Mémoire de Rociyo, III
Savanj à Napoléon.
Madrid, 27 juillet.
« Depuis trois jours, je combats contre le désir de vous faire connaître la situation desalTaires d'Espagne... Depuis l'arrivée du roi, tout va de mal en pis. Dans un conseil où le roi était avec plusieurs officiers généraux et ministres, il s'expliqua ainsi : « Je ne puis faire la guerre à « chaque village d'Espagne, ou je dois renoncer à y ré- « gner ; il faut donc que j'emploie la persuasion et un « j^eii de cajolerie; alors il faut que je me serve cV hommes (( et d'instruments qui, en même temps qu'ils me con- « viennent, peuvent plaire à ce pays que je cherche à « calmer. »
« A la suite de ce conseil, il me fit entrer avec le général <( Belliard et nous parla ainsi : « L'empereur croit que « tout ceci est en bien meilleur état, et je vois qu'il ny a (( pas un neutre en Espagne, que tout y est contre nous. « Gela se conçoit; en France, la révolution s'est faite pour (( les Français, elle a eu un parti : ici, elle ne plait pas, « n'a aucun jMrtisan, et de plus, elle est faite par des « étrangers: à ce seul nom tout se met en armes. Ici, je ne (1 trouve rien pour moi que l'armée française. Il faut « donc que j'emploie d'autres moyens, il faut chercher à « leur plaire et faire disparaître cette terreur que leur « ont inspirée quelques mesures prises ici. Bessières àe- « mande de la cavalerie : envoyez-lui les Mamelucks, qui « sont odieux ici. »
« Et le roi a ajouté : « De môme pour vous, général « Savary, l'empereur me l'a dit lui-même, qu'il convenait (( qu'il vous faisait jouer en Espagne tin triste rôle, mais « qu'il avait le projet de vous rappeler incessamment « auprès de lui : vous avez ici trop d'ennemis pour m'y
être utile... Il faut aussi que vous partiez. D'ailleurs
j'attends Jourdan ; je suis accoutumé à lui et lui à moi.
Ensuite j'ai Saligny : c'est tout ce qu'il me faut. »
« J'ai répondu que j'étais à ses ordres, que je savais Itien qu'il était inconvenant aux Espagnols de me voir dans le palais de Madrid ', et que ce qui m'a empêché d'accepter l'offre de M. de Tournon, c'est que je n'ai point \ouhi avoir rair (/'être renvot/f' si promptement, mais que, quand il le jugerait convenable, je répondrais à l'empereur avec beaucoup d'empressement.
« Le roi ne m'a rien dit de désobligeant de sa part ; mais il parlait d'après sa politique^ et dans le fait il lui faut un homme qui attire à lui les Espagnols, ou bien la frayeur de l'insurrection les éloignera. Le roi a rai.<on de dire qu'on désire mon éloignement. Au ri'ste. je n'y puis rien, mon devoir a été rempli.
« Le roi aura ici une grande besogne. Votre Majesté devra s'occuper de lui envoyer de grands moyens, ou l'Espagne le retiendra longtemps. Il faut ici des troupes et de l'argent pour le roi, qui ne pourra pas employer des mesures violentes pour faire vivre les troupes, et qui, en (v moment, n'a en son pouvoir que les déserts de l'Espagne. »
Mais Joseph n'eût point le temps de cajoler. Et si le même jour, informant Berthier « qu'il avait dû « y avoir le 19 une affaire générale » et que Dupont « paraissait avoir réuni tout son monde », Belliard pouvait se croire en droit d'ajouter « qu'avec 16 ou 17.(300 hommes et 38 bouches à feu, un bon général comme lui, s'il se trouvait pressé^ faisait une troui'r. jirrddit du monde, mais passait », c'étaient bien là les dernières nouvelles rassurantes qui devaient parvenir à Madrid. En effet, après avoir pris