PROCLAMATION AUX FRANÇAIS
« Tours, 9 novembre.
« Français,
« Élevez vos âmes et vos résolutions à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie; il dépend encore de nous de lasser la mauvaise fortune et de montrer à l'univers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr et dont le courage s'exalte au sein même des catastrophes.
« Metz a capitulé !!! Le général sur qui la France
comptait, même après Texpédition du Mexique, vient d'enlever à la patrie en danger plus de cent mille de ses défenseurs.
« Bazaine a trahi, il s'est fait Tagent de Thomme de Sedan, le complice de Tenvahisseur, et, au mépris de rhonneur do larmée dont il avait la garde, il a livré, sans même essayer un suprême effort, 120,000 combatunts, 20,000 blessés, ses fusils, ses canons, ses drapeaux et la plus foile citadelle de la France, Metz vierge, jusqu'à lui, des souillures de l'étranger.
« Un tel crime est au-dessus même des châtiments de la justice; et maintenant. Français, mesurez la profondeur de l'abîme où vous a précipités l'empire. Vingt ans la France a subi ce pouvoir corrupteur qui tarissait en elle toutes les sources de la grandeur et de la vie.
« L'armée de la France, dépouillée de son caractère national, devenue, sans le savoir, un instrument de règne et de servitude, est engloutie, malgré l'héroïsme des soldats, par la trahison des chefs, dans les désastres de la patrie ; en moins de deux mois, deux cent vingt mille hommes ont été livrés à l'ennemi ; sinistre épilogue du coup de main militaire de décembre! Il est temps de nous relever, et c'est sous l'égide de la
DE LA MOSELLE. Sio
République que nous sommes décidés à ne laisser capituler ni au dedans ni au dehors, de puiser dans Textrémité de nos malheurs le rajeunissement de notre moralité, de notre virilité politique et sociale.
« Oui, quelle que soit l'étendue du désastre, il ne nous trouve ni consternés ni hésitants ; nous sommes prêts aux derniers sacrifices, et, en face d'ennemis que tout favorise, nous jurons de ne jamais nous rendre ; tant qu'il restera un pouce du sol sacré sous nos semelles, nous tiendrons haut et ferme le glorieux drapeau de la République française.
« Notre cause est celle de la justice et du droit.
(( L'Europe le voit, l'Europe le sent ; devant tant de malheurs immérités, spontanément, sans avoir reçu de nous ni invitation ni adhésion, elle s'est émue, elle s'agite.
(( Pas d'illusions; ne nous laissons ni alanguir ni énerver, et prouvons par des actes que nous voulons, que nous pouvons tenir de nous-mêmes l'honneur, l'indépendance, l'intégrité, tout ce qui fait la patrie libre et fière.
« Vive la France ! Vive la République une , indivisible !
« Les membres du gouvernement,
« Signé : Crémieux, Glais-Bizoin,
GaMBETTA. ))