Journal de Stanislas Girardin, II
nion. Notre ambassadeur parlait sans cesse de fièvre î'pJu'mère, de pulsations du moment^. « Il est de la dernière nécessite' que le roi paraisse; attendre que la soumission soit établie et que la voix unanime appelle Joseph Napoléon, c'est établir un cercle vicieux, parce que l'arrivée du roi peut seule commander la soumission. Un homme d'esprit, membre du conseil de Castille, me disait ingénieusement ce matin : L'Espagne est le pays de VEurope où Von croit la jilas à ht présence réelle-. » « Dans le ilux et le reflux du bon effet des publications venues de Bayonne, toujours détruit le lendemain par des réflexions empoisonnées, il n'y a de fixe que l'impatience d'avoir un roi 3. » (( Le roi viendra bientôt, et tout ce qui de l'insurrection passive n'aura pas été rattaché au gouvernement le sera immédiatement après. La haine féroce du bas peuple contre les Français et l'ignorante vanité des Grands éloignent d'autant le retour à l'obéissance, jusqu'à ce que paraisse l'autorité dont le nom est vraiment magique en Espagne, El Rey''.» «Les gouvernants et les gouvernes ne savent plus que demander quand le roi paraîtra ; les premiers pour reprendre le courage du commandement, les seconds pour avoir des motifs d'obéissance''. »
L'entrée de Joseph en Espagne ne devait être le signal ni de la paix, ni de la concorde. Depuis un mois déjà, le canon tonnait de l'autre côté des Pyrénées et Dupont était <c en véritable campagne». « On avait combiné les choses, de manière que Bessières pût avoir battu les rebelles avant son arrivée '^' » et que dès lors, il ne s'agît plus que de « leur faire porter des paroles de paix'''. » « L'affaire du maréchal Bessières tirera le rideau de toute cette affaire d'Espagne '^. »
1 à 5. Laforest à Champagny, 6 juillet, 16, 29 juin, l"et 3 juillet. Atlaires étrangères, vol. 675, Espagne.
6, 7, 8. Napoléon à Joseph, 12 et 14 juillet (Corr. 14184, 14i9o).
Joseph passa laBidassoa le 9 juillet, sousTescorte d'une belle division d'infanterie, et suivi d'une foule de voitures qui portaient sa cour, ses ministres et les députés de la Junte. Du coup ses yeux se dessillèrent. « Personne ne vous a dit jusqu'ici toute la vérité. 11 n'y a pas un Espagnol qui se montre pour moi, excepté le petit nombre de personnes qui voyagent avec moi. Les autres se sont cachés, épouvantés par l'opinion unanime de leurs compatriotes... Il m'importe beaucoup d'arriver à Madrid; nos affaires y ont empiré de cent pour cent^. » «M. d'Azanza, président de la Junte, trouve un peu de tiédeur sur le passage de Sa Majesté. Ce n'est pas de la tiédeur, c'est de la peur. Les allées et venues de Madrid, les letti-^s anonymes que reçoivent les membres du gouvernement, les bulletins qui, en dépit de la police, pénètrent dans tous les cercles, me donnent la mesure des ressorts qu'on fait jouer sur la route du roi... On poursuit avec une persévérante audace le plan de glacer tous les esprits d'effroi sur son passage et d'empêcher que le peuple de Madrid ne reçoive son souverain avec l'impatience qu'il manifestait 2.,,
Peu à peu, les députés s'échappèrent, et le mouvement fut suivi par la cour et par les ministres. On arriva le 20 à Chamartin, en vue de Madrid, et là s'étaient rendus Savary, Belliard, Laforèt, pour régler la cérémonie de la pompeuse entrée qu'il s'agissait de faire. « Le roi, qui pouvait difficilement s'expliquer l'absence de son immense cortège en partant de Bayonne, croyait de très bonne foi que tous les Espagnols qui le composaient s'étaient empressés d'aller dans la capitale pour y échanger leurs voitures de voyage pour des voitures de ville. Savary me pressa à différentes reprises de faire