Souvenir d'un Bayonnais, in Ducéré
■>. r/i. fl... à >iolfine'f. •2tj février 1808 (Arch. nat., AF'V. 1609).
. A. Lefflivre. loc. cit.
battre la vive répugnance que j'éprouvais à me trouver en rapport avec un homme que la voix unanime des loyaux Espagnols flétrissait du nom de traître. Les détails minutieux dans lesquels il me fit entrer sur les dangers qu'il pouvait avoir à courir, sur les précautions prises afin de l'en prévenir, étaient assez naturels, il faut en convenir : toutefois la vive frayeur que décelaient ses questions, l'espèce d'abandon avec lequel cet homme laissait déborder son âme, en face d'un étranger, ce sentiment indigne d'un grand caractère me consola : je le trouvai en harmonie avec l'opinion qu'on m'avait donnée de lui. » Pendant le séjour de Ferdinand à Yitoria, où il hésitait à poursuivre sa route, on avait craint qu'il n'y éclatât une insurrection, et comme la garnison de cette ville était insuffisante, celle de Burgos l'avait renforcée. « Quelques jours après notre retour à Burgos, les mêmes troupes qui avaient été destinées à remplir la triste mission de forcer la volonté de Ferdinand, bordaient la haie poui- donner plus d'éclat à l'entrée de Charles IV et de la reine. Les voitures des augustes voyageurs étaient suivies d'un grand nombre de chariots chargés de bagages, de meubles et môme des meubles les plus grossiers. Rien ne ressemblait plus a un déménagement. Les incidents qui signalèrent la visite de Al. le maréchal à Leurs Majestés à la tête de tous les officiers de la garnison de Burgos, augmentèrent encore la tristesse de nos sentiments. L'aspect de Charles IV commandait le respect... En nous recevant, la reine Marie-Louise ne nous permit pas de nous livrer à de semblables illusions, car, sans se donner le temps de répondre au compliment que lui adressa le maréchal, elle s'empressa de demander des nouvelles du prince de la Paix. Nous fûmes condamnés, M. le maréchal et moi, à satisfaire l'inquiète et insatiable avidité avec Ia(|U('Ile elle s'informa des. moindres détails sur ce qui concernait
cet homme. La rougeur m'en monta au front. >' Le jugement est sévère : Tamour est tout dans la vie d'une Espaijnole et c'est la plus importante afiFaire. Elle ne craint point de laisser voir qu'elle aime, et cette passion la pousse à l'extrême'.
Ne devine-t-on point que dans une situation aussi tendue, la révdlte grondait dans le cœur des Espagnols, que la bonne conduite des troupes françaises ne pouvait ni reculer ni même atténuer l'expiation de l'invasion et du guet-à-pens de Bayonne?On serait justement surpris du langage de Murât, Beauharnais et Laforest. si l'on ne se doutait qu'avant tout il fallait plaire à l'empereur, qu'il était de rigueur de partager ses vues et qu'en somnie il n'y a là qu'un optimisme officiel. On voudrait trouver des pièces privées, conlidentielles, et cet espoir est malheureusement déçu.
De même que la marche de Murât a provoqué la révolution d'Aranjuez, le départ des souverains pour Bayonne allume l'incendie en Espagne. De légères flammèches courent sur Burgos et Tolède, où la foule s'ameute et joue du couteau; le sang est répandu, et tout d'un coup Madrid est en feu. Les Espagnols ont chargé à plaisir le grand-duc de Berg du fardeau des respnnsabiliirs. t-t ils se sont abusés. Si sa correspondance iif sutlit point à le disculper, on n'aura qu'à se reporter à la dépêche de B(!auharnais en date du 13 avril : « Le gouvernement provisoire laissé par Ferdinand cherche à détruire les germes de sédition. L'état d'anxiété qui subsiste m'a engagé à inviter le grand-duc — eu égard aux circonstances actuelles, au peu de dévotion des troupes françaises, eu égard au respect fanatique des Espagnols dans les jours saints — de prendre des mesures. Le grand-duc m'a
' . Huber, Esquisses sur l'Espagne, XXXII.
assuré que le soldat serait consigné dans les quartiers. Le gouvernement espagnol, de son côté, a supprimé les processions de la semaine sainte ^ »
Chacun sait ce qui se passa le 2 mai à Madrid ; le prétexteétait futile, et bien qu'il n'eût coûté la vie qu'à 7 Français, ordonnances ou employés divers que les émeutiers assassinèrent dans les rues, bien qu'il n'y eût que 130 blessés-, l'événement fut démesurément enflé. Le « Dos de Mayo » est le point de départ de la guerre, c'est-à-dire d'une guerre nationale et religieuse; jour de deuil et de gloire, célébré depuis chaque année par toutes les classes de la société, de la plus modeste bourgade et de l'Estremadure ou de la Galice à Madrid, Séville, Barcelone, jour oii les feuilles publiques paraissent encadrées de noir, où enfin une messe officielle, en toute solennité, rappelle le souvenir des premiers martyrs de la pati'ie, qui scellèrent de leur sang leur généreux et héroïque amour de la liberté et de l'indépendance".
Voyez jusqu'où fut poussée la mauvaise foi. Dans sonmanifeste, le Conseil de Castille avait rapporté qu'il y eut du côté des Espagnols 104 tués, 54 blessés et 42 disparus. La disproportion des tués et des blessés donne à croire que dans ces chiffres sont compris les fusillés de la nuit suivante et du lendemain matin, dont lo nombre dut être considérable, car, dit Laforest : « Si l'empereur a connu tout ce qui a été fusillé de prisonniers après l'aflaire, je n'ai rien à ajouter'*. «Or écoutez la proclamation de la Junte des Asturies : « Dans le moment où ces troupes de bandits (les Français) recevaient les plus grands témoignages d'amitié de la part des habitants
1. Beauharnais à Cliampaçiny^ 13 avril (Aff. étr., vol. C7i, Espagne).
2. Elal des tués et blessés à Madrid, le 2 mai (Arch. Guerre, Corr. Espagne