INTRIGUES AVEC L'IMPÉRATRICE
Immédiatement après la capitulation de Sedan et la proclamation de la république, on élabora un projet de traité.
Les bases de ce projet étaient les suivantes : cession de Strasbourg et d'une partie de l'Alsace, démantèlement de Metz, abdication de Napoléon JII et régence de l'impératrice.
Le traité devait être ratifié par le Sénat et le Corps législatif, qui auraient été convoqués, par la régente, à Amiens.
L'armée du Rhin devait sortir de Metz avec armes et bagages,, sous la condition de ne pas servir contre l'Allemagne pendant trois mois, dans le cas improbable où le Sénat et le Corps législatif n'auraient pas ratifié le traité de paix.
Bazaine et son armée devaient protéger la réunion
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des Chambres à Amiens et rétablir V ordre à Lyon, Marseille, Toulouse, etc.
Enfin, malgré Tarmistice, Tarmée allemande devait investir la capitale de France jusqu'à ce qu'elle se rendit.
Ce projet de traité, approuvé par Tex-empereur,
fut communiqué au maréchal Bazaine. Celui-ci donna son adhésion, mais stipula pour lui-même des pouvoirs très-étendus et de telle nature que la régence, ou plutôt la dictature, lui eût appartenu en réalité bien plus qu*k Fimpératrice.
L'adhésion conditionnelle de Bazaine fut portée à Versailles par le général Boyer. Les conditions posées par Bazaine furent, dit-on, acceptées, et le général Boyer partit pour l'Angleterre, dans le but d'obtenir la signature de l'impératrice -régente sur un traité tout préparé.
Pendant trente-six heures, l'impératrice refusa la signature qu'on lui demandait. A une heure trèsavancée de la nuit, fatiguée et sans force pour résister aux obsessions des personnes qui l'entouraient, elle finit par donner sa signature, et le général Boyer prit congé d'elle, ainsi que les pei^sonnages qui étaient venus exercer sur elle la pression à laquelle elle avait fini par céder.
Restée seule et livrée à elle-même, rimpératrice se repentit d'avoir signé ; puis, apprenant dans la matinée que le général Boyer n'était pas encore parti, elle le fit venir, lui redemanda le traité, sous prétexte de faire rectifier une erreur dans la copie qu'elle en avait gardée, le déchira en mille morceaux et congédia le général.
Celui-ci retourna à Metz. La capitulation eut lieu deux jours après. On conçoit que, pendant toutes ces négociations, Bazaine s'était bien gardé de faire une tentative sérieuse pour rompre le blocus, et qu'il avait consommé tous ses vivres dans la crainte de diminuer, par les privations qu'il aurait dû imposer à l'armée, la popularité qu'il avait besoin de garder pour jouer le rôle de dictateur.
Tels sont les faits parfaitement connus à Madrid, dans tous les cercles où l'impératrice a de trèsproches parents et des amis qui n'ont jamais cessé d'être en correspondance avec elle et de recevoir dCelle-même les informations qui la concernent.
Son changement de résolution, après avoir signé le traité, a été motivé par la méfiance que lui inspiraient le caractère de Bazaine, son ambition bien connue et le soin qu'il avait eu de stipuler pour luimême des pouvoirs excessifs. Elle aurait dit « qu'elle
venait de se déshonorer sans profit, car Bazaine ne tarderait pas à la chasser de nouveau, avec son fils, pour garder seul le pouvoir tout entier. »