CHAPITRE VIII
Continuation des travaux de défense. — Négociations mystérieuses du quartier général. — Reddition de Toul. — Expéditions de Peltre, Mercy-Ie-Haut. — Affaire des Maxes. — Prise de Lessy, du chalet Billaudel et du château de Ladonchamps.
Les travaux de défense de la place si tardivement entrepris d'une façon si active, étaient vers la fin du mois de septembre poussés avec une énergie extraordinaire. La redoute Saint-Privat avait été mis en état de défense, et les eaux de la Soille avaient été tendues. Au delà, on achevait les travaux de défense du fort de Queuleu encore bien incomplets. Qui nous eût dit alors que ces travaux gigantesques ne devaient servir qu'à remetti*e la place en meilleur état entre les mains des Prussiens!
Cependant le maréchal Bazaine, trompé dans ses calculs ambitieux, prévoyait dès lors quelle serait
rissue funeste de ses fautes volontaires, en un mot de sa trahison. Il se sentait entraîné avec son armée dans l'abîme creusé de ses propres mains, lorsqu'une occasion de salut vint se présenter à lui. Tel l'homme qui se noie se raccroche instinctivement au moindre arbrisseau, le maréchal Bazaine saisit avec empressement la perche que venait lui tendre une sorte d'aventurier politique du nom de Régnier.
On a lu la brochure publiée par ce personnage équivoque, et dans laquelle, à l'instar de Jeanne d'Arc, il raconte comment il se crut désigné par le ciel pour la restauration de l'empire. On ne sait trop par quel universel aveuglement cet homme, d'une intelligence médiocre, d'un extérieur qui prévenait peu en sa faveur, dénué de toute vue politique sérieuse, avait trouvé moyen de parler au comte de Bismark, d'en obtenir un sauf-conduit pour Metz; en Angleterre, à Hastings, il avait également été reçu par l'ex-impératrice avide de se raccrocher au moindre espoir, puis de là était venu à Metz où le maréchal Bazaine et même les commandants de corps lui avaient prêté une bienveillante attention.
On ne savait trop en ville ce qui se passait au quartier général, mais on y avait eu vent des mystérieuses allées et venues du négociateur, et nos enne-
mis ayant eu le soin de nous faire parvenir un journal officieux de Berlin, dans lequel il était dit que « la Prusse ne voulait traiter qu'avec Tempereur ou le maréchal Bazaine qui tenait de lui ses pouvoirs », on en conclut naturellement que des négociations s'entamaient sans que Ton se doutât cependant quelle en était la nature.
En même temps des bruits de guerre civile sont adroitement répandus dans Metz par de volontaires indiscrétions, et, mêlés à des demi-vérités, ils obtiennent quelque créance, surtout dans Tarmée. On raconte qu'un gouvernement provisoire est établi à Tours, que Lyon a proclamé la république, que la plupart des grandes villes de France refusent de reconnaître la révolution du 4 septembre et que quelques-unes, pour se soustraire à des troubles intérieurs, ont demandé et obtenu des garnisons prussiennes.
Telles étaient en effet les nouvelles rapportées par le sieur Régnier, ci-devant bonnetier ou quelque chose d'analogue et maintenant restaurateur d'empires. Tel fut aussi le motif secret de la mission secrète donnée au général Bourbakr, lequel quitta furtivement l'armée, le 24 septembre, pour se rendre en Angleterre auprès de l'ex-impératrice.
a Le choix qui fut fait du géuéral Bourbaki, dit le général Deligny dans sa brochure, résultait de la nature des rapports que le général avait entretenus avec la famille impériale, mais tout particulièrement, à notre sens, du désir que Ton pouvait avoir, dans le conseil suprême, d'éloigner du conseil une personnalité que Ion jugeait gênante.
« La grande situation du général dans Tarrnée, son ardente nature, et les révoltes de son tempérament militaire, pouvaient faire craindre qu'il ne lançât, par instants, quelques notes discordantes dans un concert où Ton avait intérêt à voir un accord complet. ))
En effet, comme si l'ennemi eût tenu à être, en cela, agréable au maréchal Bazaine, lorsque le général Bourbaki voulut revenir prendre son poste, le prince Charles lui refusa un laissez-passer.
Le 2S septembre au matin paraissait un ordre qui dissolvait la cavalerie, et replaçait le général de Forton sous les ordres immédiats du commandant en chef : un général de brigade prenait le coinmandement de la division de cavalerie de la garde et le général Bourbaki, en mission, était remplacé par le général Desvaux.
Le lendemain on apprit par les Prussiens la capi-
tulation de Toul, où la négligence et Tincurie de Napoléon III avait laissé les immenses approvisionnements du grand parc darlillerie et qui succomba au bombardement prolongé de Tartillerie du 6*' corps de Tarmée allemande.
Notre position s'empirait chaque jour, le camp retranché était investi par sept corps d'armée formant un total d'environ 200,000 hommes et les assiégeants avaient eu tout le temps d'élever des travaux de défense et de placer de formidables batteries dans les positions avantageuses que le maréchal Bazaiue n'avait pas eu la précaution d'occuper après le 18 août. Un suprême effort pouvait être tenté, efifort grandiose auquel se serait associée l'armée tout entière dont le moral était excellent et dont les forces n'étaient point encore délabrées par les souffrances et les privations.
Si l'on ne voulait point faire une trouée et débarrasser Metz d'une armée qui, pouvant être fort utile autre part, était la perte de la ville, on pouvait du moins, et tel fut l'avis émis par le général Cofïinières, profiter de la position centrale du camp retranché pour se jeter en forces sur un point donné de la ligne d'investissement, l'écraser et rentrer dans le camp retranché. Cette opinion fut combattue par le mare-
chai qui ne voulait plus faire que des fourrages et quelques petites expéditions pour empêcher le soldat de murmurer, car on savait au quartier général combien rinaction pesait aux troupes.
En effet, le 27 septembre au matin, une triple attaque fut ordonnée contre différentes localités où Ton avait appris que Tennemi avait accumulé des approvisionnements. .
La première eut lieu sous les ordres du général de brigade Lapasset contre le village de Peltre. (1)
Dès Taube, deux régiments de ligne, les 49™* et 84"** commandés par cet officier général, prenaient la route de cette bourgade, tandis qu'un train composé de onze wagons emportait le 14"® bataillon de chasseurs et quelques hommes des compagnies franches.
En outre, une locomotive, montée par un vaillant ingénieur du chemin de fer de TEst, M. Dietz, et
(1) Peltrc est un village de cinq à six cents âmes situé à trois kilomètres de Metz sur la ligne de Forbach, le bourg est à gauche entre la voie et la route de terre de Metz à Strasbourg. Une jolie église moderne, jusqu'à présent respectée, possède de fort beaux vitraux qui sortent des ateliers de Maréchal de Metz.
Un couvent des sœurs de la Providence y servait d'ambulance aux Prussiens qui y avaient accumulé de nombreuses provisions. C'est un ancien château qui parait dater du xvu^ siècle et qui fut déjà, en 1814, le quartier général de Tarmée d'invasion.
suivie d'un wagon blindé, accompagnait Texpédition. Elle était destinée* à accrocher un convoi de vivres que l'on savait être en gare de Peltre.
Mais près d'arriver dans cette localité on dut arrêter la locomotive et renoncer à ce hardi projet. La voie avait été déversée, un petit viaduc, qui traverse la route de Metz, avait été miné en partie et ses piles étaient remplacées par des élançons de bois incapables de supporter un poids aussi lourd que celui d'un convoi de marchandises.
Pour la même raison, les chasseurs descendirent à une portée de chassepot du village, et coururent sur la droite vers le château de Crespy, dont ils s'emparèrent après un simulacre de résistance; puis, ralliant les deux régiments d'infanterie de la brigade, ils se portèrent sur le village dont les défenseurs s'étaient retranchés dans le vaste couvent des sœurs de la Providence, dont les murs avaient été récemment percés de meurtrières.
Quatre-vingts mètres environ séparaient nos hommes de l'ennemi; cet espace fut parcouru par eux au pas de charge sans qu'une cartouche eût été brûlée, et ils abordèrent l'ennemi à la baïonnette.
En même temps, du fort de Queuleu, nos pointeurs envoyaient aux Prussiens des obus parfaitement
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dirigés, qui, faisant de grands ravages dans leurs tranchées, facilitaient le mouvement de nos troupes. En une heure environ nos hommes eurent délogé Tennemi de toutes ses positions, fouillé le village dans tous les sens et enlevé tous les approvisionnements que les Prussiens y avaient réunis. Ceux-ci, néan-> moins, prévenus par un espion qui vendait des liqueurs à nos soldats, avaient eu le temps de faire disparaître un troupeau de deux cents bœufs.
La prise avait été bonne cependant, eu égard au peu de forces déployées. Les pertes s'élevaient à une centaine d'hommes blessés, et nos hommes revenaient chargés de victuailles, ti*alnant une assez giande quantité de bestiaux, veaux, vaches, cochons gras, chèvres, moutons et provisions de toute sorte.
C'était un curieux spectacle que le retour de cet heureux coup de main. Nos soldats revenaient k Metz par la côte de Queuleu, d'où l'on découvrait un magnifique panorama, grâce au beau soleil qui brillait ce jour- là, faisant resplendir les eaux tendues de la Seille (1), qui inondait de tous côtés le pays plat
(i) La Seille sort de Tétang de Lindres près de Dteuze dans la Meurlhe. G*est une rivière non naviguable, vaseuse et profondément encaissée; elle enire dans Metz, an sud, après s'être partagée en deux bras, dont le plus petit baigne les remparts; le bras qui
qu'elle traverse et détachant sur un fond azuré la ville de Metz et son admirable.cathédrale.
Derrière le général Lapassct, qui descendait tout rayonnant la route de Queuleu, quatre soldats portaient sur une civière improvisée un énorme pourceau couronné de feuillage qu'ils nommaient irrévérencieusement Guillaume, tandis qu'un autre tirait par la patte un autre individu de la même espèce qu'il frappait à tour de bras en l'appelant Bismark. D'autres portaient autour du cou des chapelets de volailles, ou quelques petits agneaux trop faibles pour accompagner leurs mères qui suivaient en bêlant.
Tous ces braves gens riaient ou chantaient, heureux d'avoir été tirés pour une fois de leur croupissante oisiveté. Ils ramenaient en outre deux cents prisonniers environ, sur lesquels on avait trouvé de nombreux exemplaires de journaux allemands.
D'autre part, pendant que la brigade du général Lapasset s'emparait de Pellre, le 90® et le 60® de ligne s'emparaient du château de Mercy. Cet édifice avait été fortifié par les Prussiens, les portes en étaient barricadées et les fenêtres blindées au moyen de traverses
pénètre dans la ville, retenu par des vannes, fait tourner plusieurs moulins, alimente des établissements de tannerie et traverse enfin Tarsenal avant de se jeter dans la Moselle.
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de bois qui ne laissaient dans leurs intervalles que la place nécessaire pour y faire passer le canon d'un fusil.
Nos soldats, après avoir essuyé une première décharge, se précipitèrent la hache à la main sous une grêle de projectiles, abattant les barricades pour frayer passage à leurs camarades. Là commença une scène de carnage indescriptible : les défenseurs du château en disputaient, pied à pied, chaque chambre aux envahisseurs. Refoulés, acculés bientôt dans un coin de Tédifice, presque tous payèrent de leur vie cette résistance désespérée; les uns furent tués les armes à la main, d'autres en sautant par les fenêtres, d'autres enfin furent brûlés vifs dans Tincendie des caves. Bientôt d'immenses gerbes de flammes s'échappèrent par toutes les issues, et, vers onze heures, le toit de cette belle demeure s'écroulait avec fracas. Ce n'était plus qu'une ruine d'où s'échappaient des tourbillons d'une fumée noirâtre.
En même temps, nos soldats se jetaient sur la Grange-aux-Bois où les Prussiens avaient une installation assez considérable, puis sur Colombey où ils détenaient une considérable provision de fourrages, et ils s*en emparaient après une série d'engagements partiels. Pendant que nos soldats tiraillaient, nos
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convoyeurs se mettaient à Toeuvre et parvenaient à dérober à Teiinemi environ quatre-vingts voitures de grains et de fourrages.
Ces derniers s'étaient retirés en incendiant, suivant leur habitude, la ferme de la Grange-aux-Bois. Vers midi cet important établissement agricole s'abimait presque en entier et Ton ne voyait debout qu'un pignon k moitié consumé.
Presque à la même heure, un mouvement analogue s'opérait sur la rive gauche de la Moselle. Les régiments de la brigade Péchot, appartenant au 6"® corps, quittaient Woippy (1), gagnaient la droite et se déployaient en tirailleurs dans la plaine de Thionville. Leur objectif était la Maxe, qu'on supposait ccfntenir une quantité considérable d approvisionnements (3).
Nos soldats, avec leur entrain habituel, enlevèrent les avant-postes prussiens sur toute la ligne et s'emparèrent du village où nos fourrageurs opérèrent prestement. Les batteries prussiennes de Malroy, de
(1) Woippy est un gros bourg de quinze cents âmes, situé à cinq kilomètres de Metz au pied des coteaux que couronnent les bois de Woippy et de Lorry. L'antiquaire y trouvera quelques restes de maisons fortes qui datent probablement du xiii^ et du Xï\^ siècle, et qui servaient de retranchement à nos postes avancés.
(2) La Maxe est un village situé à plus d un kilomètre de la Moselle, dans rangle que forme cette rivière au-dessous de Malroy.
Saulny et même de Sémécourt, dirigeaient un feu très-nourri sur la plaine sans parvenir à ralentir l'impétueuse ardeur de nos troupes. On put ainsi emporter de vive force le château de Ladonchamps, où nos soldats s'établirent et dans lequel on fît un assez grand
nombre de prisonniers (1).
On parvint à ramener de la Maxe une assez grande quantité de voitures pleines de denrées, et entre autres de pommes de terre, qui commençaient à être considérées à Metz comme un aliment de luxe réservé pour la table des généraux, car ces messieurs vivaient généralement fort bien. On ramena également une vingtaine de bêtes à cornes et quelques moutons, mais c'était en somme une maigre prise, eu égard auX pertes assez sérieuses que nous fîmes ce jour-là (2).
Peu de jours après, les Prussiens revenaient à Peltre ainsi que dans les villages dont nous nous étions emparés sans les occuper, et ils incendiaient ces malheureuses localités. Peltre, à Texception de son église qui fut détruite peu après, devint la proie
(i) Le château de Ladonchamps est situé à droite de Woippy et à quelques centaines de mètres de Woippy.
(!2) Nos pertes s'élevèrent pour les trois expéditions à vingt tués dont deux oiHciers et à plus de trois cents blessés, dont neuf officiers.
des flammes et fut converti en un monceau de ruines; il en fut de même du beau château de Crespy, nouvellement restauré, et de divers endroits de la plaine de Thionville, notamment des petites Maxes.
« Si le commandement, dit le général Deligny, s'était proposé en cette occasion de démontrer pratiquement aux troupes qu'elles n'étaient plus en état de se mesurer avec l'ennemi et qu'elles n'avaient plus qu'à se résigner k leur, sort et à courber la tête, il manqua son but, car elles prouvèrent que leur énergie n'était point éteinte. Elles s'étaient emparées, au pas de course, des positions stratégiques de la rive droite de la Moselle ; mais ce devait être le dernier effort des troupes campées sur la rive droite de la Moselle. Le 2*"® et le 3™" corps n'auront plus désormais qu'à se garder et à attendre. »
Nous n'avions tiré aucun parti de ces expéditions dont le but apparent était manqué, puisqu'il s'agissait, disait-on, de ravitailler la ville, et que nous laissâmes les Prussiens détruire tranquillement les énormes approvisionnements dont nous devions nous emparer, et qui furent perdus pour eux comme pour nous.
Le 29, les Prussiens, toujours empressés à nous faire parvenir les mauvaises nouvelles qui pouvaient
affaiblir la constance des assiégés, nous firent part de la prise de Strasboui^« qui avait capitulé la veille.
Il y avait lieu, en effet, de se décourager; toute perspective de délivrance achevait de s^évanouir, et non-seulement nos ressources alimentaires s'épuisaient, mais le typhus et la variole commençaient à faire de grands ravages dans nos ambulances et même dans la ville, où la mortalité des enfants était effrayante.
Le lendemain, une division de cavalerie fut envoyée à La Maxe pour i*econnaître les dégâts commis dans ce village par les Prussiens. Elle n'y trouva qu'un monceau de décombres fumants. Toutes les maisons avaient été réduites en cendres, à l'exception d'une seule, située en arrière de l'église,' et cet édifice lui-même. Les immenses provisions emmagasinées à la Maxe étaient devenues, nous l'avons dit, la proie des flammes. Nos cavaliers rapportèrent cependant encore de cette promenade militaire quelques bottes de paille, du beurre et des poules ; mais c'était bien peu de chose, même pour les soldats faisant partie de l'expédition.
Le 1*' octobre, la division Laurencey, du 4™* corps, fut lancée en avant de Plappeville, et nous assistâmes à un important engagement de tirailleui*s, dont le
résultat fut de déloger les Prussiens du village de Lessy et de leur reprendre la Sapinière et le chalet Billaudel. Tous ces petits combats avaient, nous disait-on, pour but d'élargir la ligne d'investissement et de nous faciliter, à un moment donné, les moyens d'opérer cette fameuse trouée dont on parlait toujours et qui n'arrivait jamais. Mais, en général, le lendemain amenait une désillusion, car nous abandonnions presque toujours ces positions, conquises au prix du sang des nôtres.
C'est ainsi que le château de Ladonchamps, occupé, comme nous l'avons dit, le 27 septembre, avait été repris par les Prussiens sans coup férir, nos troupes s'étanl^ repliées sur la Maison-Rouge, aux abords de laquelle elles avaient établi de véritables travaux d'art : trous-de-loup, fossés, tranchées-abris, épaulements, etc.
Le jour même où nous nous emparions de Lessy, le capitaine de la batterie de mitrailleuses du 4™* corps, installée à la Maison-Rouge, joua aux Prussiens un tour de sa façon. Depuis quelques jours on remarquait, à .droite du château de Ladonchamps, un conseil d'officiers supérieurs prussiens qui, après avoir examiné nos positions à la longue-vue, se groupaient pour discuter des mesures à prendre et des opérais
tions à tenter. Durant la nuit du 30 au 1®% deux mitrailleuses furent amenées en avant de nos lignes et pointées sur Tendroit même où les Prussiens tenaient habituellement conseil. Puis le lendemain, au moment où nos ennemis formaient leur réunion quotidienne, les deux pièces partirent à là fois, jetant la mort et la confusion dans ce groupe affolé. Ceux qui n'avaient point été atteints se hâtèrent de lever le di*apeau blanc pour relever les victimes de notre adresse.
Le lendemain, nos soldats repoussèrent encore une fois les Prussiens et prirent définitivement possession du château de Ladonchamps, où le génie du 4"* corps établit une splendide batterie de pièces de 12, destinée à nous permettre de conserver cette position. De nouveaux incendies s'allumèrent ce jour-là dans la plaine de Thionville, où les villages d'Olgy et de Gharly furent livrés aux flammes par nos ennemis.
En même temps que nous nous installions à Ladonchamps, un bataillon du 70™® de ligne enlevait la ferme de Sainte-Agathe. Ce fait d'armes nous procura quelques voitures de fourrage; mais nous avions eu 46 hommes mis hors de combat, dont 3 officiers blessés et 8 hommes tués.
Les Prussiens étaient, paraît-il, fort contrariés de
la prise du château de Ladonchamps, car ils ne cessèrent d'envoyer des projectiles sur ce malheureux édifice, dont une tourelle fut emportée et le toit percé à jour par les obus; dans la nuit du 6 octobre, on en compta jusqu'à cinq cents qui éclatèrent soit sur le château, soit dans le parc qui Tentoure. Nos troupes s'empressèrent de s'y fortifier, et, en dépit de ces attaques continuelles, s'y maintinrent définitivement.