Ensai/o de Mani/iesto. liihl. nat., OC.-8o
daJesdelafamille royale, faire le vide au cœur de l'Espagne et l'envahir.
L'égorgement politique dune nation est sans doute le plus grand crime dont un potentat puisse se rendre coupable, et l'histoire démontre, aujourd'hui encore, qu'il se borne (l'ordinaire à provoquer d'inefficaces sympathies, comme si Dieu s'en réservait le châtiment. Or ce crime, Napoléon le perpètre avec une inexorable résolution, parce que I assouvissement de sa haine des Bourbons s'accorde avec les intérêts de l'Empire. Que devait être dans ses mains l'abominable trio que flétrissait le peuple espagnol en des termes intraduisibles, — el cabroriy la putana y el alcahuete — sinon de vulgaires jouets? Le prince des Asturies n'était guère plus digne d'intérêt; dépourvu d'intelligence, dénué de noblesse dans l'adversité, stupidement féroce et absolu le jour où, pour le malheur de l'Espagne, les événements le replacèrent sur le trône, sa digne mère a en laissé le portrait d'un pleutre : Cuer de tigre y <:aheza de mulo. Et en etfet, il semblait avoir reçu « d'un sang hétérogène ou d'une mauvaise éducation un cœur
tiisposé au crime* ; » son menton carré et fortement relevé à la rencontre du nez des Bourbons, son air sournois et méchant laissaient peu de doute à cet égard.
Linditlérence du roi sur les changements politiques qui se produisaient coup sur coup en Europe était complète. Etre épargné et vivre cent ans en arrière, il n'avait d'autre désir, et pourvu qu'il chassât ou jouât du violon, les affaires étaient au mieux, la reine en ayant accaparé la direction avec le premier ministre. Exilé, il eut le loisir de consacrer ses journées à régler une magnifique collection de pendules, jusqu'à vouloir ([u'elles sonnassent toutes ensemble, ce qui fut la grande
1. Manès Padiila, Obs. sur les causes de la décadence de la monarchie • spagnole. Manuscrit. Arch. Nat., AF'V, 1610.
préoccLipation de la maison. Des soins aussi royaux, joints à la pureté de ses mœurs, lui permirent d'ignorer jusqu'à un âge fort avancé, ses infortunes conjugales. S'en étant plaint a son frère de Naples, Ferdinand dit Zéro : « C'est là ce qui vous chagrine? Votre femme vous a trompé et vous ne faites que vous en apercevoir? Moi aussi, j'ai été trompé et je ne crois point en devoir mourir de chagrin'. » Mais « le patriarche franc et bon' » était incapable d'autant de philosophie et \{\ douleur hâta sa fin.
« Petite, raide, crétée, toujours derrière son mari et le gouvernant entièrement'^», Maria Luisa «avait son cœur et son histoire sur sa physionomie : cela passait tout ce qu'il était permis d'imaginer^; » la facilité et la bassesse de ses amours avaient avili son âme et flétri son cœur de mère. Le complice de cette Isabeau de Bavière en cheveux blancs, le prince de la Paix, <( avait l'air d'un taureau, quelque chose de Daru' », et ses capacités égalaient celles de sa maîtresse « qui n'était propre qu'à régner sur des valets'^ » ; bien que ses relations adultères avec la reine et sa bigamie fussent avérées, « le clergé plaçait son image à côté de celle du fils de Dieu"! » « Petit dans son orgueil, obscène dans ses plaisirs, scandaleusement impie dans sa religion, il entendait la messe dans son bain^. » La rumeur publique accusait la reine d'avoir empoisonné sa propre belle-fille, morte on 1806 dans d'affreuses convulsions ; avait-il participé au meurtre''?
Quelques traits encore pour achever de peindre ces