‹ Guerre de 1870, Bazeilles-SedanChapitre 21 sur 48 · PUBLICATIONS PARUES SUR LA BATAILLE DE SEDAN · texte numérisé non relu

PUBLICATIONS PARUES SUR LA BATAILLE DE SEDAN

bondamment que l'auteur de ce libelle n'a jamais appartenu à l'armée. Véritable officier, il n'ignorerait point que, dans les relations entre supérieurs et inférieurs, le titre de marquis n'existe pas dans l'armée française, et que comte, marquis, duc ou prince, jamais un ministre de la guerre ou un maréchal de France ne lui eût adressé la parole, en lui donnant d'autre qualification que celle que lui attribuait son grade dans l'armée. Ils l'eussent appelé simplement commandant ou colonel. Peutêtre n'a-t-il jamais été qu'un officier de fantaisie, un de ces officiers improvisés, comme il y en eut un si grand nombre à la fin de 1870 et au commencement de 4871; mais jamais, à coup sûr, il n'a été officier supérieur dans les rangs de l'armée régulière.

Est-ce même un marquis qui a écrit le récit de la bataille de Sedan dont je parle? J'oserai dire que je ne le crois pas. Un vrai marquis se serait souvenu que noblesse oblige; il n'eût pas dépensé son temps et prostitué sa plume, en racontant, sur un ton toujours badin et ironique, ce drame épouvantable et lugubre de la bataille de Sedan, dont un marquis français ne peut parler que les larmes aux yeux et la rage dans le cœur ; il n'eût pas prêté aux chefs de l'armée française les colloques grotesques qu'il attribue au général de Wimpffen et à ses lieutenants.

Après avoir raconté que le général de Wimpffen

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avait été un père pour lui, lorsqu'il l'avait connu en Algérie, il lui aurait répugné de déverser, comme il l'a fait dans son récit, le sarcasme et le ridicule sur le malheureux général.

Entre les faits controuvés que le prétendu marquis raconte à ses lecteurs, qu'il me soit permis d'en citer un qui me concerne particulièrement; il suffira pour faire juger de la véracité qu'il a apportée dans son récit. Le marquis a osé écrire, dans son livre, qu'il avait trouvé, le 4^'' septembre, à cinq heures du matin, le général Lebrun couché tranquillement dans une maison de Balan, où le général, a-t-il ajouté spirituellement, tourmentait ses rJunnaîismes. Or, la vérité, — je l'ai raconté dans un des chapitres précédents, avant d'avoir lu cette facétie de bon goût du marquis, — la vérité est que j'ai passé la nuit du 31 août au l^"" septembre 1870, couché par terre et enveloppé dans mon manteau, près d'un feu de bivouac que les officiers de mon état-major avaient fait allumer, un peu en arrière du centre des troupes du 12° corps d'armée que je commandais. Je ne songeais guère à tourmenter mes rhumatismes. A quatre heures du matin, j'étais à cheval et je courais à Bazeilles, où les premiers coups de fusil se faisaient entendre. Si, d'ailleurs, lejovial publiciste m'avait mieux connu, quand il a écrit son livre, il aurait su qu'arrivé à un âge où la loi commune de riiumanilé oblige à com])(er avec les infirmités, il

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se trouve que, par une faveur toute particulière de la Providence, les rhumatismes ne m'ont point encore gratifié de leur visite. Le noble marquis n'aurait point imaginé dès lors de parler aussi inconsciemment de mes rhumatismes. Ne lui suffisait-il pas de me signaler à la risée de ses lecteurs, en leur dénonçant que je dormais tranquillement dans un bon lit à Balan, alors que, depuis une heure déjà, la bataille était commencée du côté de Bazeilles? C'est pourtant avec des livres tels que le sien que se fait la légende de l'histoire.

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