‹ Guerre de 1870, Bazeilles-SedanChapitre 20 sur 48 · PUBLICATIOJVS PARUES SUR LA BATAILLE DE SEDAN · texte numérisé non relu

PUBLICATIOJVS PARUES SUR LA BATAILLE DE SEDAN

Pendant ma captivité en Allemagne, et alors que la guerre n'était point encore terminée, il m'est tombé sous les yeux une brochure publiée sous le voile de l'anonyme par un écrivain se donnant comme ayant suivi, à l'armée de Ghâlons, en qualité de volontaire étranger, l'état-major du 7" corps de cette armée. L'auteur de cet opuscule n'a pas craint d'affirmer à ses lecteurs que le plan de campagne, suivi par l'Empereur Napoléon III en 1870, avait été discuté et arrêté en 1869, dans des conférences faites au dépôt de la guerre, et il a osé dire que ce plan avait été imaginé, de concert, par le maréchal Lebœuf, ministre de la guerre, le général Jarras et le général Lebrun. A en croire le volontaire étranger^ le plan dont il s'agit était d'une simplicité extrême, et il l'a résumé en quelques lignes dans son petit livre : deux cent mille hommes sur la rive gauche du Rhin, y est-il dit,

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et deux cent mille autres sur la rive droite, et l'armée allemande devait être vaincue, anéantie ! Si ce ne sont pas là textuellement les paroles du publiciste, c'en est absolument le sens si spirituellement ironique ; et pour donnera son assertion une origine respectable, l'auteur apprend à ses lecteurs que c'est au dépôt de la guerre même qu'il a eu connaissance des combinaisons stratégiques qu'il leur révèle.

Je ne songerais pas à réfuter de pareilles insanités, si la brochure dont il s'agit ne m'olTrait pas l'occasion de dire ici quelques mots ' des conférences militaires qui eurent lieu au ministère de la guerre avant 1870.

C'est le maréchal Niel, ministre de la guerre, qui autorisa ces conférences en 1868, et qui leur donna ses encouragements, parce qu'il y voyait la possibilité de fournir à nos officiers un moyen de développer leur instruction et d'exciter en même temps leur émulation. Tous les officiers en résidence à Paris avaient été autorisés à assister aux conférences dont il s'agit, et à venir y exposer le résultat de leurs études ou leurs idées personnelles sur toutes les questions intéressant les diverses branches de l'arl de la guerre. La présidence de ces conférences avait été attribuée, par le ministre, au général directeur du dépôt de la guerre, qui était le général Jarras. C'était celui-ci qui avait à recevoir des officiers le programme des questions

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qu'ils désiraient discuter devant leurs camarades ; c'était lui qui avait à régler l'ordre des séances et à donner la parole à l'officier conférencier; c'était lui enfin qui, en conformité des recommandations expresses du ministre, avait mission de ne pas permettre les discussions inutiles ou dangereuses, et de s'opposer notamment à ce que l'on y étudiât des projets de guerre ou des plans de campagne contre des puissances voisines, quelles qu'elles fussent.

L'entrée du local affecté aux conférences était interdite à toute personne étrangère à l'armée, ce qui m'autoriserait à penser que le volontaire étranger, auteur de la brochure, n'y a jamais mis les pieds. Toutefois il ne serait pas absolument impossible qu'il ait pu assister aux conférences du dépôt de la guerre ; car j'ai quelque raison de croire que le volontaire en question, malgré le soin qu'il a pris de se dissimuler sous le masque de l'anonyme, n'est autre qu'un jeune prince étranger qui, ayant été admis à suivre les cours de notre école militaire de Saint-Cyr, a été, par faveur toute particulière du gouvernement, considéré comme s'il était officier dans notre armée, bien qu'il n'ait jamais été naturalisé Français. Dans tous les cas, ce qui est certain, c'est que jamais, en 1868 ou en 1869, il n'a entendu discuter un plan de campagne contre la Prusse dans les conférences du dépôt de la ffuerre.

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Le maréchal Niel assista à l'une de ces conférences en 1868; le maréchal Lebœuf, pas une seule fois ; d'où il suit qu'il n'a pu y concerter ouvertement, sous les yeux du volontaire étranger, aucun plan de campagne contre les Prussiens.

Ce volontaire étranger n'est pas le seul, hélas! qui ait faussé l'histoire, en publiant des récits mensongers à propos de la guerre de 1870. Dans le moment même où j'écris ces lignes, il vient de paraître un petit livre ayant pour titre : Bataille de Sedan par rm officier supérieur, et l'auteur anonyme de cet opuscule raconte si bien la bataille de Sedan, que, dans son récit fantaisiste, on ne trouve autre chose que l'exposé de faits erronés, mensongers ou dénaturés, ou des colloques grotesques attribués aux généraux français qui commandaient à Sedan pour jeter sur eux le ridicule et le mépris. Le publiciste en question se donne la qualité d'officier supérieur de l'armée, et, à chaque page de son livre, il prend plaisir à s'attribuer aussi celle de marquis. Il raconte qu'avant de quitter Paris pour se rendre à l'armée, où il a accompagné le général de AVimpffen, il a eu avec le général de Palikao, ministre de la guerre, une entrevue dans laquelle celui-ci ne lui a adressé la parole qu'en l'appelant Monsieur le marquis. A l'entendre, à son arrivée à l'armée, le maréchal de Mac-Mahon ne lui aurait parlé qu'en l'appelant également Monsieur le marquis. Gela prouve sura-

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