PROCLAMATION A L^ARMÉE APRÈS LA CAPITULATION DE METZ
« Soldats!
a Vous avez élé trahis, mais non déshonorés. Depuis trois mois, la fortune trompe votre héroïsme. Vous savez aujourd'hui à quels désastres Fineptie et la trahison peuvent conduire les plus vaillantes armées.
« Débarrassés de Aiefs indignes de vous et de la France, êtes-vous prêts, sous la conduite de chefs qui méritent votre confiance, à laver dans le sang des envahisseurs Foutrage infligé au vieux nom français?
« En avant ! vous ne lutterez p^us pour l'intérêt ou les caprices d'un despote; vous combattrez pour le salut même de la patrie, pour vos foyers incendiés, pour vos familles outragées, pour la France, notre mère à tous, livrée aux fureurs d'un implacable ennemi. Guerre sainte et nationale, mission sublime pour le succès de laquelle il faut, sans jamais regarder en arrière, nous sacrifier tous et tout entiers!
« D'indignes citoyens ont osé dire que Faimée avait été rendue solidaire de l'infamie de son chef. Honte à ces calomniateurs, qui, fidèles au système
des Bonaparte, cherchent à séparer Tannée du peu-, pie, les soldats de la République!
« Non ! non ! j'ai flétri, comme je le devais, la trahison de Sedan et le crime de Metz, et je vous appelle à venger votre propre honneur, qui est celui de la France!
« Vos frères d'armes de l'armée du Rhin ont déjà protesté contre ce lâche attentat, et retiré avec horreur leurs mains de cette capitulation maudite.
« A vous de relever le drapeau de la France qui, dans l'espace de quatorze siècles, n'a jamais subi pareille flétrissure.
« Le dernier Bonaparte et ses séides pouvaient seuls amonceler sur nous tant de honte en si peu de jours! Vous nous ramènerez la victoire; mais sachez la mériter par la pratique des vertus républicaines, le respect de la discipline, l'austérité de la vie, le mépris de la mort. Ayez toujours présente l'image de la patrie en péril ; n'oubliez jamais que faiblir devant l'ennemi, à l'heure où nous sommes, c'est commettre un parricide et en mériter le châtiment.
<( Mais le temps des défaillances est passé, c'est fini des trahisons ! Les destinées du pays vous sont confiées, car vous êtes la jeunesse française, l'espoir armé de la patrie : vous vaincrez! et après avoir
renda à la France son rang dans le monde, vous resterez les citoyens d'une république paisible, libre et respectée.
« Vive la France !
« Vive la République !
« Le membre dn gouvernement, ministre de llntérieor et de la guerre,
« Léon Gambetta. »