Mém. de Rovigo, III
guerre, Joseph ordonna la retraite sur Aranda derrière le Duero. La correspondance ne fait mention ni de la réunion, ni des débats de ce conseil; il faut se reporter aux mémoires de Bellianl qui, d'ailleurs, n'en précisent point la date. Les dépêches suivantes permettent de croire que la délibération eut lieu le 28, et qu'ainsi Joseph ne crut point devoir attendre l'arrivée de Villoutreys, c'està-dire la notification de l'acte de capitulation.
Bellidrd à Berthier.
Madrid, 28 juillet.
« Jai eu l'honneur do vous écrire ce soir, à 7 heures, pour vous annoncer le malheureux événement arrivé au général Dupont, en vous envoyant la lettre du commandant de Madridejos. D'après la perte de ce corps entier, Sa Majesté, avec les troupes qui sont à Madrid, ne se trouvant pas en mesure d'attendre l'ennemi, qui parait être en pleine marche pour lui livrer bataille sous les murs de Madrid, a ordonné ce qui suit :
« Toutes les troupes qui sont à Madridejos, Manzanarès et la colonne du général Laval ont ordre de se replier et de se réunir, à Ocana, à la division du général Musnier. Aussitôt que cette réunion sera opérée, le général Musnier partira pour venir à Madrid.
« Le maréchal Bessières reçoit l'ordre de s'établir à Mayorga. L'intention de Sa Majesté étant de concentrer tous les moyens pour livrer une bonne bataille aux ennemis, ordonne au général Verdier de lever le siège de Saragosse et de se rendre sur Logrono.
« Toutes les troupes qui sont à Madrid se mettront en marche, dans trois ou quatre jours, pour se rendre à Aranda et prendre position derrière le Duero; ensuite le roi les portera à Burgos.
« Demain, on commence l'évacuation des hôpitaux. J'écris aux commandants de Buitrago, Aranda, Burgos, Vitoria et autres villes sur la route de France, d'évacuer leurs hôpitaux sur Bayonne. »
Savart/ à Berfhin\
Madrid, 28 juillet.
«... Vous jugez de l'embarras dans lequel la capitulation du général Dupont nous met. J'espère que l'officier porteur de la dépêche aura averti en chemin tous les détachements qu'il aura rencontrés de se retirer sur Madrid. Nous pouvons ici, en comptant les dépôts, tout le monde, réunir 18.000 hommes et environ 1.200 chevaux. C'eût été une folie de vouloir, avec ce corps, garder la capitale, le roi, et en même temps livrer bataille à une armée qui vient de prendre 19.000 hommes, 38 pièces de canon et en même temps la moitié de la cavalerie de l'armée. En conséquence, le roi s'est décidé à évacuer Madrid.
« ... Nous avons probablement quatre ou cinq jours h nous avant de voir arriver la tête de l'armée de M. de Castafios. Nous allons les employer à évacuer nos malades qui sont à 3.000 ce soir, et pour organiser les transports dont nous pourrons avoir besoin.
« Voilà un événement auquel l'empereur n'était sûrement pas préparé. Je ne puis me rendre compte comment le général Dupont peut s'être trouvé dans cette situation. »
Le malheur fut plus complet encore que ne le supposait Savary, car les deux bataillons du 8" provisoire détachés à Manzanarès et au Puerto del Rey se laissèrent ramener à Baylen par les Espagnols, ou tout au moins le bataillon de Manzanarès, que commandait le chef de bataillon Berthet. Et de la sorte, le 5" provisoire, le dernier régiment
Je lu division Gobert, fort également de deux bataillons, fut le seul qui échappa à la capitulation : il forma plus tard le 116" de ligne. Revenu de Guenca, le 5" provisoire, aux ordres du major Rouelle, faisait partie de la colonne Laval ainsi composée :
5° provisoire:
2" bataillon de marche;
j' régiment d'infanterie légère :
1" escadron de chasseurs à cheval :
Bataillon de marche de Madridejos:
Bataillon de marche de Manzanarès:
Artillerie de marche 4 pièces. En tout, près de 4.000 hommes.
Le général Laval avait ordre de rouvrir les communications avec Dupont et de le joindre en poussant devant lui le bataillon de marche de Madridejos et les bataillons de Manzanarès et du Puerto del Rey. Le 5" provisoire prit la tète et se porta d'Ocaûa sur Madridejos le 25; le ô*" d'infanterie légère, les chasseurs et l'artillerie partirent de Madrid le 26, pour se rendre de même à Madridejos où devait s'effectuer la concentration'. En arrivant dans cette ville, le major Rouelle rencontra le capitaine Villoutreys qui le mit au courant et l'informa que son régiment était compris dans la capitulation. 11 le rassembla et fit sonner à l'ordre. « Messieurs, dit-il aux officiers, on veut nous forcer à nous rendre, nous qui n'étions pas à cette malheureuse affaire, nous dont on n'a pu disposer que par un abus de pouvoir et un excès de lâcheté, nous enfin qui avons des armes! Le souffrirons-nous? Non, tant que j'aurai une goutte de sang dans les veines, je la disputerai aux Espagnols, et je ne la rendrai pas sans combat. » — « Est-ce votre avis? » demanda-t-il en parcourant le cercle du regard, — « Oui, mon colonel, oui I » s'écriat-on de toutes paris. Et Rouelle ordonna la retraite sur