‹ Guerre de 1870: Campagne de la MoselleChapitre 4 sur 29 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bataille de Saint-Privat ou des lignes d*AmanviUers. — Commencement de rinvestissement. — Tentative du 26 août. — La question des approvisionnements. — L'espionnage à Metz.

Le 17 août au soir, les troupes prussiennes, qui avaient été rejointes par les 2""® et 4™* armées occupaient les emplacements suivants :

Le 12™* corps ^ arrière de Mars-la-Tour;

La garde en arrière de Vionville ;

Le 9"* corps en arrière de Rezonville ;

Le 8™* corps en arrière de Gravelotte, dans le bois des Oignons;

Le 7™^ corps en arrière également de Gravelotte, dans le bois de Vaux. Les 10™* et 3™* corps, qui avaient été les plus éprouvés la veille, furent mis en réserve en arrière. Le premier entre le 12"* corps et la garde, le second entre les 9"™*" et 8*"^ corps.

CAMPAGI^E

L'effectif de ces corps se montait à plus de 300,000 hommes.

Pendant que nos troupes se reposaient de leui*s fatigues et d'une victoire chèrement achetée, les Prussiens, infatigables, grâce au nombre d'hommes donc ils disposaient, se retranchaient sur les crêtes qui dominent Sainte-Marie-aux-Chônes, y établissaient des batteries ainsi qu'à Vernéville, et mettant la nuit à profit, construisaient à la hâte des épaulements destinés à abriter leur formidable artillerie.

De grand matin on put voir des corps ennemis très-nombreux sortir des vallées où ils s'étaient dirigés après leur défaite de l'avant-veille, pour se diriger vers la route de Verdun, et il fut bientôt impossible de douter qu'ils voulussent nous attaquer. Des tranchées-abris, quelques faibles retranchements furent exécutés à la hâte par nos troupes, qui occupaient du reste d'assez bonnes positions, mais qui allaient avoir à se mesurer contre un ennemi bien supérieur en nombre.

Cependant les Prussiens semblaient attendre que nous vinssions à eux, sans doute pour nous attaquer dans notre marche; mais, vers dix heures du matin, voyant notre parti pris de rester sur la défensive, ils nous attaquèrent simultanément avec trois corps d'ar-

mée : le 12"^% la garde et le 9™'. Le 12"'* corps fut dirigé sur Jarny, la garde sur Doncourl, et le 9"*® sur Saint-Marcel. Les 7™® et 8"® corps restaient en observation dans leurs positions, dans le cas d'une attaque de notre part sur Gravelotte. Les trois corps engagés faisaient un quart de conversion sur leur droite et avaient Tordre de n'engager Faction que lorsque ce mouvement serait effectué.

A midi les premiers obus prussiens tombaient dans la ferme de Montigny-Ia-Grange, située en avant d'Amanvillers, et dans laquelle se trouvait établie Tambulance du 4™® corps (Ladmirault). Quelques instants après, un furieux duel d'artillerie s'engageait entre les batteries ennemies qui tonnaient avec un effrayant ensemble et notre artillerie entre Vernéville et Gravelotte. Bientôt les 7"® et 8™* corps prussiens viennent se mettre de la partie et ouvrent sur notre gauche un feu terrible. Ce premier choc, bien que formidable, fut admirablement soutenu par nos troupes. Un régiipent d'infanterie s'empara même d'une batterie saxonne, mais une nuée de cavaliers accourut à son secours, et nos soldats durent reprendre leurs lignes emmenant cependant avec eux deux canons. Une grande partie de la journée nos troupes gardèrent leurs positions sous un feu écra-

sant, et le fort Saint-Quentin les appuya à divei*ses reprises en envoyant des obus dans les vallons d'Ars et de Vaux où s'abritaient des réserves ennemies.

Vers cinq heures Taile droite de l'armée prussienne commençait à plier et à battre en retraite sur Gravelotte, lorsque des rései*ves fraîches (12"® corps saxon) vinrent à leur tour écraser notre droite qui faiblit et dont quelques régiments du 6™* corps se débandèrent sous rinfluence d'une panique inexplicable et se replièient en désordre sur Metz par les bois de Jaumont (1), de Brouvaux et de Saulny. Une partie du 4"* corps fut, par cette déroute, obligée de battre en retraite, mais en bon ordre. En même temps, l'artillerie du 6"* corps déclarait qu'elle n'avait plus de munitions.

Un officier fut envové en toute hâte au maréchal Bazaine pour lui annoncer que le 4"® corps, débordé à sa droite, subissait de grandes pertes.

Le commandant en chef était tranquillement retiré k son quartier général de Plappevjlle.

(i) Les journaux français et étrangers ont parlé d'un corps considérable de troupes allemandes qui aurait été culbuté dans les carrières de Jaumont. Les Prussiens subirent, il est vrai, des pertes importantes dans le bois de ce nom, mais aucun rapport français ni prussien ne fait mention de cet épisode dont nous n^avons jamais entendu parler dans Tarmée de Metz.

« Je ne croyais pas, répondit-il à Tofficier, que la bataille fût aussi sérieuse... Eh bien, dites qu*on se replie sous Metz. »

En même temps, le maréchal envoie sur la droite plusieurs batteries d'artillerie de la garde poui* reprendre TofiFensive, ainsi que la division de grenadiers, qui, de son aveu, ne ptU être engagée que tardivement. Mais ce mouvement ne servit qu'à assurer la retraite du 6* corps et d'une partie du 4"»*. Néanmoins, le reste de l'armée accomplit de véritables prodiges : Gravelotte, Vernévillé, Amanvillers et et Saint-Privat étaient disputés avec acharnement aux efforts de l'armée ennemie. Ce ne tut qu'à six heures que les corps saxons parvinrent à nous repousser de Saint-Privat, sur notre extrême droite, et la clef de notre position.

Attaqués par des forces doubles des leurs, nos troupes abandonnèrent lentement les villages qui couvi*aient leur front de défense et se retirèrent en bon ordre en arrière de Plappeville.

Les 3™® et 2*"® corps bivaquèreiit sur le champ de bataille, mais le lendemain matin ils se repliaient également et venaient camper dans les vignes situées derrière les forts de Saint-Quentin et de Plappeville.

Le 4"° corps ne revint également en arrière que le

lendemain, ainsi que Finfanterie de la garde qui alla camper à droite du fort Saint-Quentin, au pied du fort de Plappeville (1).

Nos pertes étaient fort importantes. Durant la soirée et la nuit tout entière, ce ne fut dans Metz qu'une longue procession de blessés. Le matin il en arrivait encore et la ville en était encombrée. On en voyait sur toutes les places, dans des baraques, sous dés tentes et jusque sur les trottoirs.

Aussi, en face de Tinsuffisance des hôpitaux et des ambulances, le général Coffinières fit appel au dévouement des habitants de Metz, qui, avec un zèle digne des plus grands éloges, s'empressèrent de recueillir chez eux tous les blessés dont Fétat n'exigeait point des soins chirurgicaux trop graves.

Dans cette occasion, les dames de Metz se montrèrent à la hauteur de cette pénible circonstance, et nos

(i) Il parait que la panique de quelques réserves des régiments du 6<"e corps causa de grands désordres dans les trains auxiliaires qui suivaient Tannée et jeta une confusion inexprimable dans Tesprit de ces voituriers, qui sautèrent sur leurs véhicules et s'enfuirent vers la ville dans une débandade effrayante. Les voitures se heurtaient, les cochers criaient affolés de terreur et les piétons bousculés, écrasés, gémissaient au milieu de ce tumulte, tandis que les charretiers terrifiés menaient au galop des chevaux qui d'ordinaire ne trottent jamais. Ce fait causa une certaine émotion dans Metz.

soldats parlent avec reconnaissance et admiration des soins qui leur ont été prodigués par leurs gardes-malades improvisées avec cette délicatesse et cette discrétion dont les femmes semblent ^voir le secret.

Au reste, les pertes des Prussiens avaient été plus considérables encore que les nôtres : si Ton s'en rapporte aux rapports officiels des Prussiens, qui accusent pour les trois journées des 14, 16 et 18 août, une perte de S4,000 hommes tués ou blessés, nous n'avions perdu, dans ces trois batailles, que 28,000 tués ou blessés (1).

L'ennemi nous voyant décidés à rester sur la défensive, s'empressa de compléter notre investissement en détruisant les ponts de l'Orne, affluent de la Moselle, et coupant la voie ferrée qui nous reliait à Thionville. Le 19, au matin, la route de Paris nous était fermée. Le courrier de Verdun revenait précipitamment à Metz avec ses dépêches, qui avaient manqué lui être prises par les uhlans. D'autre part on apprenait que le fil télégi^aphique fonctionnant sur la route de Briey venait d'être rompu par les Prussiens. C'était notre dernier moyen de communication avec Paris et le reste de la France.

(1) Ce chiffre officiel a été vérifié lors de la capitulation de Metz.

Voici quelles étaient, à la date du SO, les principales positions des Prussiens autour de Metz :

Us occupaient, au nord, une partie de la plaine de Thionville ; à Test, la ligne qui s'étend de Vrémy à Ars-Laquenexy, en passant par Failly, Servigny, Nouilly, Noisseville, Montoy, Coincy et Colombey; au sud , ils étaient installés à Peltre, Ars-sur-Moselle, et à Fouest, enfin, dans les positions abandonnées par nous la veille, c'est-à-dire Saint-Privat, Vaux, Jussy, Châtel-Saint-Germain, VigneuUes et les bois qui eu dépendent.

Si les Prussiens avaient atteint leur but en nous rejetant sous les murs de Metz, Bazaine n'avait pas moins atteint le sien. En effet, que voulait-il? être séparé par un cas de force majeure de l'armée de Mac- Mahon son rival, de l'empereur qui lui avait donné Tordre de le rejoindre à Chàlons et dont connaissant l'incapacité militaire, et peut-être les projets, il prévoyait la défaite prochaine. Il voulait mettre son armée sous la protection des forts de Metz et assister, sans même tenter sérieusement de se dégager, à la débâcle de l'armée impériale. Il ne pouvait prévoir le désastre de Sedan, la chute de l'empire, et dans le cas d'une défaite ordinaire et même de la signature de la paix, il apparaissait avec son armée intacte, il était l'homme

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de la situation, le ministre tout-puissant et désigné d'avance.

Ce plan machiavélique était audacieux, mais Bazaine se croyait les talents nécessaires pour Taccomplir. Comme il avait rêvé la couronne du Mexique, il rêvait la toute-puissance sous Tautorité nominale d'un prince usé et vieilli.

Confiné dans une inaction volontaire, nous le voyons en effet, du 19 au 26, laisser les Prussiens utiliser en paix les loisirs que leur fait notre armée. Ils rétablissent nos lignes pour se ravitailler, construisent un chemin de fer américain de Herny à Pont-à- Mousson et se fortifient sur tous les points, principalement sur Fèves, Sémécourt et autres points dominants de la plaine de Thionville qu'on avait négligé d'occuper.

Il n'y eut dans cette période de sept jours que des engagements sans importance entre les avant-postes et quelques coups de canon tirés par les forts, qui essayaient de détruire les batteries que les Prussiens s'occupaient à établir autour de la place.

« Le 26, dit le Rapport sommaire du maréchal, les 4"*®, 6™* coi*ps et la garde passaient sur la rive droite ; j'avais le projet de forcer le passage le long de cette rive; mais une véritable -tempête nous surprit et ren-

dit inexécutable, dans de bonnes conditions, tout mouvement offensif dans des terrains aussi détrempés. »

L'ordre de marche avait été envoyé le 25 au soir à tous les commandants de corps, leurs troupes devaient être prêtes à marcher le lendemain au point du jour.

L'armée presque tout entière se mit en marche aus- * sitôt le réveil, et ce départ fit d'autant plus croire aux habitants de Metz que Bazaine voulait passer quand même, que chaque corps emmenait avec lui ses bagages et tout son personnel d'intendants et de payeurs.

Il faisait, en effet, une tempête horrible, et les soldats qui avaient plié leurs tentes dès le matin, restèrent pendant près de quinze heures derrière les faisceaux, sous une pluie battante.

A huit heures du soir, au moment où la garde, qui avait défilé la dernière au moyen des ponts jetés sur la Moselle, arrivait dans l'île de Chambière, elle reçut Tordre de rétrograder et de rentrer dans ses campements du matin. Le reste de l'armée dut suivre ce mouvement qui dura toute la nuit, de sorte que les malheureux soldats qui tenaient, le matin , la tête de la colonne, ne purent replanter leurs tentes que vingt-quatre heures après.

Celte promenade militaire n'eut d'autre résultat

que de gâcher les vivres de campagne distribués la veille el de faire perdre aux soldats une partie de leur équipement et de leur matériel. Les paysans se ruèrent dans les endroits occupés par nos troupiers el y firent une ample récolte de bois à brûler, de bidons, de marmites, de brosses et d'ustensiles de toute sorte que ceux qui s'en allaient avec Tespoir de ne plus revenir, avaient jetés çà et là pour être plus légers.

On sut le lendemaiti qu'il y avait eu entre les avantpostes des engagements partiels, dans Tun desquels fut blessé un de nos plus brillants officiers supérieui's, le colonel Delbecque du 51® de ligne. Que s était-il passé? d'où venait ce revirement dans l'esprit du commandant en chef?

L'ordre de départ donné la veille était en partie exécuté, lorsque le maréchal Bazaine eut l'idée de convoquer un conseil de guerre dans le château de Grimont en avant du fort Saint- Julien. « Les commandants des corps d'armée, dit-il, et les chefs des armes spéciales émirent l'avis que l'armée devait rester sous Metz, parce que sa présence maintenait devant cette place 200,000 ennemis, qu'elle donnait le temps à la France d'organiser la résistance, aux armées en formation de se constituer, et, qu'en cas de retraite de l'ennemi, elle le harcèlerait, si elle ne pouvait lui

infliger une défaite décisive. Quant à la ville de Metz, elle avait besoin de la présence de Tarmée pour terminer les forts, leur armement, les défenses extérieures du corps de place, et il fut reconnu que celle-ci ne pouvait tenir plus de quinze jours sans la protection de Varmée, Malheureusement, les autorités civiles et militaires de cette place n'avaient pas pris de dispositions quand il en était temps encore, pour faire rentrer dans son enceinte toutes les ressources en vivres et fourrages des cantons voisins et augmenter ainsi les approvisionnements, en prévision d'un long blocus... Ces autorités ne firent pas non plus sortir de la ville les bouches inutiles, les étrangers qui pouvaient (^tre nuisibles par leurs relations nationales. Les sages dispositions prescrites par les règlements militaii*es(l)

(i) L'article 244 (décret du 13 octobre 1863) porte ce qui suit : Le général commandant, commandant une armée, dans Tarrondisscment duquel line place en état de guerre se trouve comprise veille à ce qu*il y reste, en tout temps, une garnison suffisante pour en assurer la garde, conjointement avec la garde nationale. Il ne touche aux munitions de guerre ou de bouche formant Tapprovisionnement de la place, que dans le cas d'absolue nécessité et d'extrême urgence ; il les fait remplacer le plus tôt possible. Si la place est menacée d'un siège, il complète la (jamiaon et ses approvisionnements par tous les moyens qui sont eu son pouvoir.

<t Ce même article 244, dit le général Coflinières dans sa Réponse à ses détracteurs impose au commandant de l'armée le devoir de

furent négligées pour ne pas inquiéter la population.

« Nous étions donc réduits, dès le début, aux faibles approvisionnements des magasins de Metz et des villages sur lesquels nous étendions notre action.

« Il fut en outre convenu, dans la réunion du 26, que, pour soutenir le moral des troupes, on ferait des coups de main pour harceler l'ennemi et augmenter nos ressources. Des compagnies de partisans furent organisées dans les divisions et rendirent de bons services. »

L'excuse tirée du mauvais temps est inadmissible, car, d'une part, il était plus fatiguant et plus malsain pour les troupes de rester immobiles, exposées aux averses et aux rafales d'un vent impétueux, les pieds dans la boue, que de marcher en avant, et l'ouragan

manager les munitions de guerre et de bouche et de remplacer celles qu'il est obligé de prendre. Sur ce point capital, j'ai eu souvent des observations, et quelquefois même de vives réclamations à faire; mais toujours j'ai dû céder devant des ordres formels ou devant la nécessité.

« En résumé, c'est le générai en chef qui réglait les rations; il avait le droit de toucher aux munitions de guerre et de bouche. Pourquoi ne les a-t-il pas remplacées ? »

Le général Coflinières, auquel on ne peut reprocher, je crois, que le manque d'énergie et de courage civil, répond par un raisonnement serré et tout à fait ad rem à rinsinuation perfide du maréchal Bazainc.

était encore plus défavorable à rennemi quà nous. Les soldats étaient pleins d'ardeur, on n'a pas su, on n*a pas voulu en profiter.

Quant aux raisons tirées de la nécessité pour la place de retenir l'armée autour de ses murs, elles n'existaient donc pas avant le 26, puisqu'on avait soidisant essayé de percer les lignes ennemies et que, cinq jours plus tard, on allait le tenter encore une fois, avec aussi peu de succès.

Au reste, l'armée déjà fort mécontente ne se payait pas de ces raisons, et attribuait l'insuccès du 26 au retard du 2™* corps, qui avait fait manquer le mouvement.

Le lendemain Bazaine faisait répandre le bruit par

son entourage que nous avions remporté un grand avantage en restant immobiles : les Prussiens avaient refusé la bataille que nous leur offrions.

Succès au moins contestable, car si les Prussiens refusaient le combat, c'est qu'ils ne se sentaient pas en force pour l'affronter, et c'était une raison de plus pour percer leurs lignes et rompre le blocus k son début en volant vers l'armée de Mac-Mahon par Briey, comme le maréchal en avait manifesté l'intention dans sa dépêche à l'empereur.

Mais telle n'était pas l'intention du commandant f?n

chef, il n'est plus permis d'en douter, et l'irritation des troupes augmentait de jour en jour, car elles se voyaient immobilisées, tandis qu'on laissait à l'ennemi le temps de se fortifier autour de nous.

11 était cependant facile alors au maréchal de rompre le cercle de fer qui l'enserrait, car, ainsi que le remarque judicieusement M. Vandevelde, qui a pu être mal renseigné, mais*qui, dans tous les cas, est homme du métier, quand on se trouve dans un camp retranché dont le cercle d'investissement a plus de 60 kilomètres, qu'on a pour soi l'initiative de l'attaque et l'avantage de la mobilité, et qu'on dispose d'une armée mobile de plus de 180,000 braves, pn doit nonseulement savoir ne pas se laisser enfermer, on ne se contente même pas de se faire jour à travers les lignes ennemies, mais on doit faire payer cher à son adversaire la téméraire entreprise de vouloir bloquer une position de quinze lieues de tour, dont une armée mobile de 180,000 hommes occupe le centre. •

Du 26 au 31, il n'y a guère à signaler d'autre incident que. la condamnation et l'exécution de l'espion Schull.

C'est cet homme qui, jouant un double rôle avec les Français et les Prussiens, et recevant de l'argent des doux mains, avait causé nos trois défaites de

Wissembourg, de Reiôhshoffen et de Forbach, en donnant aux Prussiens les renseignements les plus circonstanciés sur les mouvements de Farmée française.

On sait quel emploi nos ennemis ont su faire de Tespionnage dans cette douloureuse campagne. L'exécution du misérable eut lieu le 28 au matin dans- les fossés de la ville, denûère la citadelle. Malgré les charges accablantes qui pesaient sur lui, il mourut en protestant de son innocence.

Ce fut, croyons-nous, le seul espion fusillé à Metz, et cependant la ville et les camps pullulaient d'émissaires prussiens qui renseignaient admirablement l'ennemi, même sur les décisions secrètes prises dans les conseils de guerre.

On arrêtait bien dans la ville ou aux alentours un nombre considérable de suspects que la foule voulait écharper, dont elle déchirait les habits et qu elle couvrait de boue et d'immondices pendant qu'on les menait à l'état-major de la place ; mais la police avait la main si heureuse que c'était toujours sur des gens inoffensifs, et principalement sur des journalistes, qu'elle la laissait tomber.

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