‹ Guerre d'EspagneChapitre 31 sur 207 · En français, dans le texte · texte numérisé non relu

En français, dans le texte

avoir droit de par sa naissance^. La lettre suivante du maréchal Soult, que Napoléon appelait « la plus forte tête de l'Espagne », montrera du même coup l'état des esprits, les difficultés de la situation politique et les remèdes qui pouvaient y être apportés.

« Dans la plupart des provinces que j'ai parcourues, à peine trouve-t-on, dans les principales localités où il y a eu constamment des troupes, une autorité qui administre et représente le souverain. Elles n'ont pas encore reçu un seul décret royal, ni aucun ordre des ministres de Sa Majesté, pas même des gazettes, au point que la grande majorité des habitants, dont l'esprit est sans cesse travaillé par les intrigues des chefs de l'insurrection, doutaient encore de la prise de Madrid et de l'existence de Sa Majesté le roi Joseph. Aussi les menaces de pillage, de mort et d'incendie que répandaient les chefs du parti contraire produisaient toujours un ell'et qui souvent effaçait tous les succès que nous pouvions obtenir, au lieu que l'avantage fût resté au roi si des commissaires nommés par Sa Majesté avaient suivi notre marche pour consoler les habitants des maux que la guerre et les circons-

1. Le général Bigarré Fa montré au milieu de sa cour, moins brillante évidemment ([ue celle de l'Empereur, mais organisée sur le môme pied, et Stanislas Girardin a raconté les débuts de ses amours avec la comtesse de Monte Hermoso, amours qui défrayaient les conversations à Madrid et provoquaient des épigrammes licencieuses. Joseph ne put moins faire que de donner au mari de sa maîtresse le chapeau de la grandesse, et, dans sa naïveté, le pauvre homme ne cessait de dire -. « Que hermoso somttrero me ha dado el Rey! » Nous ne savons pour quelles raisons Julie Clary ne fut jamais en Espagne. Voici un curieux portrait de Joseph, à rapprocher de celui de M""» d'Abrantès : « Le trait le plus saillant de son caractère est la bonté, mais une bonté qui tient à l'extrême facilité de son naturel et à son absence complète de résolution. Son dada {kobbijhoi'se) est une très grande prétention à la finesse; lorsqu'il croit avoir pénétré les secrets mobiles de quelqu'un, loin don être indisposé contre lui, sa iirésence ne cesse de chatouiller son amour-propre. Son esprit n'est point élevé, il est incapable de redresser une injustice et n'a point le courage de regaider en face les gens auxquels il a fait du tort : il les persécute jusqu'à ce qu'ils aient quitté son service; mais si ces gens parviennent à être reçus et à l'entretenir, ils sont sûrs d'obtenir tout ce qui leur plait. » {Suppl. Wellin/jluns clespalches, Yli, sy5.)

LA GUERRE EST POUR l"eSPAGXE NATIO.NALE ET RELIGIEUSE é3

tances leur faisaient e'prouver, leur promettre des indemnités, leur donner au nom du roi quelques modiques secours, soit en hois des forêts royales, soit en denrées des propriétés confisquées, les lier par des serments, et enfin attirer dans le parti du roi des gens que le malheur et l'oisiveté entraînent malgré eux à lui être contraires... Je ne connais pas qu'en Espagne aucune peine existe contre les individus qui passent alternativement du parti du roi dans celui des rebelles, ni contre leurs familles qui, sous l'apparence de la soumission, les protègent et les favorisent de tous leurs moyens. Aussi il arrive que les insurgés envoient recruter jusque dans les cantonnements des troupes impériales, et qu'à la faveur de l'uniformité du costume ils font passer leurs levées parmi nous, sans que personne les soupçonne. Aucun mouvement ne peut être fait sans que l'ennemi en soit aussitôt prévenu, et les courriers même qu'on expédie sont signalés avant qu'ils soient partis; aussi y en a-t-il à tout instant de pris, et les dispositions sont éventées ^ » Cette lettre est de 1809 : il y avait un an que Joseph était en Espagne et les atîaires, loin d'être aussi avancées qu'au début des hostilités, prenaient une tournure de la dernière gravité; les Anglo-Espagnols marchaient sur Madrid, et l'on était à la veille de Talavera! Si le haut témoignage de Soult ne suffit point, qu'on lise les Mémoires de Le Noble Naylies et Rocca, les Souvenirs du colonel lUens, tous documents dont nous avons pu contrôler la scrupuleuse exactitude, et l'on comprendra ce que dut être une guerre aussi extraordinaire.

« On ne peut se dissimuler, dit le maréchal Jourdan, que l'armée n'occupe que le centre de l'Espagne, tandis que presque toute la circonférence est au pouvoir de reime*

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