‹ Guerre de 1870, Bazeilles-SedanChapitre 10 sur 48 · LE 14""' COUPS DAUMÉE EN · texte numérisé non relu

LE 14""' COUPS DAUMÉE EN

les troupes du corps d'armée auquel il appartenait. L'erreur ou la faute ayant été constatée , les troupes qui avaient déjà perçu durent réintégrer en magasin, pour ôtre livré aux l""", 5* et 7° corps d'armée, le tiers des denrées qui leur avaient été distribuées. Il en résulta que, pour ces troupes , il fallut modifier les bons de vivres , et que les détacbements de corvée, qui étaient allés une première fois au magasin pour percevoir, durent s'y rendre une deuxième fois pour y restituer ce qu'ils avaient perçu en trop. Tout cela, en fin de compte, se traduisit, pour un certain nombre d'bommes, en fatigues, qu'avec un peu plus d'ordre, l'administration aurait pu leur éviter.

Puisque le nom de M. le sous-intendant Lègues vient de tomber sous ma plume, tout en rappelant la faute que son excès de zèle lui avait fait commettre à Rethel , je saisis ici l'occasion de signaler ce fonctionnaire pour l'intelligence et l'activité qu'il sut déployer et pour les services qu'il rendit au 12" corps d'armée depuis le commencement jusqu'à la fin des opérations de l'armée de Gbàlons. Je ne l'ai pas revu depuis 1870; mais, si par hasard, ces lignes tombent sous ses yeux, qu'il veuille bien y trouver un témoignage de mon estime et de la reconnaissance que je lui ai toujours conservée pour le concours qu'il m'a prêté.

Depuis son départ du camp de Ghàlons , le 12<^ corps d'armée avait été rejoint par un certain

nombre de détachements destinés aux quatrièmes bataillons de sa 2° division d'infanterie. De 400 à 500 hommes que ces bataillons avaient eus à leur effectif le 18 août, ils en étaient à en compter de 1200 à 1500 à la date du 24. Un chiffre aussi élevé était tout à fait hors de proportion avec le nombre d'officiers, de sous-officiers et de caporaux que les cadres des bataillons comportaient. D'un autre côté, cette augmentation d'hommes dans le corps d'armée avait porté son effectif au chiffre de 41,000 au moins. 11 était impossible qu'avec un effectif pareil , les mouvements du corps d'armée ne fussent pas alourdis et qu'il n'en résultât pas pour ses troupes des fatigues excessives. Je demandai au général en chef et j'obtins de lui que les bataillons dont il s'agit verseraient chacun 300 à 400 hommes dans les régiments du l'^'" corps d'armée. La mesure fut mise à exécution à Rethel. Après avoir égalisé l'effectif dans les 42 quatrièmes bataillons de la 2° division , six de ces bataillons passèrent au l^"" corps , les six autres restèrent au 12° corps, y formant la brigade du général Marquisan.

Suivant les ordres du maréchal de Mac-Mahon, le 12'" corps d'armée fut porté , dans la journée du 26, sur Tourteron. L'étape que ses troupes eurent à faire ce jour-là ne fut pas longue, la distance qu'elles parcoururent ne dépassa pas 25 kilomètres; mais elles firent route par une pluie bat-

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tante, et elles arrivèrent très fatiguées dans leurs campements. La nuit suivante, elles reposèrent mal, la paille qu'on leur avait distribuée ne suffisant pas pour les garantir contre l'humidité d'un sol profondément détrempé.

Le lendemain 27, et conformément aux ordres que j'avais reçus du maréchal , je portais le corps d'armée sur le Chêne-Populeux. Je lui fis prendre position sur les hauteurs qui avoisinent cette localité, de manière que son front fût couvert par le canal de jonction des Ardennes à l'Aisne. L'étape parcourue avait été de 18 kilomètres seulement. Mais la journée ayant été pluvieuse comme la journée précédente, les soldats étaient encore arrivés fatigués sur les points où ils avaient pris leurs bivouacs.

En gagnant, comme il l'avait fait après son départ de Rethel , Tourteron , puis le Chêne-Populeux, le là** corps d'armée s'était rejeté, de la direction du Nord , vers celle de l'Est. Les autres corps d'armée avaient pris également cette direction à partir du 2o, car, le 27 au soir, le 1""" était établi à Vendresse , le 5" à Grand-Pré, et le 7" à Vouziers. Il semblait donc que le général en chef, renonçant à tout projet de diriger l'armée vers les forteresses du Nord, n'avait plus d'autre intention que de la porter directement sur Montmédy et de Montmédy sur Metz. Mais il est probable que, ce même jour du 27, pendant qu'il était au Chêne"-

MARCHES ET OPÉRATIONS ol

Populeux, OÙ se trouvait son quartier général, le maréchal de Mac-Mahon fut informé que l'armée du Prince Royal de Saxe, ayant d'abord descendu des Vosges, après la bataille de Reischofîen, pour gagner Nancy, puis Châlons-sur-Marne, s'était tout à coup rabattue du côté du Nord-Est et s'avançait, à marches forcées, pour attaquer son armée sur son flanc droit ou à revers. Celle-ci pouvait alors être exposée à avoir ses communications avec l'intérieur tout à fait coupées. Pour lui éviter ce danger, il est vraisemblable que le maréchal se détermina alors à modifier de nouveau son plan d'opération, en portant son armée vers l'Ouest, du côté qui lui permettait mieux de lui faire gagner les places du Nord.

Le général en chef arrêta, en conséquence, que le 12° corps irait, le 28, prendre position à la Besace, le 5° à Nouart ou Buzancy, le 7° à Stoune et le !*"■ à Raucourt. Le quartier général de l'armée devait être établi le même jour à Stoune. Pour que le 12° corps pût exécuter avec plus de sûreté son mouvement sur Stoune, je le fis couvrir sur son flanc droit par la division du général Lichlin, en prescrivant que cette division serait poussée jusqu'à Beaumont et s'y établirait, pour y passer la nuit suivante, se trouvant ainsi de 10 à 12 kilomètres en avant du corps d'armée, d'où il résulterait que celui-ci serait parfaitement éclairé sur son front et sur son flanc droit.

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La situation de rarmée française était devenue grave. Il était impossible que son général en chef se fît la moindre illusion cà cet égard. Il no pouvait plus songer à poursuivre son projet de faire passer la Meuse à son armée pour la porter sur Montmédy. Il était par trop évident qu'il avait à présent à compter avec une attaque très prochaine du Prince Royal de Saxe , qui s'avançait résolument sur lui. Devant cette menace d'attaque imminente, le maréchal de Mac- Mahon aurait peut-être pu attendre que l'armée allemande vînt attaquer la sienne sur la position qu'il lui fit occuper le 28, en rapprochant seulement les 1°'', S** et 12° corps du 7% afin que le centre de cette position fût à Stoune, car les hauteurs de Stoune se prêtaient parfaitement à la défensive. L'armée allemande n'aurait pu nous aborder sans rencontrer les plus grandes difficultés, et à supposer qu'elle eiit pu les surmonter et déloger l'armée française de sa position, celle-ci aurait eu la possibilité, ce semble, d'opérer sa retraite sur Mézières par Mouzon et Sedan ou bien par Chémery et Yendresse. Le maréchal de Mac- Mahon n'en jugea pas ainsi; il ne trouva pas que la position de Stoune présentât les conditions avantageuses qu'il pouvait désirer. Il résolut de faire occuper à son armée la position déterminée par la ligne des hauteurs qui dominent la xMeuse et le Chiers entre Mouzon et Garignan, sur la rive

droite de la première de ces rivières. Il décida que les quatre corps de l'armée y seraient concentrés, dans la journée du 30. La détermination du maréchal avait en sa faveur, il faut le reconnaître, qu'elle devait, comme conséquence, amener l'armée française à avoir la Meuse entre elle et l'armée allemande, et la Meuse, eu égard à sa largeur et à sa profondeur, c'était un cours d'eau présentant un véritable obstacle aux troupes allemandes. Le maréchal pouvait se dire, en outre, que la position de Mouzon-Garignan était préférable à celle de Stoune parce qu'elle était à proximité d'une voie ferrée, celle de Carignan- Sedan-Mézières-Reims-Paris, au moyen de laquelle son armée pourrait être sûrement ravitaillée, tandis qu'étant à Stoune, elle n'aurait pu recevoir sûrement les approvisionnements expédiés de l'intérieur.

Le 28, dans la soirée, le maréchal de Mac- Mahon me donna l'ordre de porter le 12° corps, le lendemain de grand matin, de la position de la Besace sur celle de Mouzon. Les instructions du maréchal portaient que j'emporterais de vive force le pont de Mouzon sur la Meuse, si l'ennemi s'y trouvait avant moi, et que j'occuperais ensuite le plus rapidement possible les hauteurs de la rive droite de la rivière au-dessus de Mouzon, en y prenant les meilleures dispositions pour une défensive énergique.

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C'était une marche de flanc, à proximité de l'ennemi qu'il s'agissait de faire exécuter au 12" corps d'armée dans la matinée du 29. En adressant au général de Fénelon, dans la nuit du 28 au 29, l'ordre de mouvement de sa cavalerie pour la journée du lendemain, je lui prescrivis de prendre ses dispositions pour que, dans sa marche sur Mouzon, le corps d'armée fût bien couvert par ses deux divisions, en obligeant celles-ci à exécuter leur mouvement, en suivant toujours la ligne des hauteurs qui dominent la rive gauche de la Meuse entre Beaumont et Mouzon.

L'avant-garde du 12° corps se présenta, le 29, à neuf heures du matin, devant le pont de Mouzon. En même temps qu'elle, y arrivait la tête de la division du général Margueritte par la route de Stoune à Mouzon. Comme l'ennemi n'était encore ni à Mouzon, ni sur les hauteurs de la rive droite qui le dominent, je fis faire une halte aux troupes du corps d'armée, afin de permettre au général Margueritte de faire franchir immédiatement la Meuse à sa cavalerie, l'essentiel étant, pour le moment, que cette cavalerie lançât, aussitôt que possible, quelques escadrons en avant de Mouzon, d'un côté vers Stenay, de l'autre vers Carignan, afin de se mettre, s'il était possible, en contact avec l'ennemi.

Entre neuf heures et demie etune heure de l'aprèsmidi, les troupes du 12" corps avaient pris leurs

positions au-dessus de Mouzon et mis à profit la configuration avantageuse du terrain pour y préparer une bonne défense. Sa réserve d'artillerie, pour être à proximité de l'eau, avait été parquée près du pont, sur la rive gauche de la Meuse.

Sa cavalerie avait pris ses campements aux abords du pont, mais sur la rive droite. Un seul de ses régiments s'était établi sur les hauteurs, près de l'infanterie, parce que je l'avais désigné pour éclairer sans cesse la route de Stenay (1).

Les reconnaissances que le général Margueritte avait envoyées rentrèrent dans leurs bivouacs : elles n'avaient découvert aucune troupe ennemie.

Ces reconnaissances commirent, dans cette circonstance, la faute qu'on avait si souvent eu à reprocher à la cavalerie française dans les guerres précédentes.

Arrivées en vue de Stenay et ne découvrant point d'Allemands devant elles, elles avaient rétrogradé sur Mouzon. Si, au contraire, elles étaient demeurées en station près de Stenay, ou si même elles avaient poussé au-delà de Stenay, il est bien probable qu'elles se fussent mises en contact avec des forces ennemies, et alors elles eussent pu faire parvenir au général en chef des

(1) Ce fut à Mouzon, le 30, que fut rerais à la division Margueritte le 4'' régiment do chasseurs d'Afrique récemment arrivé d'Algérie, et qui provisoirement avait été rattaché à la division de Fénelon.

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renseignements tels qu'il en aurait conclu que son armée était ce jour-là menacée de bien plus près qu'il ne le supposait. On en aura la preuve un peu plus loin.

A peine étais-jo à Mouzon, que, comme l'étatmajor ne m'avait jusque-là rien fait connaître de ce qui se passait dans l'armée allemande, je priai le maire de cette localité de voir si, parmi les habitants, il ne pourrait pas trouver deux hommes de bonne volonté qui, moyennant une bonne rétribution, consentiraient à se rendre, par les moyens les plus prompts, à Montmédy pour y prendre et me rapporter les renseig-nements qu'il leur serait possible de recueillir sur les mouvements de l'armée ennemie. Le maire m'amena ces deux hommes, et, après leur avoir bien expliqué ce que j'attendais de leur patriotisme, je leur remplis la main d'or, leur promettant que je renouvellerais cette largesse, à leur retour de Montmédy. Ils me quittèrent après m'avoir donné l'assurance qu'ils s'acquitteraient le mieux possible de la mission que je leur avais confiée. — Se rendirent-ils à Montmédy? Je l'ignore ; ce qui est certain c'est que je ne les revis pas pendant tout le temps de mon séjour à Mouzon. Hélas! c'est qu'après s'être éloignés de moi, ils avaient peut-être réfléchi, et qu'alors le cœur leur avait manqué !

Ce qui me l'a fait supposer, c'est que déjà le 20 août, il est triste d'avoir à le dire, l'apparition pos-

sible du uhlan commençait à jeter l'alarme parmi les populations de nos campagnes. La terreur était écrite en caractères parfaitement visibles sur le visage de tous les habitants, quand ils regardaient défiler notre armée sous leurs yeux. — Qu'étaistu devenu, ô patriotisme français du temps héroïque de la première République et de l'Empire!

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