nelUard à Berfhier. 26 juillet (Arch. Guerre
Madrid', mouvement qu'imitèrent les autres éléments de la colonne Laval, y compris sans doute le bataillon de marche du commandant Plique.
Villoutreys fut interrogé plus tard par le général Nansouty sur la conduite qu'il tint dans sa route en se rendant à Madrid; ses réponses méritent d'être rapportées.» Je suis parti le 24 juillet, à 2 heures du matin, sous l'escorte de vingt Espagnols commandés par un officier. J'ai couché ledit jour à hi Caroline : le 25, à un village de ce côté-ci du défilé de la Sierra Morena; le 26, à Manzanarès; le 27, à la Fonda Real, auberge isolée; le 28, à ïembleque; le 29, je suis arrivé par Aranjuez à Madrid.
« fai rencontré dans les défilés de la Sierra Morena deux divisions de troupes espar/noies quon m'a dit fortes ■ensemble de 4.000 hommes. » Nouvelle preuve du re.spect de Castaflos pour les conditions de l'armistice. « J'ai rencontré, à Manzanarès, un ^bataillon français d'environ •500 hommes, dont à peu près 200 malades. »
« /(? 71 ai trouvé aucun poste français à Baylen et à Manzanarès», d'où il faut conclure que Dufour avait appelé à lui le 3" provisoire, qui s'y échelonnait.
« De ce côté-ci de Manzanarès, un bataillon à Madridejos; un détachement de 200 hommes à Tembleque. J'ai traversé la nuit Ocana, où était le général Musnier, que j'ai prévenu des événements.
« // n'i/ avait point de troupes françaises lorsque je suis passé (le 25) au poste du Puerto del Rey; il était au contraire gardé par des troupes espagnoles. Je savais les troupes de Manzanarès comprises dans le traité, et j'ai toujours été persuadé que celles de Madridejos n'y étaient pas comprises. Si des troupes ont été surprises, elles sont
1. Spect. mil. Juillet, 1841. Le futur maréchal Bugeaud, alors iieutrnant au 5° provisoire, dirigea son régiment sur l'armée en contournant .Madrid qu'on n'eût pu traverser sans être massacré par les habitants.
seules coupables, puisque j'atteste les avoir prévenues, et j'ajoute encore que jai cru devoir engager le général Laval, qui entrait à Tembleque, à faire retirer les troupes de Manzanarès, malgré qu'elles fussent dans le traité. Le général Laval m'assura qu'il ferait le nécessaire pour cela.
D. — « Ne saviez-vous pas que du moment où un général est prisonnier ou a capitulé, ses subordonnés ne sont plus sous ses ordres?
R. — « Je ;ie me croyais pas en droit de donner des ordres au commandant de Manzanarès ; je lui ai donné connaissance du traité, en l'informant qu'il y était compris. Tout ce que je lui ai dit devait le porter à se retirer; rôvénement de Villaharta*, la crainte d'éprouver le même sort, la répugnance d'abandonner ses hôpitaux, ont porté le commandant à garder sa position.
D. — «Vous n'avez rien dit, a Manzanarès, au chef de détachement, et par suite ce détachement a été pris trois: jours après votre passage {\q 29).
R. — « Le commandant de Manzanarès connaissait déjà les événements de Baylen. Je ne lui ai rien laissé ignorer. Je ne puis connaître le motif pour lequel le poste a été pris; mais je dois l'attribuer à toutes les craintes du commandant sur sa position, qu'il jugeait si critique que luimême ne sortait jamais sans être accompagné par l'alcade de la ville.
D. — « Vous avez prévenu à Madridejos, parce que vous y avez trouvé un homme ferme et qui vous a forcé à parler.
R. — «Je déclare que tous les avis que j'ai donnés au commandant de Madridejos ont été l'effet de ma volonté, et je ne puis être soupçonné d'avoir eu des intentions que la contrainte seule pourriit commander. »
1. Faut-il lire Valdepeùas? A notre connaissance, il n'y avait eu que deux traînards massacrés entre Madridejos et Villatiarta, le 1 juillet. Gohert à Savarij. Villaharta, 7 juillet Archives Guerre).
On conçoit qu'il y ait là de nombreux points à éclaircir : ceux qui auraient pu donner la lumière, les témoins, étaient sur le chemin de la captivité.
Bel liai' d à Berthicr.
Madrid, 29 juillet.
Mon Prince,
« Quel événement que celui (T Andalousie ! Combien il change notre position en Espagne! Combien il influe sur r Espagne et ne laissera pas que de faire impressio7i en Europe! Nous quittons donc la capitale. Mais nous y retournerons et avant qu'il soit longtemps... Je pense que l'armée de Dupont s'en va avec armes et bagages; alors l'armée ennemie aura dCi faire un gros détachement pour l'escorter jusque dans les ports et pour rester même avec nos troupes jusqu'à l'époque de leur embarquement. Cela diminuera d'autant les forces qui se porteront sur Madrid; mais à la vérité, elles seront grossies par les insurrections. Les habitants de tous les pays ne demandent pas mieux que d'agir... »
Savary à Berthier.
Madrid, 30 juillet.
« ... V. A. jugera aisément dans quel état moral un événement comme celui du 19 juillet nous a mis. Il faut avoir une grande force morale pour ne pas perdre la tête dans un débagagemenl comme celui-là.^)
LAMENTABLE RETRAITE SLR L EBUE 291
Belliard à Berthier.
Madrid. 31 juillet.
« Le 2, de très g^rand matin, Tarmée doit quitter Madrid. La terreur est déjà répandue dans la ville : tous les Français établis dans le pays, tous les Espagnols qui ont paru être nos amis, tous ceux qui se sont mis en avant, cherchent à quitter la ville pour éviter d'être massacrés. Cette malheureuse capitale, quand nous l'aurons quittée, sera, je le crains bien, le théâtre de beaucoup d'horreurs ; et lorsque les insurgés y rentreront, la grande masse des habitants nous regrettera en faisant la comparaison de leur conduite avec la nôtre.
« Lorsque les gens de la cour ont vu faire des préparatifs de départ, ils se sont tous cachés, et ce soir, on n'a pas trouvé un seul de ces innombrables palefreniers pour atteler deux mules. Tous les harnais ont disparu. »
Monceij n Belliard.
Madrid, 31 juillet, i heures du matin.
« Le général Castanos pourrait très bien être à Tolède et le général Musnier (à Ocana) l'ignorer. A moins de savoir par nos propres yeux, rien ne se sait par les Espagnols... »
Si, à celte correspondance, on ajoute les lettres de Joseph à son frère, on devine la stupeur et le désarroi de Madrid, d'autant que le bruit courait que l'ennemi s'avançait à marches forcées, que déjà son avant-garde avait atteint Madridejos. Le spectacle d'un souverain et d'une cour décampant au milieu dune armée qui l'escorte à la façon d'un convoi n'est certes point banal, et nous aurions volontiers donné l'ordre de marche de Bel-
liard, car au convoi royal s'en joignait un autre, le parc d'artillerie, les équipages, etc., de l'armée.
Le général Grouchy commandait l'arrière-garde, et d'après une lettre de la Junte de Séville du 3 août, il aurait écrit à Castanos, comme gouverneur de Madrid, pour « solliciter la capitulation de la place à la condition que les Français, malades ou domiciliés dans la ville, ainsi que les personnes et propriétés des habitants, seraient respectés. Castanos a répondu qu'il se prêtait à la capitulation et qu'il donnait ses pouvoirs à son chef d'état-major, lequel se rendrait immédiatement à Madrid. Une autre du môme jour disait : « Les troupes françaises ont évacué la capitale au moment oii le général Grouchy invitait notre commandant en chef à s'y porter avec une partie de ses forces, en mettant à couvert, par ce moyen, les habitants et leurs biens, ainsi que les Français malades qui s'y trouveraient. » Trop de capitulations, à la fin! Les Espagnols ne rêvaient plus que de cela, et l'on devine aisément dans quel but ces démarches furent faites et dans quelles limites elles devaient se renfermer. Nous laissions à Madrid 2.750 malades ou blessés^.
Joseph s'attendait à quelque <( mauvaise scène » avant son départ 2; mais la population demeura parfaitement calme, et Stanislas Girardin raconte que des Espagnols consentirent môme à pousser les roues de sa calèche en lui souhaitant bon voyage : Surtout ne revenez pas.
La retraite commença le 1" août, par une chaleur accablante (33" R. à l'ombre au milieu du jour), et elle s'opéra dans des conditions désastreuses. « Il n'existait plus la moindre subordination ; la voix des généraux n'inspirait plus ni crainte, ni respect, et notre départ de Madrid ressemblait bien plittôt à une fuite quà une retraite. La