Vrch. nat., F
1. Le nombre d'hommes appelés dépassait toujours considérablement le contingent fixé. C'est ainsi que les levées extraordinaires, etc., sur les classes 1806 ù 1809 7ie devant compter que 646 liommes, il en fut fourni 1.149.
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Défalcation faite des insoumis et déserteurs passés en Espagne ou réfugiés dans les retraites inaccessibles des Pyrénées, et aux trousses desquels étaient lancées les colonnes mobiles, les appels réguliers opérés, il ne subsistait dans leurs foyers, sur les classes 1806 à 1809, que 3.938 hommes. Les levées extraordinaires et autres en prélevèrent 1.149, de sorte que les 2.789 restants — ou plutôt les 2.384, car il y eut 405 défections — représentent strictement ce qu'on appelait le dépôt de droit (lils de veuve,' aînés d'orphelins, réformés) et le dépôt du sort (un nombre infinitésimal de bénéficiaires d'un bon numéro). Voilà pour la Haute-Garonne; il dut en être à peu près de même dans les autres départements.
Ces agissements se perpétuèrent jusqu'à la fin de l'Empire. En revenant de la funèbre expédition de Russie, Napoléon demande au successeur de Lacuée, le général d'Hastrel : l°ce qui reste disponible sur les classes 1806, 1807 et 1808; 2'^ si les classes 1809 à 1812 sont épuisées. D'Hastrel répond : « Les levées extraordinaires qui ont été faites sur toutes les classes à partir de 1806 jusqu'à 1812 Jie permettent plus (rétablir un calcul positif sur les ressources quelles offrent encore. Toutes ces classes peuvent être considérée.^ comme épuisées : il n'y reste que le dépôt de droit et les réformés. S'il reste quelques conscrits du
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dans peu de dr parlement s. Les réfonurs y///, après un nouvel examen, seront jugés propres ou srivice sont la ressource la plus réelle^. » Après avoir ordonné, le 11 janvier 1813, un rappel de 100. 0(X) hommes des classes 1812 à 1800, Napoléon se trouve dans la nécessité de saigner à blanc les classes antérieures, et qu'en retire-t-il? Toutes ont été appelées cinq ou six fois; il les fouille deux ou trois fois encore, et remonte l'an XI 1 .1?/ cours de
Irl. U'Haslrel à Xapoléon. 26 mars 1813, Arch. Nat. AFiv C043. \
lannêe 1813, lei> classes 1813 et 1814 sont à leur tour appelées à quatre rejmses différentes! Reste celle de 1815; elle a dix-huit ans, et non instruite au moment où l'extrême gravité de la situation rendrait nécessaire son entrée en ligne, elle ne sera partout qu'une source d'embarras pour les généraux et voire de dangers pour la chose publique. L'épuisement de la France est complet, absolu ; à bout de forces, elle entraîne l'Empire dans sa chute.
La défection de la Garde nationale mit le comble à notre infortune; le merveilleux instrument qui avait sauvé le pays dans les terribles épreuves de la lié volu lion concourut à sa perte aux derniers jours de l'Empire. 11 faudrait montrer — quelle étude plus élevée! — comment l'institution tomba en décadence, comment s'éteignit le patriotisme, comment les appels désespérés qui lui furent adressés en 1813 et 1814 demeurèrent vains. Car c'est là son histoire, si lugubre qu'il faut certainement beaucoup de courage pour la dévoiler.
Honorée par la Convention qui lui dut des millions de défenseurs enthousiastes et résolus aux derniers sacrifices, sous les gouvernements suivants, la Garde nationale devint l'objet d'une sorte de dédain, à mesure que l'armée régulière se perfectionnait, se grossissait et devenait omnipotente; elle se morfondit au travers de combinaisons et de mutilations sans nombre. Le nMe des cohortes et léç/iom, expressions qui remontent aux actes de nos premières assemblées et que Napoléon conserva, se borna au maintien de l'ordre à l'intérieur et à la défense des frontières et des côtes. Telles furent, sous l'Empire, la prépondérance de l'armée et l'improbabilité d'un danger national qu'il en restreignit l'emploi. La Garde nationale fut loin de s'en plaindre, et dès lors la partie de la population que l'âge ou tout autre cause exemptaient des charges militaires s'endormit dans la plus profonde quiétude. Elle s'en croyait
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définitivement atTranchie, lorsqu'à la suite de la fatale campagne de Russie, l'armée se trouvant pour ainsi dire anéantie, le moment arriva où elle fut appelée à marcher. A la résignation, au dévouement dont elle fit preuve en 1813, ne tarda point à succéder une sourde hostilité qui faillit se traduire par les défections les plus douloureuses pour l'honneur national. Il y a si loin des cohortes de 1812 et des héroïques « régiments d'enfants » de Lutzen aux légions et cohortes sédentaires de 1813 et 18141 Elle obéit d'abord sans récriminer ; mais, la loi une fois violée et l'institution détournée de son but, on vit son patriotisme se décourager et s'abaisser devant les atteintes portées à des devoirs parfaitement définis; elle n'entendait point être incorporée dans l'armée, former des régiments. Les citoijens disparaissant, il n'y avait plus que des soldats. Représentant la masse de la nation, elle en représentait aussi l'opinion, et lorsque des décrets pressants, des appels désespérés s'adressèrent à son patriotisme, l'opinion résista et réclama la paix, dût la France subir le cortège ordinaire des humiliations. Aux abois. Napoléon avait ou recours à la Garde nationale pour combler les vides de ses armées et remplir le réservoir épuisé de la cons- (Tiplion; mais usant de supercherie, enrégimentant les cohortes et les envoyant en Allemagne, en un mot violant sa parole, il avait faussé l'institution et lui avait porté un coup mortel.
Dans l'effondrement général, l'armée poussa l'abnégation et le dévouement au sublime, et ses détracteurs euxmêmes lui rendirent justice. Prêt, comme tant d'autres, il trahir ses serments et à se rallier à la cause des Bourbons, Villeneuve, préfet du Lot-et-Garonne, a dit en mars 1814, dans un mémoire qui s'est trouvé parmi les papiers de Welliiiut'îi : L'année se bat non ^Kir xiitniunt pour Sapoléoit. mais parce qu'elle croit se Uitln' pour la
France : elle veut être une armée française^. » Quel aveu ! Si ia politique marchait de front avec la connaissance de notre histoire, on sentirait le ridicule des théories sur les armées de parti, .hisqu'à Farniée d un Napoléûa était nationale !
A peine avons-nous jalonné Thistoire de la conscription sous l'Empire. On aura pu croire à une digression, mais de la guerre d'Espagne, de Baylen à la chute de Napoléon, il n'y a que six ans ! et nous espérons reprendre un jour cette étude, en lui donnant les développements qu'elle comporte. Le tableau de la page 309 montrera mieux que tous les discours les désastreuses conséquences du (' malheureux événement du général Dupont », l'engrenage oi^i la guerre d'Espagne engagea l'empereur, les charges conscriptionnelles croissantes, insupportables qui en résultèrent, l'épuisement final certain et irrémédiable.
En 1808, la population de la France était d'environ 29 millions d'habitants. Les statistiques établissent qu'à cette époque, pour 15 filles, il naissait généralement 16 garçons, et que le chiffre annuel moyen des naissances était de 970.000, soit 450.000 mâles. La mortalité jusqu'à l'âge de 20 ans en emportait 150.000, et de la sorte le nombre des inscrits de chaque classe pouvait s'élever à 300.000. Enfin, comme de ce chiffre de 300.000 il faut déduire un homme sur deux pour défaut de taille, infirmités et exemptions, le contingent disponible ne dépassait point 150.000 hommes. Or il apparaît clairement que si, jusqu'en 1805, on tabla sur un contingent de 120.000 hommes, l'estimation du rendement de la conscription fut porté à 150.000 pour les classes 1813 et 1814 et même à 160.000, pour celle de 1815, ce qui était fort exagéré. Bref, toute levée de 150.000 hommes épuisait la classe