‹ Guerre de 1870: Campagne de la MoselleChapitre 21 sur 29 · RUSES DE GUERRE · texte numérisé non relu

RUSES DE GUERRE

Dans les Stratagèmes de Frontin, dans Quinte- Curce et dans Xénophon, voire dans Flavius Josèphe,

33i CAMPAGNE

on retrouve la plupart <}es ruses obsidionales dont font usage aujourd'hui messieurs les Prussiens.

L'une des plus recommandées, et que nos ennemis ne se font pas faute d'employer, c'est la propagation* de nouvelles contradictoii^es, propres à jeter le plus souvent possible l'assiégé de la joie la plus vive dans le plus profond désespoir; et surtout celle qui consiste à jeter la zizanie parmi les défenseurs et les habitants d'une ville investie.

Nous en voyons, pour notre pai*t, un exemple frappant dans les nouvelles déplorables et les accusaticms monstrueuses subrepticement mises en circulation par de ténébreux alarmistes qui ne disent point leur nom et qu'on n'a point revus-

Les niais, et Dieu sait si l'espèce en est rare, colportent ce bruit qui croît en changeant de bouche, et d'un simple chuchotement devient une rumeur terrible...

Il ne va à rien moins qu'à accuser l'armée, en la personne du chef qui la commande, d'être sur le point d'aller, de concert avec les Prussiens, rétablir Vordre en France, c'est-à-dire le régime impérial et la dynastie napoléonienne.

11 faut avoir, en vérité, une piètre idée de notre pefôpicacité pour s'imaginer que nous donnerons dans de pareils panneaux.

DE LA ftU0dE1.LE. â5â'

Quoi! Ton voudt^it :que îcette .année, qui vient de slmmortaliser dans de véritables combats :de géants, qui viient de pi'odiguer son sang pour la patrie; dé^ chiràt de. gaieté de cœnr une si belle page deson histoire, afin d^allér rétablir^ par la violence, et: sans attendre que le pays ait exprimé sa volonté souveraine, un pouvoir tombé sous le poids de ses fautes, pour n'en pas dii*e davantage.

On voudrait que ces glorieux drapeaux noircis de poudre et déchirés par les balles fussent souillés dans Tonde fangeuse des ruisseaux, et que le peuple ameuté pût jeter à la face de nos braves soldats 'cette sanglante injure : « Vous^ n'êtes donc bons qu'à îma»sacrer vos frères? »

Soit, répondront les entêtés, peut-être n'est-ce point Ik l'opinion de l'armée, mais c'est à tout ie^ moins celle de ses chefs, titulaires d'emplois largement rétribués, lesquels doivent prendre fin avec le régime déchu.

L'objection, pour spécieuse qu'elle soit, ,ne doit pas avoir grande valeur aux yeux des hommes sérieux. En effet, quelle république serait assez peu soucieuse de son honneur pour ne point tenir compte des services rendus ! Quelle monarchie serait assez osée pour récompenser ouvertement la trahison?

Vou& voudriez qu'un homme revêtu de la plus haute dignité militaire, admiré pour ses rares talents, ayant en main tout ou partie des destinées de la France, allât prostituer son nom et ternir sa mémoire pour remplir pendant un instant le rôle d un Monck à la fois odieux et ridicule?

La triste fin de Dumouriez, le vainqueur de FArgonne, n'est-elle point faite pour inspirer à ceux qui voudraient l'imiter de sérieuses réflexions?

Et si ce n'était assez des enseignements de l'histoire, quel serait l'homme assez dénué de finesse et de sens politique pour ne point comprendre qu'un fruit trop mûr tombe de lui-même et qu'il y a des restaurations impossibles?

Ne perdons point notre temps en discussions stériles, en craintes puériles; laissons les Prassiens et leurs inventions, et ne pensons qu'à venger nos frères morts et à délivrer notre pays. C'est là notre delenda

Carthago.

E. A. Spoll.

(L* Indépendant de la Moselle,)

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