Arch. Guerre
lions de conseiller d'État, et disparut aussitôt de la scène politique sur laquelle il avait joué un rôle si important.
Morla pourtant eut son historien. En 1858, D. Alf. Castro publia une Historia de Cadiz dont nous détacherons la page suivante: « Dans son indignation, la Junte le qualifia d'homme qui, en des temps sereins, avait montré une loyauté et un patriotisme apparents, une valeur et une science militaire qu'il ne possédait point; de fils impur de la patrie qui, l'ayant abandonnée au moment du danger, avait scelle sa lâcheté par une telle conduite et s'était livré à l'infamie et à la honte. Morla perdit ainsi tous les titres au respect que lui prodiguaient si libéralement les Juntes, en d'autres temps si avares, et termina sa carrière comme beaucoup le font dans les révolutions: au début, des éloges outrés, et à la fin, l'exécration. Le vol funestement rapide du temps, avec la force la plus cruelle et sans interruption, mina son existence et la laissa bientôt dans un état si misérable qu'à peine pouvait-on dire qu'il vivait. La maladie d'yeux dont il souffrait à Cadix s'aggrava. De vulgaires nouvellistes racontèrent qu'à force de pleurer les injures qu'il reçut de Napoléon, il avait perdu la vue et que ses yeux s'étaient desséchés. Chassé du piédestal de la fortune et de l'ombre des lauriers, et relégué vivant sous celle d'un cyprès, il eut le loisir d'apprendre les atrocités dont notre patrie fut la malheureuse victime.
« Il expira sans pouvoir suppléer du regard aux paroles déjà mortes sur ses lèvres pour donner le dernier adieu à sa patrie. L'éloquence n'a effeuillé aucunes fleurs sur son cadavre ^ » Dès la première entrevue, Joseph l'avait séduit. « Il ne vit point en lui l'homme dépravé, aux mauvais penchants et viles habitudes que se dépeignait le vul-
1. « Ningunas flores ha deshojado la elocuencia sobre su cadaver. -■> Nous n'avons pu que traduire littéralement la citation de D. Alf. Castro.
uiiire ignorant, mais un jjrince comblé de toutes les idées 'le vertu propres à un souverain qui aspirait à égaler < gloires de Marc-Aurèle. » « Comme conseiller d'Etat, . crivait-il, j'ai vu hier le prince Joseph, notre roi désigné cl l'objet des sarcasmes de la populace. Je vous assure, avec toute l'ingénuité qui m'est naturelle, que fai trouvé un sage philosophe, enthousiaste des plus saines maximes de morale, cf humanité et plein d'attachement 'au peuple que sa destiiiée l'appelle à gouverner. » En France, aujourd'hui encore, un tel porlrait ferait sourire, car le frère de Napoléon a été jugé tout autrement ; et pourtant c'est un Espagnol qui l'a tracé.