PREFACE IX
que j'ai eu l'honneur de commander en 1870.
Ce qui m'a déterminé à me rendre à leurs désirs, c'est principalement la leclure que j'ai faite récemment de deux ouvrages qui ont paru sous le titre de Bataille de Sedan.
L'un a été publié par M, Ludovic Halévy, un écrivain dont je suis l'un des fervents admirateurs. Dans la préface qu'il a placée en tète de son récit, M. Halévy a eu prudemment le soin de déclarer qu'il ne prenait pas, au point de vue de la vérité, la responsabilité des incidents qu'il raconte, par cette raison qu'il ne les exposait que d'après les notes qui lui ont été remises par un médecin d'ambulance qui était sur le champ de bataille de Sedan. Il semblerait qu'instinctivement, et pour mettre à couvert la loyauté de sa conscience, il n'ait accordé qu'une autorité médiocre à ces notes d'un homme qui, par devoir professionnel, n'a pu, pendant toute la durée de la bataille, que se trouver sur place au chevet des blessés qui réclamaient tous ses instants dans l'ambulance à laquelle il était attaché. M. Halévy a compris que ce médecin n'avait pu lui-même écrire ses notes que sur les renseignements tels quels que les blessés ont pu lui
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donner pendant leur scyour à ranibulance. J'inclinerais volontiers à penser que le médecin dont il s'agit n'appartenait point aux ambulances régulières de l'armée active: car un médecin militaire n'aurait point écrit comme il l'a fait dans ces notes destinées à M. Halévy. Il faisait vraisemblablement partie d'une ambulance civile.
On croirait pourtant, à la lecture de l'ouvrage de l'éminent publiciste, que ce médecin prèlenotes a assisté en personne à la plupart des épisodes dont il s'est fait le reporter, qu'il a vu, sur tous les points de la lutte, les hommes et les choses. La conséquence de ses assertions outrecuidantes, c'est qu'il a en quelque sorte obligé M. Halévy à n'écrire qu'un roman, au lieu de l'histoire vraie de ce drame épouvantable qui s'appelle la bataille de Sedan. La religion de l'écrivain sincère a été trompée. Je n'insisterai pas davantage.
L'autre ouvrage a paru sous ranonymat d'un soi-disant oflicier supérieur de l'armée. Ce n'est, à proprement parler, qu'une (jeuvre de fantaisie et de mauvais goût; quoique sortie de la plume d'un homme qui se donne la qualification de iu(ir((ii/s, elle semble n'avoir v[r ('cri le ifue ])()ur
l'UEFACE M
jeter la déconsidération, le ridicule et le mépris sur les généraux qui commandaient à Sedan. Pour arriver à ce résultat, l'auteur n'a pas craint de recourir au mensonge et à la calomnie dans certains passages de son récit que j'aurai l'occasion de citer dans un des chapitres qui vont suivre.
Ce que je tenais à déclarer ici, c'est que, dans les deux publications que je viens de signaler, la bataille de Sedan se trouve tellement déligurée, tellement en désaccord avec la réalité des faits, que le devoir m'était imposé de la raconter à mon tour telle que je l'ai vue moimême.
Une raison qui m'a encore déterminé à le faire, c'est que, dans mon récit, je trouverai l'occasion de rétablir la vérité sur quelques-unes des assertions que mon vieil et excellent camarade, le général Ducrot, a avancées par erreur dans la brochure qu'il a fait paraître en 1871 sous le titre de : Journée de Sedan, et de discuter en outre le jugement que le général a porté, dans cet opuscule, sur une question au sujet de laquelle, lui et moi, nous n'avons pas été absolument du même avis pendant la bataille.