechamp à laisser cantonner votre division dans les villages indiqués. La Junte suprême, à laquelle j'en écris, pourvoira aux moyens. Je vous conseille également de laisser reconnaître et visiter vos équipages et de nous confier en dépôt tout ce qui pourrait exciter l'avidité de la populace. Enfin que vos troupes ne montrent pas de hauteur! Si le général Dupont, à qui j'avais donné les mômes conseils,

m'avait écouté, il ne se serait pas vu deux fois en très grand danger, malgré toutes les précautions que j'avais prises : on n'aurait saccagé ni ses équipages, ni ceux des autres généraux, et la population des campagnes ne se serait point soulevée.

« Voilà tout ce que je puis répondre avec franchise et candeur à la lettre de Votre Excellence, dont la personne est d'ailleurs fort estimable à mes yeux, n'ayant point appris qu'elle se soit souillée de sang. C'est pourquoi je voudrais pouvoir faire tout ce qui lui serait agréable. »

Vedel revint à la charge, et il est regrettable que sa correspondance avec Morla ne puisse être mise en regard des réponses de ce dernier : mais on no la trouve nulle part, et le Proch-vcrhal (Tinrmhiirc dont nous avons parlé se borne à signaler sous la rubrique uniforme « Exécution de la capitulation, » des lettres de Dupont à la Junte de Séville, le 21 août et le 2 octobre. La dernière dépêche de Morla dont nous ayons pu prendre connaissance, se termine par un coup de massue, et Vedel dut comprendre qu'il était inutile d'insister en se réclamant delà conduite et de la situation particulière de ses troupes. De capitulation, de transport par mer ou par voie de terre, il n'était plus question; le gouvernement espagnol se déclarait libre d'agir comme il l'entendrait.

Morla à l 'eilel ' .

Cadix, 24 septembre.

« Quoique votre conduite ne ressemble en rien à celle du général Dupont, que l'on peut qualifier (ïinfdme, Cruelle et dévastatrice, vous n'en n'avez pas moins participé, ainsi que vos troupes, au grand crime d'être entrés

;. Arch. nat.. APiv 1000, 5« dossier.

dans nos provinces comme amis et alliés, pour nous opprimer ensuite, nous tyranniser et chercher à faire régner sur nos cendres un Corse à la place de notre auguste Soucerain, que l'on a traîtreusement, et par la plus vile comme la plus perfide des actions, enfermé dans une prison. Quel droit vous reste-t-il pour ré clamer soit capitulation^ soit considération quelconqne?...

« Vous me répondrez que vous n'avez fait qu'obéir. Mais celui qui obéit à un capitaine de bandits n'en est pas moins coupable de tous les crimes qu'il commet sous ses ordres. Et voilà pourquoi notre gouvernement est pleiiicnient libre de vous traiter, vous et vos troupes, comme il le jugera convenable , et sans autre respect que celui de l'humanité qui le caractérise.

« Dieu vous garde de longues années. »

En lisant ces pièces, nous partageons les angoisses du lecteur ; elles sont si cruelles que nous n'avons le courage ni de commenter ni de poursuivre. Qu'un autre raconte le massacre, à Lebrija, des officiers du 1" régiment provisoire de dragons; qu'il nous montre un prêtre porteur du Saint-Sacrement, couvrant de son corps le général Privé et le sauvant du poignard des assassins i ; qu'il suive nos malheureux compatriotes sur les pontons de Cadix et que, de là, il les accompagne à l'îlot de Cabrera, d'oii, r humanité caractéristiciue de la nation espagnole aidant, ceux qui résistèrent aux plus épouvantables souffrances physiques et morales, ne devaient revoir la France que frappés de folie, ou à l'état de squelettes décharnés.

Nous n'avons point hésité à donner les pièces in extenso : elles sont inédites, et chacun pourra, faisant à son gré litière de convictions qui ne s'étayent d'aucunes

1. Sur 18 officiers, un seul parvint às'éciiapper. Yoj-ez inLérodan Larche;/ la relation laissée par cet officier du nom de Daubon [Relations des cajilifs de Baijlen).

VIOLATION DE LA CAPITULATION 26l

preuves et de revendications qui s'inspirent d'un faux patriotisme, juger en connaissance de cause. Ici, Dupont passe au second plan, Napoléon comparaît devant le tribunal de l'histoire. Une lettre datée d'Andujar montre l'étendue de ses déceptions : « La fuite de Joseph et de toute son armée a été si précipitée qu'ils ont abandonné un butin évalué à plus de 3 millions. On ne peut en deviner la cause. Napoléon est bien reconnu pour être un traître. Junot est sans duché, Murât a perdu son mât d'artimon, Lefebvre a été écrasé à Saragosse ; Moncey a été mis en déroute à Valence, et Dupont a capitulé à Andujar... Les voilà donc enchaînés, les héros d'Austerlitz, deMarengo et d'Iéna^ ! » L'Espagne pouvait exulter, et la Gazette de Madrid du 26 août, jour oîi Gastafios y fit son entrée, put s'écrier pompeusement : « Peuple de Madrid, apprends le chemin de l'immortalité que te montrent ces vaillants soldats ; va combattre pour la religion, pour la patrie, pour le roi, pour tes fils et tes épouses qui ont été jetés dans la servitude. »

On vient de voir que l'Espagne ne sut point être victorieuse ; il nous reste à montrer que Napoléon ne sut point davantage être vaincu et que son orgueil ne lui permit de voir que des coupables dans les instruments de sa criminelle ambition.

Peut-être nous saura-t-on gré de faire connaître plus complètement encore l'exécuteur des volontés de la Junte suprême, à qui la violation de la capitulation doit être attribuée; l'homme qui, peu de mois plus tard, chargé, de la défense de Madrid, vint tremblant, suppliant, offrire à l'empereur la soumission de la place. Vhombi-e-globo devait déserter la cause sacrée de sa patrie et solliciter les faveurs de \ intrus ; il alla jusqu'à se contenter des fonc-

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