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LE DROIT DES GENS

M. de Bismarck n'a rien inventé quand il â dit

(Tertullien, Adv. Judæos, IX.) (2).

PARIS

Les belligérants actuels sont comme les conquérants d’autrefois, brutaux et injustes; cependant, ils tiennent à paraître bons et loyaux; c’est pourquoi chaque parti s’efforce, à grands renforts de circulaires diplomatiques et de proclamations, à convaincre les étrangers, et les siens aussi, de la bonté de sa cause (1).

« L’idée du droit ne s’évanouit donc pas lors de l’ouverture des hostilités, au contraire. Tout en donnant à leurs opérations l'impulsion la plus vigoureuse, les adversaires en présence s’efforcent de prouver à leurs alliés et aux neutres qu'ils ne se laissent guider que par la bonne foi ; qu’ils ont à cœur de ne jamais sortir des limites posées par l'équité. C'est ainsi que, pris à partie par M. Kern, ministre de la Confédération suisse, M. de Bismarck a fait des tours de force de dialectique à l’elîet d’établir son droit de bombarder Paris 2). »

Dans sa réponse, M. de Bismarck s’appuie, pour justifier la barbarie commise, sur la phrase suivante de Yattel : « Détruire une ville par les bombes et les boulets rouges est une extrémité à laquelle on ne se porte pas sans de grandes raisons. Mais elle est autorisée cependant par les lois de la guerre, lorsqu’on n'est pas en état de réduire autrement une place importante, de laquelle peut dépendre le succès de la guerre ou qui sert à porter des coups dangereux. »

Mais il était possible de réduire Paris autrement, ne fût-ce que par la famine, puisque c’est elle seule qui ouvrit les portes aux Allemands, alors que le bombardement les avait fermées plus hermétiquement (3) .

On* était d accord, entre nations civilisées, pour

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apporter des tempéraments à la mesure barbare du bombardement. « Le bombardement des places de guerre, ou des autres lieux fortifiés, estime mesure prise lorsqu’on ne peut obtenir par cV autres moyens la reddition du point attaqué. Le feu doit être dirigé contre les ouvrages constituant la défense militaire de la place : fortifications, magasins, arsenaux et autres établissements militaires. Les parties occupées par les habitants, les édifices consacrés aux sciences, aux arts, aux cultes, à la bienfaisance, tels que les hôpitaux et les ambulances, doivent être épargnés autant que possible, à moins que l’ennemi ne les emploie à un usage de guerre (1). »

On sait comment les Allemands se sont conformés à ces usages.

Au surplus, continuons à consulter, sur la matière, les auteurs contemporains, surtout les juristes allemands. Du même coup, nous montrerons l’opinion des militaires prussiens sur la question. Pour cela, nous n’aurons qu'à copier partie des réflexions que nous faisions, sur les bombardements, dans la Revue du Cercle militaire :

« Observons les lois de pitié avec des ennemis qui ne les violent pas, mais pas de sensiblerie avec des adversaires qui ne connaîtraient que la «règle de Clausewitz, à sa voir qu'il ny a pas de droit des gens à la guerre quand on a intérêt à le nier.

(1) Précis de droit maritime international et de diplomatie , par A. Le Moine, capitaine de frégate; Paris, Berger-Levrault, 1888; p. 153. — Les Allemands le sentaient si bien que M. de Bismarck ne voulait pas que l’on parlât du bombardement des monuments et des hôpitaux. Je rédigeai, dit Moritz Buseh, un télégramme sur le bombardement. « L’ayant montré au chef, il barra, en le traitant d’impolitique, le passage où je dis que nos obus sont tombés dans le jardin du Luxembourg. » (Le comte de Bismarck et sa suite pendant la guerre de France , 1870-1S71, par D. Moritz Busch, secrétaire particulier de M. de Bismarck; traduit de l'allemand ; Paris, Denlu, 1880 ; p. 405.) M. de Bismarck rougissait de sa vilaine action.

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«« 11 pourrait venir à l'esprit de certains philanthropes qu'il existe des moyens artificiels pour désarmer el terrasser son adversaire, sans verser trop de sang, et que c'est là le véritable but où doit tendre l'art de la guerre. Cela est fort beau, dit Clausewitz, mais c'est une erreur qu'il faut combattre car, dans une chose aussi périlleuse qu’est la guerre, les erreurs provenant d’un bon cœur sont les plus dangereuses. L’emploi de la force physique dans toute son étendue n’excluant d'aucune façon la coopération de l'intelligence, celui qui emploie cette force sans avoir égard à quoi (pie ce soit, sans penser à ménager le sang, aura le dessus si son adversaire est moins brutal. II le contraint, par conséquent, à l’être tout autant que lui, tous deux font des efforts extrêmes que rien ne saurait entraver, sinon leur propre contrepoids naturel. »» Major von der Gollz, J^a \alion armée, p. 3.

« Â ce propos, il est utile de remarquer combien la doctrine universitaire de l'Allemagne diffère des usages de ses hommes de guerre. Lisez les ouvrages des professeurs de Ilonii et. d Heidelberg, vous y découvrez le devoir de protéger les faibles, les règles les plus douces à applique]* au cours des hostilités, les plus grands ménagements à apporter dans les rapports avec les populations envahies, Bluntschli, notamment, qui a occupé si brillamment la chaire des sciences politiques à Heidelberg et qui :i acquis une célébrité universelle par sou Droit international codifié , Bluntschli, disonsnous, a posé, dans ce dernier ouvrage, des principes (pie la philanthropie la plus exigeante ne saurait contester.

« Prenons, pour exemple, le bombardement de Paris. Voici ce que pensait Bluntschli de ce fait d'armes, avant qu'il eût été accompli :

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«« Lorsqu’une ville est reliée à des travaux de fortification, le bombardement, lorsqu’il est rendu nécessaire par des motifs d’ordre militaire, doit être dirigé surtout sur les ouvrages défensifs (y compris les portes de .l'enceinte de la ville) et sur leurs abords : l'intérieur de la ville, et les parties habitées par la population civile, doivent, au contraire, être ménagés autant que possible.

«« 1. Déclar. de Bruxelles 1 b . On excuse parfois le bombardement intégral, et sans ménagement, d’une place forte, en prétendant qu’on a voulu contraindre la population civile à influencer la garnison pour l’amener à se rendre. Il est extrêmement rare que ce motif puisse être invoqué à un titre quelconque. Dans la règle, il apparaît à la fois comme inadmissible et inefficace, tant au point dé vue militaire qu’à celui du droit. Celui qui impose aux particuliers le devoir de s’abstenir de toute participation à la lutte, alors que la défense de leur patrie a lieu dans l'intérêt des particuliers et doit être considérée, dans certaines occasions, comme le devoir de tout citoyen, ne saurait et ne devrait pas exciter la population civile à des actes de violence contre les troupes de leur propre patrie. Cette pression es l entièrement immorale. En

outre, l'expérience a démontré qu'elle est presque toujours sans effets. Elle provoque la haine et la vengeance, mais n'a pas d'action décisive. Le commandant de la garnison assiégée réprime, le plus souvent, l’émeute des bourgeois, punit les meneurs, mais ne cède pas à leurs menaces, et ne se rend pas, tant que les forces militaires dont il dispose le lui permettent. »»

« Encore une fois, en 1871, les Allemands ontils fait assez li des leçons de leur pacifique professeur, les ont-ils assez oubliées! C'est qu’il est si commode de se créer une réputation d humanité à

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l’aide d’un enseignement (ont plein de belles maximes et de déclarations ul tra-doucereuses, sauf aux militaires à fouler aux pieds tout ce bagage universitaire quand le premier coup de canon retentit.

«« II ne faut pas violer les droits généraux de l'humanité et les usages reçus en guerre par les nations civilisées »», dit Bluntschli à ses élèves, page 320. Mais, écoulez de nouveau Clausewitz, parlant aux officiers prussiens : «« Celui qui emploie la force physique sans avoir égard à quoi que ce soit, sans penser à ménager le sang, aura le dessus si son adversaire est moins brutal... ; à la guerre, les erreurs provenant d'un bon cœur sont les plus dangereuses. »»

« On comprend, de reste, combien deux doctrines si différentes, mises à la portée des militaires, entraînent de liberté pour eux, et combien il leur est facile d'ètrc cruels sans entacher la réputation de la débonnaire Allemagne 1). »

Et c’est sur tous les points que les Allemands ont pris la contre-partie de leur enseignement universitaire. Ainsi, nous verrons bientôt les obus tomber sur les musées, les églises, les hôpitaux de Paris ; or, que disait M. Bluntschli à cet égard :

« L’assiégeant doit, autant que possible, prendre les mesures nécessaires pour que les églises, liôpi-

i) Le Droit des gens, à la guerre , article que nous avons publié, sous notre n° 113, dans la Bcvue du Cercle militaire du 24 février 1885). p. 1(»2 e^ fü3. — Voir, pour la justification de notre chiffre 113, Pans , Second échec du Bourget et Perte d'Avro?i , par Alfred Duquel, p. 24, en note. — «Bluntschli affirme que les chants de victoire sont, pour lui, comme des hurlements de bêtes fauves. » [Le Service dans les états-inajors , par le colonel l ix; Paris, Berger-Levraul t, ; p. 306.) — Kant, aussi, aurait

condamné la guerre à la façon de MAI. de Bismarck et de Moltke. ( Discours , Plaidoyers et Œuvres diverses de M. Edmond Rousse, ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats, membre de l’Académie française; recueillis et publiés par Fernand Worms, avocat à la Cour de Paris; Paris, Larose et Forcel, 1884 ; f. II, p. 322.)

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taux, collections artistiques, etc., d’une place assiégée soient ménagées pendant le bombardement. L'assiégé est tenu, de son côté, de désigner ces édifices d’une manière visible et de ne pas les utiliser pour la lutte (1). »

M. Bluntschli fit adopter ce principe par la conférence de Bruxelles, qui rédigea l'article 17 en ces termes :

En cas de bombardement, « toutes les mesures nécessaires doivent être prises pour épargner, autant qu'il est possible, les édiliccs consacrés aux cultes, aux arts, aux sciences et h la bienfaisance, les hôpitaux et les lieux de rassemblement de malades et de blessés, à condition\qu’ils ne soient pas employés en même temps à un but militaire. Le devoir des assiégés est de désigner ces édifices par des signes visibles spéciaux, à indiquer d’avance à l’assiégeant (2) ». .

<( Devant Paris, les Allemands ont dirigé leur feu contre le Panthéon, le Muséum, le Yal-de-Grâce, les Invalides, l'hôpital des Enfants-Malades. Tandis que l’amiral Bouët-Willaumez refusait de détruire la ville de Golberg, ce qu’il eût pu faire sans difficulté, il est à croire que si les flottes allemandes avaient pu échapper au blocus de la nôtre, elles eussent détruit sans vergogne Dunkerque, le Havre, Dieppe et Boulogne. C’est un avis pour l’avenir. Si quelque chose avait pu les arrêter, ce n’eût été que la crainte du contre-coup commercial que

(1) Le Droit international codifié , par Bluntschli, docteur en droit, professeur ordinaire à l‘Lini versité d’IIeidelberg, correspondant de l’ Académie des Sciences morales et politiques ; traduit de l’allemand par M. G. Lardy, docteur en droit, précédé d’une biographie de l'auteur par M. Alph. Rivier, secrétaire de l’Institut de droit international, professeur à l’Université de Bruxelles ; 4 e édition ; Paris, Guillaumin, 1886 ; p. 323.

(2) Ibid., p. 536.

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l'Allemagne eût ressenti du désastre de ces ports (1). »

Mais un mot encore touchant le Droit des gens , à propos du bombardement de Paris, attentat sur lequel Allemands, Français, Anglais, Belges, Russes, Suisses, etc., sont du meme avis, car il n’a pas même eu l'excuse de Futilité.

On était donc d’accord que le bombardement d’une ville ne devait pas commencer sans un avertissement préalable donné aux habitants. Nous allons transcrire le passage de l’Allemand Bluntschli se rapportant à la question :

« Il est d usage que l’assiégeant annonce, lorsque cela lui est possible, son intention de bombarder la place, afin que les non-combattants, et spécialement les femmes et les enfants, puissent s’éloigner ou pourvoir à leur sûreté. II peut cependant être nécessaire de surprendre l'ennemi afin d'enlever rapidement la position, et, dans ce cas. la nondénonciation du bombardement ne constituera pas une violation des lois vie la guerre.

« 1. Instr. arnér. 19. Déclar. de Bruxelles 16. Cet usage se rattache à l'idée même de la guerre, qui est une lutte entre deux Etats et non une lutte entre des particuliers. User d'autant de ménagements que possible envers ces derniers, tel est le caractère distinctif de la guerre civilisée. Aussi, pour proléger les grands centres de population contre les dangers de la guerre, on les déclare, le plus souvent, villes ouvertes. Mais, même s'il s'agit de places fortes, l'humanité exige que les habitants soient prévenus du moment de l’ouverture du feu, toutes les fois que les opérations militaires le permettront. C'est seulement dans les cas les plus urgents gu une attaque subite combinée avec un bombardement

(1 Colonel Fix, p. 510.

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Immédiat peut paraître autorisée à titre de nécessité militaire.

« 2. Voir art. oo2, rem. Le 17 février (janvier) 1871, le comte de Bismarck avait, au contraire, adressé de Versailles àM. Kern, ministre de Suisse à Paris, et doyen du corps diplomatique, la dépêche suivante, en réponse aux réclamations du corps diplomatique, contre le bombardement de Paris sans dénonciation : « « En réservant aux gouvernements de V. Exc. et de MM. vos cosignataires l’initiative d’un examen plus approfondi delà question théorique, je me borne à maintenir que la dénonciation préalable d’un bombardement n’est point exigée d'après le principe du droit des gens, ni reconnue comme obligatoire par les usages militaires (1). »

Examinons, maintenant, les principes posés par Bluntschli.

« L’assiégeant annonce, lorsque cela lui est possible, son intention de bombarder la place. »

Qui oserait soutenir que les Allemands ne pouvaient pas annoncer aux Parisiens Je bombardement du centre de la ville? Et puis, M. Bluntschli parle du bombardement du centre de la place; or, le centre d’une ville comme Paris peut-il être considéré comme une place de guerre? Autant couvrir d’obus un hôpital ou une crèche remplie d’enfants !

« De tous temps, avant le bombardement d’une ville, l’assiégeant la somme de se rendre et, en cas de refus, il accorde un certain délai pour mettre à l’abri les femmes, les vieillards et les enfants. C’est la loi ou, plutôt., l’usage militaire. 11 paraît que l’empereur d Allemagne ne veut pas s’y sou-

ré ;

mettre (1). Il en a le droit puisqu’il est le maître; mais il se souviendra peut-être un jour que sàpremieve volonté impériale fut une cruauté ( 2 ).

Le bombardement imprévu pouvait-il déterminer 1 enlèvement de la position ?

Jamais les forts et l’enceinte de Paris n’ont été considéi <*s comme une position. Quelques centaines d obus sunes maisons de la ville ne devaient influer en rien sur la résistance des ouvrages militaires ainsi que l’événement l’a démontré. Aussi bien' lu. de Moltke 1 a avoué : « Le bombardement a-t-il dit, moyen qu’il est toujours désagréable de devoir employer, ne suffisait pas, à lui seul, à réduire une place <1 une étendue si énorme, et l’état-major allemand s était très bien rendu compte qu’il n’ar-

rivera.it à ses lins qu’en faisant le siège en règle de la ville (3). » o ©

« En guerre, a dit Napoléon I er , comme en poli-

que Vuu"eur U !2 VntîSt! enC ° r ° eœpereur d’Allemagne ainsi

2) Journal du siège par un bourgeois de Paris, pp. 630 et 631 « Les sommations sont en usage avant d’attaquer ou de

bombarder les places. » (Colonel Fix, p. 570.) A fortiori les villes habitées. « Le bombardement de Paris a commencé sans aue nous en ayons été officiellement avertis par les Prussiens suivant I usage de la guerre. Les barbares! »> (Mme Adam p.’ 382 )

3) Lu guerre de 18/0, par le maréchal comte de Moltke’- édition

Sainfrv, p p’ j , ae | ,é ’ professeur à l’Ecole spéciale militaire de rfî xfcSl-V ; PP- 317 et 31S - - « Le maréchal

, r 7 • 7 ■•-‘•/‘auubuuii ue m. siamsias Mouillard.)

lt ~T. 1 Janvier. Premier jour du bombardement. Que diront les

^rrf, en W enanL dans L quinze jours, que rien' n’est changé? (Le ragtbuch, Mémoires authentiques de Frédéric III Traduction

Gaudois^ 18SS DeuUche-UundschL : Paris, imprimerie Famtol a u dois, 1888, p. 11 .) — La Campagne de France , 1870-1871 par A. iNiemann; traduction de M. Stiedel, lieutenant de vaisseau-

d ia i20 S - C n Æ a b \î I, \v ,è< l Ue k U CercIc militaire de Paris ; A, IJ,' r' ,>2 P - T M - Wachenhusen, cité par Edmond Neukomm

Paris 7 UbniHn Z" 1 ’î- d'après les documents allemands:'

laus, Libiairie de la Société des gens de lettres; p. 234.

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tique, tout mal, fùt-il clans les règles, n'est excusable qu'au tant qu’il est absolument nécessaire. Tout ce qui est au delà est un crime. »

Or, Paris était trop grand pour que le bombardement pût y faire de tels dégâts que la population n’eût d’autres ressources que la capitulation (1). « Son odieuse et inutile barbarie n’avança pas d’un jour la chute de Paris (2). »

Par conséquent, les restrictions indiquées par Bluntschli et Y Instruction américaine n’étaient pas applicables à Paris; c'est par dépit, par méchanceté, sans besoin, que les Prussiens se sont conduits en sauvages. Nous comptons fermement qu’à l’occasion nous aurons la virilité de ne pas l'oublier.

« Quant à la canonnade dirigée plus spécialement sur les habitations civiles, a écrit le colonel suisse Ferdinand Lecomte, les résultats furent plus

(1) Général Ducrot, t. IV. p. 11. — Le bombardement de Paris peut être condamné comme un acte de cruauté inutile. » (La Campagne de 1810; traduit du Times par Roger Allou ; Paris, Garnier frères, 1871; p. 283.) — Rüstow, Guerres des frontières du Rhin, 1870-1871; traduit de l’allemand par Savin de Larclause, colonel au 1 er lanciers; Paris, Dumaine, 1871, t. Il, pp. 87, 88 et 219. — Récifs sur la dernière guerre franco-allemande , par G. Sarazin, médecin en chef de l’ambulance du grand quartier général de la 2 e armée pendant le siège de Paris; Paris, Berger-Levrault, 1887; p. 254. — A. Niemann, p. 240.

(2) Histoire de France depuis 1789 jusqu'à nos jours, par Henri Martin; Paris, Jouvet et G ie , 1885 ; pp. 316 et 317. — « Lorsque le bombardement a lieu préliminairement à toute opération, sa cruauté peut être excusée par le désir de s’emparer d’une ville encore pleine de ressources, avec des pertes minimes et dans un laps de temps très court pour l’assiégeant. Mais lorsqu'il ne dispense pas des travaux ordinaires d’un siège, comme il arrivait pour Belfort, ou bien lorsqu’il a lieu, comme devant Paris, à la suite d'un long blocus, alors que toutes les ressources de la ville sont épuisées, lorsqu’aucune armée ne tient plus la campagne, menaçant de forcer les lignes d’investissement, alors le bombardement n’est plus qu’une barbarie sans excuse, et il ne suffît pas, pour la justifier de dire que le moment psychologique est venu. » ( Guerre franco-allemande , Résumé et commentaires de l’ouvrage du grand état-major prussien, par Félix Bonnet, chef d’escadron d’artillerie; Paris, Dumaine, 1882; t. III, p. 155.)

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nuis encore (que celle dirigée sur les forls) au point de vue tactique. Ils ne laissèrent pas cependant d c ire considérables en fait de dévastations matéiielb i >. il \ eut beaucoup de pacifiques demeures détruites, de monuments publics incendiés, déviés inolïensives happées. Sous ce rapport le bombardemenl d«* J > ari^ surpassa celui de Strasbourg; il marque d une (acfic lugubre le glorieux triomphe des armées allemandes (1). »

que .Al. de Bismarck a voulu, en 1871, c'est terroriser. Mesurant les Parisiens à Paune des Berlinois qui ont apporté à Napoléon, après Iéna, les clefs de leur ville sur un coussin de velours à glands d or. (iuillaume, Bismarck, de Mol tke ont pensé que les habitants mourraient de peur aux premiers obus evenlrant les enfants et les femmes, et, pour obhoiir ce résultat psychologique, il fallait la surprise. le saisissement : de là, l'absence de dénonciation que nous flétrissions tout à l'heure. II fallait, enlin. que le bombardement arrivât à son heure.

« De très concluantes considérations psychologi-

un article de la Gazelle de St leste, reproduit par la Presse de Vienne le 15 décembre 18/0, parlaient pour que le bombardement in* lut commence qu après que nos victoires en rase campagne auraient détruit les espérances que les Parisiens élevaient sur les armées de secours. Le moment psychologique devait, surtout, d après toutes les considérations, jouer un rôle saillant car, sans son concours, il y avait peu à espérer du travail de l'artillerie (2). »

1 é'storique ef critique de la guerre franco-allemande

en ns.u-ih.l, par Ferdinand Lecomte, colonel fédéral suisse; Paris, Tanera, ISIi; t. IV, p. 23.

bile* par le major de Sarrepont, Le Bombardement de Paris. in ' .T-, • . 0 y erre de France , par Charles de Mazade ; Paris,

l ion j< /•> ; t. Il, p. 2(iO. — M. Wachenhusen, cité par Edmond Neukomm, p. 2o4.

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Jamais aveu plus naïf, ou plus cynique, n’avait été fait de la façon de combattre des Allemands humanitaires; jamais mépris plus effronté du droit des gens, de la civilisation n’avait été publiquement affiché! Les Prussiens suivent les théories du général de Clausewitz et non celles de Bluntschli; or, « Clausewitz est un auteur plus franc que les légistes. Selon lui, il n’y a pas de droit des gens, a la guerre, quand on a intérêt à le nier 1) ».

Au reste, et pour terminer sur celle question, voici l’article 10 de la Déclaration internationale de Bruxelles .*

« Si une ville ou place de guerre, agglomération d’habitations ou villages est défendue, le commandant des troupes assaillantes, avant d’entreprendre le bombardement, et sauf l’attaque de vive force, devra faire tout ce qui dépend de lui pour en avertir les autorités (2). » .

Il vaudrait mieux ne pas publier, chez ; soi, Le Droit international codifié , quand on en viole 1 esprit et la lettre avec cette impudeur, et cela sans l’ombre d'une protestation de la part du renommé professeur d’Ileidelberg. Aussi, à la fin de ces observations, nous n’avons que deux épitlietes a

H \ Colonel Fix p. 566. — La Fronce ci l'Europe pendant le sièqe de Paris (18 leptembre 1870, 28 janvier °P^ e

politique, militaire et anecdotique, par Pierre ^^^est archiviste de la ville de Tournai Belgique), conservatemdes archives de l’Etat; avec une préface de M E. bpuller, député de la berne, 2 e édition, Paris, Ghio, 1877; pp. 618 et 61t>.

(2 Bluntschli, p. 536. — Dans un article, Publié pai / as Ma

ministre ne la b tierre prusMcu, t

l'incendie de Châteaudun, les bombardements de St' asbouig et Paris, et déclare que, durant toute la guerre les

sont pas écartés des règles de 1 humanité, i l . I • • ï Qn ,

général prend ses désirs pour des réalités, et n nrussien a

trer combien la cruauté inutile du grand état-majoi piussien a terni ses victoires de 1870.

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accoler à la conduite des Prussiens en 1870 : Hypocrisie, cruauté ! « La plupart des livres sur le Di •oit des gens... sont très dangereux; surtout ceux inspirés par la sentimentalité officielle de la rive droite du Rhin, parce qu'ils engagent à faire ce que noire ennemi ne fera pas, tandis qu'il épiera le moment de profiter de notre sottise (1). »

Encore un coup, les Prussiens se sont mis hors la loi.

Toutefois, nous avons le devoir de faire ici une déclaration (jui nous est dictée, non par la reconnaissance de Ja vie sauvée (car sans le prince royal, depuis Frédéric III, nous eussions été fusillé, à Versailles. en octobre 1870, car ce n'est que grâce à son intervention, écrivons le mot, à sa bonté, que l’exécution n’eut pas lieu), mais par l’amour du vrai : ce prince n'a jamais approuvé ces barbares et inutiles pratiques de soudards.

Sans doute, il a exécuté les ordres cruels que M. de Moltke lui donnait, par l’excellente raison qu'un soldat doit obéir, mais il n'a pas manqué une occasion de les atténuer quand il n'a pu les supprimer complètement. « Dans cette lutte de géants, écrit-il en ses Mémoires , rien ne sera épargné à mon horreur personnelle de la guerre; mes sentiments, à ce sujet, sont connus; on dit même, à ma grande joie intime, que partout où le devoir me le permet, je recommande la clémence et les ménagements (2). »

Et c'était vrai. Surtout avec ses ennemis, il est défendu d'être injuste; lorsque, au milieu de ces boucheries, nous avons la fortune de rencontrer un

(1 Colonel Fix, p. 56G .

(2) I-e Tayebuch , p. 11 — Voir Paris , Chevilly et Bagneux , par Alfred Duquet; Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1891 pp. JoG et lo7.

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prince ayant le dégoût du sang, un prince qui montre de la pitié pour le vaincu, il faut le saluer respectueusement.

Il ne nous reste plus qu'à raconter le bombardement et qu'à transcrire les protestations dont il a été l’objet, de Ja part du Gouvernement français, du corps diplomatique et de différents personnages politiques.

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