CHAPITRE V
LE DERNIER EFFORT DEVANT BAZEILLES ET LE DExNOUEMENT
J'ai raconté dans quelles circonstances j'avais cru devoir me transporter à la porte de Sedan dont nos soldats voulaient forcer l'entrée. Quand j'eus fait fermer cette porte et lever le pont-levis, comme je me trouvais très peu éloigné de l'hôtel de la sous-préfecture où était l'Empereur et où je pensais que le maréchal de Mac-Mahon avait été transporté après avoir été blessé, je crus que je devais m'y rendre en toute hâte ; je m'imaginais qu'il était urgent que l'un et l'autre fussent informés exactement delà situation désespérée de l'armée. Une minute d'entretien avec eux pouvait me suffire pour les mettre au courant.
A peine avais-je pénétré dans la cour de l'hôtel , que des officiers de l'entourage de l'Empereur me jetèrent en quelque sorte, plutôt qu'ils ne m'introduisirent, dans le cabinet de S. M. Napoléon III. Ils
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ne me donnèrent pas même le temps d'échanger une seule parole avec eux.
L'Empereur, en me voyant paraître devant lui, n'avait plus besoin de me demander quelle était la situation de notre armée; il la connaissait déjà. Mais il m'adressa aussitôt les paroles suivantes : « Gom- » ment se fait-il donc, mon cher général, que le » feu n'ait pas cessé et que la lutte se continue? » Il y a plus d'une heure que j'ai fait hisser sur » la citadelle un drapeau blanc, pour faire cesser » cette lutte qu'il est absolument inutile de pro- « longer. 11 n'y a déjà que trop de sang versé ; je » ne veux pas qu'on en répande davantage. J'ai y> fait hisser le drapeau blanc pour demander un » armistice. »
Après la guerre, le générai de Wimplîen s'est plaint de ce que l'Empereur avait fait hisser un drapeau blanc sur la citadelle, et il a affirmé que l'Empereur avait par là paralysé son action comme général en chef de l'armée. D'autres ont prétendu que l'Empereur avait outrepassé ses pouvoirs dans cette circonstance. Ceux-ci avaient oublié, qu'aux termes delà Constitution de l'Empire, Napoléon III était responsable de ses actes devant le pays. A côté du général de WimpITen, qui commandait l'armée sous Sedan, il n'en était pas moins toujours le souverain, et, en faisant arborer un drapeau blanc qui, dans sa pensée, devait mettre lin à une lutte qu'il regardait comme
inutile et faire cesser l'effusion du sang- de nos soldats, il n'a fait qu'exercer légitimement les droits attachés à la souveraineté. C'est, au reste, ce qu'il a fait savoir lui-même, dans un livre écrit, sous son inspiration, par M. de Lachapelle, pendant qu'il était à Ghislehurst.
« — Sire, répondis-je, ce que Votre Majesté me dit, d'un drapeau blanc hissé au haut de la citadelle, m'explique comment il se fait qu'un ofûcier que j'ai rencontré sur mon chemin, à mon entrée dans la place, s'est jeté à la bride de mon cheval, et s'est écrié : Savez-vous, mon général, que le drapeau blanc a été arboré sur la citadelle? Je n'avais pas compris, ne sachant rien de ce drapeau qui n'a pu être aperçu du champ de bataille. Je dois avouer à l'Empereur que, si je l'avais vu, je n'aurais pas pour cela fait cesser le feu ; car il n'eût point eu à mes yeux la signification que Votre Majesté vient de m'en donner. Aux termes des lois de la guerre, ce n'est pas, en effet, en arborant un drapeau blanc, pendant une bataille, qu'on demande un armistice.
» — Gomment donc le fait-on? reprit l'Empereur.
» — Sire, repartis-je, pour demander un armistice, on dépê(^he près du général en chef de l'armée ennemie, un officier parlementaire, porteur d'une demande écrite d'armistice, et celui-là seul
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qui a autorité pour envoyer ce parlementaire au quartier général de cette armée, c'est le général en chef, au nom de qui l'armistice est proposé. L'officier parlementaire fait reconnaître la mission dont il est chargé, en se faisant accompagner par un trompette et un cavalier porteur d'un fanion blanc.
)> — Qui donc envoyer ainsi en parlementaire? reprit l'Empereur. Pourriez -vous remplir cette mission?
» — Non, Sire, comme commandant d'un corps d'armée, il est de rigueur que je reste jusqu'à la fin à la tête du 12" corps d'armée ; mais je puis proposer pour cette mission le général Gresley, mon chef d'état-major; c'est un officier intelligent, qui la remplirait parfaitement bien.
» — Eh bien, dit l'Empereur, voulez-vous écrire tout de suite la demande d'armistice, pour qu'il la porte au général en chef de l'armée allemande?
» — Sire, ajoutai-je encore, il est bien entendu que cette demande doit être faite par le général en chef de Wimpffen; il faut que celui-ci, après l'avoir approuvée, y appose sa signature et y spécifie sa qualité de général en chef de l'armée française. J'espère que je trouverai le général sur le champ de bataille et qu'il voudra bien signer cette pièce. S'il y consent, ce sera lui qui enverra le général Gresley au quartier général prussien. »
Ceci dit, je pris un siège, et, sur la table du cabinet de l'Empereur, j'écrivis à la hâte la lettre suivante :
« Je soussigné, commandant en chef de l'armée française, ai l'honneur d'adresser à M. le général en chef de l'armée allemande une demande d'armistice, pendant la durée duquel il sera possible aux généraux en chef des deux armées de traiter de conditions également acceptables pour ces deux armées.
» Sous Sedan, le l"' septembre 1870.
» Le général en chef de l'armée française. »
Au bas de cette pièce, il manquait la signature du général de Wimpffen. 11 me restait à chercher le général et à lui demander, de la part de l'Empereur, de vouloir bien la donner et d'accepter le général Gresley pour parlementaire chargé déporter la demande. Pour les formalités à observer, trompette et cavalier portant le fanion des parlementaires, c'était au général de Wimpffen à y pourvoir.
Je sortis précipitamment du cabinet de l'Empereur; mais je n'avais pas encore mis le pied à rétrier que déjà des officiers de la maison militaire de Sa Majesté savaient qu'un parlementaire allait être envoyé au quartier général de l'armée ennemie. Ils s'imaginèrent que ce parlementaire ne pouvait être autre que moi-même, et alors, dans leur désir de me faciliter la mission
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dont ils supposaient que l'Empereur m'avait eharg'é, ils s'empressèrent, dans un accès de zèle irréfléchi, de mettre, entre les mains du premier sous-officier de cavalerie qui s'ofTrit à leurs yeux, dans la cour de la sous-préfecture de Sedan, une lance au fer de laquelle ils avaient fixé un ling-e blanc, et ils prescrivirent à ce sous-officier de me suivre.
Au moment où je venais de quitter la souspréfecture, j'aperçus le fanion blanc qui était derrière moi et que je n'avais point demandé. Je donnai l'ordre au sous -officier qui le portait, de se tenir à une grande distance; mais je ne songeai malheureusement pas à lui prescrire de tenir son fanion caché. Je n'entrevis pas les conséquences que sa présence derrière les officiers de mon état-major pouvaient avoir un peu plus tard. En ce moment, la situation affreuse de l'armée m'agitait trop l'esprit pour que je fisse grande attention à ce malencontreux fanion blanc dont on m'avait fait suivre. On va voir à quel point j'eus bientôt lieu de m'en repentir.
J'ignorais sur quel point du champ de bataille le général de Wimpfîen pouvait se trouver; ma grande crainte était d'avoir de longues recherches à faire avant d'arriver près de lui. Un hasard heureux voulut que je le rencontrasse très vite sur la grande route entre Bazeilles et Balan. Et voici la scène qui se passa alors entre lui et moi :
J'arrivais au galop de mon cheval près du général ; celui-ci ignorait absolument le motif qui m'appelait vers lui, quand apercevant tout à coup le fanion blanc qui s'avançait derrière moi, il s'écria, dans un mouvement d'exaspération difficile à décrire : Non, non, je ne veux pas de capitulation; quon fasse disparaître tout de suite ce drapeau blanc. Je veux quon continue à se battre (1).
Je m'approchai du général de Wimpfîen, et
(1) Le fanion blanc dont il est question ici a donné lieu à des erreurs, à des malentendus, à des calomnies qui ont été exploités, après la bataille de Sedan, au profit d'hommes qui avaient intérêt à lui donner une signification toute différente de celle qu'il avait en réalité.
Le général de Wimpfîen a prétendu que ce fanion était celui d'un parlementaire que l'Empereur avait envoyé de sa propre autorité au quartier général de l'armée prussienne pour demander, soit un armistice, soit même une capitulation. Il a prétendu que, de ce fait, l'Empereur avait ainsi substitué indûment son autorité à celle du généra! en chef de l'armée qui n'appartenait qu'à lui-même et que le commandement de l'armée en avait élé ainsi paralysé.
Le Conseil d'enquête appelé en 1872 à donner son avis sur la capitulation de Sedan, a admis et déclaré dans son procès-verbal, à la décharge du général de Wirapffen, que l'Empereur, en envoyant un parlementaire au camp prussien, avait paralysé l'action du général en chef de Wimpffen.
Il a été écrit après la guerre que le parlementaire dont il s'agit n'avait été autre que le général Lebrun commandant du 12" corps d'armée. M;dgré les protestations du général que le Conseil d'enquête n'avait point interrogé sur ce fait qui était complètement faux, l'avis du Conseil d'enquête n'avait pu être rectifié, son président, M. le maréchal Bur.iguay-d'Hilliers ayant fait savoir au ministre de la guerre qu'il ne lui paraissait pas possible de convoquer le Conseil à nouveau pour qu'il pût entendre le général Lebrun. — Les pièces annexes que le lecteur trouvera à la fin de ce livre sont destinées par l'auteur à rétablir la vérité sur le rôle qu'a joué le fanion parlementaire vers la fin de la halaiile (l(> Sedan.
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j'essayai de lui expliquer qu'il n'était pas question de capitulât io7i, que l'Empereur m'avait seulement chargé de me mettre à sa recherche pour le prier de demander un armistice, ma mission se bornant à soumettre à son approbation et à sa signature le pli que je lui apportais ; je le suppliai de vouloir bien en prendre lecture, le laissant libre de décider ce qu'il y aurait à faire. Tous les efforts que je fis pour me faire entendre, demeurèrent inutiles. Voyant que le général ne voulait absolument pas m'écouter :
— Je n'ai plus qu'un mot à te dire, m'écriai-je; va sur-le-champ trouver l'Empereur et fais-lui connaître tes dernières résolutions.
Là-dessus, je lui présentai le pli que j'avais à la main; il le prit, et je crus qu'il allait le déchirer pour en jeter les morceaux au vent. Il le garda cependant, et, quand je le vis s'éloigner et se diriger du côté de Sedan, je lui criai : — Je cours retrouver mes troupes et elles continueront à combattre.
Je m'imaginais en ce moment que le général de Wimpffen, après réflexion, s'était décidé à se rendre chez l'Empereur. Pour moi, je me précipitai à bride abattue vers le Vieux Camp pour y rejoindre la portion principale du 12^ corps qui y avait pris position deux heures auparavant. La situation des troupes étabhes au Vieux Camp avait
empiré, depuis qu'avait eu lieu, derrière elles, l'effondrement d'une partie des 5^ et 7^ corps d'armée que j'ai raconté plus haut.
Néanmoins, ces troupes résistaient toujours aux forces allemandes qui avaient franchi la Givonne et qui s'avançaient de plus en plus, s'efforçant, avec leur artillerie, de les déloger des hauteurs qu'elles défendaient. Du haut de ces hauteurs, on voyait particulièrement les corps bavarois, qui étaient entrés dans le village de Bazeilles, quand la division d'infanterie de marine et une brigade de la division Granchamp l'avaient abandonné par ordre, on voyait, dis-je, les corps bavarois s'avancer, de proche en proche, du village de Balan,par l'étroite langue dé terre élevée qui sépare la grande route du cours de la Meuse. Leur intention manifeste était de tourner par là, en les dominant, celles de nos troupes qui défendaient les approches du village. Je courus à Balan, afin de reconnaître ce qui s'y passait. Sur la grande route qui traverse le village et à une petite distance en avant de celui-ci, je trouvai le général Abbatucci avec sa brigade. Après quelques paroles échangées entre lui et moi, le général fit escalader à ses régiments la pente escarpée au-dessus de laquelle les Bavarois apparaissaient. Il les enleva au cri de : « Vive VEm'pereur ! » répété par ses soldats.
« Vous le voyez, me dit le général, quels
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braves gens! ils ne demandent qu'à se battre. » Des détachements qui n'appartenaient pas à la brigade Abbalueei, mais venus de fractions constituées de l'armée, je ne saurais dire lesquelles, s'étaient embusqués sur la grande route, derrière tous les murs de clôture et les maisons de Balan. Pendant que la brigade Abbatucci contenait les Bavarois au-dessus du village, ces détachements disputaient le terrain à ceux de leurs bataillons qui s'avançaient par la grande route. Mais la résistance de l'un comme de l'autre côté ne pouvait être de longue durée. Je m'en assurai, en me portant de la route sur les hauteurs où le général Abbatucci combattait. Les régiments du général, attaqués par des forces allemandes trop supérieures, furent bientôt forcés de se replier sur la route, et ils le firent en désordre.
Menacé alors, pour mon compte personnel, d'être enlevé avec les officiers qui m'accompagnaient par les groupes de tirailleurs bavarois qui, sur la rive droite de la Meuse, arrivaient jusque tout près du village de Balan, ce ne fut qu'en passant, avec grande difficulté, à travers des jardins clos de haies et inondés en ce moment par un débordement de la Meuse, que je pus regagner la route et aller rejoindre les quelques troupes du 12° corps qui luttaient encore du côté du Vieux Camp et à Balan.
La journée était avancée; il était 3 heures et de-
mie ou 4 heures. C'est vers cette heure que je vis le général de Wimpffen qui venait vers moi. Il descendait de la hauteur où le général Abbatucci avait tenté de repousser les Bavarois et d'où j'étais revenu moi-même un peu plus tôt. Le général avait envoyé à l'Empereur, comme je l'ai dit plus haut, ce billet dans lequel il lui disait : « Sire , venez vous mettre à la tête de mes » troupes ; elles tiendront à honneur d'ouvrir à » Votre Majesté un passage à travers les lignes » ennemies. » Le général vint à moi et me dit aussitôt :
— Est-ce que nous ne pourrions pas encore, avec les quelques troupes qui sont ici, essayer de nous faire une trouée à travers l'ennemi, en marchant sur Bazeilles ?
— Nous pouvons assurément, lui répondis-je, tenter l'entreprise, mais espérer que nous y réussirons, c'est impossible; elle n'aboutira qu'à nous faire sacrifier un plus grand nombre de nos soldats. N'importe, ajoutai-je, puisque tu m'en fais la proposition, marchons. »
Et aussitôt m'adressant aux officiers qui étaient à proximité, je m'écriai de manière à être bien entendu : Ramenez vivement vos soldats sur la route, et suivez-iwus ; en avant!
Les officiers commandants composèrent, avec tous leurs soldats rassemblés, une petite colonne qui ]jouvait représenter un millier d'hom-
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mes, 1,200 tout au plus, et cette colonne se mit en marche. Le général de Wimpffcn s'était placé à ma gauche ; le général Gresley, mon chef d'état-major, à ma droite. On marcha en avant, et tout d'abord fort résolument, je puis le dire. Mais comme je l'avais trop bien compris, ce que le général de WimpfTen m'avait demandé, c'était une tentative que seul pouvait expliquer, sinon justifier, le désespoir d'un chef d'armée qui n'a plus qu'à se faire tuer bravement, quand son armée, à bout de résistance, désorganisée, est réduite à la plus complète impuissance, quand sa défaite, pour tout dire, est consommée. Le général de WimpfYenet moi, nous marchâmes donc en avant, et comme nous, notre petite troupe pa raissait animée du sentiment que je viens de prêter au général. Mais sous une grêle de balles qui, de tous côtés, sur sa droite, comme sur sa gauche et sur son front, venaient fondre sur elle, la colonne se débanda bientôt, et les soldats se jetèrent, dans la plus grande confusion, derrière les maisons qui bordaient la route.
En ce moment nous avions parcouru une distance de trois à quatre cents mètres. Le général de Wimpffen, jetant un coup d'œil derrière lui, s'arrêta tout à coup, puis se tournant de mon côté :
— Je vois, m.edii-i\, que nous ne sommes pas suivis et qxiil ny a plus rien à faire. Donne des ordres pour que
toutes nos troupes effectuent leur retraite sur Sedan. Je vais donner ma démission de général en chef, tu prendras le commandement à ma place.
— Donner ta démission! lui répondis-ie, tu n'y penses pas. Ta démission ne sera pas acceptée; si .elle l'était d'ailleurs, ce ne serait pas moi, dans tous les cas, qui devrais être appelé à te remplacer, ce serait le plus ancien des commandants de corps d'armée. Il est bien entendu que tu me donnes l'ordre positif de faire exécuter la retraite pour faire entrer nos troupes dans Sedan.
— Oui, reprit le général.
— Eh bien, alors, repartis-je, je vais faire en sorteciue le mouvement de retraite ne soit pas précipité; les troupes se replieront, en disputant pied à pied le terrain à l'ennemi; je les ferai entrer su/^cessivement dans Sedan, et puis, lorsque je croirai qu'aucun de nos soldats n'est plus dehors, j'y entrerai moi-même et ferai fermer derrière moi la barrière de l'avancée.
Avec les quelques détachements que je pus réunir, je me retirai lentement, nos soldats faisant le coup de fusil avec les Bavarois qui les suivaient dispersés en tirailleurs. Arrivé tout près de la porte d'entrée de la forteresse, j'y disposai, en avant de la barrière, une centaine d'hommes afin de protéger avec leurs feux la retraite de nos soldats qui descendaient des hauteurs du Vieux Camp. Les tirailleurs ennemis étaient, en ce moment, embusqués derrière les arbres et les maisons.
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à 100 OLi 150 mètres do l'avancée. Verso heures ou 5 heures et demie, quand j'eus fait répéter plusieurs ibis des appels de clairon, suivis de la sonnerie de la retraite, pour faire venir à moi les soldats attardés, et quand je ne vis plus arriver aucun d'eux, je franchis la barrière avec les officiers de mon état-major; je disposai, à droite et à gauche de cette barrière, sur la banquette intérieure du parapet, le détachement qui me restait sous la main, et donnai Tordre aux officiers présents d'en défendre les approches.
Ce fut là le dernier incident de la bataille qui avait duré de onze heures à onze heures et demie. Le feu cessa aussitôt, comme d'un commun accord, entre les deux armées allemande et française (1).
(1) La letlre suivaiile m'a été ailressée cii 1875 :
a Nantes, ce 16 février I87:i.
» Mon Général, » J'ai été fort surpris, ce malin, eu lisant le compte rendu du Gauloh, de ce qu'on m'ait t'ait dire, dans ma dé|)osition, que c'était le général d ' Wiinptren qui était rentré le dernier dans Sedan. , » J'ai cependint déposé, à liante et intelligible voix, qu'après avoir l'ait rentrer tout le monde dans la ville sur l'ordre du général de Wimpllen, vous n'avez suivi le mouvement que le dernier, accompagné du général Gresley, votre chef d'état-major général.
» Je m'empresse de vous informer, mon général, qu'à la lecture di Gaulois, j'ai envoyé aussitôt une note rectilicative à la rédaction de ce journal, parce que je serais désolé (ju'on p.'il m'attribuer quel;|ue chose de contraire à la vérité, surtout au sujet de ce (pii p.nit vous oncerner.
» Veuillez agréer, etc.
Signe :
« Colonel Clé.ukwk. "
LE DÉNOUEMEINT 143
Le bilan de la journée était, à six heures du soir, navrant pour l'armée française.
La position que cette armée était venue occuper sous Sedan, le 30 août, présentait, comme champ de bataille, les conditions topographiques les plus désavantag-euses qu'il soit possible d'imaginer; elle n'était, comme je l'ai déjà dit, qu'un vaste entonnoir, dominé, sur tout son pourtour, par des hauteurs dont le relief semblait, en quelque sorte, appeler l'armée allemande, pour qu'elle pût tout à son aise foudroyer l'armée française des feux convergents de sa formidable artillerie. Et de cet entonnoir, de cette souricière, comme je l'ai appelé quelque part dans mes rapports, il n'était pas possible que les troupes françaises pussent s'échapper si ce n'est par le côté où se trouvaient les o'' et "i" corps. Partout ailleurs, l'armée était clouée sur place, ayant devant son front, soit le cours de la Meuse, soit le profond ravin creusé par la Givonne.
Pendant la bataille, le feu de notre infanterie n'avait pu faire beaucoup de mal à l'ennemi, parce que, presque nulle part, l'infanterie allemande ne s'était assez rapprochée de nos fusils pour être exposée à leurs coups. L'état-major prussien avait jugé avec raison qu'en raison de la supériorité de son artillerie et des excellentes positions que pouvaient occuper ses batteries, c'était à cette arme qu'il devait donner le rôle prépondérant et
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n'avoir recours que le moins possible à l'infautorie. On verra, dans la suite de mon récit, qu'il avait encore eu un autre motif pour en décider ainsi, quand je raconterai l'entretien que j'eus avec un colonel de l'état-maj or prussien, le lendemain de la bataille.
Toutefois, devant la division d'infanterie de marine et devant une des brigades de la division Granchamp du 12^ corps d'armée, nos fusils avaient fait subir des pertes sensibles aux Allemands. Le corps bavarois, dans ses efforts répétés, le 31 août et le 1*^'" septembre, de quatre heures à neuf heures du matin, pour se rendre maître du bourg de Bazeilles, avait laissé sur le terrain un très grand nombre de ses officiers et de ses soldats, plus de 4,000 hommes, si je m'en rapporte à ce qui m'a été affirmé après la bataille.
On n'avait eu qu'à se féliciter de l'attitude vigoureuse des autres troupes du l^*" corps sur la position qu'elles avaient défendue derrière la Givonne d'abord, puis en arrière du ravin du Fondde-Givonne et enfin sur le terrain du Vieux Camp de Sedan. Partout et toujours elles s'étaient montrées énergiques et obéissantes ù la voix de leurs chefs. Et puisque j'en trouve ici l'occasion, comment n'aurait-on point admiré ces pauvres jeunes recrues de la 2** division (général Laeretelle) qui, portant l'uniforme de])uis ^pelques jours seulement, étaient demeurées, durant de si longues
heures, inébranlables comme de vieux soldats sous l'éclatement incessant des obus, sous le sifflement des balles? Pourtant, quel spectacle, dans ce début de leur existence du soldat! Les gémissements des blessés, la vue de leurs camarades tombant tués à leurs côtés, le sang partout autour d'eux! Braves enfants, combien il fallait les admirer et les plaindre !
Le 29 août, au soir, le maréchal de Mac-Mahon me l'avait dit à Mouzon, on croyait, dans l'armée française, n'avoir devant soi que 70,000 hommes tout au plus que comprenait l'armée du Prince Royal de Prusse qui avait battu notre 1"'' corps d'armée à Reischoffen; mais le 1°'' septembre, au matin, on s'était trouvé en présence des forces réunies de cette armée du Prince Royal et de celles que le prince Frédéric-Charles avait amenées de Metz, ce qui représentait de 200 à 220,000 hommes appuyés par 400 à 500 canons. L'armée française devait infailliblement succomber sous le nombre, eût-elle eu l'avantage de la position où il fallait qu'elle combattît, et cette position, je l'ai dit, n'était pour elle qu'une véritable souricière, un terrain de guet-apens. Notre artillerie, en raison de la trop faible portée de ses pièces et de son infériorité vis-à-vis de l'artillerie prussienne comme portée et précision de tir, avait prêté aux autres armes un concours insuffisant. Ses officiers et ses soldats s'étaient fait
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tuer bravement; ils avaient ainsi honoré grandement leur arme, mais ils n'avaient pu prêter un concours efficace à notre infanterie.
La cavalerie française, eu égard à la configuration du cliamp de bataille, avait été condamnée à demeurer immobile et inactive, pendant presque toute la journée, derrière les autres troupes de l'armée, et les obus y avaient tué bon nombre d'officiers et de cavaliers. A huit heures du matin, une de ses brigades, commandée par un général dont je tairai le nom, avait déserté le champ de bataille. Ce général, s'étant imaginé que déjà la bataille était perdue et que ses régiments étaient trop menacés par les forces allemandes, qui tournaient, en ce moment, la gauche du 1^'' corps d'armée, avait pris, de sa propre autorité, la détermination de profiter d'une trouée, demeurée libre entre le l*^*" corps et le 7^, pour jeter sa brigade sur la frontière belge. Il lui avait ensuite fait longer cette frontière pour l'acheminer sur Paris par Maubeuge , Landrecies, etc.
On apprit plus tard que le gouvernement de la défense nationale avait fait une ovation splendide au général en récompense de sa conduite héroïque. La population parisienne lui avait fait gloire de ce qu'il avait su vaillamment, avec ses régiments, percer les lignes allemandes. La vérité est qu'il n'avait rien percé du tout. A l'armée, on apprécia tout aulremejit ce que le général avait
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fait. On lui reprocha d'avoir, sans l'ordre de ses chefs, abandonné l'armée en pleine bataille, quand le résultat de la lutte, entre les deux partis combattants, n'était pas encore absolument décidé. Quelques-uns le plaignirent, s'imaginant qu'après réflexion, il avait dû se repentir amèrement d'avoir déserté son poste d'honneur et de combat.
A une heure plus avancée de la journée, deux autres généraux de brigade de cavalerie quittèrent aussi le champ de bataille, avec une partie des régiments qu'ils commandaient. Quand ils arrivèrent à Paris, ils y reçurent également des ovations. Je suis heureux de pouvoir dire que pas plus que le premier ces généraux ne faisaient partie du l^*" corps jd'armée. Il ne s'agit, d'ailleurs, point non plus ici du général de Bernis dont j'ai raconté la conduite honorable, quand il a passé en Belgique, poursuivi par des cavaliers allemands.
A l'honneur de la cavalerie française, les régiments de la division Margueritte avaient, sur l'ordre du général Ducrot, exécuté, en avant du front du T*= corps, sur les bataillons prussiens, une charge si brillante d"intrépidité que le roi de Prusse, en la suivant de l'œil de la hauteur où il se trouvait, n'avait pu s'empêcher d'admirer en s'écriant, devant les officiers qui l'entouraient: « Oh! les braves gens! » Les régiments français, écrasés sous la pluie de balles des bataillons prussiens, n'avaient pu entamer sérieusement ceux-ci.
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En sacrifiant dans cette charge la moitié de leurs officiers et de leurs cavaliers, ils n'avaient pas réussi à sauver l'armée du désastre auquel elle était vouée.
Ce qui s'était passé sur le champ de bataille, depuis quatre heures et demie du matin, et surtout depuis huit heures, on peut se l'imaginer, si l'on se rappelle ce que j'ai dit de l'artillerie allemande. A partir de cette dernière heure, elle avait pu mettre ses nombreuses batteries en position, sur toutes les hauteurs qui entouraient, en la dominant, la position occupée par l'armée française, et elle écrasait celle-ci de ses feuxconvergents. Sur les troupes du IS*" corps, les obus prussiens étaient tombés sans interruption, pendant neuf heures, en mettant hors de combat hommes et che\aux. Jamais, dans les guerres précédentes, on n'avait vu une artillerie dont la justesse de tir fût aussi remarquable que celle de l'artillerie que nous avions devant nous. Veut-on en avoir une idée très exacte? Je vais en dire ici quelques mots.
Entre sept et huit heures du matin, j'étais, de mapersonne, avec les officiers de mon état-major, sur le point culminant du terrain que j'ai indiqué dans une des pages précédentes, et de là je suivais attentivement ce qui se passait sur les bords de la Givonne et à Bazeiiles. Mes officiers et moi, nous formions là un groupe de sept à huit personnes , et , suivant le principe généralement admis jusque-là, que, dans une bataille,
l'artillerie ne doit s'attacher qu'à diriger ses feux sur des masses, il paraissait peu probable que les officiers d'artillerie prussiens pussent songer à envoyer leurs obus sur le point où j'étais en observation. Le contraire arriva pourtant ; les obus tombèrent bientôt, enlevant l'une après l'autre les branches de l'arbre au pied duquel je me tenais à cheval. En un instant, le lieutenant-colonel Smet, le sous-chef de mon étatmajor général, et le lieutenant de cavalerie, prince de Berghes, mon officier d'ordonance, eurent, l'un et l'autre, une cuisse emportée. Un chef d'escadron d'état-major, le commandant Lucas, fut tué; mon brigadier porte-fanion fut blessé à peu de distance de moi ; un autre brigadier qui prit le fanion tombé de ses mains fut blessé également (1).
La bataille avait coûté à l'armée française 45,000 hommes, en tués ou blessés, peut-être même un plus grand nombre. Les blessés avaient à peu près tous été grièvement atteints, parce que presque tous avaient été frappés par des éclats d'obus. L'infanterie et l'artillerie avaient entièrement consommé leurs munitions, et, dans les voitures des parcs d'artillerie comme dans celles des batteries ayant pris part à la bataille, il ne restait point de munitions pour réapprovisionner l'infanterie.
(1) Le lieutenant-colonel Smet mourut peu de jours après la bataille, à la suite de l'amputation qu'il avait subie. Le Prince de Berghes mourut à Bruxelles, un peu plus tard, après une opération semblable.
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Dans une dernière entrevue que le général do Wimpfîen avait eue avec l'Enipereur/après le dernier effort qu'il avait tenté de faire à Balan, le général s'était élevé très vivement contre les généraux, ses lieutenants, qui, à l'entendre, lui avaient fait perdre la bataille, en contrecarrant ses dispositions et en n'obéissant pas aux ordres qu'il leur avait donnés. En récriminant ainsi, le général de AMmpffen s'était montré injuste; car mes collègues et moi, les commandants des corps de l'armée et tous les autres généraux sans exception, nous n'avions fait autre chose que hii obéir aveuglément, bien qu'on n'approuvât pas cependant la direction qu'il avait entendu imprimer aux opérations de l'armée.
La vérité, c'est que le général de AVimpffen avait impérieusement arraché le commandement des mains du général Ducrot, dans des circonstances qui lui faisaient un devoir de ne pas le réclamer. En effet, au moment de son arrivée à l'armée, il ignorait quel était le plan d'opérations que le maréchal de Mac-Mahon se proposait de mettre à exécution; il n'avait point prié le maréchal de le lui faire connaître. Qui, plus que lui cependant, était intéressé à savoir les projets de celui qui était alors à la tête de l'armée? 11 n'avait point parlé au maréchal de la lettre de service que le ministre do la guerre lui avait remise pour le cas éventuel où il aurait à pren-
dre le commandement de l'armée. Enfin, le général de Wimpffen ne savait rien, avant le 1®'' septembre, de la configuration du champ de bataille de Sedan, et il n'en connaissait pas les alentours. Il en donna bien la preuve ce jour-là, dans le colloque qu'il eut devant moi avec le général Ducrot, sur les hauteurs du Vieux Camp, colloque dans lequel il déclara qu'il ignorait où la calvaire d'Illy se trouvait.
Après la blessure grave qui avait obligé le maréchal de Mac-Mahon à s'éloigner du champ de bataille, vers 7 heures ou 7 heures et demie du matin, le général de Wimpfîen, bien inspiré alors, avait sagement laissé le commandement en chef au général Ducrot, qui l'avait reçu du maréchal; mais c'était un peu plus tard, quand le général Ducrot avait fait commencer à l'armée un mouvement de retraite, que, se ravisant tout à coup, il s'était emparé du commandement pour faire reprendre à nos troupes les positions abandonnées par elles une demi-heure auparavant. Qu'est-ce donc qui avait pu le déterminer à prendre cette grave mesure? Il lui avait suffi pour cela de constater que, jusque-là, le 12° corps d'armée français avait toujours bien résisté à l'ennemi. Il pensait dès lors qu'il pourrait, sinon remporter une victoire éclatante sur les Allemands, du moins obtenir que son armée se fît une trouée à travers les lignes ennemies du coté de Ba-
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zoillcs, pour se porter sur Garignan et Montmédy, suivant le programme que le ministre de la guerre, le général de Palikao, lui avait indiqué à Paris.
Le général de Wimpfîen comptait si bien sur un succès, qu'en réclamant le commandement en chef, il n'avait pas hésité à dire à l'Empereur qu'il allait jeter l'armée prussienne dans la Meuse. Et ce que le général avait dit h l'Empereur, il le croyait fermement. Il faut bien le reconnaître, le général de Wimpfîen était loin d'être dépourvu des qualités militaires qui font les hommes aptes au commandement. Le mal qu'il s'est plu à dire de moi, dans le livre qu'il a publié après la guerre, ne m'empêchera pas de lui rendre la justice qui lui est due. Mais cette déclaration faite, j'ai toujours été convaincu que, dans tout le cours de sa carrière, il avait toujours eu, à ses propres yeux, une opinion exagérée sur sa capacité et sur ses talents professionnels. Sa confiance en luimême était si grande qu'il admettait difficilement qu'elle pût jamais le tromper.
On a vu comment avaient échoué misérablement les combinaisons du général de Wimpffen, le l""" septembre, entre neuf heures du matin et quatre heures de raprès-midi,pour aboutir à cette dernière tentative de trouée par Bazeilles que j'ai racontée plus haut.
A la fin de la bataille, les 75,000 à 80,000 hommes
environ qui restaient sur pied, des 130,000 hommes environ que l'armée de Ghâlons avait primitivement comptés à son effectif, étaient entassés les uns sur les autres dans la forteresse de Sedan. Une partie, celle qui se composait des troupes qu'on avait pu maintenir dans un certain ordre, se trouvait établie sur les remparts de la place ; l'autre partie formait une cohue indescriptible dans l'intérieur de la ville. Ce qui rendait le tableau, que présentait cette cohue, tout à fait navrant pour les officiers qui l'avaient sous les yeux, c'est que nos malheureux soldats, manquant de tout, envahissaient de force toutes les habitations; c'estque l'espritd'indiscipline, pénétrant au milieu d'eux, leur faisait méconnaître la voix et l'autorité de leurs chefs; c'est qu'enfin, comme il arrive toujours dans une armée qui a été malheureuse, quelques lâches ne se faisaient pas faute de crier à la trahison, accusant leurs généraux de ne s'être laissé vaincre que pour vendre la France à la Prusse.
Un de ces lâches passait près de moi, dans une des rues de Sedan, dans l'après-midi du 2 septembre, et il proférait des outrages contre les généraux.
— Est-ce donc à moi que tu t'adresses? m'écriai-je ne pouvant contenir mon indignation, et en même temps, je lui cinglai la figure d'un violent coup de canne.
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— Non, répondit le misérable, mais tous les généraux n'ont pas fait comme vous.
J'eus la satisfaction d'entendre, derrière moi, ses camarades lui dire que je l'avais traité comme il le méritait. Le malheur rend parfois le soldat exécrable.
Un mot encore sur la bataille de Sedan et j'aurai fini ce que je voulais en dire.
L'historien qui,s'afï'ranchissantde tout esprit de parti politique, écrira un jour, avec impartialité, la guerre de 1870, ne déplorera jamais assez la situation qui fut faite à l'armée de Ghâlons, quand elle dut combattre les armées allemandes sous Sedan. Non seulement, comme je ne saurais trop le répéter, la position qu'elle occupait était la plus détestable qu'on puisse imaginer relativement à la configuration du terrain qu'elle devait défendre ; mais elle se trouva aux prises avec des difficultés insurmontables résultant de l'instabilité de trois généraux en chef qui, l'un après l'autre, présidèrent à ses mouvements. Je ne crois pas que, dans l'histoire des guerres anciennes et modernes, onpuisse trouverun autre exempled'une armée placée, par le fait de ceux qui l'ont commandée, dans des alternatives aussi malheureuses que celles de l'armée de GhAlons à Sedan. Au commencement de la bataille, cette armée perd son général en chef blessé grièvement. Et celuici est remplacé par un général qui, tout aussitôt
après avoir pris le commandement, lui fait exécuter un mouvement de retraite, dans la direction de rOuest. Puis, quand ce mouvement de retraite est en pleine voie d'exécution, voici que tout à coup un troisième général en chef arrête le mouvement et oblige l'armée à reprendre les positions qu'elle a déjà abandonnées à l'ennemi, pour lui faire opérer cette fois un mouvement de retraite dans la direction de l'Est. — A-t-on jamais vu une armée assujettie à de pareilles contradictions? En poursuivant un seul et même objectif, les deux généraux en chef de l'armée de Ghâlons eussent peut-être réussi à sauver une partie de cette armée. Leurs projets diamétralement opposés auraient suffi seuls à consommer sa perte entière.