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310 GUERRE DESPAGNE
appelée, et nulle reprise n'était possible qu'à la condition d'appeler le dépôt de droit, ou les rares conscrits du dépôt du sort. On ne pouvait songer à la réserve, elle n'était qu'un leurre ; outre que son affectation était prévue longtemps à l'avance, elle passait tout entière à combler le vide énorme produit par f insoumission et la désertion, et encore n'y parvenait-elle point; pour faire disparaître ce vide, il fallait procéder sur les mêmes classes à une série d'appels qui, s'ajoutant aux charges de Yappel ordinaire, mettaient en marche toute la partie disponible de chaque classe.
Il semble que plus une loi est rigoureuse, plus il se rencontre, sans parler de la violation llagrante, d'artifices pour la transgresser et de gens disposés à en faciliter l'emploi. Ici, la masse de la population favorisa la désertion et l'insoumission avec la connivence des municipalités : là, l'indulgence ou môme la vénalité de certains membres des Conseils de recrutement accrurent dans une mesure indéterminable le chiffre des exemptions. Pour toutes ces causes, parfois concomitantes, les classes se vidaient avec une effrayante rapidité, jusqu'à ne laisser dans leurs foyers que les soutiens de famille, les hommes mariés et les infirmes.
La correspondance des préfets avec le ministre de l'Intérieur ou avec le préfet de la police générale, les rapports ou doléances de la gendarmerie, dont les colonnes permanentes pourchassaient les réfractai res, témoignent partout et sans cesse de l'inefficacité des amnisties générales prononcées le 3 juillet 1799, 22 novembre 1803, 2 juin 1804 et 25 mars 1810 et de leur impuissance à faire rentrer ces hommes dans le devoir. La plaie s'étale au grand jour. Garnisaires assis au foyer des parents, conscrits assassinant officiers, gendarmes et maires, connivence ouverte ou tacite des habitants, mutisme des municipalités, vaines rigueurs de la procédure visant les insoumis, négligences
LA GUERRE d'eSPAGNE ET LA CONSCRIPTION 311
OU favoritisme des Conseils de recrutement, le tableau est partout le môme. Rien ne put remédier à un état de choses d'autant plus affligeant que le contingent devant être rempli, les bons sujets partaient pour les mauvais jusqu'à concurrence du chiffre fixé parle contingent, et qu'ainsi le foyer était déserté à la fois par les serviteurs de la loi et par ceux qui s'en affranchissaient.
Dans sa circulaire du 11 avril 1811 aux maires de son département, le préfet Gary, delà Gironde, disait : « Une considération qui intéresse toutes les familles de conscrits, c'est que plus il y a de récalcitrants, moins ceux que le sort a favorisés peuvent espérer rentrer dans leurs familles, et plus s'accroît le nombre dos individus marchants, puisque les appels se multiplient en raison de ceux qai refusent d'}/ obéir. On jjeut dire que l'épuisement des classes dans ufi canton nest dû quà r esprit d'insoumission qui si/ manifeste^. » Et, en effet, outre que les bons partaient pour les mauvais, ils n'étaient point renvoyés dans leurs foyers, si ceux pour lesquels ils étaient pris se rendaient volontairement ou tombaient entre les mains de la gendarmerie; la classe suivante ne les portait même pas en déduction. Autrement dit. toute classe r/rossissait à la fois rarmée et les régiments de réfractaires. En 1808, la Haute-Garonne contribue pour 646 hommes à la levée extraordinaire des classes 1809 à 1800, et le nombre des inscrits est de 3.938 : or le Conseil de recrutement réforme 127 hommes, 213 insoumis ne se présentent point, 193 conscrits désertent en rejoignant les dépôts, et le n" 1.149 est appelé! Dans ce département, pour 5.774 hommes fournis par les classes 1809 à 1806, il y eut 4.322 déserteurs et réfractaires.
Mais que dire de la distinction des bons et des mauvais