ÉPILOGUE
Mes souvenirs ont été écrits en 1871; seuls, les deux derniers chapitres du travail qui les résume l'ont été en 1883.
Dans mes récits, je me suis peu préoccupé de la forme, je n'ai voulu qu'exposer la vérité. Je me suis particulièrement attaché à signaler les fautes qui ont été commises, pendant les cinq dernières années de l'Empire, relativement à la constitution et à l'organisation de l'armée française, parce que ce sont ces fautes qui ont été la cause de l'épouvantable ruine de la France en 1870.
Il faut en faire peser la responsabilité, en partie sur les hommes qui, de 1866 à 1870, représentaient notre pays au sein du Corps législatif, en partie sur les ministres qui avaient alors entre leurs mains la direction et l'organisation de nos forces nationales. Entre toutes les fautes que l'on peut mettre à la charge de ces ministres, la plus capitale, c'est celle qui les a fait négliger de doter notre armée d'un mode de mobilisation pareil à celui qui avait
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assuré les succès de l'armée prussienne en 1866. Cette faute a eu pour conséquence l'impuissance de nos armes en 1870, et cette impuissance, c'està-dire l'infériorité numérique de nos soldats, comparée au nombre des soldats allemands, a fatalement obligé notre armée à rompre avec toutes les traditions de son passé.
Dans les guerres de la première République et du premier Empire, dans les campagnes de Grimée et d'Italie, c'est par une initiative décidée, par des opérations toujours offensives au début d'une campagne que l'armée française s'était constamment assuré la victoire. Dans la guerre de 1870, ses forces par trop inférieures à celles des Allemands la condamnèrent, et cela parce qu'elle n'avait point été régulièrement mobilisée, à se laisser toujours attaquer et à ne jamais attaquer elle-même. Au rôle offensif qui avait été jusque-là sa grande force, a été substituée pour elle la défensive.
A Wissembourg, à Reischoffen,à Spickeren, à Borny, à Gravelotte, à Rezonville, à Saint-Privat, à Sedan, son attitude a été exclusivement défensive. Que ceux qui sont aujourd'hui à la tête de notre armée méditent profondément cette observation, et se pénètrent de cette vérité que le seul rôle qui convienne au tempérament guerrier de nos soldats, c'est (îelui de l'offensive.
C'est fort injustement (pie l'opinion pul)lique a