Joseph à Sapoléon, 16 juillet
2. Laforest à Ckampagny, 11 juillet (Aff. étr., vol. 675. Espagne;.
partir le roi, qui me répondait toujours : « Il faut attendre que les Espagnols qui font partie obligée de mon cortège soient arrivés. » Enfin, à six heures du soir, ils n'étaient pas encore rendus à Chamartin, etSavary me prévint qu'il était impossible de différer le départ du roi plus longtemps, qu'il serait inconvenant de traverser Madrid la nuit et même qu'il lui serait impossible de préserver le roi des dangers qu'il pourrait y courir. J'obligeai donc, pour ainsi dire. Sa Majesté à partir : elle avait aux portières de sa voiture, les généraux Merlin et Franceschi, et le colonel Clerniont-Tonnerre, aide de camp de Sa Majesté. Dans la seconde^ voilure, étaient le général Saligny et moi. La trnisihiic raiiurc était vide.
« Voilà tout ce qui restait du cortège du roi, qui était composé de plus de soixante voitures en entrant en Espagne!... Les rues étaient bordées par des troupes françaises : on ne voyait personne aux fenêtres. Pas un cri ne se fit entendre, et jamais silence plus lugubre n'a régné pendant une semblable cérémonie. Il était huit heures et demie lorsque nous descendîmes de voiture dans le palais de Charles IV et de Ferdinand Vil. Savary me témoigna à quel point il avait été satisfait de la réception faite au roi. J'en parus surpris. «Non seulement, me dit-il, je croyais que le roi serait insulté, mais je tn'attendaiii encore à ce qii^il aurait plus de trente coups de fusil à essuyer. Si cela /t'est point arrirr^ 'fcn suis redevable aux précautions de sévérité que j'avais prises, et en vertu desquelles personne n'aurait pu se présenter impunément à sa croisée^. >>
Il eût été dur de faire à l'empereur un compte rendu exact d'une telle réception. Deux heures après son arrivée,
1. Jouvnal (le Girardin, H, 121 et suiv. « ,V l'entrée de cette extravagante et honteuse Majesté, Madrid semblait nn désert» : Resiiincn de los fiecfios mas notables en la capital de Ef^pana, 52, Arcli. .\at., AF'V 1610.
Joseph lui écrit qu'il a été « moins mal reçu que l'on ne devait l'attendre d'une ville dont les dispositions sont très mauvaises 1 ». Quant à Savary, il ment eflrontément : « Nous venons de mettre le roi d'Espagne sur le trône. Notre cortège était si beau qu'il a rempli la population de Madrid cV un étonnement qu'on prendra peut-être pour de l'approbation (!). En dépit de tous les bruits de la malveillance répétés par les tàtonneurs. le roi occupe le trône que Votre Majesté lui a donné, et ptMsonne ne l'en fera descendre*. /> « Madrid est dans une petite crise et se prépare à changer de couleur. Ce matin, le roi a eu une cour brillante. Faites savoir à M. de Castafios que tout ce qu'il y a d'Espagnols ici a fait son devoir et que les moyens de rigueur ne tarderont point à être déployés contre les autres -^ »
On le remarquera, celte dernière lettre est adressée à Dupont à la date du 21, deux jours après Baijlen!...
Belliard a raconté la première réception royale, k Etranger à tout ce qui s'était passé et fort de sa conscience, Joseph convoqua au palais toutes les personnes qui pouvaient être considérées comme représentant les diverses classes de la société. Toutes les salles se trouvèrent remplies pour la première fois par l'affluence de tant d'hommes étonnés de se trouver ensemble. Le nouveau roi s'expliqua avec candeur sur les événements qui l'amenaient en Espagne, sur les motifs de sa cqnduite, sur ses projets. Il s'aventura seul dans les salles encombrées de tant de gens prévenus contre lui et inspira tant de confiance par celle qu'il montrait, qu'il enleva tous les suffrages; et, en peu de jours, ces missionnaires changèrent totalement l'opinion de la capitale ; au point que lorsque sept jours
\. Joseph il Xapoléon, 20 juillet.