PROCÉDURE CONTRE DUPONT
I. Enquête infructueuse de 1808-1809. — II. Procédure de 1812. — Sa rétroaction. — III. Réfutation du rapport de Saint-Jean dAngély. — IV. La responsabilité de Baylen incombe avant tout à Napoléon.
Le rapport de Villoutreys et la lettre de Dupont à Savary du 21 juillet apprirent à Napoléon, le 3 août, la catastrophe de liavlen.
Napoléon à Clarke.
Bordeaux, 3 aoûl.
u Je vous envoie des pièces pour vous seul ; lisez-les une carte à la main, et vous verrez si, depuis que le monde existe, il y a rien de si bote, de si inepte, de si lâche. Voilà donc justifiés les Mack, les Hohenlohe! On voit parfaitement, par le propre récit du général Dupont, que tout ce qui est arrivé est le résultat de la plus inconcevable ineptie. Il avait paru bien faire à la tête d'une division ; il a fait horriblement en chef. Lorsque ce coup du sort est arrivé, tout prospérait en Espagne; le roi, depuis
son arrivée à Madrid, gagnait tous les jours, le maréchal Bessières, après la mémorable victoire de Médina de Rio Seco, etc., tout nous portait à espérer une autre issue.
« Les Anglais ne laisseront sûrement pas passer ces imbéciles, et les Espagnols ne rendront pas les armes à ceux qui ne se sont pas battus ^.
« Communiquez les présentes nouvelles au ministre Dejean, mais à lui seulement. Vinfluence que cela va avoir sur les affaires générales m'empêche de ne rendre moi-même en Espagne.
« Je désire savoir quels tribunaux doivent juger ces généraux, et quelle peine les lois infligent à un pareil délit. »
Clarke à Napoléon.
Paris, 1 août.
« J'ai reçu ce matin la lettre de Votre Majesté en date du 3 août. Elle m'apporte de bien fâcheuses nouvelles. Mon dt'vouement à Votre Majesté m'en fait sentir toute l'amertume, et j'en aperçois les conséquences. La raison actuelle et les circonstances leur donneront de la gravité.
« La position du général Dupont est afl"reuse : Tout me fait craindre qu'il ait été mal obéi. La manœuvre du général Vedel, qui quitte Bagleji pour se porter sans motif connu vers le général Dufour et les inarches que celui-ci paraît avoir faites sans l'avis de son général en chef, ont mis l'ennemi dans le cas de séparer le général Dupont du reste de ses troupes. Je ne sais si la similitude de grade n'a pas une influence funeste contraire à la discipline, ou si c'est à trop de bo7ité, au manque de sévérité de Dupont