Mém. d'Abrantès, Vlll, 390 et suiv
lugubres personnages : au mois de mai 1808, Temperour chargea M. de Laforest de s'enquérir des diamants de la couronne, qu'il se proposait d'acheter, afin de venir en aide au trésor de l'Espagne : ils avaient disparu. Leur valeur était estimée de 50 mil /ions, et Laforest ne trouva que de vieilles pierreries dont on ne pouvait tirer que 2 ou 3 au plus. (( Un respect religieux enchaîne la langue des employés du garde-meuble. En somme pourtant, il résulte des aveux qui leur échappent que le roi avait sa cassette qui le suivait partout, que la reine en avait cinq ; que le prince de la Paix avait de son côté une très riche collection dont l'origine était suspecte, et que tout a été emporté en France. La caisse d'amortissement aussi a été spoliée^. » De ces rapts, nul ne songea à accuser Ferdinand, et avec raison, car lorsque sa mère mourut, un de ses agents fit reprendre les diamants et poussa le zèle jusqu'à arracher de son doigt un anneau sans valeur qu'elle avait désiré emporter dans la tombe-.
Certes, le jour où la conduite de Napoléon sera l'objet dune étude impartiale, le spectacle d'une telle dégradation morale et la volonté d'arracher l'Espagne à tant d ignominies l'absoudront, sans parvenir toutefois à justifier les voies et les moyens dont il se servit.
En quoi la puissance qui, en 1793. faisant acte de médiation en faveur de Louis XYI et mettant à ce prix sa neutralité, voulut proclamer son fils roi d Aquitaine, fut-elle fondée à protester contre l'invasion de 1808? Représailles de l'histoire, en 1793, elle entend imposer à la Fiance une dynastie répudiée, et, en 1808, Napoléon expulse la sienne. Il arriva même que seule l'Angleterre eut intérêt à la tiror do l'abîme : inU'rêt^ disons-nous.
;. Laforest à Champaçjny. Madrid, 13-33 juin. AtT. étr.. vol. 673, et Napoléon à Mural, 28 mai.
:. Don X..., loc. cil.. 316.
nul ne pouvant ajouter foi aux déclarations sentimentales de la manifestation de Londres, s'il songe que conclure la paix avec l'Espagne et trouver dans la Péninsule un théâtre d'opérations moins dangereux que Walcheren, valaient bien la peine de s'enthousiasmer pour « le vertueux patriotisme de l'héroïque nation^». L'Espagne, en vérité, semblait prédestinée aux marchés de dupes : en regard de ses intérêts vitaux, l'Angleterre ne mit dans la balance que ses intérêts commerciaux; tandis que l'une jouait son existence, l'autre affermissait son crédit!
L'histoire est parfois gênante : pour des raisons de prudence personnelle, pour ne point blesser, pour chatouiller môme des oreilles délicates, les écrivains espagnols se refusent à remonter aux origines de la guerre; il est autrement commode — les esprits y sont naturellement disposés par delà les Pyrénées — d'accabler « le nouvel Attila» du fardeau des responsabilités. Dans cet ordre d'idées, Arguëlles ne craint point de s'aider d'une naïve drôlerie pour excuser l'invasion du Portugal : «A la merci, dit-il, de la politique séductrice de Napoléon, l'Espagne se compromit avec le Portugal'! » Une telle attitude donne à penser et montre combien il faut en rabattre des prétentions exclusives à l'honneur, au dévouement, au patriotisme. Il est pour le moins singulier de ne rencontrer la bonne foi que dans des écrits peu connus et sans prétentions. Au cours d'une conférence de garnison faite à Barcelone en 1806, le général San Roman a eu la franchise de le reconnaître : « Après le sanglant dénouement du 21 janvierl793 'la mort de LouisXVl), nous avons déclaré la guerre à la France, et il a fallu accepter la paix de Bâle. Le traité de San-Ildefonso s'en est