CHAPITRE X
RÉCOMPENSES A l'aRMÉE DE CHALONS
Pendant que j'étais encore en captivité, je reçus la note ci-jointe, qui m'avait été adressée de Wilhelmshohe, par ordre de Sa Majesté l'Empereur Napoléon III.
« L'Empereur désire que M. le général Lebrun veuille bien faire connaître aux intéressés, s'il le juge convenable, les intentions énoncées dans la lettre ci-jointe, qu'il adresse à M. le maréchal de Mac-Mahon. »
La lettre de l'Empereur au maréchal était ainsi conçue :
« Wilhelmshohe, 12 mars 1871.
» Mon cher Maréchal,
» Au moment où vous allez rentrer en France, il est de mon devoir de vous rappeler les services de l'armée qui a si malheureusement succombé à Sedan. 11 n'est pas juste que les officiers, sous-
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officiers et soldats qui se sont bien conduits dans les différents combats qui ont eu lieu, soient privés de l'avancement et des récompenses auxquels ils ont droit. Depuis que je suis prisonnier, j*ai reçu plusieurs réclamations à ce sujet. J'ai éprouvé un véritable chagrin de ne pouvoir y faire droit, car l'armée de Sedan s'est bien battue, et c'est la seule qui n'ait reçu aucune récompense.
» Je crois donc qu'il vous appartient de préparer un mémoire de propositions pour les militaires qui étaient sous vos ordres, et de le soumettre au ministre de la guerre, à votre arrivée en France.
» Croyez, mon cher maréchal, à ma sincère amitié.
» Napoléon. »
J'ai raconté précédemment qu'aussitôt après la bataille de Sedan, j'avais adressé à M. le général de Wimpffen mon rapport sur les événements auxquels le 12° corps d'armée avait pris part, rapport auquel j'avais joint des propositions pour des récompenses en faveur des militaires de tous grades qui s'étaient particulièrement distingués pendant la lutte. J'ai dit aussi que, sans aucun doute, mon rapport et mes propositions n'avaient pas été transmis par le général de WimplTen, comme ils uiiraicnt du l'èlrc, puis-
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qu'on n'avait pu en trouver trace dans les archives du ministère, lorsque j'avais demandé, en avril 1871, qu'on les y recherchât.
A la date du 12 avril, le maréchal de Mac-Mahon, qui commandait en chef l'armée de Versailles, m'adressa la lettre suivante, qui témoignait de son désir de donner satisfaction à la demande qu'il avait reçue de l'Empereur :
« Mon cher général,
» Sur ma demande, le ministre delà guerre m'a autorisé à lui faire connaître les noms des officiers, sous-officiers et soldats qui se sont le plus particulièrement distingués dans les combats que l'armée de Châlons a eu à soutenir jusqu'à Sedan.
» Je vous prie, par suite, de vouloir bien faire établir des mémoires de propositions, pour l'avancement ou pour la Légion d'honneur, en faveur des officiers généraux, des chefs de corps, des officiers d'état-major ou d'ordonnance qui faisaient partie de votre corps d'armée, et qui vous paraissent avoir des titres à une récompense.
» La dislocation de l'armée ne permettant pas de suivre, pour l'établissement de ce travail, la voie hiérarchique, j'écris à tous les chefs de corps de m'adresser directement leurs propositions. Dans le cas, toutefois, où vous auriez déjà préparé un
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travail pour les troupes sous vos ordres, je vous serais reconnaissant de me le communiquer. J'invite également les généraux qui commandaient l'artillerie et le génie, ainsi que M, 'intendant en chef, à me transmettre directement les propositions concernant les officiers ou fonctionnaires de l'armée relevant de leurs services.
» Je vous prie de me faire parvenir vos propositions à Versailles, aussitôt que vous serez en mesure de le faire.
» Veuillez agréer, mon cher général, la nouvelle assurance de mes sentiments affectueux.
» Signé : Maréchal de Mac-Mahon. »
Aussitôt après la réception de cette lettre, je recueillis les souvenirs des officiers qui avaient collaboré avec moi au travail, présentant les propositions que j'avais établies, le 2 septembre, en faveur des militaires du 12'^ corps qui s'étaient particulièrement distingués, pendant le combat du :29 août, à Mouzon, et pendant la bataille du 4""" septembre. Je pus, à l'aide de ces souvenirs, remettre au maréchal de Mac-Mahon un état présentant les propositions pour récompenses qu'il m'avait demandées. Le gouvernement accorda des décorations à quelques-uns seulement des officiers que j'avais signalés comme les plus méritants; il donna deux ou trois médailles militaires par régiment aux sousofficiers et soldats qui nvaient été proposés par
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leurs chefs de corps pour cette récompense. Le nombre des récompenses, ainsi distribuées, ne dépassa pas celui des faveurs que l'on avait vu donner précédemment, durant les dernières années de l'Empire, à l'occasion des grandes revues annuelles au Champ de Mars ou dans nos camps d'instruction.