VEDEL RÉTABLIT LES COMMUNICATIONS
de Gobert, celui de Frère et de toutes vos colonnes, jusqu'à ce que vous ayez vu le pli que prennent les alï'aires <lu maréchal Bessières... S'il fait un mouvement rétrograde, il sera nécessaire de rappeler tous les secours que vous aviez envoyés à Dupont, même Vedel, en plaçant Dupont sur les montagnes...
« L'empereur est content de votre zèle, de votre énergie. Je vous invite seulement à peser un peu plus ce que je
ous écris. N'ayant jamais commandé en chef, il est naturel que kl plupart des grandes combinaisons de l'empereur vous soient nouvelles. Vous devez employer à bien comprendre ses idées le temps que vous mettez à faire prévaloir votre esprit. »
Maintenant écoutons le maître dont Berthier vient de
'inspirer.
\otes pour h génrml Savari/
Rayonne, i^ juillet.
Le but de tous les efforts de l'armée doit être de onserver Madrid. C'est là qu'est tout. Madrid ne peut être menacé que par l'armée de Guesta : il peut l'être aussi par l'armée de Castanos, mais d'une manière beaucoup moins dangereuse, parce que, par toutes les marches ue fait Dupont sur ses derrières, il se renforce. Vedel et Dupont étaient suffisants, at/ant p/us de 20.000 hommes; le maréchal Bessières ne l'est pas proportionnellement, vu que sa situation est plus dangereuse; un échec que recevrait Dupont serait peu de chose, un échec que recevrait le maréchal Bessières se ferait sentir à l'extrémité de la ligne. La vraie manière de renforcer le général Dupont n'est pas de lui envoyer des troupes, mais d'en envoyer
152 GUERRE DESPAGNE
au maréchal Bessiores. Le coup porté à ce maréchal serait un coup porté au cœur de l'armée, qui donnerait le tétanos.
« Il faut rapprocher de Madrid Frère et Gobert, afin qu'ils puissent y arriver avant Cuesta, si celui-ci battait le maréchal Bessières... Voilà l'esprit général de la guerre d'Espagne. Peu de jours après que vous recevrez cette note, beaucoup de choses se seront éclaircies. » Beaucoup de choses, en effet; Dupont capitulera, les «grandes combinaisons» avorteront, et à peine entré dans son palais, Joseph s'enfuira vers l'Ebre, devant l'ombre de Gastafios ! Il était d'ailleurs trop tard pour arrêter Gobert; Dupont l'avait appelé à lui, et déjà le 12, ce général était arrivé à Guarroman, après avoir, contre son gré, semé ses régiments sur la route. Au moment enfin où la note de l'empereur parvint à Savary, le canon tonnait sur les rives du Guadalquivir.
Dans l'idée que « Madrid était tout » et qu'il ne fallait point «s'y dégarnir», Napoléon avait lancé Moncey et Dupont dans de périlleuses aventures avec des moyens dérisoires. Si l'un échappa au naufrage, l'autre allait sombrer. C'était dans l'ordre des choses à prévoir, et les mesures capables d'empêcher la catastrophe, les mesures que réclamait Dupont ne furent point prises. Evidemment ce dernier était fondé à l'invoquer dans sa défense, en 1812, et s'il ne le fit point, il appartenait au Conseil d'enquête de passer outre au fait brutal de la capitulation, d'en rechercher les origines, d'en établir les responsabilités; mais effrayés de mettre en cause l'homme en qui l'Europe voyait la personnification du génie de la guerre et qui par-dessus tout dispensait les faveurs et la fortune, les juges s'en gardèrent. Et Dupont, devenu par raillerie comme par flétrissure, Dupont-Bayleii, fut mis hors la loi, ainsi que le « vagre» de l'antique Germanie.
DA>GEHELSE SITUATION DE DUPONT A ANDUJAR lo3
Loin de prendre, au fond de sa conscience, la part de responsabilité qui lui incombait, loin d'accorder au malheur pitié et pardon, les seuls sentiments qui s'éveillèrent en Napoléon furent le mépris et cette sorte de colère, qui, suivant l'expression de M'*" de Pradt, « ne dépassait jamais le cou)>, tout en s'exhalant avec une indicible violence.
Di\JSGEREUSE SITUATION DE DUPONT A ANDUJAR
« Si vous pouvez ne commencer à tirer le canon que tiand nous aurons des nouvelle^ de Valence, nous mènerons vivement la guerre du Midi, parce que nous aurons de quoi vous alimenter. Ne faites point de marche rétrograde au-delà de la Sierra Morena, sans quoi vous nous amèneriez l'insurrection jusqu'aux portes de Madrid. Maistoutcela est rigoureusement soumis à ce qui se passera enavant devons. Voilà plus de 19.000 hommes qui sont à votre disposition, avec 38 pièces de canon. Gobert vous mène plus de monde que vous n'en auriez trouvé dans la division Frère '. » Nous ne savons au juste dans quelle situation était cette dernière, mais il est certain qu'affaiblie du 5" provisoire détaché avec Caulaincourt, et du bataillon irlandais laissé à Madrid pour cause de désertions, la division Gobert ne comptait plus que trois régiments ; et qu'ayant dû échelonner le S*" provisoire sur la route d'Andujar, son général ne joignit le corps de Dupont qu'avec les 6^ et 7' provisoires. Au reste, établissons
BelUaril à Dupont. 2 juillet Arcli. Guerre}.
i54 GUEIIRE IJ ESPAiiNE
nettement les forces de Dupont à rarrivc'C de Vedel et ■de Gobert. Nous comptons au 6 juillet :
Division Baibou 5'355
lirigîule suisse 1300
Marins de la garde 3U
Division de cavalerie Frésift
Division Vedel ."iOTl
— Gobert (0% 1° jirovisoii-es) 2t)i2
Généi'al Boussart (t)" [)rovisoire de di'agons)
Général Lagrange (2' jjrovisoire de cuirassiers)
Artillerie, génie (38 jiièces de canon), environ fiOO
1601; Soit au total 19.f;27 iidniines.
Jusqu'alors Dupont avait occupd en forces Andujar, et ^'était borné à garder Mengibar par quelques compagnies, à surveiller les gués entre ces deux localités, et à pousser des colonnes sur Jaën pour se procurer des vivres et voir ce qui se passait du côté de Malaga. A son arrivée, Lefranc serra sur Andujar avec le 6^ provisoire et 4 canons, puis Yedel prit position à Baylen et chargea Liger-Belair de défendre le passage de Mengibar avec 2 bataillons de la 5" légion, 1 escadron du 6* dragons et 4 pièces de canon; enfin Gobert s'arrêta à Guarroman avec le 7" provisoire et 4 pièces de canon, et détacha Lagrange sur Linharès avec le 2" cuirassiers.
Andujar s'élève en amphithéâtre sur la rive droite du ■Guadalquivir, et ses premières maisons en sont très proches. Sur celte rive, et à l'entrée d'un pont de trois arches, se dresse une tour dans laquelle passe la route qui de là débouche dans le terre-plein du ridicule ouvrage qu'avait construit le général Dabadie, sorte de bastion armé de quelques pièces. Et là s'embranche le chemin d'Arjona qui escalade directement les Visos, tandis que la l'oute, prenant à main droite, les gravit par des rampes