‹ Guerre de la SécessionChapitre 21 sur 38 · TOME II» S · texte numérisé non relu

TOME II» S

sufiOsaient k Lee pour opérer sa concentration. L'occasion de frapper un bon coup était ainsi perdue.

Cela s'accentua particulièrement le 10 novembre. Ce jourlà l'avant-garde de Pleasanton Ait vivement attaquée près de Gulpepper, par celle de Stuarl; celle-ci fot non moins vivement repoussée^ mais le reste de l'année fédérale ne bougea pas, quoiqu'il eût été &cile de profiter de cet ébranlem^t pour &ire un pas en avant

C'est qu'il s'agissait de savoir si l'on suivrait au pian du général Me Glellan^ ou si l'on adopterait une autre ligne d'opérations.

Le général Bumside, qui se voyait appelé subitement à la tête de l'armée, était de quelques années plus âgé que son prédécesseur, mais plus jeune encot i^ ([ue la plupart de ses principaux généraux. Il sortait aussi de Tannée régulière, où il n'avait eu qu'un grade subalterne, tandis qno Snmner et Hooker s'y étaient déj?i signalés avant la guci ii^ pour leurs longs services. Du reste Hurnside posséiiait une bonne tournure militaire, une tête remarquablement expressive; il ne manquait ni de connaissances, ni d'intelligence, ni de caractère, ni de bravoure. Son mérite aux yeux du gouvernement et ce qui peut-être lui faisait du tort aux yeux de ses troupes, était de n'avoir pas été associé aux précédents revers; il n'était pas de la première armée du Potomac. Les fiusiles succès de Roanoke et de New-Bem, pompeusement célébrés parce qu'ils étaient arrivés des premiers, avaient appelé l'attention sur lui. Le gouvernement n'ignorait pas non plus qu'il n'avait acquiescé qu'avec réserve aux idées du général Me Qellan sur la meillettre ligne d'opérations de la campagne en cours. Toutes ces circonstances avaient contribué à l'éle* ver sur le pavois, malgré lui, il faut le constater. Dans l'armée même, on voulut y voir un passe-droit au détriment d'autres ,L iii raux, de Hooker entr'aulres, et cette disposition ne devait pas faciliter la tâche du nouveau commandant.

Burnside prit néainnouis son commandement dès le 8 no- ^ embie, et il s'annonça aux troupes pur l'ordre du jour suivant;

c Quartier-général de Tarinée du Polomac^ 8 novembre 1862.

€ Conformément à Tordre général présidentiel, n" 182, je prends [lar la présente le commandement de 1 année du Polomac. Le patiiuiibme et le déploiement de toute mon énergie, joioU à la coopération cordiale des officiers et des lokkils, me permeUro&i, j'espère» avec Taide de Dieu, d'assurer les succès de celte armée.

c Ayant été le témoio des privations et de la bravonre de la vieille armée du Potomac dans la campagne du Ma* ryland, et étant complètement associé à ses sentiments de respect pour le général Me Clellan, entretenus par de longues et intimes relations avec lui, je sens que ce n'est pas comme un étranger que je prends ce commandement. Au neuvième corps enlr'autres» dont j'ai si longtemps partagé la tâche, je n*ai besoin de rien dire. Nos passés sont identiques. Avec défiance de moi-même, mais avec pleine confiance dans la bravoure, dans la loyauté et dans l'énergie de cette vaillante armée, j'ai accepte de la diriger, sur que la bonne cause devra triompher.

c (Signé) A.-Ë. BURNSIDE»

major-général commandant. »

La première obligation qui était imposée au moun oau chef (le l'armée du Potomac, était de se décider sur ie meilleur plan à suivre, sur la ligne d'opérations à adopter définitivement contre la capitale de la sécession. Garderait-on la ligne actuelle sur Gordonsville, ou en choiairait-on une autre ? Da^ ce dernier cas laquelle ?

Le gouvernement de Washingi nn n\'ait un moment penché pour prendre une base à Aquîa-Creek sur le Bai»-Potomac, et de là une Ugne d'opérations sur Richmond le long du chemin de fér dît Potomao-Richmond, qui passe le Rappahan* nock à Fredericksburg. C'est la voie ordinaire et la plus directe en temps de paix entre les deux capitales, par bateau à vapeur jQsqu'fc Aquia-<ireek et de là par chemin de fer. Elle offrait cet avantage aux fiédéraux, sttrs delà mer, qu'ils pou-

voient ravitailler facilement leur première base d'Âquia- Cr-enk, et en prendre successivement d'autres sur les criques et les larges cours d*eau du bassin du Bas-Potomac, au fur et à mesure qu'ils avanceraient.

C'était assurément plus commode que de garder derrière soi, contre les coureurs de Stuart, une longue queue de gran- ' des routes ferrées et autres» comme il aurait Sedlu le fiiire par la zone centrale de Warrenton, Orange, GordonsvîUe, ou par la Shenandoah.

En revanche les opérations tactiques devenaient d'autant plus difficiles, par les lignes de défense successives que les cours d'eau du Rappahannock, du Mataponay, du Pamunkey, du Cliiclvahuiuiuy et de leurs affluents, onVaicnl aux confédérés. 11 l";ill:iit s'apprêter à y construire de nombreux ponts militaires, a opérer des passages de vive iurcc ou pai' surprise et h eoinliattro avec des rivières à do.s. Quoiqu'il soit dii'licile de dire kuiuelle des deux zones était la préférable, nous inclinerions à croire que la zone centrale offrait en somme moins de diflicultés, et qu'en faisant escorter le mouvement de l'armée le long de la voie ferrée, par un mouve* ment correspondant de canonnières sur le Bas-PotomaCy on aurait toigours pu, à la rigueur, se créer sur ce fleuve une base provisoire ou de refuge, comme celle de Harrison-Landing sur le James, Tété précédent.

. Toutefois le général Bumside n*en jugea pas de la sorte. Apràs avoir eu, le 13 novembre, une entrevue à son quartiergénéral avec le commandant en chef, général Halleck, et le quartier-maître en chef, général Meiggs, venus de Washington, il se décida à changer de ligne d'opérations et à établir sa base à Aquia-Q'eek.

Le plan qu'il suumU au ^'éncral Halleck, et qui fut approuvé par le piésidont, le 1 i, consistait à masser ( l'abord l'armée aux environs de \Varrt*!>ton ; ;\ l'aire ensuite comme feuite un mouvement à travers le Hapjxilîannock contre Gordonsville; puis {\ se rabattre rapidement par la ^Muche sur Fredericksburg, où l'on franchirait le Rappahannock.

Pour cela il Allait des pontons, car les sudistes avaient détruit le beau pont du chemin de fer sur ce fleuve; et à la

demande du général Bumside le général Hfeiggs, pendant qu'il était à Warrenton, le 13, envoya un ordre à Washington, contresigné par le général Halleck, pour foire venir de ' Harpers-Ferry à Àquia-Greek tous les équipages de ponts disponibles. Par suite de regrettables malentendus, cet ordre ftit mal compris et mal exécuté. Personne ne 'se chargea spécialement de veiller à ce qu'il aboutit. Une fois l'ordre lancé, le général Bumside se reposa de son exécutron sur le général Hallerk, celui-ci sur le général Meicrps, celui-ci sur le gcnéi'al \S oudbury, et celui-ci sui- un quurtier-iuaitre subalterne. Il en ré'^ulta qn»' des retards qui n'avaient pu être évités dans renvoi des pontons ne pan inrcnt <i la connaissance du général Burnside que tardivement, c'est-à-dire le 19 novembre.

Cependant depuis le i6 déjà il avait commencé sa feinte et tout son mouvement, et 11 s'acheminait rapidement contre Fredericksburg, en descendant non loin de la rive gauche du fleuve.

n avait adopté pour son armée une autre répartition, ins- I^rée de Washington et que Me Glellan n'avait pas voulu admettre, pour autant quUl était compétent à cet égard. L*armée était formée lîon plus en sept corps, mais en quatre armées, appelées grandes dwUUms, chacune de deux corps d'armée, le corps d'armée à trois divisions. La grande division de droite, sous Sumner, fiit composée des deux corps n« 2 (Couch), et 9 (Wilcox ; la grande division du centre, sous Hooker, eut les deux corps n» 3 (Stonemann) et 5 (Slocum) ; la «grande division de gauche, sous Franklin, les corps n"1 (Reynold) (»t 6 (Smith). T.a grande réserve sous Sigcl, fut composée du il"*' cnrps et de détaelioments divers. Ch.iqiKî chef de ces grandes divisions avait une lar.Lr*M'«>nipétetie(% qui allait ju-squ'à < onmiuniquer directement avec le gouvernement de Washington.

Dans le mouvement par la gauche, commencé le 16, l'armée de Sumner, forte d'une quarantaine de mille honmnes, marchait en téte, suivie de celle de Franklin, puis de Hooker! Sigel vint prendre la place de l'armée aux environs de Warrenton. Le corps détaché de Banks resta à la garde du Haut- Potomac et de Washington.

Suiiiner devait passer 1p fleiivtî un peu au-tlessus de Ftpdcricksburg , puis pieiulre possession de celle ville. M;!is arrivé au villa û'e de Falmouth, en face de Frederieksljury, lieu de rendez-vous des pontons attendus, ceux-ci manquaient. Bientôt après, on sut qu'ils avaient été retardés et qu'on ne pouvait savoir quand ils arriveraient. L'armée fédérale 8e trouvait donc en face d'un large fleuve et sans moyens de passage!

En outre, les généraux confédérés n'avaient pas été long* temps à comprendre de quoi il était question, et, &iaant un mouvement parallèle à celui de leurs adversaires, ils se trouvèrent déjà le 90, en forces imposantes^ à Fredericksburg el aux environs sur la rive droite du fleuve. Enlr^autres tout le corps de Longstreet s'y massa en quelques jours.

Bumside somma bien la ville de se rendre, sous menace de bombardement, mais cette sommation resta sans autre effet que de la foire évacuer par les habitants.

Ainsi le premier mouvement stratégique de l'armée du Potomac réorganisée était eomplélenient échoué ; comme eût été celui de Napolé(jn 111 en 1859 sur le Tessin, s'il avait trouvé à Magenta et à Turbiçîo, au lieu des seules avantgardes du i'*" corps autricliien, tout le •.m us de l'armée de Giulay ayant réussi h s'y transporter des environs de Pa^e, les 2 et M juin, et h couper tous les ponts.

Bumside était forcé d'aviser à quelque autre combinaison, et cela mena, toi;yours en attendant les malheureux pontons, jusqu'à la seconde semaine de décembre, lenteurs qui ftisalent ressortir bien durement les sages avis donnés an gouvernement deux mois auparavant, qu'à la guerre ce n'est pas toujours en précipitant le pas qu*on fait le plus de chemin.

Enfin le 10 décembre on fut en mesure d'aller de l'avant, et Bumside se décida à agir.

Dans cesentrefiûtes, Lee s'était solidement établi ft Frede^ ricksburg, ou plutèt en arrière de cette ville, sur des gradins naturellement forts, qu'il avait renforcés encore de batteries à épaulements et de retranchements pour l'infanterie. Son fi:t>nt était couvert par le tleuve, large d'au moins 300 pas,

puis par la ville de Fredericksburg, dont plusieurs maisons, mises en état de défense, pouvaient servir de redoutes avancées, et enfin j)las à droite par le chemin de fer, qui, en sortant de Fredericksburg , tourne au sud parallèlement au Rappaliannock. Les li<jrnes de défense elleij-rnêmes se trouvaient plus en arrière, à un à deux milles de la viUo, sur deux étages de terrasses qui forment autour de la ville un hémicycle allongé, d'une largeur moyenne de 2 à 3 milles et d'une longueur de 6 à 7 milles* Le long de ces hauteurs court une petite rivière, parfois assez encaissée, le Massapo* nax, qui va ae Jeter dans le Rappabaqnock à environ cinq milles en dessous de Fredericksburg. Près du confluent, le Haflsaqfwnax est traversé pair la vieille route de Richmond, puis à deux milles plus au sud, vers la colline dite Gaptain- Hamilton, par le chemin de fer. A 4 à 5 milles en amont de la ville, une autre petite rivière, encaissée par les hauteurs dites deStansbury, se Jette dans le fleuve en fiarmant de ce cèté-là rhémicycle. EUe est traversée par deux routes sortant de la piartie sud-ouest de la ville, la route d'Orange par Ghancel- UNnswiUe et Wildemess, la plus à Touest, et la route de Spottsylvania et Frederickshall.

C'est sur les premiers gradins de ces routes que Lee avait massé sou année, formée par le corps de Jackson appelé de la Shenaridoah, à la droite, et par le corps de Longstreet à la gauche.

Une route transversale avait été consUmie derrière et tout le long du front pour relier les deux ailes ; des retranchements avaient été élevés un peu plus en avant, et un long mui' de pierrç ti'ès bien utilisé comme parapet. La défense présentait ainsi partout deux lignes, et sur quelques points trois et même quatre. De puissantes batteries avaient été établies sur les hauteurs dites Marie-Heights, à un mille aviron en arrière de la ville, sur une autre colline un peu -plus au sud appelée LeeVhill, et sur d'autres hauteurs plus an sud-est encore. Un feu convergent très serré, d'artillerie et d'in&nterie, pouvait battre Fredericksburg et ses divers débouchés, ainsi que toute la petite plaine qu'il &Uait traverser pour arriver de la viUe aux gradins. Quant à la ville

eile-inêine, dominée luitneciiatement par la rive gauche, elle ne pouvait pas être tenue longtemps contre les batteries fédérales de StalTord, de même qu'elle ne pouvait pas être occupée en sécurité par les fédéraux sans avoir préalablement fait taire les feux des hauteui*? dn Stansburv et de Marie.

Le front de l'année confédérée ain^ disposée avait une étendue de 6 à 7 milles, sans compter les extrêmes flanqueurs. Il était sillonné par deux* ruisseaux ravineux, le Hazel-Run et le Deep-Run, se jetant dans le fleuve entre la ville et le confluent du Massaponax.

IjO quartier-général de Lee se trouvait, au commencement de Faction dont nous allons parler, un peu sur la droite, c'est-à-dire sur les hauteurs de Gamett, près du Massaponax. Celui de Jackson était plus en avant vers le chemin de fer, et près des collines de Captain-Hamilton; son corps était en position le long du chemin de fer. Le quarticr-génér;d de LoiiL^sti eet était près des hauteurs du télégraphe, au sud de Fredericksburj^S 'ivcr ses troupes échelonnées jusijuuu fleuve vers les l ollines de Shmsbury. La réserve était placée sur les rrradins en an ièi e de Fredericksburg. La cavalerie de Stuart sur l'extrême droite, derrière son artillerie. Le total de l'armée de Lee montait à enviroTi ÎK) mille hommes, avec une forte proportion d'artillerie, dont des pièces de gros calibre récemment arrivées de Richmond, et une excellente cavalerie. La position pouvait être facilement approvisionnée par le chemin de fer Ricbmond-Potomac, dont deux petits embranchements construits à la bâte menaient jusqu'aux batteries. En résumé le général Lee, en habUe ingénieur, avait su s'improviser à Fredericksburg des lignes vraiment formidables, et dans le style de celles de Wellington. Sauraitil en user de même?

Le général Burnside, de son côté, n*avait pas |)erdu son temps. Ayant peu à peu reçu tout son matériel de pontonage et des pièces de siège, il avait fait établir des batteries de gros i aHbi e sur toutes les hauteurs de la rive ^rauehe, en particulier sur celles dites de Stalîuid et de Foriest ; le iO déremlw au matm, il disposait d'environ iSO pièces prêtes à ouvrir le feu.

Son intention était de suq^rendre ou do forcer le passage dans les environs immédiats de Fredericksbui^:, puis d'enhivei* de front et de flanc les positions de l'ennemi. Il comptait, pour cette grave entreprise, sur la puissance de son artillerie rayée, sur la sapôriorité de ses efTectifs, monlant à emiroQ 1 U) mille hommes, et sur Tentraîn des troupes, qui ne demandaient cfu'à agir pour répondre aux ardents vœux du pays.

L'intention d'agir vigoureusement était sans doute louable ; mais le projet de la réaliser que nous venons d'indiquer peut le paraître beaucoup moins. Rien, si ce n'est un fiiux amourpropre, ne forçait le général Bumside d'aller chercher son fulversaire sur le terrain même que celui-ci avait choisi et qu'il avait eu tout le temps de fortifier. Rien ne donnait à la place de Fredericicsburg une telle importance qu'il fût indispensable d'y livrer bataille dans des conditions relativement 4 défavor;ibles, c'est-;i-(lire avec un large fleuve à dos et en y altaquaiiià dt-couvort un tinneiiii Ijien posté et à l'abri.

C'était le cas ou jamais, au contraire, de recourir à la stratégie, de manœuviei- sur les lianes de la position pour forcer Lee à s'en relircr. VA l'on aurait pu arriver h ce résultat sans tirer un coup de iu.sil. De même que Bumside, en novembre^ avait espéi é avec raison amener l'évacuation du Haut-Rappahannock et de Culpepper en se portant rapidement par sa gauche de Warrenton à Fredericlisburg, de même en décembre, et mieux encore, il pouvait forcer l'évacuation de Fredericksburg en se portant rapidement audelà du fleuve par un passage plus en aval ou plus en amont.

Il serait resté dans son même programme et n'eût foit que continuer le mouvement par la gauche, commencé à Warrenton, en allant par exempl > prendre son point de passage et une autre base à Port-Conway, une vingtaine de milles plus bas que Fredericksburg. De là en marchant dans la direction de Bttwliui^green et (rav noys, sur le chemin de fer Fredcricksburg-Richmond, ce qui ne présentait aucune ilifliculté, il eût à la fois menacé les cniiuniniicatious des «onfôdérés sans perdre lei» siennes, et forcé Lee à se replier au

moins jusqu'en arrière du Northaima, aux environs de Jerieho et de Junction. Là sans doute Lee aurait pris une nowreUe ]K>8ition, contre laquelle les mêmes moyens que contre celle de FredericksiMirg auraient pu être employés, si c*e6t été néeessaire.

Ou bien lé général Bumside pouvait revenir sur ses pas, et se reporter par sa droite vers Warrenton, pour y reprendre momentanément la précédente ligne d^opérations. Le grand public aurait ri sans doute du nouveau change of base ; il se serait impatienté peut-être, et, la politique aidant, le successeur du général Me ('.lellan aurait pu être ruiné dans l'opinion, calomnié auprès du gouvernement et révoqué de son comniaiidpmpnt avant d'avoir été à mémo de l'exercer en réalité, et au moment peut-être oii il allait s'en servir efiicacement.

Mais de telles considérations ne doivent pas parvenir à Fesprit d*un chef chargé d'une responsabilité semblable à celle qui pesait alors sur le général Bumside. Elles ne lui parvinrent sans doute pas; sinon, il aurait dû se dire qu'on ne fiût pas la guerre pour la distraction des beaux esprits de Washington, de New-York ou d'autre part; qu'on fait la guerre pour vaincre, et qu'après tout il vaut mieux encore pour ce public frondeur qu'U ait occasion de rire, de se moquer, de s'impatienter même des opérations qu'il ne comprend pas, que d'avoir à pleurer des milliers de victimes inutilement sacrifiées, et à gémir de revers qu'on auiail pu éviter.

Dans le cas particulier il y avait tout espoir d*ailleurs que la leçon du mois de novembre n'eût pas été perdue, que le mouvement stratégique aurait été mieux ordonné dans ses détails que celui de Warrenton à P'redericksburg, que les pontons, les bateaux et les charrois n'auraient pas Cût défaut; par conséquent que les masses, plus rapidement mobilisées, auraient subitement lait leur apparition sur un point où nui ne les attendait, ce qui, avec les heureuses conséquences qui en seraient infailliblement résultées pour les opérations, eût^bientôt ramené la fkveur du pays au général fédéral et lui eût valu peut-être autant d'éloges outrés que les appa-

rouies Imteurs d'un nouveau ohangeoieot de ligiie d'opdntianelui auraieDt apporté d'injustes blâmes.

Noos ne voulons pas supposer que le général Bdmside se laissa abuser su^ la valeur réelle des lignes confédérées et qu'il ne les appréda pas à leur Juste mérite; car il avait souvent montré du coup-d^œil militaire, et une simple reconnaissance iûte des hauteurs de Stafford ou du toit de quel* ques maisons de Falroouth ou des environs, même des fenêtres de l'hilipps-Houso, quartier-général de Suniner, suffisait à faire cuiiiiaiLre la l éalité, qui était que î.ee se trouvait dans un ' position presque inexpugnable. A detaut de cette convicti(i[i il n'eût pas été difPirile de se renseigner par une hardie reoriiuii^-ance armée ou par une < ;innnnade à grande portée sur tout le front, pour forcer rcnncini h se démasquer.

C'est ce que le général Burnside ne lit pas. Soit qu'il s'exagérât sa force au détriment de celle des confédérés, soit que son tempérament chevaleresque ne lui permit pas de manœuvrer plus longtemps sans livrer bataille, il se résolut à refouler tout ce qui était devant lui et sans plus tarder. Contre ropinion de quelques-uns de ses généraux, de Hooker en* tr'autres, il Iwma tout son plan à un coup de vigueur, de Ih^nt, en deux colonnes, une dirigée de Fahnouth sur Fre» dericksburg même et plus loin ; une autre colonne un peu plus bas. Celle«i était bien censée fiiire un mouvement de flanc ; mais ce ne Ait pas du tout le cas, telles que les choses forent ordonnées.

L*attaque de droite fut confiée au général Sumner, celle de gauche au général Franklin ; le général Hooker resterait en réserve à sa place du centre, tout en fournissant l'appui d'un de ses corps à Franklin,

A cet effet des ponts, qui devaient monter au nombre de six, furent conimoncés sur le fleuve pendant la nuit du iO au 11 décembr»^ ; ti ois pour Franklin, à un mille et demi de la ville, sous l'embouchure du Deej>l\un , et trois devant Falmouth poui- le corps de Siunner. Les premiers furent établis rapidement et presque sans contestation de l'ennemi , grâce h une convenable diversion faite plus en aval ; les autres rencontrèrent la résistance d'adroits tireurs embusqués dans les pre-

miëres maisons de Fredericksburg, et qui forcèrent les pontonniers à lâcher prise. II fallut diriger sur les maisons de Fredertcksburg le feu des batteries de la rive gauche, et un grand bombardement commença, auquel les confédérés ne répondirent que fàiblement. Les carabiniers confédérée, de la brigade mississipienne Barksdale, ne s*effrayèrent ni de ce bruit, ni de Tincendie qui éclatait autour d'eux; ils continuèrent leur tir meurtrier et ils allaient décidément empêcher la construction d^ ponts, comme en 1799 les carabiniers zurl* oois de Tobler avaient foit échouer la tentative du passage de TAar par l'archiduc Charles, lorsque le général Bumside s'approcha et demanda des volontaires pour franchir le fleuve en " bateau et aller balayer l'autre rive. Toute la brigade Hall , composée des 7^ Michi^,^1n , 10 - et 20' Massachus^ets, s'offrit aussitôt; le 7« Michigan traversa le premier, et, bientôt suivi du reste de la brigade, il se laiii;a roiirafrfwsenient dans la ville et en chassa les tirailleurs ennemis. - pontonniers purent se remettre à l'ouvrape ; vers le soir du 11 les ponts étaient aussi terminés sur ce. point.

Le passage commença immédiatement par le S* corps (Gouch) de l'armée de Sumner, et par le 1*^ corps (Reynold) de celle de Franklin. Les avant-postes des deux corps firent leur jonction en avant de la ville et refoulèrent les premiers piquets de l'ennemi , qui ne fit sur la place qu'im feu trèsmesuré de ses batteries. Il semblerait que Lee craignît d'user trop tôt de la force de sa position et de décourager les fédéraux de leur oflénsive. Pour lui ils n'étaient encore que sur la porte d'une trappe habilement tendue.

Le 13 au matin , Bumside fit continuer le mouvement en avant. Nous emjtloyons à dessein cette expression plutôt que celle d'ordonner l'attaque, parce qu'elle nous semble plus juste et répondre mieux à ce qui se fit.

En efiét, soit que l'opposition de Hookerait été à Bumside un peu de son assurance, soit qu'il ne fût pas sufOsamment renseigné sur les points ennemis où il voulait porter ses coups^ il émit pour cette journée des ordres si singuliers, à la fois si vagues et si minutieux, renfermant des recommandations si

contradictûireâ(*)» qu'il est diffîci&e, même a^}ourd'hui et après les nombreuses enquêtes auxquelles ils ont donné lieu, (le dire exactement ce que le général Burnside eut le projet de £ûre. Ses généraux, en tout cas, ne le surent pas, et a en résulU que leuis dispositiiHis manquèrent de la cohésion et de ia vigfceur qui eussent été nécessaire pour remplir la tidie donnée.

Cest ainsi que chacune des années de Somner et de Franklin ne reçut ses ordres d'attaque pour la journée que le matin même , après 7 heures; ils devaient néanmoins agir incontinent, c'est-à-dire aussitôt que le brouillard se serait un peu

. dissipé. Chacun de ces j^éiiéraux devait lancer sur doux points désignés « une division au luuin.-? » qu'ils feraient bien soutenir, dont ils garderaient lalij^ne de ieli-aiteasMjr< i .ftc., etc. Or, il faut convenir que des prescriptions d'attaques de cette façon entravent et embarrassent eeux qui les reçoivent plus qu'elles ne les éclairent. Qu'on fit d'abord tâter l'ennemi par deux divisions d'avant-garde, rien de plus naturel; mais il aurait faUu ordonner en même temps quelques dispositions éventuelles pour l'action, derrière ces avant^des, du gros de l'armée lui-même. GesX ce don| les ordres ne parkdent

(1) Voici la traduclioii tt'Mu. ll.' il<' r.ii ilrc donin- ^^'ii. ial Fruuklin :

« QL'AHTlEn CÉ.NI:KAL de L'ARMÉK Dl' I'dtoMm:.

€ 13 décembre, 5 h. du matin.

« Le général fiardî« tous portera cette dépêche et reetert avec vous aujourdliaf .

ÏA' comni.indant en chef voua ordonne de pr«^parer toutes vos troupes pour un rapide mouvement en ctesceadaut la vieille route de Richemond, et vous enverrez immédiatement une divleion an moins pour passer sone SmttltfleUL, et s'emparer «1 possible des hauUmrs piv> n.ijjlain-Haniillons. d<' i «In M.iv.-aimiiiis, <'ii in "ii.im soin d'être bien appuyée et de gaixier sa ligne de retraite ouverte. L'ordre a été mvofé an général Sommer de fiiire avancer aussi une oolmnne, d'une division au

ili'>iri'^. i'<ir ia i «nil>' i-ii pl.itu'Iics jn-ini'à -ai» intiM -nci'U.)!! l.i l'niili' du ti'l.'^'i aplif . en vue de sali^ir les hauteurs qui dominent ces deux routes. En les tenant, ain&i que celles près de GsiMaln-HamiltonB. on forcerait rennemi à évacuer toute la zone de r i rl. s «'nlri' t points Suriinei- mare hiîni t'U colonnes, à bonne disU-incu, pour éviter toute collision de nos troupes qui pouirait &e produire pendant le brouiilard dans un mouvement général. Deux divisons du gteéral Hooker sont di^rrière voua vers les potit>. et y resteront yiunv vrus .)|i;iuyfr. Hes copii's il.'^ insli uction» aux généraux Suniner et Uooker vous seront Ulratôt envoyées pai' une ordonnance. Tenez toutes vos troupes prêtes à mareher aussitAt que le brouillard s*éclalrcira. Le mot d'ordre, qni d"it ptrf ilonné. si jK>!*siM>>. .'i t.. ni. s le-; i-.'in[i,iKiii>'>. si-r.i Scott. * i'm l'Uoniiew d éiru, général, trèft-reâpuctuouâeiuent, votre obéissant serviteur.

« ^Igné) Mm G. Paakk, cbef d*état-maJor.

a Ah nu^or général FrarMInf eonmtmdarU de défMrremeni et de grande dlvigion de rofMde dtt PoftwiMie. t

pas. Bien plus, l'ordre au général Franklin, tout en lui pres- ' crivant de s'emparer immédiatement c avec une division au moins > des hauteurs de Gaptain^iiiaulton, lui prescrivait de préparer toutes ses troupes «c pour un rapide mouvement en desceiMiaiit la vieille route de Richmond. > G*éitait lui donner doux but» tout djflMrents et lui pi-âparer un grand embams pour le cboix à fidre entre les deux, ainsi que pour le cas oli c une division an moins » ne suffirait pas à enlever Isadites hauteurs.

Eu outre, les heures d'attaque des deux colonnes n'étaient pas déterminées, et il n'y avait pas moyen de savoir si leur action décisive devait être successive ou simultanée; il y avait des raisons pour les deux hypothèses. On ne pouvait

pas non plus saisir comment en agissant vigoureusement csur l'extrême droite » en même temps que sur la|gauche de l'ennemi, on arriverait à couper son iront, conuiie le disait le général Burnside.

Ce fut donc sous l'empire de fâcheuses t^quivoque^ qu** s'engagea la bataille dite de ] iv(lt ricksbui^. Le j?énéral Burnside, pour en du'iger le cours, lesta surtout sur la droite, et pour surveiller la gauche il y détacha un de ses meilleurs aides-decamp, le général Hardie. Cet officier porta à Franklin son premier ordre du matin, et resta avec lui toute la journée, pour faire constamment rapport au commandant en chef, au moyen du réseau télégraphique très-bien établi entre les divers quartiers-généraux.

Vers 10 heures du matin, et dès que le brouillard se fiit un peu éclairci, le général Sumner lança en avant contre Marie» Hdghts le corps de Gouch. La division Hancock, qui était en tète, déboucha bravement de Ftedericksburg sous la protection des batteries de la gauche du fleuve, protection qui se trouva peu efficace. Reçue par une grêle de projectiles cette division s'arréla un moment, se déploya, tirailla, reprit sa course, s arrêta tle nouveau, se replia, s'avança encore, tout en laissant de nombreux cadavres sous ses pas. La brij^ade irlandaise Meagher, entr'aiitres, se porta r^solùuient contre le mur de pierre; mais elle perdit tlès les prpiniers feux la moitié de sou monde, ce qui n'empêcha pas le re^te de tenir

fermement le terrain. La division Burns, àia pauche de Hancock, fut pim ménagée et parvint sans trop de pertes à railler sur ce point le corps de Franklin , mais pas à s'avancer sur les gradins. A rjuatre à cinq roprôes tout le corps de Coueh, soit par divisibns, soit en mawe», fut lancé contre les lignes de Loagvfireet ; ce fut toujours sans suocès. i)tM raprè»» BBidi le 9» et un pea d'aitillerie vinrent l'aj^yer ; mak ne pu« reut que le relever. A la tombée de la nuit» les troii|ies déel* niées de Siunner avaient dù^econnattre l'intitilité de laura eflbrta et se reidier dans la ville, encombrée de bleaaés^ de morts et de ruines.

Plus à gancbe les ehoses n'avaient pas mieux loumé pour les fédéraux. Le général Franklin renfioroé de deux divisions de Hooker, disposait de huit divisions^ soit une oinquantaina de mille hommes; mais il avait devant lui les trois corps de Jackson le long des gradins retranchés du chemin de fer, et sui- sa gaiiclic, dans la plaine, toute la cavalerie Stuart avec une bonne artillerie de caiiii»a^ne.

Entre 8 et 9 heures du matin, il lan(;a, conformément aux ordres supéri^^irs, uni' «livi^nui liu premier corps contre les hauteurs de Qtptain-Haiiulton. Cette division , du gt-rit rcil Meade, ne comptait rpie 4 5 mille hommes, mais ndniiiablernent conduite par son chef et appuyée à distance par les deux autres divisiotts du premier corps, Gibbon à droite et Doobleday en réserve, elle parvint à repousser une attaque des tindlleurs «t^^MMnia et à déloger les défenseurs des pre* mières terrasses. générai Doubleday eut en même temps à soutenir le choc de la cavalerie Stuart sur sa gauche; noD* seulement il le soutint, mais il refoula Stuart. Toutefois il se trouva bientôt à forte partie contre Tartillerie à cheval oonfodéfée, vaillamment conduite par le jeune major Pelham.

Sur le front, des feux nourris sortaient de toutes les broussailles ; Reynold 1ht obligé de développer son corps en entier pour tenu* le terrain ; une division du corps de Smith, Ut dl* vision Howe , vint encore Vappuyer vers 14 heures, tandis, que les deux divisions de Stoneman passaient les ponts, ce qui aurait dû être déjà lait la veille. Vi i h une heure après midi Meadc avait réussi à s'emparer d'une portion des hau-

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leurs boisées de Hamilton, où il avait fail 300 prisonniers du corps du général Â. Uiil. Mais le corps du général Early arriva promptement au swoursde Hill, ainsi que celui do Hood de l'armée de Longstnjet , et le général Reynolti fut refoulé dans la plaine avee de vives pertee, pour les divisions Meade ■ et Cribbon surtout. Les dtvieioiiB fédéralee Newton et Broeks, du corps de Smith» favent encore envoyées en renfort, en même temps qu'arrivait une dépêche télégraphique deBuroaide demandent une attaque vigoureuse contre la droite ennemie.

Mais ce n'était plus temps de faire beaucoup plus que ce qui était ordonné. Les troupes engagées avaient trop souffbrt. Deux seules divisions fraîches restaient et elles étaient indispensables pour assurer la retraite et surtout la conservation des ponts. Vers 3 % heures le combat des masses avait dû cesser; il ne se continua plus jusqu'à la nuit qu'en duel d'artillerie et de tirailleurs. Le terrain occupé le ni. i n ivait été maintenu: les deux' divisions Hirney et Sickles du < jrps Stoiii'inan avaient bravement relevé au feu les flivisions Meade et Gibbon, et elles fournirent de solides avant-postes, qui furent établis entre la vieille route de Kichmond et le chemin de fer.

La nuit du 13 au 1 4, heureusement très-douce pour la saison, une vraie nuit d'été indien, fiit employée à relever les blessés. Ils gisaient en grand nombre sur tout le front, et çà et là île étaient entassés sur d*étroits espaces. Beaucoup forent transportés à Fïedericksburg et d'autres dans des ambulances improvisées sur le champ de bataille même* La plupart des blessés des premières heures de Taction restèrent presque pendant tout le temps sous le fèu des deux belligé- , rants; si Ton avait voulu appliquer à la circonstance les clauses de la récente convention internationale de Genève, il aurait faUu suspendre la bataille dès midi, surtout devant Fredericksburg.

Pour cette même nuit du 13, Sumner et Franklin s*attendaient à leur tour à êlre attaqués par les confédérés, et les avant-postes avaient été renforcés en conséquence, ainsi que les batteries des ponts.

Mais Lee ne tenta rien de semblable. Les batteries de la rive gauche lui avaient imposé, paraltril, un respect très exagéré; car quelle que fût la force de ces batteries» el quelques pertes qu'elles eussent pu lui infliger, deux ou trois colonnes vigoureusament jetées dans la direction des ponts , le 13 au soir» eussent semé ie désarroi parmi les troupes fédérales et amené leur retraite à travers le fleuve dans des conditions désastreuses. Quelques corps, entr*autres deux régiments de la brigade irlandaise , dont les ambulances et les hôpitaux avaient beaucoup souflért du feu ennemi, n*avaient pas même attmdu des ordres pour effectuer ce passage.

Le général Burnside , dont la ténacité et le courage grandissaient avec les mécomptes, n'était pas homme à se rebuter d'un premier échec. Il donna aussitôt ses ordres pour renouveler l'attaque le 14. Cette fois il voulait porter les coups décisifs sur la droite, avec Sumneret llduk' r réunis, tandis ((ue Franklin ferait seulement des diversions sur la gauche et formerait la réseiTe. L'attaque de droite aurait en tète l'ancien corps du commandant en chei^ lo 9", et Burnside voulait le mener lui-même à l'assaut.

Ce plan , malgré son excès de couleur héroïque , valait mieux que celui qu'on venait d'expérimenter si tristement, puisqu'il aurait mieux concentré l'action. Mais il rencontra l'opposition unanime des généraux de grandes divisions. Franklin ouvrit Tavis que Tattaque principale par la gauche serait préférable à celle par la droite. Sumner déclara que ses troupes n'étaient pas en état de reprendre immédiatement roflbnsive sur ce point ; quant à Hooker il se déchaîna violemment contre les plans du commandant en chef. Gdui^i dut les abandonner devant ces réprobations des principaux acteurs, et renonça momentanément à rofiènsive.

Avec une résolution qui Thcmore, Burnside ne perdit pas

de temps & adopter la seule alternative convenable qui lui

restât, celle de replier toutes ses fbrces au-delà du fleuve.

n ordonna aussitôt les dispositions du passage et y mit

une grande activité personnelle. A la faveur d'un ciel orageux

et de sages mesures de prévoyance, le passage s'effectua dans «wn. 3

la nuit du 15 au 16, sans autre mésaventure, avec tout le matériel, tous les blessés et en repliant les six ponts.

Le général Lee, chose inconoevablede la part d'im officier qui avait montré jusqu'ici tant de sagacité et de réeolntimi» laissa filer ses adversaires sur leurs finigiles ponts sans les troubler en rien, de sorte qu'on put assez justement dire de lui à cette occasion, comme du général des guerres puniques, qu'il avait mieux su vaincre que profiter de la victoire. En tout cas ce n*est pas ainsi qu*eût agi son modèle le célèbre Wellington.

Toutefois sa victoire, hâtons-nous de le reconnaître, étaôU suffisante pour satisfaire un raisonnable amour-propre. Outre kl gloire d'avoir arrêté net les pompeux projets d'olTensive du général fédéral, il lui auuL iiilli;iéune perte d'une di/^iine de mille hoinnics, douL un millier de tués et autant de prisonniers , tandis que les confédérés n'avaient perdu que 1800 honunes.

Comme d'habitude les officiers avaient donné le bon exemple et avaient payé un large tribut à l'honneur des drapeaux.

Du côté des fédéraux le brillant général de cavalerie Bayard et le général Jackson étaient tombés, à la tète de leur brigade, sous les balles ennemies; six officiers-généraux avaient encore été blessés, dont le général jGribbon. Dans les lignes des confédérés les généraux Gregg et Gobb furent Irappés mortellement

Cette défidte des fédéraux, venant après les droonstanoes qui avaient fût confier la direction de Tarmée à Bumside , causa dans le Nord une grande sensation. NatureUemont les chambres fédérales s*en émurent et s'en occupèrent.

Une enquête solennelle fat ouverte par le sénat, et des cornmissaires arnvèrent à l'armée, afin de découvrir la meilleure victime expiatoire. Le choix tomba, parait-il, sur le général Franklin. On l'accusa de n'avf»ir pas obéi aux ordres du coianiruidarit en chef, et d'avoir ]iar là et par son manque de vigueur non-seulement amené i'échec survenu, mais empêché une brillante victoire.

Or cette accusation, répandue dès le surlendemain de la

bataille dans divers journaux, et. depuis lors, imprimée dans les rapports des comités réunis du Congrès, est fausse de tous points. Franklin ne manqua , on Ta vu , ni d'obéissance à son chef, ni de vigueur dans ses dispositions. La faute , si une faute doit être imputée à quelqu'un et non aux accidents, retombe tout entière sur le commandant on chef lui-même.

Il n'avait pas besoin d'attaquer de front une position aussi forte et en se meUaot un fleuve à dos. Par-l^i on donnait de l'inquiétude pour leur retraite, en cas d'échec, à tous les corps engagés; on les forçait d'immobiliser beaucoup de monde à la garde des ponts, et on ne permettait pas d'employiM' convenablement l'artillerie , c*estr&-dire de la mettre en ligne avec Tinfontene. Gomme nous .l'avons dit plus haut, Bumside devait déloger Lee en manœuvrant sur ses flancs.

Du moment qu'il voulait prendre le taureau par les cornes» les ordres qu*U donna à Somner et h Franklin pour cela n'étaient pas les plus convenables. Ce dernier, enti^autres, devait positivement savoir ce qu'on demandait de lui ; il devait savoir si l'essentiel était d'agir vigoureusement contre Hamilton-Heights, ou de se préparer à touiiii.-r ces hauteurs, avec ses niasses, par la gauche, par la vieille route de Richmond. Si \\>ii vituiaii enlever d'assaut et à tuut ^irix les liaiileurs de Hamilton, il y avait à prendre, pour cela, des mesures préaiai>les qui ne furent pas prises, f)arce que Franklin n'on eut pas le temps. Il aurait fallu i partu" les troupes d dlUKiue en une dizaine de petites colonnes d'assaut, protégées de pionniers et de fascines, et auparavant éteindre le feu des batteries ennemies, en faisant des tranchées à la rigueur.

Même pour ce qui fut projeté et fait, les ordres à Franklin auraient dû être donnés plus tôt et être plus clairs. Nous avons lu attentivement les ordres du générai Bumside, ses rapports et ses dépositions devant la cour d'enquête. Au risque de nous répéter, nous devons avouer n'avoir pas pu en sortir l'idée nette de ce qu'il voulait &ire, en donnant à Franklin l'ordre d'attaquer qui lui.parvint le matin kl % heures* Depuis lors, et par le moyen de son aide-de-camp, le général Hardie, qui lui envoya de nombreuses dépêches, il

ftit constamment au caurant du développement du combat Vers 2 Vs heures seulement il envoya à Franklin un nouvel ordre d'attaquer vigoureusement, auquel il fût obéi du mieux possible , et qui coïncidait avec ce qui se feisait déjà; vers 4 heures il réitéra son ordre de 2 1/3 heures; mais ce n'était plus de saison, vu les succès de l'ennemi qui déjà attaquait lui-même, et dirigeait de- droite et de gauche , de Stuart et de Hood, des pointes menaçantes contre la ligne de retraite et contre les ponts.

Nous n'entendons point à notre tour accuser le général Burnside, que in a» trouvons plus à plaindre qu'à blâmer. Ses fautes îious (laraissent être pro venues surtout d'un manque d'expérience, dans la conduite d'une grande armée, qui ne peut lui être imputée à crime, et qu'il aurait pu racheter plus tard. Ne faisant pas assez la diflerence entre une armée de 18 divisions et une de 3 à 4 divisions, il nous parait s'être trop reflé sur les inspirations du moment et sur les avantages de son réseau télôgrai^ique. Q n'avait pas préparé, autant qu'il Taurait pu et dû, son attaqué assez à l'avance. Une fois l'action commencée, il montra sans doute de l'activité, du courage, du sang-firoid, du coup-d'ceil, dans la part personnelle qu'il prit à la direction des. côrps; mais cela ne pouvait compenser le vice de ses dispositions premières, ou plutôt de l'absence de ces dispositions. Le meilleur télégraphe du monde ne suffit pas à diriger l'action de 14 divisions en deux grandes colonnes, quand les chefe de ces colonnes ne savent pas exactement ce qu'on attend d'eux, et qu'ils n'ont pas pu s'y apprêter.

Dans son plan môme le général Burnside aurait dû, à notre humble avis, se borner à de bruyantes diversions en avant de Fredericksburg, et n'y pas employer piu» que le corps de Couch et de l'artillerie. Eu affectant tous les autres corps, sauf un pour la réserve générale, à l'action décisive contre Jackson et Stuart, et en les faisant agir avec ensemble, sous sa propre direction, selon des histructions préliminaires données déjà la veille, il est probable qu'il eût obtenu un succès. Celui-ci eût pu être chèrement acheté et au prix de grands risques; mais la position à laquelle on attachait tant de prix

aurait au nioiiis été enlevée, ou bien Tennemi l'aurait évacuée

sous le feu des assaillants.

Quant à prétendre que Franklin, ainsi qu'il agit en suite de ses ordres, fit manquer les plans du commandant en chef et Tespoir d'une brillante victoire, cela ne peut provenir que d'une baUucination peu digne de fixer un seul instant rattention de gens sérieux.

, La vérité se trouve assez bien exprimée selon nous, dans quelques lignes que nous soulignons de la proclamation suivante, dictée par ces événements au président* Lincoln:

Résidence exéeatÎTe, WashingUm, t3 décembre 180S.

c A Tannée du Potomac,

f Je viens de lire le rapport préliminaire de votre commandant en chef, sur la i)alaille de Frcdericksburg. Quoique vous n'ayez pas triomphé, la tenfative n*a pas clé une erreur, ni Téchec autre chose qu'un accidcnl('). £e courage avec leqt$d mus avet nmtitenu le combat sur un terrain découvert conire un ennemi retranché, et l'habileté coneommée, ainsi que le succès avec lesquels vous avez passé et repassé le fleuve en face de V ennemi, montre que vous posstklez loul^'s les qualité s d'une (/rnndc aruice, ce qui donnera mainlenani la victoire à la cause de la nation el du gouvernement du peuple.

c Tout en pleurant les morts avec leurs familles et en sympathisant avec les blessés, je vous félicite que les uns et les antres n*aient pas été plus nombreux.

c J'offre à vous tous, officiers et soldats, les remercieméats de la nation.

c (Signé) A. LiNGOLN. t

f1"i C.'ost cr que noii«; no saurions admettre, par I^ç raisons données plus haut» el Qous doutons, au fond, que le président Lincoln l'adinlt plus que nous. Mais il ^agifl«alt, à oe moment, d« nstevw 1« mond et la eooflanee des troupes; il ne pouvait pas leur dire que le rommnnd.Tnt en rhef «'At mli'Tix fait d'avoii' innn<T>uvré autour de« lignes que d'avoir voulu les forcer. Par contre, les éloguâ qui viennent «noolte «ont d'une parfliite justesse et n'oai rien d'eraféré ; mais Us prouvent précisément au»<'i qn'on fit mal d'atuquer de ceUefiçonetdaiisces conditions, puisque cela u'étoit pas indispensable. L'auteur.

Au reste, il ne paraît pas que ce fut le général Burnside qui HO plniî^nit de son lieutenant. Au moins dans le rapport imn^édiat (lu'il adressa au général Halleck, il prit très galamment sur lui toute la responsabilité de l'échec, même celle que les partis politiques auraient été tentés de faire peser sur le gouvernement de Washington pour Tadoption du plan de campagne. On a bien dit, il est vrai, que dans des lettrée plus confidentielles Bumside demanda au président la lévocation du ministre de la guerre et du général Halleck; mais cela n*a pas été affirmé publiquement. En revanche, il est certain qu'il se plaignit aussi, par rapport particulier, de quelques-uns de ses lieutenants, entr'autres du général Hooker, qui le frondait à tout propos. Peut^tre à Tégard de Franklin n'eut-il que le tort de ne pas le couvrir suffisamment contre certaines méchantes voix de la presse, qui le désignaient comme un séide de Me Qellan, digne du sort de son ancien chef et ami.

Un tel man(iue de eonfiance réciproque dans les relations personnelles des principaux généraux devait nécessairement amener une crise.

Pendant que l'armée se réorganisait et se rentureait dans ses anciens campements de Falmouth, et que son chef élaborait divers plans de nouvelles opérations, les enquêtes oi*données se poursuivirent officiellement et officieusement. Chaque commandant de grande division ne se fit pas faute d'user de son droit de communiquer directement* avec le gouvernement. Celui-ci ne tarda pas à être tiraillé dans tous les sens et livré aux rapports et aux sollicitations les plus contradictoires.

Le général Bumside, décidé à prendre sa revanche, ne voulait pas tenter de nouveau l'offensive sans avoir finalement purgé son armée des éléments d'opposition et d'indiscipline qui la rongeaient, et sans en avoir retranché, en apparence au moins, les fouteurs des revers du 13 décembre. Dans ce but il voulut briser la résistance quMl rencontrait à Washington et poser au président la question de cabinet. En date du 22 janvier, il rédigea un ordre général n« 8, (^ui punissait des déserteurs et relevait ou destituait de leurs fonctions un

certain nombre d'oflîcîers, dont les généianx iiooker et Franklin, sous rései*ve de l'approbation présidentielle. Avant d'émettre son ordre il alla en solliciter personnellement Tapprobation du président à WafthingtoOy à défaut de quoi il donnerait sa démission.

Ge qui avait en majeure part motivé cette grave déterminitkw de Bumside, c'est que le général Hooker et son étatnujor menaient décidément contre le commandant en chef une opposition systématique de plus en plus ouverte, et tout<^*'iùt incompatible avec Tunité et Tautorité de commandement qui doivent exister dans une armée.

C'était encore, quant à Flranklin, que deux généraux de sa grande-division s'étaiwt naguère rendus avec sa permission à Washington, et avaient signalé au président le mauvais état de l'année sous la direction de Bumside et l'impossibilité, à ce moment-là, de la porter de nouveau en avant. Une reprise partielle d'offensive déjà en cours avait même été arrêtée par dépédie télégraphique du président, à la suite de cette entrevue.

Nanti offloiellement de cet état déplorable de la haute hiérarchie dans rarnu'L', le président Lincoln prit quelques jours de rétlexion ; puis convaincu, à tort peul-c'tre, ((ue Hurur^ido ne parviendrait pas à triompher de ses opposatit-. il se décida à le leur sacrifier. Il lui lit savoir, !e 25 janvier, que son ordre n® 8 n'était pas approuvé, et pai* conséquent sa démission acceptée. En guise de compensation, Franklin fut du même coup relevé de ses fonctions. Par contre, le général Hooker, qui n'avait pas été compromis dans l'affaire du 13 décembre, fut élevé au couimandement en chef de l'armée du Potomac.

Le vénérable Sumner, tombé gravement malade, fut aussi relevé. 11 dut bientôt se retirer de l'armée, et, avant que la campagne pût être reprise, il mourut âgé de 72 ans.

La nomination de Hooker, un des vétérans de l'armée régulière et des volontaires, déjà bien connu de nos lecteurs, Ait fovorablement accueillie par les troupes et par le pays. En bit, le gouvernement, dans toutes ces intrigues et ces mutations, n'avait pas oublié sa part spéciale, et il avait

encore mieux mené ses opérations, k hii, que ses capitaines n'avaient mené les leurs. 11 venait de se débarrasser, les uns par les autres, de quatre généraux incommodes d'ujjiiuons et de popularité, Me Clellan, Porter, Buruside et Franklin, pour faire eniin échoir le comniaiidement en chef à Ilooker, qui passait pour partager les vues du président sur les questions politiques qui commençaient à diviser si proCondômeot le Nord.

La réputation de Hooker était alors très grande, très exagérée comme commandant en chef d'une armée principale. Excellent tacticien et vaillant soldat, personne n*enleva mieux que lui un corps d*armée devant l'ennemi ; mais le commandement suprême demande d*autres qualités qu'il ne possédait pas au môme degré. Néanmoins on attendait de lui des prodiges , et en tout cas une reprise énergique des opérations aux premiers beaux jours de 1863. Il s*y prépara en efiët avec activité, séparé seulement de Tennemi par le Rappahannock, sur les rives duquel les deux armées restèrent en quartiers d*hiver jus(iu*à la fin d'avril.

Mais avant de suivre les nouvelles vicissitudes de la guerre dans ces parages, nous devons jeter un coup d'oeil sur les importantes opérations qui, pendant cette même fin d'année, s'étaient eflectuées ailleurs, particulièrement dans le bassin du Mississipi.

Cftmpagiiê dans l'oneit. — Opérations snr le Mississipi.— OflénsiTe des confédérés sur les derrières des fédéraux. —Affaires de Richmond, Manfords^Ue et PerryvHIe en Kentficky (août et septembre 4862) — Combat de luka

20 septembre. — Seconde bataille de Corinthe (3 et 4 octobre 1862). — Bataille de Murfresboro (31 décembre 1862, 2 jauTier 1863).

Nous avons vu au chapitrelX comment les forces fédérales, 801IS le général Ualleck et sous le commodore Foote, avaient reconquis la plus grande partie du Kentucky, du Tennessee, jusqu'à Ctorinthe, ainsi que le bassin môme du Mississipi Jus» qu*à Memphis inclusivement Au commencement de Juin leur ligne centrale s'étendait ^e Florence à Memphis par Corinthe, et 1& se trouvaient les corps du gros de l'armée sous Grant Un détachement, sous le général Gurtis, guerroyait plus à droite dans TArkansas; tandis que plus à gauche l'armée de BueU tenait la contrée en avant de Naahville et une portion du Kentucky. Son extrême gauche sous Morgan ( ') occupait Cmnbeiiand-Gap. Le général Scliofield tenait le Missouri. Les canonnières s'étaient portées devant Wicksljurg, mais s'v trouvaient arrêtées, comme celles venues de la Nouvelle- Oiléaiiâ.

Après que le générai Halleck eut été appelé au commandement en chef, à Washington, c'est-Ji-dire après le 11 juillet, le général Graut reçut l'important commandement de toutes

(l)Py«ndr« vwde qu'il y a deux ginémis de «e nom, on du cAté du Nord^ im «RradneaiéSBd.

les troupes de l'ouest, sauf celles de i'Ohio sous Buell, et il s'applujua aussitôt à suivre à l'oxécution du phui inauguré par son prédécesseur.

Ce plan, quoique comi Ii |ué en apparence et par le fait d'une multitude d'incidents, était au fond simple et rationnel. 11 se réduisait à deux actions principales. En premier lieu on voulait reconquérir tout le cours du Mississipi, un des grands débouchés des états de l'ouest , et aller donner la main aux troupes fédérales qui remonteraient de la Nouvelle-Orléans, ce qui amènerait aussi la prise de possession des états riverains d' Arkansas et de Mississipi. Puis en même temp3 il sV gissait de maintenir par une autre masse les états de Kentucky et de Tennessee, pour de là pénétrer plus tard, par le» cols des sources du Tennessee et du Gumberland, au sein des états de Géorgie, des Garolines ou de Virginie.

Dans le premier cas, depuis la prise de Ttle n« 10 et de Mempbis d'une part, et celle de la Nouvelle-Orléans et de Bftton-Rouge de Tautre, il ne restait plus, pour arrêter les fédéraux, que quelques batteries au confluent de TArkansas, la place de Wicksburg, très fortifiée, à Teiobouchure du Yan>- River, d'autres ouvrages à Grand-Gulf et à Port-Hudson. En outre 1^ grands affluents, spécialement TÀrkansas et son affluent la 1U\ i^re-Blanche, le Yazo-IUver, lignes de communications ennemie.-;, pouvaient donner Ueu à des opération» auxiliaires des deux càiés et à maints incidents.

Dans le second cas la lâche des fédéraux consistait à s'emparer eutr'autres du carrefour des cbeiuins de fer qui tendent des deux directions deNashviileelde Meniphis dans U^s deux directions de la Virginie par Knoxvillo et de la ( ieorpe par Daiton et Atlanta. Ce carrefour, fonné du pAté mont ajineux qui recouvre les extrêmes frontières des états de 1 ennessee, d'Alcdiama et de Géorgie , a son centre particulièrement à Chattanooga. Les cols de Knoxville et de la chaîne du Cumbeiiand, plus au nord, où les sudistes avaient construit des ouvrages, devaient aussi être appelés à un r61e marquant.

Les confédérés s'étaient préparés à tenir le terrain sur tous ces points, dont ils avaient senti l'importance aussi bien que leurs adversaires ; et quoique asses mal organisés, en corn*

parat^on de leurs armées do l'est, ils comptaient suppléer h cette infériorité par un redoid)lement d'activité et par l'appui des populations. Le général Beaiiregard, après sa rotraitn de Corinthp, avait été momentanément relevé de ses tuîR tions, à sa demande, pour raison de santé, et il avait été remplacé dans le conmiandement de l'ouest par le générai Braxlon- Bragg, oûicier entreprenant et ayant quelque réputation. Sous ses ordres agiraient plusieurs bons lieutenants, entr'aiitres les généraux Kirby-Smith, Price, van Dom, Polk, Uardeeyet tes partisans Forrest et Morgan.

A ceux-ci les généraux du camp opposé ne le cédaient en rien. Il suffit de nommer Grant, Rosecranz, Sherman, Schofield, Thomas, Baell même, Me €k>ok, et bien d'autres encore qui se distinguèrent plus tard, Sheridan parmi eux.

Ce fiirent les flottes qui, du côté des ttdéraux, recommencèrent la campagne la plus active de Tété IM. Leurs premiers efibrts se brisèrent devant les batteries formidables de 'Wickaburg. Le 24 juin elles durent se résigner à abandonner le siège de cette place, jusqu'au moment où il pourrait être repris avec des troupes de débarquement.

Cest à quoi le général Grant avait d^jà songé, et il se prépara à concentrer des forces combinées contre Wicksburg, comme il l'avait fait déjà contre les forts Henry et Donelson.

Ce mouvement en descendant le Miasissipi devait correspondre à un autre en sens inverse, venant de la Nouvelle- Orléans, compi i liant également des forces de terre et de mer. Il devait aussi être secondé d'opérations actives de l'armée de Bnell. Les ordres, à cet effet, ne pouvaient partir que de Washington, puisque les exécutants relevaient de commandements territoriaux divers etqu'il s'agissait en outre d'une entente entre la marine et i année, chose qui n'est pas toujours aussi simple qu'il y peut paraître.

£tt attendant que tout fût d'accord, îi s'écoula de longues semainee d*une inaction relative, et qui ne furent marquées que de quelques escarmonrhes ou entreprises de guérillas.

Un nouveau raid confédéré toutefois fut si bien effectué qu'il sort des affures insignifiantes et qu*ii mérite d'être

enregistré avec quelque détail , pour que nos cavaliers européens veuillent bieny croire et s'en éclairer sur Ton des r^les possibles de leur arme.

Le jeune brigadier-général John Morijan déboucha de Knox- Tille, le 4 juillet, à la tête de neuf cents cavaliers et d^une batterie d*artUl6rie. Quelques-uns de ses hommes étaient très mal armés ; d'autres ne Tétaient pas du tout. Mais on s'armerait en route. Il court d'abord droit à l'ouest^ et, passant au travers de quelques avant^postes fédéraux, il va surprendre l'un d'eux à Tompkinsville. De là il se porte au nord sur Glasgow, puis sur Lefoanon, dont il s'empare après plusieurs eecarmouches, et après avoir rompu, aux environs de Glasgow, deux ponts, du «diemiu de fer de Naahville à Louisville.

A Lcbanon il lait 65 prisonniers et détruit un grand nombre d'effets militaires, de provisions de conmiissariat, d'hôpital et d'anibulance. Il se met aussi en possession du télégraphe par le moyen d'ini de ses aides-dc-cainj) télégraphiste; celui-ci intercepte plusieurs dépèches des généraux fédéraux, particulièrement du commandant du département à Louisville , du générai Boyle, et il lui donne de faux renseignements.

A la faveur de cette ruse Morgan peut s'arrêter suffisamment à Lebanon pour y armer et équiper à nouveau sa troiipe, pour s'y munir d'une colonne de voitures de réserve, et pour procéder à la destruction de tout le reste. Ainsi ravitaillé, il continue sa route au nord sur SpringAeld, pois sur Macksville; là il doit livrer un engagement qui lai coûte trots ' hommes.

Le lendemain il entre à Harrodsburg, où il &it quelques prisonniers, dont deux officiers fédéraux ; de là il court toujours au nord sur Laurencebourg, puis sur Versailles, après avoir rétabli le bac détruit sur le Kentbcky. Les défenseurs

de cette dernière ville s'étaient repliés sur Lexington. Morgan y fut bien accueilli de la population et il y captura trois cents chevaux du gouvernement. Son télégraphiste , muni d'un appareil portatif permettant de surprendre les dépêches et de télégraphier en s'accrochant au premier ûi venu, lui

apprend que les villes de Lexington k sa droite et de Francfort à sa gauche, sont toutes deux fortement occupées et qu'il s'y concentre encore des troupes. Sur ce renseignement Morgan renonce à entrer dans ces villes, mais non à aller plus loin.

n pousse toi^ours plus au nord, passe entre ces deux centres; détruit le chemin de fér qui les relie et arrive à Georgetown, oh la population lui figdt des ovations. Il s'arrête enfin deux jours & Georgetown pour y détruire des propriétés du gouvernement dans les environs, et couper le beau chemin de fer entre Parie et Lexington. H allait courir ensuite SUIT Paris, lorsqu'il a})prend que cette ville est renforcée par des troupes venant de Cincinnati. Dans ce cas il fera mieux encore ; il ira plus loin. Il tourne plus à gauche et se porte contre Cynlhiana, sur les derrières de Paris et sur le chemin de fer Lexington-Cincinnati. Cynlhyanii était aussi occupé par de frais renforts. Il las attaque et livre là son plus grand combat, où, plus heureux et Ijrave que piudejit, il ne perd c(ue 37 hommes, dont 8 tués. En revanche, il fait 400 prisonniers et trouve 300 chevaux dans les écuries du goîivernement. Il recueille aussi un grand nombre d'effets militaires, ainsi que d'abondantes provisions de camp et d*hôpitai. Il se ravitaille et brûle le reste.

De Cynthiana il lance un détachement au nord sur Falmouth, chargé d'embarquer pour Cincinnati les embarrassants prisonniers, après les vroirpardés; puis, croyant enfin devoir arrêter là sa pointe, il revient au sud et marche sur I^ris. Cette ville lui envoie un parlementaire et sa reddition, n y passe une nuit.

Le lendemain matin il se dirige sur Winchester ; il y arrive à midi, après avoir escarmouché avec de la cavalerie Cëdérale s'avançant de Lezin^n. Il se repose à Winchester Jusqu'à 4 heures, en y détruisant quelques magasins, et part alors pour Richmond, qu'il atteint à minuit. Il avait l'intention de s'arrêter dans cette ville et de s'y fortifier pour attendre du renfort, particulièrement en infanterie, lorsqu'il apprit qu'il était sérieusement traqué par quatre à cinq colonnes de cavaiiers fédéraux, qui parv iendraient sans doute à le cerner, li quitte

Richmond» après y être resté une demi-journée seulement, et court au sud sur Crab Orchard, puis sur Somerset. Dans ces deux iocalitt's, par le moyen de son télégraphiste, il déroute eomplèteiin Ht poursuites exercées contre lui, en contremandant les m i iiv rnents au nom du général ft Uri al îioyie à Louisville. Il put amsi se reposer toute une nuit à Somerset et y détruire, ainsi qu'à Crab Orchard, plusieurs magasins. De Somerset il marche sur Monticello,et de là, le surleademain, 28 juillet, il rentrait daos les lignes confédérées en avant de Knoxville.

£n 24 jours Morgan avait parcouru un chemin d'environ un miUier de milles, pénétré ju6qu*à 900 milles en arrière du front de l'armée fédérale de Buell, capturé 17 villes, paiolé 1900 hommes de troupes, dispersé ISOO hommes de gardes locales, et détruit des propriétés militaires, des ponts, des gares et des trains de chemins de fer pour une valeur d'ënviron 8 millions de dollars, n n'avait perdu qu'une oentaine des compagnons d'aventure partis avec lui, amplement remplacés par 400 recrues susdites fiedtes dans le Kentucky^.

Vers le milieu d'oùt Grant était en mesure de commencer

son mouvement combiné sur Wicksburg, et il le commença

en effet. Mais par là il était forcé d'éparpiller un peu l'ensemble de ses forces, d'éloigner sa droite, ({ui, sous Shenuan et Curtis, tenait les deux rives du fleuve, de son centre, qui, sous Rosencranz, restait aux environs du camp retranché de Gorinthe, et de la gauche du front, qui, sous Buell, s'étendait dons le Tennessee et jusqu'au Kentucky.

Bragg résolut de profiter des avantages qui lui étaient offerts par cette dissémination, et, tandis que les fédéraux voulaient pénétrer au sud, il se disposa, lui, à envahir le nord pour leur couper leurs communications, pour insurger derrière etbc le Tennessee et le Kentucky, et ai possible passer l'Ohio.

Mais cette vaste combinaison sur les lignes d'opérations, très bonne en théorie, ne pouvait fournir ici, dans l'application, les importants résultats stratégiques qu'elle aurait pu avoir sur un théfttre de guerre européen. Sur d'aussi vastes

distances que celles de l'échiquier de Grant et de Bragg, de deux à trois cents lieues d'étendue, et avec les nombreux réseaux de voies ferrées et de cours d'eau navigables de toute cette contrée , avec les non moins abondants centres de population qui s'y rencontrent, pouvant servir de bases secondairo-^, il n'existe pas à ])ropreinent parler de grande ligne de communication h couper. Si l'une vient à manquer il s'en trouve d'autres à la place. Les armées de l'ouest pouvaient au fond se passer de communiquer avec l'est. Leur base était à St-Louis et à Gairo, et leur principale ligne de communication le grand fleuve et ses divers afllnents. Si l'Ohio était tombée aux mains de Fennemi, c'eût été regrettable sans doute ; il restait toutefois la communication du Mississlpi et de ses nombreux points de jonction avec les réseaux dévoies fisrrées de l'est.

L'offensive de Bragg dans le Tennessee et le Kentucky ne pouvait donc avoir d'iautre importance militaire que ceUe d'un autre raid. Il est vrai qu'effectué sur une aussi vaste échelle» l'effet moral pouvait en être immense.

Dès le milieu du mois d'août les avant-gardes de Buell furent harcelées sur plusieurs points, et bientôt le gros des forces de Bragg apparut en Kentucky. Celles-ci comptaient alors une cinquantaine de mille hommes dr- tioupes, plus une vingtaine de mille partisans répandus de di uiie et de «jauche.

Brcigg les divisa en deux grandes colonnes; une adroite, sous le général Kirby-Smith , comi»osée des 4 divisions Me (k)wn, Clairborne, Churr!ii!I et Hcath, et (lui devait j)rendre sa direction sur Cincinnati par Lexin^^on en partant de Knoxville. L'autre colonne, commandée par Bragg lui-même, marcherait plus à gauche sur Louisville, en partant de Gbattanooga.

La colonne de droite devait commencer le mouvement ; et les premières troupes de K. Smith se réunirent à Barboursville, après avoir débouché des montagnes. De là elles se mirent en marche vers le nord, et le S9 août elles apparurent devant Richmond, sans avoir recentré de résistance. A Bichmond les iSMéraux avaient une division sous le commandep mflnt dn général Nelson, qui n'entendait paslAcher le terrain

sans lutte et qxii était secondé de quelques forliflcations en avant de la ville, entr'autres à la colline de Moat-Zion. Là un combat s'engagea, dans lequel les fédéraux, inférieurs en nombK^e et vivement assaillis de front en même temps que tournés sur leurs deux flancs , se défèndirent vaillamment, mais durent céder. Trois fois ils arrêtèrent leur retraite pour fiûre face à Kirby-Smith; mais celui-ci finit par s'emparer de la ville et rejeta plus au loin les troupes de Nelson dans la direction de Francfort, en leur infligeant une perte d'un mil^ lier de blessés et tués et de quatre à cinq mille prisonniers. Les confédérés ne perdirent que 400 hommes. Us recueillirent encore dans Bicbmond neuf canons, dix mille pièces de petit armement et de gruides quantités de provisions.

Le 4 septembre Smith , laissant en arrière quelques réserves, entra dans Lexini^'lon avec ses trois divisions Clairborne, Churchill et Heath, et la cavalerie de Morgan. La population le reçut avec enthousiasme ; le brave Morgan, entr'autres, fut robjct de particulières ovations. De là, le long du chemin de tel qu'avait déjà visité celui-ci , une division alla faire des démonstrations jusqu'en vue de ('incinnati. Bragg voulait se borner à des diversions sur ce pomt et a^rir plutôt contre Louisville. Dans ce but il fit d'abord aixêter Snnih; puis il lui ordonna de rétrograder, afin de réunir en une seule masse les deux fi*actions de l'armée.

Le mode contraire de concentration eût été peut-être préférable. La capture de Cincinnati par le gros de l'armée confédérée, si cela n'eût pas été une tftche tactique trop dififtcile, ce que nous ne croyons pas à ce moment-là, n'eût pas exposé davantage la ligne de reUmte de Bragg et aurait eu des conséquences bien autrement graves que celle de Louisville. Non-seulement l'occupation d'un centre politique de cette importance aurait vivement frappé Topinion de tout le Nord; mais le bénéfice de ses vastes chantiers, de ses magasins et de son commandement de l'Ohio aurait subitement passé du côté des confédérés, pour quelque temps au moins, ce qui n'eût pas laissé de jeter une grande perturbation dans les opérations des unioni.stes, déjà si contrariées sur le théâtre de l'est. Mais sur i ordre positif de Bragg , le général SanUi

arrêta son gros h Gynthiana, et commenc-i àe là, par i r.incibity son mouvement de retraite et de concentration sur la colonne de gauche.

Gelie-cî avait débouché de Chattanooga et de Knoxville quelques jours après le corps de Smith, et pour éviter de s*attaqaer de firent à Tarmée deBuell, alors en avant du camp retranché de Nasfaville, Bragg. se porta directement sur les oommanications de cette ville avec TOhio. n traversa le Gumberland quelques milles en amont deNashville, et arriva lei5 septembre vers Mumfordsville, sur le chemin de fer, et à mirdistance entre Nasbville et Louisville. MumfordsviUe n'était occupée que par une fidble brigade fédérale, sous les colonels Wilder et Bunham. Après un combat d'avant-garde assez vif et quelques négociations, la place se rendit avec environ 4 mille hommes. Il marcha ensuite sur Francfort, où' Kirby-Smilli devait le rallier, et où les deux généraux, confédérés se joignirent en clTeL lii 4 octobre.

Cette subite invasion du Kontucky par les troupes de Bragg et de Kirby-Sinith causa un forte sensaliou dans tous les états du Nord. Les états loyaux d'Ohio et d'Indiana entre autres, menarés plus du'cctcment, comme Tétaient à ce même moment, dans l'est, ceux de Pensylvanie et de Mar^land, furent mis en grand <'nioi.

Toutefois l'énergie n'y fut [)as moindre. Les milices locales, les home-guards coururent aux armes ; de nouveaux corps de volontaires se formèrent ; des fortifications s'élevèrent sur plusieurs points de la rive droite de l'Ohio. Toute la ville de Cincinnati particulièrement se mit sur pied et se prépara à une résistance à outrance. Louisville, oU s'était réCugté le gouvernement kentuckien, fit de même.

Les mesures prises aussitôt par le chef de l'armée fédérale de POhio, général Buell, et par les généraux Grant et Rosecranz, ne tardèrent pas à seconder efficacement ces bonnes dispositions des populations. Une grande concentration fut ordonnée autour de Louisville ; le détachement du général W. Morgan, qui tenait le Gumberland-Gap, fut rappelé sur l'Ohio, ainsi que toutes les troupes de Buell qui n'étaient pas indispensables à la défénse de Nashville.

TOMK U. A

Gelui-cî, qui» au commencement d'août, se trouvait h Hunt»* ville, au nord de l'état d'Âlabama, se replia en toute hAte; il suivit une route & peu près parallèle à Bragg, entre la cokmne confédérée et TOhio , et il parvint à reprendre les devants, à recouvrer Munfordsville trois jours après sa chute et à atteindre Louisville avant qu'elle fût sérieusement menacée.

Il est incompréhensible que le général Brugg, après avoir si bien défauté, ait laissé tant de fiMsilités à son adversaire pour rétablir la partie. Buell se servit même en partie du chemin deferNashviUe-Louisville, que Bragg aurait aisément pu intercepter d'une manière complète. Au lieu de cela il s'occupa de se créer une forte position centrale en Kentucky, dans le camp dit llrerkinridr^e, au confluent du Du k-iiiver et du Kentucky, un peu au sud de Lexiiiglon, pOî>ilioii qui avait éle déjà occupée par Kirby-Snnlli.

Il s aecorda aussi le frivole plaisir de spectacles politiques, et d'inaugurer solennellement à Francfort un nouveau gouverneur de Tétat, dans la personne de M* Hawes, sudiste prononcé.

La cérémonie était à peine terminée que les avant-gardes de Buell donnèrent une autre tournure aux choses, et que le gouverneur qui venait d'être proclamé dut décamper à son tour. On apprit & Francfort, la nuit même des fôtes d'installation, que de fortes colonnes s'av2nçaient et étaient d^à à une douxaine de milles de la place. On apprit encore que â!autres colonnes plus fortes convergeûentsur Perryville, ce qui allait menacer les communications des confédérés avec leur première base des régions montagneuses de Knozville. Aussi Bragg se décida à s'en rapprocher, tout en surveillant l'ennemi.

Le 6 octobre, toutes ses troupes se mirent en mouvement vers le Sud par Ilarrodsbuig, toujours en deux colonnes, Smitli d'abord à droite et Bragg à pauche. La tétc de cette dernière se vit eu face des troui>es tle Bueii, le 7, à Perryville (à mi-chemin sur la route de Ilarrodsbuig à Lebanon), et là se livra, le 8, un combat très vif, mais qui aurait pu et dû être plus impoilant encore et devenir une granfle bataille.

Des forces considérables de part et d'autre s'y trouvèrent

plus ou moins en présence, et de part et d'autre aussi on n'en snt engager que le plus petit nombre.

Buell s'était avancé^ dès latin de septembre, de LouisviUe sur Bardstown et dans la direction de Perryville, avecle gros de ses troupes, comptant trois corps d'armée, chacun h trois divisions.

En même temps une division de sa gauche, Sill , opérait, de LouisviUe sur Francfort, la diversion que nous avons signalée plus haut.

Pendant tous les premiers jours du mois d'octobre, les avant-gardes eurent d'incessantes escarmouches , et Buell s'était un iiioniont attendu à livrer une bataille à Bai'dslow n le 4. Il s'y concentra ; mais son attente ayant été déçue il continua sa marche au sud-est sur Perryville , où il espérait atteindre l'ennemi.

La gauche du général Buell, trois belles divisions sous le général Me Cook, devait prendre sa direction par Maxville sur Perryville ; son centre, sous Gilbert, devait aussi converger de Springfield sur Perryville, tandis que la droite, sous Critlenden, marcherait plus au sud par la route de Lebanon à Danville, pour mieux menacer la retraite des confédérés.

On voit que l'opération était sagement conçue et la marche bien ordonnée. Malheureusement des incidents de route, des ' retards inattendus, des ordres égarés, comme cela se rencontre si souvent en campagne, ôtèrent à ces corps la cohésion qu'ils devaient avoir, ce qui, joint à la vigueur des confédérés, déjoua la combinaison en cours.

Le 8 au matin, le général en chef sudiste avait en position à Perryville les trois divisions Buckner, Anderson et Gheatham des corps de Hardee et de Folk. Une division de ce dernier, Withers, avait été malencontreusement détachée sur la droite h Harrodsburg, où se trouvait tout le corps de Smith. Ce général, trompé par quelques coureurs fédéraux, s'attendait h avoir Tattaque principale sur les bras et il avait demaïul' ilu renfuil,. Bragg lui en avait envoyé et il y tUU ailé hii-nième.

C'est contre ces trois divisions que vint donner le corps fédéral de Me Cook. L'action s'engagea vers midi, et en l'ab-

sence des deux commandants en dief. Polk commandait ad intérim les confédérés en Tabsencede Bragg, qui rejoignit Polk dans Taprès^midi et lui laissa galamment la direction de ce qu'il avait déjà ordonné. Du côté des fédéraux, le général Thomas exerçait le commandement personnel, tandis que Buell étailreiUiv à Louisvillc et diri/^eaiL delà les opérations par le télégraiilie. Il rejoignit son lieutenant dans la soirée, croyons-nous.

Pendant toute raprès-midi le combat se poursuivit avec des péripéties diverses jusqu'à la nuit. Me Cook d'abord favorisé, fut ensuite vivement pressé. Sa division Sili étant détachée, il n'avait avec lui que deux divisions, Rousseau et Jackson, cette dernière toute de recrues. Il risquait, vers quatre heures^ d'être complètement écrasé, lorsque Fappui du corps de Crill>ert, particulièrement des divisions Mitchell et Sheridan, lui arriva enfin et rétablit la partie Le corps de droite, aussi appelé au renfort, ne put parvenir au champ de bataille ce jour-là, et, en attendant, le terrain resta aux confédérés.

Les pertes de ceux-ci avaient été de ^GCK) lionimes, tandis que celles des fédéraux montèrent à environ 4 mille hommes et quinze pièces d'artillerie. Parmi les tués se li'DUvèrent deux généraux fédéraux, le divisionnaire Jackson et le brigadier Ferrell.

Cette curieuse journée de Perryville (ou de Gtiaplin-Hill), où les deux ailes gauches des armées adverses s'étaient sur» tout engagées, tandis que les deux ailes droites, sur les communications Tune de Vautre, ne virent pas le feu, fut donc en somme & Tavantage de Bragg.

Mais au fond c'était pour celui-ci plutôt un heureux incident (lu'un réel succès. Dans la situation où il se trouvait, éloigné et presque déjà coupé de sa base des montagnes, il aurait eu besoin d'une victoire napoléonienne; le courage de ses troupes la lui aurait |»rocurée sans doute, s'il avait pu faire soutenir ses tryis divisions qui combattirent par les cinq autres qui ne firent rien. 11 lui restait à prendre un prompt parti sur ses mouvements^du 9, car pour ce jour-là ses adversaires auraient encore di^renfiort. Se maintiendrait-il en

défensive, ou prciidrait-il l'offensive? A cet eflfet se railierailil à Smith ou r-ippellrrait-il à l»n?

Bragg jugea plus prudn ni de rester en défensive t't de se replier sur !e camp Breekiiuidgc, en ralliant Sunih eu route. Une fuis eoiicentré et en honno j^osition, il aurait le temps d'aviser. Aussitôt il mit à exécution celle résolution et, le 9, il rallia, à Harrodsburg, Smith et Wither. Le 10 toute Tarmée réunie marcha à Test et s'établit dans le camp Breckinridge. PendaiU ce temps, la cavalerie, avec quelques pièces et des tirailleurs, avaient adroitement donné le change aux fédéraux et les avaient en outre solidement tenus en échec à Danvllle, le 10.

Une fois* dans son camp, Tannée confédérée se ravitailla à son aise, car on y avait réuni de grands approvisionnements le mois précédent; mais vu la direction des mouvements de Buell, vers le sud, Bragg ne voulut pas s*y laisser arrêter plus longtemps qu'il n'était strictement indispensable. Après avoir brûlé tous les effets et provisions de réserve et foit chaiiger ses hommes de quatre jours de provisions cuites, il évacua la position dans la nuit du 42 au 43. La marche fut dirifrée d'abord sur Bryantsville, puis le long du Dick-River, dont il fallut traverser les contours h plusieurs reprises, puis sur Cumberland-Gap pur Barboursvilie, Altamont, Rock-Castle.

* Dans ces deux dernières localités, l'arrièi'e-garde, commandée par le général Wheeler qui l'avait fait escarnioucher continuellement, fut plus vivement serrée et dut prendre position. Des combats meurtriers s'y livrèrent, mais en somme la retraite s'effectua sans mésaventure, et l'armée entra à Cumberland-Gap avec tous ses blessés et sans avoir perdu d'autre matériel que celui brisé en route.

Buell, qui avait poursuivi par trop prudemment d'une part, et qui d'autre part avait porté son attention plutôt sur la direction de Knoxville, vit ainsi lui échapper un adversaire qu*il avait un moment considéré comme une prise assurée.

Néanmoins le profit pour les fédéraux était réel. Le Kentucky était de nouveau délivré, et Ton y avait constaté qu'en

somme, et à part quelques localités, les sentiments sécessionnistes n'y étaient pas plus prononcés que dans le Mar)'land. Le Tennessee allait suivre le sort du Kentucky. La position de Nashville, qui, pendant les progrès de Bragg, avait été menacée, puis plus ou moins harcelée par des corps sudistes détachés, sous les ordres des généraux Stephenson, Artnstrong et Duncan, se vit du coup un peu dégagée» et les forces principales des deux belligérants se retrouvèrent en présence à peu près sur les mêmes points où elles l'avaient déjà été au mois de juillet, c'est-à-dire le long des montagnes de C3iattano(^a, de Knoxville et de Cumberland.

Au centre, devant les forces fédérales de Grant et de Rosecranz, les confédérés n^avaient pas été plus heureux. Grant, affaibli par des renforts envoyés à Buell et par d'autres détachements fournis à des reconnaissances contre Wicksbui|^, était resté pendant Tété essentiellement en défensive. Bien appuyé sur son camp retranché de Gorinthe et sur Memphis, il avait toutefois saisi chaque. occasion favorable de gagner un peu de terrain vers le sud.

Il avait fait occuper par Rosecranz et par le ^zéiiéral Ord HoUy-Springs, Jacinto, Ilienzi, Juka et d'autres localités du nord de rétal du Mississipi, ijui lui étaient contestées par des corps des généraux Price, Van Dorn et Lowell, opérant isolément.

Le 4 septembre, le corps de Price, d'une quinzaine de mille hommes, divisions T^iltle et Maury, surprit deux régiments fédéraux dans la petite ville de Juka(') et s'y installa, en attendant que les autres corps pussent l'y rejoindre. Le général Grant organisa un mouvement combiné pour cerner à son tour Price et le capturer. Rosecranz dut se diriger de son camp de Clear-Creek sur Juka par Jacinio en deux colonnes arrivant du sud et de Test et prenant Price de flanc et à revers. Grant, avec le corps de Ord, arriverait du c6té nord, de Gorinthe par Bumsville. Le mouvement se flt bien et simultanément jusqu'au 19 à midi, avec quelques escar-

(1) Sur le ebranin de f)»r,1l«nphls-Chartoston, à SI milles m sud-est de Ce* rlnthe.

mouches d'avant-posles. Mais dans cette soirée, vers quatre heure?, snit que Ord ait trup tardé,* sdit que Rosecranz ait brusqué les t<»mpï>, celui-ci attaqua seul, et d'abord d'une de ses colonnes seulement. Cela amena un combat d'artillerie et de feux d'infanterie, auquel pai'Ucipèrent les deux divisions Hamilton et Stanley de Rosecranz; elles refoulèrent Price dans la ville, mais sans oser l'y poursuivre. Gelui-ci y tint bon toute la nuit, quoiqu'on l'y canonnût, pour préparer sa retraite. De grand matin il la fit, dans la direction du sud, évitant ainsi les troupes de Grant, et échappant aussi aux troupes de Rosecranz, qui le poursuivirent quelques heures, mais en vain, sur la route de F^lton. Price perdit en tout 5 à 600 homniea, dont 93SO prisonniers, et 6 pièces de canon, outre beaucoup d'effets de petit armement et équipement; run de ses divisionnaires, le général Little, flit tué, et un de ses brigadiers, le général Withfield, gravement blessé. Les fédéraux eurent aussi une perte de 5 à 600 hommes.

Price, quoique heureux d*avoir échappé à un danger grave, ne se tint pas pour battu. H avait des appuis dans le voisinage et aussitôt il s'occupa de les rallier. Par un circuit, il rejoignit les troupes de Vaji Dorn et de Lowell, qui se concentraient ù Ripley, el ces forces réunies, d'une quarantaine de mille hommes, niarehôrrnt U leur tour contre les confédérés, qui s'étaient replies, ( ird sur Bolivar, et Rosecranz sur Ciorinthe. Grant avait reporté son qiiartier-fîénéral plus en arrière encore, jusqu'à Jackson, vu Trunessee, pour être mieux h même de veiller à ce (jui se passait alors du côté du Kentucky, entre Braxton-Bragg et Bue 11.

Le 1« octobre, les troupes confédérées, sous le commandement supérieur de Van Dorn, le plus ancien, se ma.ssèrent à Pocaonta et à CheWalla, point sur le chemin de fer Memphi»Oiarle8(on, entre Gorinthe et Memphis ; de là mar> chant à Test elles arrivèrent le â au soir devant la position de Gorinthe, à l'ouest et en escarmouchant dans toutes les directions.

Le lendemain, à huit heures du matin, Van Dorn attaqua. U avait en ligne trois divisions; à droite la forte division Lowell ; au centre la division Maury ; à gauche la division Her-

bert, ce» deux dernières sous le commandemenl de Price. Son avantrgarde, sous le gônénd WlUipigue, canonna les premières lignes fédéraleà et les refoula jusque près de leurs

ouvrages.

Ceux-ci étaient au nombre (rune vingtaine, irré^nlièrement disposés sur deux ou trois lignes, et pouvant se ilaiiquer ou se battre réciproquement. On les augmentait et modifiait continuellement. Sur le front menacé plus directement par les confédérés se trouvaient, au centre, deux batteries Fermées, appelées forts Williams et Robinette, buUaul d une dizaine de Parrott de 20 et de 30 livres les route's de ChewalJa et de Bolivar ; à rextrème g;iuche se trouvait le fort du séminaire, aussi muni de gros calibre Parrott,

Dans ces ouvrages et aux alentours Hosecranz avait quatre divisions. A droite, vers les anciennes redoutes Beauregard, il plaça la division Hamilton, ayant à sa gauche les divisions Davies, puis Stanley, puis Me Kean. La brigsde Mo Arthur, de cette dernière division, formait Textrôme gauche. L'artillerie de campagne fût placée plus en avant et dans les intervalles, sous le lieutenant-colonel Lathrop ; la cavalerie, sous le colonel Mizener, répartie aux deux ailes.

Cest dans cet ordre que le combat des lignes s'engagea d'une manière décidée vers les neuf heures et demie du matin. Il se prolongea pendant environ deux heures par des foux très nourris, et Van Doni, pendant ce temps, fit diriger deux colonnes plus fortes contre la gauche et le centre des fédéraux, contre Me Arthur et Davies. Ceux-ci furent obligés de se replier, ce qui entraîna un mouvement en arrière do toute la ligne jusque devant les ouvrage.s mêmes. L'obscurité étant arrivée, les troupes restèrent sous les armes des deux côtés, se préparant à recommencer le lendemain. Le général Rosecrauz garda la même disposition, (|u'il lit renforcer seulement de ({uelques nouvelles batteries retrancliées et d'une nouvelle redoute, le fori Hichai dson, .sur sa droite, l oute la nuit des pionniers, des liounnes de corvée et des manœuvres requis travaillèrent aux retranchements.

Le lendemain 4 octobre, au point du jour, ies feux recommencèrent, et vers 7 Vt heures, les colonnes des confédérés

revinrent à l'attaque. Sur deux ou trois points elles enlevèrent des hatteries. Une portion du centre et do la gauche se précipitai sur Corinthe et entra même dans la ville. Mais quand ces troupes, aussi ardentes que désordonnées, voulurent déboucher des maisons pour avancer plus loin, elles âurent assaii* lies par une grêle de mitraille et de balles venant des ouvrages, et forcées à la retraite après d'immenses pertes. Devant la coUine du collège, entr'autres, les cadavres s'entassèrent en peu de temps et sur d'étroits espaces ; trois tentatives des troupes de Haury pour s'emparer de cette position écbouèrent. Vers 2 heures après midi, la retraite des lignes confédérés Ait ordonnée sur tous les points, et elle se fit sans trop de confusion jusqu'aux bois environnants, & un millier de pas seulement, en abandonnant bon nombre de blessés. Jusqu'à la nuit l'artillerie et les tirailleurs continuèrent la lutte, que ni d'un cèté ni d'autre on ne semblait disposé à reprendre plus activement

Van Dom, s'uttendant bien à ce que Rosecranz pût être renforcé par le général Grant pendant la nuit, fit aussitôt ses préparatifs de retraite, et celle-ci commença de grand matin, le 5, dans la direction de l'ouest, sur Hipley, couverte par Lowell, et spécialement parla brigade Bowen. 11 y avait deux rivières à passer, le Tuscumbia et le Ilatciiie. La première se franchit sans encombre, et Bowen y resta en arrière-garde. Mais au pont de Davis , sur le Hatchie-Biver , Tavant-garde des confédérés, sous les colonels Phifer et Whisfield, donna contre une force ennemie qui s'y était embusquée. C'était le général Ord^ avec la division Hurlburt, tandis que son autre division^ Me Pherson» avait été envoyée directement à Rosecranz.

On ne pouvait assurément &ire un meilleur emploi de ces troupes, 0 l'on reconnaissait bien là la haute prévoyance du général Grant, qui avait ordonné ces dispositions.

Malheureusement l'embuscade du pont Davis se démasqua trop tôt ; son feu subit sema la mort et une grande confiision dans Tavant-garde confédérée, qui repassa, comme elle put, sur la rive droite de la rivière ou se dispersa dans les broussailles; mais le gros de la colonne, qui suivait à quelque di9-

tance, i ('-ta nifacl. i^rice avanra sou artiUnric vers le pont et y engagea une forte canonnade, pendant (|ue le reste filait plus an sud et se sortait heureusement de cette trappe, en passant le Halchie quelques milles plus haut, au gué de Corums-Mill. La retraite se continua sur Ripley, non sans avoir ençore dû payer d'assez larges tributs à la cavalerie fédérale lancée ^ a poursuite, et soutenue par une fraction de la division Me Pherson.

Rosecranz et Ord, le premier surtout, avaient donc obtenu un avantage bien positif après ces trois jours de bataille. Les confédérés, qui avaient espéré fiûre une utile diversion en fiiveur de Bragg et se diriger sur le Tennèssee, avaient écboué dans leur entreprise et se voyaient refoulés plus au sud. Qs avaient en outre perdu environ 9 mille hommes^ dont ISOO tuéa et deux mille prisonniers, 14 drapeaux, deux pièces d'artillerie et une grande quantité d'effets de petit armement et équipement. Les fédéraux n'avaient eu que deux mille hommes environ hors de combat, dont près de 400 tués.

Ces heureux événements, joints h ceux du Kentucky, permirent à Grant de se préparer à des opérations décisives sur le Mississipi inférieur, Â cet effet, son commandement, prenant le nom de- département du Tennessee, fut agrandi, le 16 octobre, jusqu'fi- v comprendre aussi Wicksburp, qui avait été plu"; ou moins jusque-là sous les ordres du général Me Cleniand.

Rosecranz, de son côté, fut aussi appelé à remplacer, à la tôte de l'armée de rOhio (maintenant du Gumberland), le général Buell, qu'on avait trouvé, non sans quelque fondement, un peu trop circonspect dans sa dernière offensive. U avait même été positivement dénoncé par le gouverneur militaire du Tennessee, général André Johnson (depuis vicei;)résident et président de TUnion), comme pactisant avec les rebelles.

Il est certain que Braxton-Bragg avait pu se tirer d'une situation très critique. Il s'était replié de Knoxville sur Ghatta* nooga, ob il se réorganisait une armée régulière, tandis qu'il avait lancé de nouveau des bandes de partisans, Morgan,

Forrest et VVheeler entr'autros, sur le Tennessee et le Kentucky, qui menacèrent de nouveau les conimunicalions de LouisviUe avec NashviUe, et reprirent le blocus de cette dernière place.

Un des premiers soins de Rosecranz dans son nouveau commandement fut de débloquer NashviUe, ce dont il s^acquitta dans les premiers jours du mois de novembre. Il s*y établit d'abord solidement^ puis, pensant avec raison que le meil* leur moyen de se débarrasser des coureurs qui infBstaient le Kentucky était de battre Tarmée principale sur laquelle ils s*appuyaient, il se décida, vers la fin de décembre, à s'avancer dans la direction de Chattanooga, contre le gros de Braxton- Bragg.

Celui-ci lui avait épargné les deux-tiers de la route. Depuis un mois environ il s'était créé deux positions successives sur

le chemin de fer de Cliatlanooga à Nashville, une à TuHohama et Taiitre plus au nerd, à Murfresboro, appuyée h la rivière Slone, a une trentaine de milles seulement de Nashville. Le camp de Murfresboi u eouiptait une qunrantnine de mill(» hommes, la plupart soldats aguerris. Le pi r-uleiU Uavir. les* avait visités dans le commencement de décembre, et les avait trouvés assez résolus et assez forts pdur ivtiir r d'eux une division, Stevenson, dont il avait besoin plus au sud. 11 restait à Braggsix divisions, réparties en trois corps, sous Kirby- Smitb, Polk et Hardee. Avec cela il espérait être à même de reprendre bientôt Toifensive'.

En attendant, une grande gaîté régnait dans le camp, £ort bien établi, de Murfresboro. Noël, entr'autres, y fut joyeusement célébré. Les cbants et les rondes autour des loux de bivouacs donnaient & peine leurs derniers ôcbos que les piquets signalèrent Tennemi et qu'une fusillade assez serrée s'engagent pour quelques instants. Tout le camp courut aux armes, avec non moins de gatté qu'il avait couru à la IMe, et Bragg prit ses dispositions de concentra^on et de combat. Mais ce n'était encore qu'une alerte. Il n'y eut, le 96, que des escarmouches d'avant-garde, et de même les jours suivants, jusqu'au 30 au soir.

Dès le 28, toutefois, Jbra^'g avait formé son ordre de ba-

taille, en avant de la ville, et à environ un mille et demi de la rivière Stone. Cet affluent du Curaberlantl df^crit plusieurs courbes en avant et autour Murfresboro, qui avaient été fort bien utilisées pour renforcer la position. La gauche était formée de deux divisions, Withers et Gheatham, du corps de Polk, et s'étendait de la roate de Nashville à celle de Salem, sur une distance d'environ 6 milles; Taile droite, divisions Breckinridge et Cleebume, sous Hardee, avait sa gauche à la route de Nashville et sa droite à la route de Lebanon. Une portion du corps de Smith, entr'autres la division Me Gowd, Alt tenue en réserve.

Rosecranz, deiniis le 38, ne s'avançait que prudemment et lentement, escarmouchant de sa cavalerie, et fiiisant tirer des volées d'artillerie pour découvrir la situation réelle de ses adversaires. Il avait réparti ses forces en trois corps d*armée permanents, ou grandes divisions, à la manière de Bumside, comptant chacun trois divisions. Le centre, sous Thomas, ne comptait pour le moment que deux divisions, Rousseau et Negley ; la droite, sous Me Ck)ok, avait les trois divisions Davis, Sheridati et Johnson ; la gauche, sous Grittenden, les ti'ois iln isions Wood, vanClève et Paliner. Le 30 après-midi, la canuiiiiade habituelle s'engo^jea, d'abord sur le front de Polk, piiis au rentre. Elle fut suivie de deux tentatives d'assaut des fédéraux , repoussées toutes deux avec perte pour les assaillants. La nuit, une nuit d'hiver froide et pluvieuse, se passa sous les armes de part et d'autre.

Le lendemain, 31 décembre, la grande bataille commença au point du jour. Tandis que la gauche, sous Polk, se bornait à tenir fermement son terrain contre les attaques de la droite fédérale sous Me Gook, le corps de Hardee fut lancé en avant sur le flanc gauche de ]ilcCk>ok. Gelui-d, subitement et vivement assailli, se pelotonna et recula en désordre. Poursuivi bientôt par Hardee et Polk luraéme, il dut rompre sur une distance de 5 à 6 milles, en laissant sous ses pas beaucoup de matériel, 30 canons, beaucoup de morts, de blessés, et deux à trois mille prisonniers, parmi lesquels le général de brigade Willich, ancien officier d*artillerie prussien, blessé en cette circonstance. A midi déjà la déroute de la droite

dei» fédéraux était complète. Elle avait été si brusque qu*^ Ro«?ecranz n'eut pas le temps d'y parer et d'y envoyer des renforts suffisants du centre ni dt^ la réserve ; si bien que McCook avait eu sur les bras cinq divisions confédérées. Rosecranz s'était promptcnient résigné à la perte de sa

-droite, et au lieu de risquer encore sa t^auche et son centre dans cette action, il préféra leur ménager une autre partie. 11 les mit en défensive sur le nouveau front qui venait d'être créé par l'heureuse attaque des confédérés. 11 fit, comme d'habitude et plus encore, remuer de la terre, créer des abatis, élever des épaulements pourrinfanterie et l'artillerie, et même quelques redoutes fermées, en pitotis. Une vaste forêt de cèdres, h laquelle il s'appuyait, lui fournissait tout le bois désirable. Un ensemble de fortitlcatiene s'improvisa comme par enchantement, aucune armée du inonde, depuis les Romains, n'étant douée pour ce genre de guerre au mémo degré que les volontaires américains de l'ouest, tous habitués

. dès l'enfance à la vie des forêts et aux travaux de pionniers. Dans l'après-midi les confédérés voulurent assaillir la position ; à leur tour ils forent repoussés et ils se retirèrent pour la nuit dans Je bois de cèdres , h quelques centaines de pas. Ils s'attendaient à voir décamper Rosecranz le lendemain et ils se préparaient h entamer sa retraite. Mais celui-ci n'était pas dans de telles idées. U continuait à fiure améliorer sa position de manière & y soutenir tout un dége, s'il le fallait,

^ et il se renfbrc-ait de quelques réfpments restés en arrière.

Le !«' janvier ee passa tranquillement. Rosecrans attendait qfi*on l'attaquât, et Brïigg que les fédéraux se retirassent. Gelui-ci avait télégraphié à Richmond sur la journée du dl, que c Dieu avait accordé aux confédérés un lion nouvel-an», et H espérait très réellement que les jours suivants allaient le démontrer. Toute la matinée du 2 il attendit encore la retraite de Rosecranz, prêt à en profiter pour la poursuite. Mais Rosecranz n*ayant point Tair de vouloir bouger et n'y étant nullement disposé, malgré les instances de quelques-uns de ses généraux, Bragg fit attaquer la position vers les 3 heures de Taprès-midi du côté des berges de la rivière. Un feu terrible arrêta court la première attaque. Une seconde, vers 4

heures, ti*eut pas plus de suocès ; la division Breckinridge, entr'ftutres, y fiit totalement abîmée» en se Jetant imprudem*ment et obstinément sur le front d'une ligAef retranchée.

A son tour Bragg dut penser à la retraite; dans la nuit il se replia sur Murfresboro et toute la journée du 3, pendant lacpielle au reste la pluie tomba par torrents, se passa dans l'expectative. Les fédéraux faisant mine d'avancer, Bragg éva^ cua Murfresboro dans la nuit du 3 au 4 et se replia sur la position de 1 ullulioiiia, où il pouvait. j pour quelque temps au moins, braver toute attaque uilérieure.

Rosecranz, dont la ténacité et le coup-d œil avaient été justement recompensés par le résultat final, s'établit ie 4 dans Murfresboro.

Pendant ces divers engagements, qui durèrent du 25 décembre au 3 janvier, avec les deux grandes actions du 31 et du 2, il avait perdu une quinzaine de mille hommes. Beaucoup de matériel était à remplacer , et Tarmée avait besoin d'une réorganisation générale avant de reprendre une campagne d'hiver.

Les confédérés n'avaient pas moins souflèrt. Aussi de part et d'autre on dut ajourner au printemps la réouverture des grandes hostilités et Ton prit les quartiers d'hiver. Cette opération ne consistait» du reste, qu'à changer les tentes-abris en petites huttes, dont la tente devenait le toit, à les munir de grossières cheminées, à construire de bonnes cuisines, des baraques communes, à utiliser les maisons du voisinage , à transformer en un mot un bivouac en camp ou cantonnement serré, à le fortifier, et h réduire la lutte à des raids et à des escarmouches d'avant-postes.

WiclcBlmrg.

Dans la chaude réin^uHi du Missisgipi intérieur, les fédéraux s'apprêtaient, au rebours de ce qui passaiL en Virginie et en Tennessee, à proûter de la saison d'hiver pour avancer leurs affaires.

Wicksbnrii, qui, dan« l'ongino était de peu de valeur, avait fini par acquérir une haute unportance, < oniinc l'avaient fort bien signalé précédemment le générai Butler et l'amiral Farragnt.

AusflîUM après la prise de la Nouvelle-Orléans, puis de B4* ton-Rouge, au printemps i86â, l'amiral Farragat avait remonté bardimeot le fleuve avec une escadre, et, quoique souvent cap noimé çà et là, U n'avait été arrétéqae par les feux de WîckB- Imrg. Les confédérés avaient encore qu'une dizaine de canons; mais leur situation dominante était très-avantageuse. Farragttt somma la ville, qui refusa de se rendre; n'ayant pas de troupes de débarquement, il dut redescendre à ki Nouvelle-Orléans. \

Deux semaines après, U remonta devant la place, suivi de quelques troupes sous le général Williams , en mémé tempe que d'autres forces, sous le colonel Ellet et sous le Commodore Davis, y descendaient de Memphis. Mais Wicksbui'g, située sur les chemins de fer du Sud-Mississipi et du Texas, pouvait être facilement renforcée. Elle le fut, et les efforts des fédéraux pour débarquer et pour forcer les batteries confédérées, devinrent infructueux. Ils essayèrent après cela de creuser un canal pour détourner le

cours du grand fleuve , travail digne des tempe &buleux et qu*il n'était donné qa*ft des Américains d*oaer entreprendre. Hais les grandes chaleurs étant venues et avec elles les fièvres, le siège dut être abandonné. Les flottes et les troupes, comme nous l'avons dit plus haut, se retirèrent dans le, mois de Juillet, et les défenseurs de Wicksburg ne furent plus dérangés dans leurs travaux de fortification que par quelques reconnaissances.

Ils prc^tèrent énergiquement du répit qui leur était laissé, et ils garnirent de fortes batteries non-seulement cette vOle, mais iraiitres points on aval favorablement situés, Grand- Gulfet Port-Hudson oiiir'aulros. Des fondories à proxiinitt', k Jackson, capitale de l'état du Mississipi, tàavaillaient nuit et jour à fournir le matériel nécesnaire.

Cette portion du ( *tm .> inférieur du grand fleuve avait pour la Confédération du sud un prix inappréciable. Depuis la ])erte de la Nouvelle-Orléans et le renforcement du blocus sur toutes les côtes, c'était par le Texas, riverain du Mississipi inférieur, par la Kivière-Rouge, l'un de ses affluents, et par Matamoras, sur le Rio-Grande, que les confédérés pouvaient communiquer te plus régulièrement avec roxtétieur. Aussi firent-ils tous leurs efforts pour se maintenir en possessioB de ces eaux et de celles du Texas, du port de Galveston entr^anties. La situation du Mexique, alors livré à l'anarchie et à l'intervention année de l'Europe, ouvrait aussi quelque perspective aux sudistes de rencontrer tôt ou tard un allié dans cette direction.

Un autre motif non moins puissant qui engageait les confédérés à tenir obstinément ces parages était tiré de la politique intérieure. Les états de l'Union de l'ouest commençaient à se fetiguer des charges que leur imposait cette gueiTe lente et ruineuse. (!e qui les obérait le plus, c'était de ne pouvoir profiter de la navigation du Mississipi, qui était l'une des principales voies d'écoidement de leurs produits, sinon la piincipale. Ils menaçaient le Nord d'une antre sécession et parlaient assez liant d'arrangements paciliques avec le Sud pour leur propre compte. Afm de parer h ce danger réel, le gouvernement de Washington s'était sage-

ment résolu à de grands sacrifices, s'il le fallait, pour avancer les opération.s ilu Mississipi, jusqu'il ce que la libre circulation y pùl être reprise sur tout son coui s,

]):ins les mêmes vues, mais (mi sens inverse, les eontedérés s'étaient appliqués à hérisser de défense^ la partie du Mississipi tiui Itiiu- restait encore.

Pour ( « la la petite ville de AVicksburg offrait d'admirables ressources. KUe est située au sommet d'un coude très aigu du fleuve, ?ur des ber^'es ou 6/i///s de la rive gauche, dont l'escarpement, sans donner un feu trop plongeant, est assez fort pour braver l'assaut et pour fournir un bon commandement sur t<jus les alentours. Quehiues bluffs plus élevés entourent la ville du côté du nord, de l'est et du sud; ce soiU entr'autres ceux du nord, appelés Haynes et Chikasaw-bluffs, "Walnut-Hill?, couverts en outre parla rivière du Yazoo, dont la lar^je embouchure s'ouvre à un mille au-dessus de la ville. Du côté du sud, le Warrenton-bkilT domine également les environs, couv erts jxir le IMack-bayou. Le coude du Mississipi pemetà des batteri(\s convenablement postées à Wicksbui'.L' de battre le courant du fleuve, non-seulement en travers mais d'enhlade, et les gradins des bluffs d'y étabhr plusieurs étages de batteries, des rasantes et des dominantes. Divers petits affluents du Yazoo et d'innombrables bayousc ouvrent les abor ls de la ville par terre, du côté du nord et du nord-est; • du cùlé du sud et du sud-est, une autre rivière, le Big-Black, se jetant au Mississipi vfiis GramHjrulf, formait une excellente ligne de défense.

Ces cours d'eau pouvaient, en revanche, offlrir quelques &ciUté9 d*approcbe aux canonnières par la canalisation. Notons encore que le Yazoo, par un de ses affluents, le Tallahatchie, puis par des canaux naturels, va rejoindre d'autres affluents du Mississipi, et que presque tout le long du cours inférieur de ce lai^e fleuve on peut faire naviguer de petits bâtiments paisUèlement à lui sur ses affluents et sur les bayous qui les relient. La presqu'île formée par le coude, et dont risUime est tourné vers l'ouest, ^t aussi entrecoupée de bayous, qui pouvaient bien avoir donné l'idée de tenter de les changer en lit principal du courant.

TOtOI U. 5

Pendant l'été et l'automne, los confédérés, sous la direction entr'autres du {général l*ernberlon, avaient constrnit h AVickshurg une trentaine de batteries plus ou moins reliee>> entr'elles, et «juelques forts le ]on<; du Vazoo, un enlrautre» au confluent du TaUahatchiti et du Yelloshba, pour se défendr»' des entreprises venant d'amont, et un autre sur les hauteurs de Haynes. ils disputaient aussi d'une trentaine de steamers, plus ou moin? armés et bien abrités sous leurs batteries. Leurs pièces de cote arrivèrent successivement au nombre de 92 et <*enes de terre à celui de 47, de tous calibres, parmi lesquels de fort gros.

Plus bas, Grand-Gulf et Port-Hud^iui avaient aussi été rais à l'abri d'une première entreprise, Purl-liudson surtout.

Auisi la lâche du général Grant n'était pas facile. Les reconnaissances faites pendant l'automne l avaient bien montré, et il dut se résoudre h op-raniser conti-»' cette zone de résistance des opérations sur une grande échelle

La flotte de Porter, et une armée de débarquement sous Sherman, se dirigeraient par le fleuvp sur Wiksburg. Elles établiraient d'abord leur base à Millikt ii^-bend , 10 milles en amont de la place et sur la rive droite : de là ell«'s traverseraient le Mississipi, débarqueraieJit à l'embouchui e du Yazoo et opéreraient rontre la place par le côté nord ou nord-est, en même temp.s (pie par eau.

Le gros de l'armée, sous Grant lui-même, se dirigerait parallèlement c\ la précédente armée, à travers l'état du Mississipi, sur sa capitale Jackson.

Le général Banks et l'amiral Farrag;ut rerib iiti raient de la Nouvelle-Orléans, aussi avec des forces conibiut es, et ces trois colonnes se donneraient la main aux environs de Wicksburg. Le mouvement décisif commencerait dès le 15 décembre, m

Le plan n'était pas mauvais en somme. Il laissait bien an peu trop à l'ennemi l'avantage de la position centrale ; mais celui-ci n'avait pas des forces mobiles suffisantes poui- en profiter. 11 lui aurait fallu un effectif d'opérations au moins égal à l'un ou h l'autre de ceux qui venaient l'attaquer de ces trois directions dilïéreules ; or ce n'était pas le cas, et les

fétir i';nix le savaient. Sherman et Grant pouvaient d'ailleurs se rejoindra as^îez facilement, et présentaient à eux deux, une masse trop prépondérante pour que la manœuvre offen-' sive des lignes centrales pût avoir beaucoup de prise.

Les confédérés qui tenaient alors la campagne dans l'état du Mississipi étaient répartis en quatre groupes principaux. A Wicksburg et environs, une quinzaine de mille bommes, sous le général Peruberton ; îi Port-Hudson, cinq à six mille hommes sous le général Gardner ; à Jackson, une vingtaine de mille hommes sous le général Johoston, commandant en chef de toutes les forces dans ces parages; entre Jackson et la fi t.ntière du Tonossoe, le corps de Van Dorn, en avantgarde, d'une dkaiiie de mille honnnes avec une forte cavalerie. €k>ntre les 30 mille hommes de Sherman, les 50 mille de Grant et les 90 mille de Banks, secondés des escadres, les forces des confédérés n^étaient donc pas à redouter, au point d'empêcher Grant de donner à ses colonnes leur point de rendez-vous au cœur même du pays ennemi. Toutefois elles offraient encore assez de ressources pour que, habilement et résolûment menées, les fédéraux pussent se repentir de leur dissémination.

Les 20, SI et 22 décemlare, l'armée de Sherman partit de Memphiset de Helena, sur une centaine de bâtiments de guerre et de transport. Elle comptait les quatre divisions, Steele, Morgan, Smith A et Smith L. Deux jours après, elle s'arrêtait et débarquait en partie à Millikens-bend. Le général Sherman lança aussitôt ses reconnaissances dans diverses directions et fit détruire une portion , du chemin de fer du Texas. Le soir de Noël il donna l'ordre du départ pour le lendemain matin. L'entreprise consistait à traverser le fleuve et à aller débarquer qu<3l([uc part sur le Yazoo, pour de là attaquer Wicksbu rg, ou aviser à ce qu'il y aurait à' fàire de mieux. Le 26 à midi les bateaux s'accrochaient à la rive gauche du Yazoo; à la nuit le débarquement était opéré, les tentes et les cuisines dressées sur la côte, et les avant-postes placés dans la direction de Hayes'biuff etde Chickasaw-blufT, qui étaient les positions ennemies les pins l approchées. Tout cela avait pu se faire presque sans tirer un coup de fusil,

aussi tiaiiquillemeut qu'en 1854 les alliés avaient débarqué sur la lihiLîu de l'Aima.

Hay iie.s-bliitT, qui était alors L^'anii iriiii lui t rt iruue baiteric de huit pièces de trros caltbât', t'-lail à une trop prande distaneH pour «Hre à ei aiiulre, et d ailleurs il lut entretenu, peinlanl ce temps, par le.-> ciiiDiniirrt's fédérales.

Le 2ti et le "Il les canonnades l'urenL reprises, mais sans grand résultai : tandis rpie le ;M ns des troupes se Tonnait en ligne de lialaille , en avajit du port unprovisé et le long d'inextricables lacunes, une poi lion de la division Steele fut portée par eau sous le Chikasaw-blulT, pour essayer de prendre k revers une kitterie menaçante sur le koni de débarquement.

27 au soir, les avant-postes confédérés furent repoussés d'environ un mille. Le 28 le combat s'engagea plus vivement; ce fut surtout un duel d'artillerie entre de nouvelles batteries confédérées élevées pendant la nuit, et celles des fédéraux dressées autour de leur camp ou lirant des eanonnièras. Le 29, le général Sherman lit attaquer sur toute la ligne ; mais sur tous les points et malgré la vaillance de ses troupes il fui repoussé avec perte. Il dut demander U faire relever ses blessés sous pavillon parlementaire, ce qui lui fut accordé, el, pour le moment, il rentra dans ses lignes, qu'il s'occupa de resserrer.

Sherman avait eu à faire à 5 à 6 mille hommes, Jïien postés sur des gradins, derrière des retranchements et des lagunes, et il n'était pas étonnant que sa première action n*eût pas réussi, et lui eût coûté emiron 2 mille hommes. Il semblait y avoir mis quelque lenteur, il est vrai; car son ' attaque n'était au fond qu*un coup de main, et depuis son arrivée & Millikens-bend, le 23 et le 24, et surtout depuis son débarquement sur le Yazoo, le 2G, ce coup de main était tout à &it démasqué. S'il avait pu s'effectuer le 26 au soir, ou au moins le 27 au matin, il aurait eu des chances doubles ou triples en sa faveur^ Mais le 529 les confédérés avaient eu déjà plus de 48 heures pour se renforcer sur le point spé^ cialement menacé, et ils en avaient profité. Pendant ces 48 heures le chemin de fer de Jackson ne cessa de leur amener

des renforts en matériel, en personnel, en munitions, et, le 29, ils avaient réellement élevé un front redoutable du côté attaqué.

Un moyen commode, il est vrai, de fortification leur était offert par leurs provisions de balles de coton, ({ui, garnies de quelque peu de terre et de boue, formaient d'eX' ceUents revêtements. 11 se trouvait de grandes quantités de ces balles en magasins, cl, pendant le blocus, les confédérés n'avaient rien de mieux à en faire que des gabions et des parapets portatif.

Ce qui avait encore servi les confédérés en paralysant l'activité habituelle du général Sherman, c^est que celui-d n'avait pas eu les nouvelles qu'il attendait des autres colonnes fédérales, qui devaient coc^rer avec la sienne.

Celles-là en efTet avaient aussi eu leurs contre-temps. Le général Banks était arrivé à la Nouvelle-Orléans te 14 décembre, h la tète d'une grande expédition d'une vingtaine de mille hommes. Il était destiné à y remplacer le géaiéral Butler, dont l'énergie avait attiré au gouvernement de nombreux embarras intérieurs et extérieurs. U avait entrlautres ÙM pendre immédiatement un sécessionniste nommé Munfbrd, pour avoir déchiré un drapeau fédéral, et il s'était brouillé avec tous les consuls étrangers, dont la plupart élevaient, il est vrai, des prétentions incroyables. Aussi Lincoln profita de la grande expédition pour changer ce gouvernement important. Banks, homme d'état plus encore que militaire, comme Butler, fut chargé do remplacer celui-ci.

Banks aïïhemtna aussitôt sur Bàton-Rougc ({uelques troupes qui reprirent cette ville aux confédérés, aux mains desquels ' die était retombée dans le mois d^aoftt Mais le gros de l'armée fiit retenu pour prciuli c possession du sud de l'état et pendailt les premières installations de Banks. L'amiral Farragttt remonta d'abord seul avec sa flottille le cours du Nississipi. Arrivé devant Port-Hudson, il y fut arrêté net par les batteries qui venaient d'être élevées; il dut se résoudre à attendre des troupes de débarquement, qui, par suite de divers incidents, ne purent être envoyées à ce moment-là.

Le général Grant, après avoir fait explorer, par des recom-

nais^ancos parlant du fleuve, la licrnr» du <^u!(l\val*'r et du Tallahachie, était parti avpf lo tjios <\,- rarm»'*^ Grand- Jiiiii'tiun à latin do ni i\ tinhi-c. Il idnUnua à s'avan^^'^r rui sud le lonjî du ( li.Mtiiii de l'.'r Mi>-i---i|)i-<-ontra!. Le l*^'* décembre il OL'cu[»a llully-Spruigs et s'j i'r:iarii<:a une base secondaire bi< n fournie, (pril laissa mx or<lres du colonel Murphy. D-' là il s'avança, en escaruiouclianl . sur AMioville et Oxtord. li était en train dr> se concentrer aux environs de cette dernière localité pour marcher en force sur Jackson, lorsqu'il apprit, le 2*2 décembre, que non-seulement des coureurs agissaient sur ses derrières, nuiis que tout le corps de Van Dorn menaçait sérieusement ses communication?. Vnn Dorn avait en effet laissé libre cour»^ aux progrès d»' di mt sur son front pour se porter sur le llanc gauche. Il s'était rapproché de Holly-Springs et avait subitement assailli celte ville dans la nuit du 20. Le colonel Mm iihy, surpris dans* son lit, ainsi que son prévot-maréchal, y fut fait prisonnier, et la ville dut se rendre avec 18(K) hommes do paniison. Van Dorn parola les prisonniers, détruisit pour plus de 2 millions de dollars de provisions en magasins et une portion du chemin de fer. En apprenant ces événements, Grant dut renoncer à aller plus loin ; il revint sur ses pas, et rentra dans HoUy- Springs, comme Sherman arrivait justement devant Wicksburg.

C'eût été encore temps, sinon de rappeler celui-ci, au moins de le retenir à Millikens-bend, ou de le diriger sur un autre point donnant le change à Tennemi , en attendant une reprise d'opérations combinées, mieux organisée que celle-ci. C'est ce qu'on ne fit pas, et Ton n'a jamais dit pourquoi. Seulement, le lendemain de cet échec, on fit partir le^général Me Glemand pour prendre le commandement en chef des troupes de Sherman, .et restreindre celui-ci au commandement subordonné de son corps d'armée. La chose pouvait du reste avoir lieu sans trop d'arbitraire; le général Me Glemand avait déjà commandé le département dans l'automne précédent, et il était plus ancien en grade que Sherman. Entre les deux cependant la différence de capacité et d'aptitudes militaires était grande. Me Clemand était arrivé à son haut grade

surtout par la voie politique ; il ne connaissait rien à la carrière des armes avant la guerre ; mais, ambitieux, adroit et remuant, il excellait dans Tart de signaler ses mérites au moyen d'habiles rapports et proclamations.

Le général Sherman offirait un type tout opposé. Ancien élève de West-Poiut, vétéran de la guerre du Bfexique, et précédemment directeur du collège militaire de la Louisiane, ses vastes et solides connaissances n'étaient surpassées que par la fermeté de son paractère et la variété de ses talents. Exclusivement militaire, intrépide à Texcès, il se montrait fort peu soucieux du soin de sa popularité.

accepta sans trop d'aigreur< raflh)nt ,qui lui était lait. Gomme il était en train d'organiser une autre tentative d'expédition contre Wicksburg, en remontant le Yazoo, il reçut ravis que le général Me Clemand était arrivé pour le remplacer. Il lui remit aussitôt le commandement après avoir Cait connaître cette mutation aux troupes par la pièce suivante, trop caractéristique pour que nous n'en donnions pas la traduction textuelle :

« Quarljfr-p<'n»''ral de l'aile droito de l'armi^e du Tennessee, steamer Forest-Queen, Millikens-Bend^ 4 janvier 1863.

c Ordre général n« 5.

c Conformément & l'ordre général n* i, émis aujourd'hui par le général Me Qemand, le titre de notre armée cesse d'exister, et elle constitue à l'avenir l'armée du Mississipi, composée de deux corps, dont l'un commandé par le général Morgan, et Tauti e par moi-même. En quittant le commandement de cette année et en le changeant contre celui plus restreint démon propre corps, je veux exprimer à tous les chefo d6 corps, à tous les ofiQciers et soldats qui ont réoeminent opéré devant Wicksburg, mes sincères remerciements pour le zèle, l'activité et le courage qu'ils ont déployés dans ces circonstances. Nous avons échoué dans l'exécution d'un des grands projets de notre mouvement, la capture de Wicksburg; mais nous n'étions que la portion d'un tout. Notre mouvement n'était qu'une fraction d'un mouvement plus général, auquel d'autres devaient concourir. Nous avons été là à

temps. Des, incidents impréms auront sans doute retardé les autres.

c Nous avons détruit le chemin de fer de Shreveport; nous avons attaqué les défenses de Wicksburg et poussé cette attaque aussi loin que la prudence pouvait le perinoltro; ut ayant trouvé les ouvrages trop forts pour notre seule colonne nous nous sommes reliiés en bon ordre et en bonnes (dispositions d'esprit, prAlt h recommencer. Un nouveau connnandant en chef est iii.untcîiant ici pour vous conduire. Il est choi.-^i par le itrèsident des F.tats-Unis, chargé par la eoiislitution de maintenir cette constitution et de la défendre, et il a le droit incontestable de désigner à son gré ses agents. Je sais que tont ijun officier et tout bon soldat donneront à mon successeur le mt'^me appui cordial, la même dévouée (il)éissance qu'ils m'ont iVtnrnis jusqu'ici. Il y a assez (Phonneurs en réserve \Mn\y tout le monde, el assez de l)eso;.^ne aussi! Que chacun lasso sa part, et la nation sortira enfin de ce conflit puritice et ennoblie.

« Tous les otliciers de rétat-niajor général non attachés à ma personne se metti-onl aussitôt aux ordres, soit personnellement soit par lettre, du niajor-général Mn Glernand, commandant de rannéc du Mississipi, à lionl du steamer Tigvôs^, à nos rendez-vous de Gaines-Landing et de Montgomery-Point.

c Par ordre du major-général W.-T. Shermao, c (Signé) T.-U. Hammond, â. A. G. >

On ne pouvait mieux prendre les choses, et du reste Sherman n*avait rien d'autre h faire pour le moment ; l'avenir se chargerait assez de le justifier. Ce qui iui avait valu la mesure qui le frappait, c'est qu'il avait réussi à déchaîner contre lui toute la presse du nord-ouest, sans acception de parti poétique.

Au moment de son embarquement à Memphis, il avait ordonné des mesures sévères pour puiiger Tarmée des impedimenta habituels qui l'infestaient, y compris les brocantems de coton et les journalistes. Tout individu trouvé avecTarmée sans autorisation serait recruté d'office, soit comme com-

battant, soit commd domestique, soit comme matelot Ott mtt' Doeovre à bord des bâtiments. Tout iifdividu donnant des DOQwUês compromettantes de Tarmée serait traité comme espion. Messieurs les journalistes amAicains, qui encombnient habitueilement tous les états^majors et <iui parfois y étaient choyés comme des idoles, ne pardonnèrent pas au général Sfaerroan son crime de lèse-gazettes. Ils organisèrent contre loi one conspiration dans toutes les règles; ils dénigrèrent syHtématiquement toutes ses mesures, toutes ses opératlom d'embarquement, de stations, de débarquement, d*attaque ; si bien qu'nprès le revers du S9 décembre, Topinion publique était iléjà prête à toutes les accusations qu'on voudrait porter contre lui. Le gouvernement de M. Lincoln, devant les clameurs ([ut s'élevèrent alors, saisit l'occasion d'avencer en dignité le général McClemand, qui était un de ses amis politiques dévoués.

Celui-ci, chaigé de raccommoder les prétendues bévues de Sberman, ne s'acquitta pas trop mal, il faut bien le dire, de la tâche qui lui était Imposée. Il eut soin, il est vrai, de ne pas s'aller heurter de nouveau aux batteries de Wicksburg et de se borner à des préliminaires indispensables d'une autre offsnsive cmitre cette place.

Un des dangers des assaillants établis à Millikens-Bend c'est qu'ils n'étalent pas complètement sûrs de leurs derrières. Les confi6âérés possédaient, plus en amont, deux affluents du Mississipi, garnis de forts, l'Ârkansas et la Rivière^lanche, où ils étaient en sûreté, où ils avaient des chantiers et des bâtiments et d'où ils faisaient de temps en temps des excursions sur le Mississipi. On craignait de les voir, au moment où on les attendrait le moins, déboucher en force et jouer (p i I pie mauvais tour aux fédéraux. On se rappelait l'incident du Merrimac dans le James-River, et plus récemment un'autre semblable causé dans ces mêmes eaux par un bâtiment bardé descendu de Wicksburg devant Bâton- Rouge, VArkansas, mais qui avaîi été finalement arrêté et brûlé par la canonnière fédérale Easex, Quoique ni le Uttri" mac ni VArhoMaB n'eussent fourni longue carrière, l'émotion que leur première apparition avait causée n'était pas encore

effacée. Pour assurer une entreprise quelconque devant Wicksburg, il s'agissait d'y établir une base, et par conséquent aussi de mettre cette base pai faitemeal à couvert, même contre des co9ps de main téinéraires.

Une autre raison engageait encore à pénétrer un peu avant dans Tétat d'Arfcansas. CPétait de montrer une fois des forces fédérales un peu considérables dans les régions transmississipiennes, afin d*y mettre fin aux levées de guérillas <nii s'y Êûsaîent à chaque instant sur de faux Iji uùs de défaites du Nord. Par des nouvelles complètement mensongères ou tout au moins habilement brodées sur quelques faits vrais, et adroitement répandues et exploitées, on agitait non-seulement Tétat du Missouri, tenu parle général fédérnl Scholield, celui de TArkansas, où commandait le généi ai i iurtis, mais encore tous les Territoires, jusque dans l'Uiah. Même les Indiens s*en mêlaient. La tribu des Cherokees, enlr'autres, avait été soulevée par des émissaires du Sud, agissant du Texas et de l'Arkansas, tandis que d'autres tribus indiennes du nordouest, du Minnesota» du Jova et du Dacotah , les Sioux et les Pieds-Noirs particulièrement, étaient poussés à la .Lruen e par des émissaires venus du Canada. Tout le Far- West était ainsi livré à Panarchie et à l'anxiété ; la colonisation, la cir-. culation et l'agriculture n'y pouvaient plus avoir leur cours.

Une expédition qui remonterait un peu haut la Rivière- Blanche et l'Arkansas ne pourrait qu'avoir un bon effet sur la pacification de l'Ouest en général et sur la sécurité de la navigation du Mississipi. En y employant les forces qui se Ivouvaient "devant Wicksburg , en attendant que le général Grant eût tout en mains pour une seconde campagne , c'était donc en faire un louable usage. On aguerrissait les troupes et la flotte ; on les habituait toujours plus aux manœuvres combinées, et à tous égards cela valait mieux que de les laisser chômer sur la plage malsaine de Millikens-Bend.

L'expédition se mit en route dès le 4 janvier. Le 8 elle arrivait aux bouches de la Rivière-Blanche, dont un bras se jette dans l'Arkansas et l'autre dans le Mississipi. Ce fut ce dernier que Tescadre prit.

Le premier otijet, était de réduire le fort Hindman, situé

sur la rive gauche de l'Aï k.insasî, vcrs\in village appelé Arkansas-Post. Cet ouvrage carré, bastionné, armé de 20 pièces et dans une situation naturellement forte, et les batteries extérieures qui Penlouraienf, constituaiertt une position (lui était la clef du bassin de l'Arkansas et en particulier de la capitale de l'état, Little-Rock, à environ cent quinze milles plus en aiQont. il avait alors une garnison de 6 mille * hommes.

Par le moyen dos canaux de communication, la flottille passa de la Rivière-lilanche dans l'Arkansas et vint débarquer, le 9 au soir, h q\uAi\\h^^ milles au-dessous rlu foi t. Le 10 après-midi, le débarqueuK ni était t.Mniiné. Le H fut employé à des reconnaissances et à placer les troupes, et surtout les l)attcries de Parrott de 10 et de 20 livres, ainsi que les canonnières de l'amiral Porter. Le i2 à midi, le feu commença par ces dernières, suivi bientôt par celui de toute l'artillerio sur le front des quatre divisions. A 3 '/a heures l'assatit fut ordonné et se fit en quatre colonnes, deu.x de Sherman à la droite, deux de Morgan à la gauche. A A% heures les fédéraux éteiient en possession de la position, avec 5 mille p!-ison niers. Leur perte n'avait été que d'un millier d'hommes dont 130 de tués.

Toutr l'année s'attendait h voir faire du fort Hindman une sûre base pour pousser l'expédition plus haut, lorsqu'à son grand rtonnement elle reçut Tordre de détruire tout ce qui restait des défenses, et de revenir sur ses pas*. Elle repartit le 17, pour le Mississipi, laissant l'œuvre de soumission de TArkansas à mi-chemin. Les canonnières seulement remontèrent pendant un ou deux jours la Bivièro-Blanche.

(Tétait le général Grant lui-même qui, brûlant du désir de prendre sa revanche de la première campagne échouée contre 'Wicksburg, rappelait Tannée de Me Glernand à Millikens-Bend. Il avait décidé d*opérer Idi sa concentration par le fleuve; il y arriva lui-même vers la Ûn de janvier. Il prit son quartier-général un peu plus bas, à Youngs-Point, et eut bientôt autour de lui toute son armée et une nombreuse flotte. Un port très animé et une place de guerre s'improvisèrent rapidement. L'armée fédérale était forte d'une soixan-

taine de mille hommes, répartis en trois corps, le i5« sous Sherman, le l?*" sous Mac IMicrson et le 13" sous Me Clernand, chacun à quatre divisions. Le1G"\ Uurllml, resta, pour le moment et en majeure partie, dai»» le sud du 'leiuiessee, avec quartier-général à La Grauge.

Après les premières reconnaissances contre Wicksburg, Grant se convainquit que la pLuc n'était prenable îTi sur le front du fleuve ni du côté où Slicrmau avait éclioné ; son point faible était du côté du sud, et en attaquant par là on se donnerait Tavantaj^e de pouvoir peut-être comuMiiiiquer avec Farragut, rovemi devant Port-IIudson. Mais pour arriver en dessous de Wicksburg, il aurait fallu descendre le fleuve avec la flotte, et cela les batteries de côte l'interdisaient.

Le général fédéral dut recourir h l'industrie, et ici on put admirer la fécondité de génie et Tactivité américaines.

En premier heu Grant revint à l'idée du canal commencé un an auparavant à travers la presqu'île, (le travail gigan- ' tesque, et f[ui le devint plus encore par les abondantes pluies qui l'entravèrent, fut aussitôt repris avec grande énergie. L'armée fournit de nombreuses corvées , secondées par les n^es des plantations voisines, heureux de concourir à Tœuvre de leur émancipation , tout en voyant tiuelque. chose de nouveau pour eux.

Le canal ftit creusé, et il commençait À oflkân -quelques perspectives de' succès , lorsque par une suUlér crue du fleuve, la digue d'amont fut rompue, le 8 mars, et tous les chantiers transformés en un vaste marécage. Quant au canal lui-même, il â*y établit bien un courant, mais le lit n'en était pas aaâez profond pour les b&timents de quelque irapoj'tance. Au lieii lie se creuser, il s'obstrua de plus en plus, et., après quelques dFpits infhictueux pour réparer le dommage, on dut abandonner ce' projet.

L'élévation extraordinaire des eaux pouvait ouvrir la chance k des tentatives d'un autre genre. L'ingénieuf-^f du grand état-majoi-, capitaine Prime, et un aide de cainp, colonél Pride, avaient trouvé une passe par les bayous.d0 la rive occidentale. En partant de près de Millîkea»>Bend, fit en entrant de là dans te bayou Roundaway et dans lu .civière

le

Tansas, on pouvait rentrer dans le Mississipi vers Now-Curtliaj^e, à uiu' \ iiiL:taino millos on <lo-;soiis de Wickshurg. Lob dragues l"iireiil jm^cs à I'umu rr' \\oiiv ouvrir la passi' aux grands kUinicnts, cl le travail ti'avaiK.a >ufli?«arijiiu iit pour qu'un petit steamer et quelques bru nu s pusst ni ( iii iilcr dan.s le canal. Mais vers In luilitu iTaviil le lieu vu baissa tout à coup, et l'n^poct de la contrée en chanfzea ( ornplètemeîit. Au lieu de canaux, des routes de terre so dociiuvraiout pour aller de Miliikens-Bend à New-Carthage, et par peu qu'elles pussent s'affermir il serait préférable de s'en servir.

En attendant, les explorations continuaient, et une tentative plus en grand de cette navigation semi-artilicielle, fut encore opérée. Ce fut sur la même rive mais en parlant de plus haut. Par le moyen du lac Providence, des bayous Baxter et Maçon, puis des rivières Tansas, Wachita et Houge, on aurait pu arriver à communiquer avec lianks et Farragut • sous Port*Hudson ; mais il fallait profiter d'un bon moment, lee courants des bayous étant très viurîables.

Une autre voie fîit encore étudiée et améliorée sur l'autre rive. Il s*agiâsait de pénétrer du Mississipi plus en amont, dans le Haut^'Yazoo par le moyen du Ck)ldwater et du Talar hatcbie; on descendrait leYazoo, avec les canonnières et quelques troupes» jusque sur les revers de Haynes-Bluff. Cette route aussi offrait toutefois bien des difficultés, de. la part de Tennemi surtout, qui pouvait focilement en tenir les débouchés près de Greenwood.

Dans toutes ces directions on fit des reconnaissances et des travaux, travaux vraiment herculéens pour des yeux habitués aux proportions européennes, mais de la grandeur desquels les ingénieurs américains n'avaient pas même Tair de se douter.

Le général Grant à la vérité n'en attendait pas grand profil inmiédiat. Il y voyait surtout d'excellentes diversions, dissé' minant la vigilance de l'ennemi, et qui lui donneraient aisément le change quand on entreprendrait finalement quelque chose de décisif. Il y voyait encore un bon moyen d'occuper et d'exercer ses nombreuses troupes, en attendant que lès

voies de It i ic fu.sseiil en meilleur état, ou que La flottille eût Urouvé de ineilleiirs moyens d'aetion.

Celle-ci, sous son brave amiral i*orter, s'était montrée infatifïable à lutter de zélé avec rarméc. Dès les premiers jours elle s'était hardiment avancée iinui- accomplir le j^ros de la tâche, et les canonnières avaient bombardé, pendant plusieurs heures, les batteries de c6te, mais sans résultat. D'autres Mtiments avaient couraf^eusemeiit tenté de franchir la passe en défdant sous tous les leux de la place. Plusieurs y sombrèrent ; quel([ues-uns réussirent. Parmi ces derniers le Qiitu n ofihe We«( fournit une carrière vraiment tragique. Montée par un couargeux et habile in<ir>nieur-mécanicien devenu colonel, M. Ellel, avec 100 volontaires et un armement de six canons, blindée de balles de coton et de bottes de foin, elle réussit, en se glissant le long de la rive droite, pendant la nuit du 2 février, à franchir la passe, après avoir subi un feu très vif des batteries et de la canonnière confédérée € Wicksburg, » et avoir échappé à un commencement sérieux d*incendie. Sous son couvert, Taviso de Sotto avait aussi réussi & passer avec elle. Après avoir réparé les avaries que lui avaient faites douze boulets dans sa coque et son bordage, elle continua sa route en descendant le fleuve, briguant la gloire d^ëtre la première à faire jonction avec les forces de la Nouvelle-Orléans. Elle détruisit un grand nombre de transports confédérés, puis voulut s'emparer du fort de Russy sur la Rivière-Rouge^ Mais là, trahie par son pilote, elle 8*échoua à petite portée du fort, le 14 février, fut aussitôt canonnée vivement et gravement avariée. Le bâtiment dut être abandonné par l'équipage, qui se sauva sur le de Soto ou à terre sur des balles de coton. Une bonne partie {iit capturée par l'ennemi, qui, en outre, parvint à remettre en état le Qtieen of ihe West^ et à en fiiire, sous le môme nom, un de ses bons bâtiments de guerre.

Un autre navire de Porter, la canonnière cuirasssée Indianota, franchît aussi la passe de Wicksburg, sans être trup endommagée, dans la nuit du 13 février. Ayant rencontré le de Soto, elle apprit par lui la mésaventure du Queen ofthe West et espérant encore la dégîiger de son échouage, l'/n-

dianola se dirij^ca aii«sit/>t dans la Rivièn'-Houge. En chemin elle trouva non-ist'iili'inoMt le Oiifrn déjà sous pavillon confédéré, mai;* encoif avo«" lui iiois .lutres hàViments. inmlioiold battit en ivtraile, tut poursuivie, et entin dut livrer bataille le 24 février, devant les batteries de Grand- Gulf. Après une vive canonnade, VlmUanola, cernée, fut forcée do se rendre. Les confédérés en lirent immédiatement un autre membre de leur flotte.

Malgré cela Porter ne se <lécourage?i pas; le matériel ni le personnel ne lui faisaient défaut, et plusieurs autres tentatives furent reprises. Une d'elles eut un singulier résultat. Pour faciliter le passage, pour alanner continuellement les confédérés et leur faire dépenser leurs munitions, on leur lançait des semblants de canonnières de toute espèce, des monitors en troncs d'arbres, des barques à charbons k blindages déguisés, qui, sans équipage, s'avançaient bravement par la force du courant contre les batteries, essuyaient des feux terribles et coulaient aux grands applaudissements des artilleurs de la place. Une de ces canonnières de théâtre, lancée le 3 mars, passa heureusement au milieu d'une gréie de projectiles, et prit sa direction sur r/ndtanoto, 'qui était à Tancre près des dernières batteries. L'équipage du nouveau bAtiinent confédéré crut que leur prise allait leur être reconquise, et ils la firent promptement sauter.

Parmi les navires de Porter qui tentèrent encore le pas» sage, nous n'oublierons pas les canonnières Lancctster et Swiiterland^ qui se livrèrent aussi au courant, dans la nuit du 35 mars, et la suite d'autres bateaux de diversions. Malgré ceux-ci le Lancatter reçut 40 boulets et coula ; le SwUurlandf quoiqu'ayant un boulet de 64 liv. dans sa coque, échappa. Il descendait à la dérive, lorsqu'un peu plus bas il rencontra un autre navire sous pavillon fédéral, qui remontait le fleuve et qui le recueillit.

C'était l'amiral Farragut lui-même, sur le c Hartford, > qui efléctuait cette opportune jonction, et cela dans des circonstances que nous raconterons plus loin. Pour le moment nous resterons encore avec les forces des environs de Wicksburg.

Tout en cherehapt à opérer de cette Ihçon en dessous de Wîcksburg, ramiral Porter, cQiijuinteineDt avec rétatFinjyor du général Grant, n'avait pas cessé d'explorer les autres moyens d*amener par les bayous des forces devant la place du côté de terre. Un grand nombre de reconnaissanoee furent faites en pure perle, mais sans découragement. Enfln une d'elles avait montré les passes du Yazoo-River plus navigables qu'on ne l'avait d'abord cru ; une expédition oombinée y fut décidée. Celle-ci se mit en route au commencement de mars. Une division du corps Me Qemand, sous le général Rod, avec quelques carabiniers mlssouriens de Sherman, fut embarquée à Uelena, pénétra dans le Cîoldwàter, puis dans le Tallahatchie; mais k la jonction de celui-ci avec le Yallobusha, ce qui forme le Vazoo, se trouvait, vers le village de Greenwood, une position que les confédérés venaient de renforcer considérablement. Ils y avaient entr'autres un fort, le fort Pemberton, qui battait de gros calibre toutes les avenues de la position. Devant son feu les canonnières fédérales durent se retirer. Une seconde division, sous le général Quimby, qui avait suivi en renfort, ramena la première à une nouvelle attaque, qui ne réussit pas mieux.

En même temps, une autre tentative était &ite pour pénétrer dans le Yazoo-River juste au-dessous de Greenwood, par les bayous Steele, Black, par le Deercreek, le RoUing-fork 0t le Sunflower. De cette fagcn on aurait complètement bloqué Greenwood, o(i se trouvaient des chantiers et une trentaine de steamers confédérés, qui auraient été perdus. L'amiral Porter et le général Sberman avec une de ses divisions se lancèrent sur cette route ; mais, vu les obstructiona accidentelles des canaux par des troncs d'arbres et par des éboulements, ils ne purent arriver près du Yazoo que lorsque l'ennemi, suffisamment prévenu, avait eu le temps de préparer des batteries et des estacades pour les bien recevoir. A cinq cents pas du Yazoo Porter dut s'arrêter. '

Vers la fin de mars, ces deux expéditions reçurent l'ordre de rentrer dans leurs précédentes lignes.

A ce moment les terrains des bords du fleuve s'étaient enfin un peu séchés, et le 29 mars le général Grant tenta de

glisser son ana/M' ))liis au sud par la voif* ilc turre, !*• Ion;-; et à travers d'iiinoiubiahles t)ayous et laguiii's. Le corps ilu i,'.M)( r.il Me ( ilrni.diil s.- mil en route le premier dan<; cette du'ectioii |)inir (»ccuper New-Cartha«4P, cl riprè< «riiéroiques elTorts d<' j)ioiinn»rs et de pontonniers, moitié en inarrhaîit daii< la l/oiic, Kiiiitié en navi^'uanl, et aux prix de nombreux détours, le 13'"- cnrp< nttoi-niL celte ville quelques jours après. La route entre Mdlikens-Bend et New-Cartlia^je fut améliorée ; avec ses contours elle ne comptait pas moins de 35 niilles. Le général Mac Pherson suivit bientiH son collègue, et vers le milieu d'avrii ces deux corps étaient établis sur la rive droite au-des-ous de Wicksburg^ Ub 8'étendirent de New-Carthage h Hard-Times, quelques milles plu9 bas, nuuB, vu la nature de la rive, la route de terre entre ces deux points n'avait p is moins de 40 milles.

En môme temps l'amiral Porter, qui n'entendait pas rester en arrière de la troupe, avait redoublé d'efforts pour la suivre par le fleuve. L*escadre blindée et trois transports chargés de provisions et cuiras^s de coton et de fiain, réussirent à franchir les batteries dans la nuit du 16 avril ; un seul trans- * port, le Henry Clay, sombra, ce qui fut considéré comme un grand succès. Le général Grant ordonna de répéter une opération semblable avec six autres transports montés de volontaires. Ceux-ci s'offrirent par milliers ; et cinq autres transports sur six bravèrent les passes dangereuses dans la nuit du S3 avril.

Arrivés à New-Cartfaage et à Hard-Times les bateaux, tous fortement avariés, y furent réparés par les soins de leurs équipages improvisés, où se trouvaient tous les techniciens désirables, et par ceux de Tescadre de Porter.

On réunit aussi toutes les barques et les esquife des environs qu'on put trouver. Le général Grant en avait un pressant besoin, car ce n'est pas sur la rive droite, mais à travers le fleuve qu'il dirigeait son regard. Il voulait porter son armée sur la rive gauche pour y opérer directement contre Wicksburg.

Toutefois, il fellait dompter auparavant la position et tes batteries de Grand-Gulf, dominant un des rares points con-

TOMK n. 6

venables de débarquement. Le 29 avril, Poiter lança contre elles sa flottille de guerre, tandis que les troupes s'embarquaient sur les transp(»rt«î, prf>tes à être débarquées pour Tassaut, aussitôt que le feu de la position serait éteint. Mais cette tàcbe était trop forte pour les canonnières seules. Les batteries confédérées étaient trop élevées et trop résistantes pour être battues efficacement du côté de l'eau. Grant dut aviser un autre point de débarquement, et il choisit pour cela le village de Bruinsburg, un peu va sud de Gfrand-Gulf. Il fallut poser à terre les troupes embarquées, qui filèrent par terre en face de Bniinsburg. Le même soir les canonnières reprirent le feu et 'pendant la canonnade les transports descendirent à leur tour le fleuve, en bravant les batteries de Grand-Gulf.

Dans cette même nuit les troupes du 13^ corps furent réembarquées et traversées sur la rive gaucbe. Une avantgarde se lança aussitôt sur les bluffe, pour protéger le reste du débarquement et pour aller ensuite se saisir du village de PortrGibson, iinportantcarrefour à quelques milles de là. Soos cette protection le 17""* corps débarqua aussi tout à Taise.

Le i«r mai au soir Tavant-garde se trouva en présence de l'ennemi, en avant dé Port-Gibson. Les quatre divisions fédéraies Hovey, Garr, Smith et Osterhaus se concentrèrent et engagèrent le combat contre la seule division sudiste Bowen, de 8000 hommes. Bientôt renforcés des divisions Logan et Quiniby, les fédéraux repoussèrent les confédérés sur tous les points. Le kiuiemain, l'action recommença, et ceux-ci, serrés de |)rès, évncuérent Port-(;ibson el (iran<l-Gulf. Grant occu|)a iiiimt-iluitc laont cette tlcniière localité el y fil établir su nouvelle base. Les hateaux y l'HnionltM'ent de Bniinsburg et vinrent s'aiiiari ci ^> >us les îun ieimes batteries ennemies.

Le corps de Shennan, <|ui, pendant co temps, était resté k la }j;ai (le i\o l'autre base de Millikens-lk'nd et avait dirigé d'utiles diversions contre Wiekslun'g le long du Ya/.(»it, reçut à ce moment l'ordre du ijcnéral Grant de venir rejoindre le gros de rarni<'(> à (;i-antl-(;iill". Kn nttendant, des (ir-snnnstrations et des reeoiinaissanees fuient laites dans toutes les directions, et plus spécialement dans celle de Wicksburg,

tandis que Grant se proposait d'abord d'agir contre Jackson,

la capitale de l'état.

Le 6 mai, il était à même de marcher en -avant avec toutes ses forces, approvisionnées pour cinq jours, et il en donna l'ordre pour le lendemain. Le 7, le corps Me Pherson à droite prit le chemin de Hocky-Springs le long du Black-River; le corps de Me Clernand à gauche le chemin montueux de Willow-Springs ; Sherman suivit en réserve sur les deux routes. L'intention de cette disposition était de porter Me Ctemand et Sherman sur le chemin de fer quelque part entre Bolton et Edward-Station, et Me Pherson sur Jackson par Utica et Raymond. Celui-ci reviendrait ensuite à l'ouest pour rejoindre le gros, après avoir détruit tous les établissements du gouvernement à Jackson.

A Raymond, le 12 mai Me Pherson rencontra deux brigades confédérées, Gregg et Walker, qui, après un combat d'une heure, furent rejetées sur Jackson. Dans cette dernière ville l'ennemi était en train de concentrer des forces sous le général Johnson. Grant l'apprenant, dans la nuit du 12, fit converger tous ses corps sur cette direction. Le 13, les avant-gardes escarmouchèrent sur toute la ligne, et le 14 un combat s'engagea devant la ville même de Jackson. Sherman et Me Pherson suffirent à refouler Johnston, qui était très inférieur en forces; Johnston avait bien donné l'ordre à Pemberton de venir le rejoindre avec tout ce qui n'était pas indispensable à la défense immédiate de Wieksburp:, c'est-à-dire avec une vingtaine de mille horauies ; niais Pemberlon s'y refusa, prétendant que le gouvernement lui avait confié le commandement de la place et que ce serait enfreindre ses ordres que de la quitter.

Pendant que la ville de Jackson était occupée, puis proprement brûlée par les soldats de Sherman, ne prenant pas trop de peine à distinguer les établissements militaires des civils, ni même des églises catholiques, les deux autres corps furent dirigi'^s, dès le 15, sur Clinton et sur Bolton, puis de là plus au nord pour empêcher toute réunion de Pemberton et de Johnston aux environs de Wicksbui-g. Celui-ci s'était replié vers CantoD pour y rallier des renforts ; Pemberton

s'était avancé k la rencontre de reimenii. Son gros, c'est-àdire les trois divisions Loring, Brown et Stevenson, s'était enfin massé derrière un ruisseau appelé le Bakers-Creek. Le 16, Grant lit attaquer, et là se livra une action sévère, dite bataille de Cliampion-Uill. KUe se termina par un succès marqué des fédéraux, qui aurait pu Tétre plus encore si leur colonne de gauche avait fait à temps un mouvement tournant qui lui était ordonné.

Les sudistes purent en échapper, mais en y perdant 4000 hommes, 29 canons, et en se voyant séparés les uns des autres. Une division entière, Loring, qui aurait dû faire sa retraite sur Wicksburg, se rejeta au nord -est et alla rejoindre Johnston.

Les troupes de Pcinherlon se retirèrent cependant en bon ordre et purent prendre une nouvelle position derrière le Bl;i( k-River. Le lendemain déj?i elles y furent attaquées; le pont (In clhMuiii (le t'iT l'ut brûlé trop lùL par ello> et une bonne portion dc> i< m s, avec quinze canons, encore sur la rive gauche, ftit capturée.

Pendant la nuit, Sherman, arrivé de Jackson, passa la rivière plus en amont à Bridgeport, sur un train de pontons ; d'autres ponts furent construits sur la route directe de Wicksburg, et, le 18,1a marche des trois corps fut continuée " contre la place. Sherman s'empara des \Valnut-Uills et de là alla se mettre en communication avec le Yazoo, où il se créa une nouvelle base par le chemin tout opposé à celui qu'il avait pris dans le mois de décembre précédent; le corps de Me Pherson se prolongea à sa gauche et celui de Me Qernand plus à gauche encore, aux environs de St-Alban, et en fiice de Warrenton-blufTs, allant jusqu'au Mississipi. Les confédérés évacuèrent leurs positions avancées de Haynes» " Bluff, Wahiut-HiUs et Warrenton, et le 19 mai au matin la place était presque complètement investie.

Cela ne s étail pas fait sans de rudes escarmouches, où les fédérau.v avaioiil luujuur.s eu le dessus. Le général Grant, ayant petite opinion de troupes qui, depuis le commencement de la lutte sui' ce point, s'étaient toujours retu ées, se décida

' à tenter Passant sur-le-champ, ce qui n'avait en effet rien de déraisonnable. ' ■

Une attaque générale fût ordonnée pour Taprès-midi à deux heures. Mais une fois dans leurs retranchements connus, les confédérés se montrèrent tout autrement solides; les colonnes fédérales ne réussirent à gagner que peu de terrain. Elias subirent de fortes pertes et purent constater que la place était au-dessus d'un simple coup de main.

Le général Grant, avec ia fermeté qui le caractérise, ne renonça pourtant pas d'emblée à l'enlever de vigueur. L'assaut du 19 avait été improvisé; un autre, mieux préparé, pouvait réussir, et il l'ordonna pour le 23. Il fiEdlait d'ailleurs, en cas de nécessité d'un siège, que cette nécessité fût bien démontrée à toute l'armée, afin que la patience des soldats ne (ftt pas mise à. trop rude épreuve. Puis Grant tenait à se débarrasser au plus tdt de Wicksburg, pour courir sur Johnston, qui se refiusait une nouvelle armée à Canton.

Le âS, à 10 heures du matin, suivant les ordres, l'attaque générale commença sur toute la ligne, et avec une par&ite méthode, d'abord par les feux des canonnières, puis par ceux de l'artillerie de l'armée, enfin par les colonnes d'infenterie. Mais partout, sauf sur le front de Me Ùemand, qui parvint à tenir quelques Instants un ouvrage, les assaillants forent repoussés avec de dures pertes.

D feUut se résigner aux lenteurs et aux fatigues d'un siège. Les travaux en fiirent aussitôt entrepris, sous la direction du capitaine du génie Prime et du colonel Wilson, de l'étatmajor général. Tout pouvait iîûre espérer un prochain et heureux résultat pour les fédéraux.

Jusqu'à ce moment les opérations avaient bien répondu à la bonne direction qui leur avait été imprimée par le général Grant.

On a essayé en Europe de les juger peut-être un peu trop lentes, en rappelant que ce mouvement, commencé de Memphis à la fin de janvier et de Miilikens-Bend le 28 mars, avait en somme duré deux mois. Mais si nous sommes disposés à reconnaître que l'histoire des guerres

offre des exemples d^une stratégie plus rapide, nous ne saurions n(^^liger àc rappeler aux trop sévères censeurs la nature toute spéciale du terrain sur laquelle les fédéraux eurent à agir. La marche totale de Millikens-Bend à Wicksburg par New-Carthage, Hard-Times, Bruinsburg, Grand-CrulC, Jackson, Walnut-UUis, ne comporte en apparence qu'une cinquantaine de milles; oiais en réalité, par les tours et détours obligés, elle en compte plus du triple. Si Ton Joint à cela les nombreux embarquements et débarquements qui ftirent indispensables, les 90 milles de ponts de diverses naturas qu'il fidlut construire sur les marécages, sur les bayous et sur les rivières à traverser ; si l'on tient compte qu'il lUlut créer trois bases secondaires sur le fleuve, et livrer sur la rive gauche cinq combats, on ne trouvera pas à reprocher beaucoup de lenteur au mouvement. En tout cas, comparé à mainte autre opération de cette guerre, celle du général Grant autour de 1/Vicksburg avait même le prestige de la rapidité.

Elle eut encore un autre mérite relatif, que le général en chef fédéral se plait à foire ressortir dahs son rapport; c'est que, pendant les 20 jours de campagne sur la rive gauche, les troupes ne tirèrent que pour huit jours de rations des maganns. Pour le reste elles vécurent sur le pays, fiiit qui valait en effet la peine d'être cité en Amérique, à cause de sa rareté. Aux Etats-Unis, en effet, le grand nombre de chemins de fer et de cours d'eau navigables traversant des contrées presque désertes à quelques milles de la ligne, permettait pres<jue toujours aux armées de s'approvisionner plus facilement pur ces coaimuuicalions qu'en fouiruii^eant le pays.

En revanche, on a lieu de s'étonner que les confédérés

n'aient pas su opposer une résistance plus active à cette agrerisioi] périlleuse dii ^^éneral (frant; qu'ils n'aient cherché nulle pari à prévenir ses mouveuienls et à prendre roffensive contre lui avant qu'il fût bien établi sur la rive gauche. I)u haut des maisons <\o \VlLksbur^,^ ou à ce défaut par des reconnaissances aniiées, ils auraient facilement pu pénétrer les iiiti^nlionâ de Grant, et, avec un corps résolu d'une ving-

taine de mille hommed seulement, les déjouer et empêcher ' son débarquement. En un mot, Pemberton et Johnaton se maintinrent trop dans un système de défense passive, qui leur fiûsait gagner du temps peut-être, mais rien de plus.

Il est vrai que les diversions du général Shennan et d'une partie de l'escadre furent adroitement conduites. Il est vrai aussi que du côté du nord, il restait encore, à Holly-Springs et environs, des forces fédérales sous le général Hurbut qui pouvaient donner de légitimes inquiétudes. De là, par exemple partit un raid fédéral qui causa de grandes alarmes dans tout le sud et ne contribua pas peu à entraver la concentration que désirait Johnston.

Ce raid, un des plus beaux exploits de la guerre d'Amérique, fut ordonné i)ar le général Grant au i^énéral Uurlbuty et conduit par le colonel GritM son. de New-York. Avec trois régiments de cavalerie, 6 et 7' Illinois, 2« Jowa, et une batterie d'artillerie» il partit le 17 avril de La Grange au sud du Tennessee. Le corps se dirigea d'abord sur Hipley, qu*il trn prsa, le 18, pour marcher sur New-Albany. Là et un peu plus haut il passa le Tallabatchie. Quelques prisonniers ayant été faits, des détachements furent lancés en reconnaissance de droite et de gauche, le 19, tandis que le gros s'avanra jusqu'à 6 milles au sud de Pohoatoc, etbivouaqua sur la plantation même d'un chef de partisans ennemis, capitaine Wetherall. Pendant les 18 et 19, Grierson avait iait environ 60 milles de chemin.

Le 20 avril le corps se remit en marche avant le jour, en laissant au camp une petite garnison de 300 hommes et un certain nombre de chevaux de lesse capturés et d'impedimenta; ceux-là devaient battre un peu la campagne dans les environs, puis retourner en arri^ro sur La Grange. Ce jourlà Grierson marcha environ 40 milles au sud, jusqu'à Clear- Springs, en évitant Houston, occupé en foirces par l'ennemi.

Le 21, le gros, deux régiments, continue sa marche dans la même direction sur Starksville et huit milles plus au sud, tandis qu'un régiment, le 2« Jowa sous le colonel Hatch, est détaché à l'est vors Columbus, avec ordre do détruire autant que possible du chemm de fer MobileH)hio. Mais près^'Oko- -

lona le colonol Fiatch donn^* an imli-'u d nii catup coni'édéré, où, aprës une \ \\r fM'.d iii'mche, il est bl«'^^t' et rriphiiv rivpc une partie d' son l égiineiit. F.e reste retourne en arrière et parvient îi r- ini f^- h La Granire «juelques jours après.

fie '■2'2, un délachefuent. sous le capitaine Forbes, est envoyé fau*e des démonstrations contre Maeon ; des patrouilles rampantes seulement sont chargées d'aller détruire le cher min de fer et les fds télégraphicpies entre Okolona et Maçon. Un autre détachement bat la campa^me nux alentours de Starkâviile, y brûle une grande fabrique de souliers et y cap' ture un qaartier-maltre de Port-Hudson fourrageant pour ses troupes; le gros va camper 10 milles au-delà de Louisville, en faisant une marche très rude à travei*s les marais de rOkanoxubee, enflés par des pluies de la veille, et où une vingtaine de montures se noyèrent avec grands risques pour leurs cavaliers.

Le 33, le corps traverse le PearURiver près Squire-Paynes, après en avoir repoussé un piquet ennemi juste au moment où il commençait à détruire le pont. De là Gnerson se dirige sur Decatur, puis sur Newton-Station, où il capture 75 hommes avec deux trains de chemin de fer et des provisions et munitions. Les premiers sont parolés, le reste brûlé.

Le 24, la marche se continue sur Garlandsville et sur la plantation Bender, où s'établit le campement du soir.

Le 25, le corps ne fit que 20 milles, car chevaux et hommes étaient épuisés des courses forcées des deux jours 'pré^ cédents. Il campe sur la plantation Dores, à 8 milles, à Test de Raleigh. U fallut laisser là quelques éclopés et malades à la garde de la Providence. Le fameux congrès de Genève n'avait pas encore pénétré dans ces parages; mais lesdits malades n'en furent pas plus maltraités.

Le 2(>, Grierson passe la ville de Ralei^^h, puis traverse la rivière Strong à Westerville, et campe près de là, sur la plantation Smith, ayant parcouru 4d milles de chemin.

Le 27, le corps se dirige sur Georgetown-Ferry, sur Hazlehurst-Station et sur le passage de Pearl-River pi ès de là. Une coui'ageuse avant-garde de volontaires, sous le colonel grince, prend les devants de bon matin et s'empare de

pliiBîeurs ponts et bacs dont U destruction aurait fortement embarrassé la colonne. A Hazlehurst-Station des trains d'approvisionnements militaires et de munitions sont détruits.

Au passage de Pearl-River, le capitaine Forbes, détaché le 23 sur Maçon, rejoint le gros. Ayant donné, à Maçon, au mi* lieu d'un parti confédéré d'environ deux mille hommes qui

débarquait du chemin de fer, le capitaine Forbes se mit hardiment k somuiei- les confédérés de se rendre, puis, pendant les négociations, il sut s'éclipser avec tout son monde, 35 cavaliers.

Le 28, le corps uiarclie sur liai dj^rowe ; de là quatre compagnies sous le capitaine Trafton sont détachées sur Bahala, pour y détruire les rails, le gros va i anipor vers Union- Churrh, nprés ;iv(»u* e.s« uruiuurhé toute l'après-midi et fait (juelque.^ Iiriscniiiers qui donnent des renseigrienieots utiles.

Le 29, liiersun se porte à Brookhaven, sur le i hpinin de fer Nouvcllo-Orléaiis -Jackson ; il y brûle la pai'c ni les magasins et parole deux cents hoiiniies. Le capitaine Trafton, rallié en nmte, a aussi en s«'s siirrés d'incendie et d'escarmouches, et runièiie 30 prisorniiers. Le campement du soir est pris six milles au snd-est de la vill^».

Le 30, le corps déjeûne h Bogue-Chito, en y brrtlant les wagons, les pont^ et la gare du ch<^niin de fer; de là il va camper au sud-ouest de Summil, oii il brûle encore beaucoup de propriétés du gouvernement. Derrière la colonne tous les ponts avaient aussi été- détruits par Tarrière-garde.

Lel*** mai la marche se lait <^tii> la direction du sud-ouest, à travers les bois, jusqu'à la route de Clinton à Oskya. Il y à là une rivière à passer, près de WaliS'Post-offlce, et le pont • se trouve gardé par un piquet ennemi d'une soixantaine d'hommes. L'avant-garde fédérale se lance contre le peut, mais, reçue par une vive fusillade, elie est repoussée; le lieutenant-colonel Blackburn qui la commande est mortellement blessé. Le colonel Prince, qui dirige la tête de la colonne, ùûï aussitôt mettre pied à terre et engager la fusillade. Les carabines et les mousquetons font merveille, ainsi que quelques volées de mitraille de la batterie du capitaine ^mith ; le pont est en partie déblayé, et la colonne passe la

rivière, moitié sur le pont, moitié à la nage, à la pouiiiuite de l'ennemi qui s'évade dans les fourrés. La marche se continue jusqu'à minuit ; à 10 heures du soir la rivière Amite est firanchie à la nage, et un poste confédéré endormi est capturé sur l'autre rivp.

Le 2 mai, de grand matin, l'avant-garde va surprendre à Sandy-Creek-Bridge le camp qui avait fourni le susdit poste, et le brûle. Un moment après, 40 hommes du régiment mississipien Stewart sont capturés avec leur colonel. Vers midi, ia colonne arrive aux avant-postes du général fédéral Aiîgiir, en avant de Bâton-Bouge, et bientôt après elle faisait son entrée dans la capitale de la Louisiane, aux acclamations enthousiastes de tous les fédéraux, et même de la population sécessionniste. Il était temps pour Grierson d'arriver à bon port ; sa troupe était réellement à bout de forces ; pendant les deux dernières nuits de marche, les trois-quarts des hommes dormaient à cheval, et les coups de feu seuls pouvaient les réveiller. En 16 jours il avait parcouru un chemin d'environ 500 milles, en traversant tout l'état deMissîssipi et en tournant deux armées ennemies.

Les ti'oupes fédérales <\n*' Grier-^ 'ii vt'iiait de rejoindre faisaient partie de rirm e du géuéi'al Banks, dont nous devons dire ici quelques mois.

En arrivant à la Nouvelle-Orléans, en décembre 1862, le général Banks avait eu beaucoup de diOicullés intérieures à surniunter ; il avait à conquern' en fait toute la Louisiane, dont it' }<ouvernciacnt sécessionniste, retiré à Opelousas, à l'ouest du Mississipi, possédait encore une ( ertaine force d'action sur le pays. \.n [in/niiérc operaiiun fut, comme nous l'avons déjà dit, de reprendre Bàton-Ilou^e, ce dont il chai^ea une de ses divisions sous le général Grever. Sa seconde affaire consisterait à diriger de là quelques troupes de len e contre Port-liudson, en même temps que l'amiral Farragut s'y ]»( trierait avec la flotte. Nuus savons déjà que ce mouvement avait échoué. Farragut avait trouvé des batteries l)eaucoup plus fortes qu'il n'avait pensé, et les tioiipes de terre ne purent se mettre en marche. D'autre part la situation

politique de la Nouvelle-Orléans et du sud de la L(iuisiaiie était infinioient moins favorable qu*on se l'était imaginé.

L'hiver ?e passa essentiellement en préparatife et en préli*' minaires. BAton-Rouge fut organisée en solide base pour les opérations sur la rive gauche, contre Port-Hudson entr'atttres, et Berwick-City sur le lar CThetimaches fut occupée par le général Weitzel, pour devenir la base des opérations sur la rive droite, contre Opelousas et la Rivière-Roûge.

Vers le milieu de mars la campagne fut sérieusement reprise. Farragut remonta le fleuve avec une flottille de bâtiments de guerre et quelques transports, ayant son pavillon à bord'du Hartford, de 25 canons. En même temps une colonne de troupes devait remonter la nve gauche de BAton- Rouge à Port-Hudson.

Le 1-& mare, la flottille se concentra sous cette place, et les canonnières commencèrent aussitôt leurs feux, qui firent plus de bruit que de mal. Farragut avait résolu de forcer le passage la même nuit, et à 9 heures du soir il en donna le signal. Mais les artilleurs des batteries étaient à leur poste, et un tir puissant fut ouvert sur les bètiments. Ceux-ci répondirent de leur tribord; mais ils reçurent tous des boulets et des avaries plus ou moins graves. Un d'eux, lû Mississipiy de 75 canons, qui s'était jadis acquis de la renommée dans la guerre du Mexique et comme pavillon-amiral de l'expédition du Japon, fut mis en flanunes et coula, après que l'équipage eût pu heureusement se sauver à la nage. Après une lieure d'une canonnade furieuse, l'amiral Farragut se trouva, avec le Hartford et VAlhaltrM seulement, en amont de la passe. Les autres bâtiments avaient dû virer de bord et redescendre. Ils s'ancrèrent un peu au-dassous de la place.

Les troupes de terre, encore cette fois, n'avaient pas concouru à l'aflaire, les arrangements n'ayant pas été bien pris pour une action commune. Après de grandes difficultés de marche, elle.-? rentrèrent à Bâton-Rouge.

Farragut attendit quelque temps, mais en vain, d*étre rejoint par quelques-uns des siens; puis il continua à remonter le fleuve, et fit de nombreuses captures de transports confédérés sur le Mississipi et sur la Rivière-Rouge. Le 27 mars.

il passa heureusement devant les batteries de Grand-Gulf, et le 29 il lit sa jonction en quelque sorte avec Porter, en recueillant le Switzerland un peu en dessous des dernières batteries de Wicksburg. Le l'"»' avril, les trois bâtiments redescendirent le Mississipi, passèrent encore heureusement Grand-Gulf, et se bornèrent à croiser dès lors sur les eaux entre ce point et Port-Hudson. A la fin d'avril, comme nous l'avons vu plus haut, Porter arriva aussi avec le gros de sa Ûottille dans cette partie du fleuve.

Sur la rive droite du Mississipi le général Banks se mit en marche au commencement d'avril, avec les trois divisions Weitzel, Emory et Grever, tandis que la di vison Âugur tiendrait Bâton-Rouge. Il avait devant lui, dans la région du bayou Teche, et cntr'autres dans une position retranchée entre Patersonville et Gentreville, une dizaine de mille sudistes sous les généraux Sibley et Taylor. Ceux-ci avaient eu ça et là quelques avantages en février et en mars; ils s'étaient avancés le long du bayou Teche et sur les rives du lac ; ils avaient un jour, exploit as.sez sinti:uliiîr, mais qui s'était déjà vu, capturé une canonnière de Weitzel, la Diana, avec de la cavalerie.

Le 13 avril, la position des confédérés, tournée pnr la division Grever, fut évacuée par eux, et ils se retirèrent sur Vermillonville, Refoulés de cette nouvelle position, ainsi que de Franklin et de New-lberia, les trois jours suivants, ils cessèrent toute résistance sérieuse ; ils brûlèrent tous les bateaux qu'ils possédaient sur le lac et sur le bayou Teche, parmi les((iiels se trouvèrent aussi leurs récentes prises, le Queen of theAVest et la Diana. La nouvelle capitale, Opelousas, fut occupée le 20 avril par Banks, qui, de Ikse dirigea vers la Rivière-Rouge. Le 6 mai, il atteignit la ville d'Alexandrie sur cette rivière, quelques heures après que l'amiral Porter venait d'y arriver avec une partie de ses canonnières.

De très riches captures de matériel , de bétail , de sucre, de coton, y furent faites, et un grand nombre de nègres, profitant de l'émancipation décrétée, vint se réfugier vers les fédéraux, où ils furent bien accueillis. Nègres et butin

furent embarqués pour la Nouvelle-Orléans ; quelques jrarnisons furent laissées dans les principales villes, et le f:ros de l'armée se dirigea sur Point-Coupé, village de la rive droite du Mississipi un peu au-dessus de Port-Hudson . Là, Banks franchit le fleuve sur des transports, les 20 el !2i mai, débarqua à St-Francisville, et alla investir la place par son côté le plus faible, par. le côté nord, faisant ainsi contre Port-Hudson une opération tournante tout-à-fait semblable à celle que Grant avait effectuée contre Wicksburg.

Ce dernier, auquel nous pouvons niaialenant revenir, devant Wicksburg, coniuieneait h sentir le poids de la lourde tàehe qu'il s'était donnée. Le siéiie d une telle place n'était pas ehose facile. Le front de it.-ri-e à investir, même resserré, ne comptait pas moins d une douzaine de milles de développement, et il s'y trouvait peu de points naturellement favorables à rétablissement iL' batteries de brèche. 11 fallait partout s'avancer à la sape et élever des batteries à découvert, ou taire des l»lindages sous le feu même de l'ennemi. Le nombre d'ofliciers pouvant diriger de telles opérations était fort restreint dans l'armée, cai* si tous les corps américains abondent en excellents piomners et en ingénieurs pratiques, très habiles à tracer des épauiements de campagne et à nnproviser des ponts, il s'en trouve infiniment moins d aijtes à mener des travaux réguliers de tranchées et de siège. I/arnu'e de Cirant dut l'aire son apprentissage à cet égard ; elle le lit réellement et avec succès, >(jus la direction de quelques officiers subalternes du génie de l'arniiôe régulière, les capitaines Prime et Comslock eiilr'auti-es.

Une autre dit'iiculté résidtait des deux ennemis qu'd fallait contenir, Pemberton, dans lu place, fort d'une quarantaine de nulle hommes, ju^calt-on, et Joimston qui, entre Jackson et (.Canton, s'en rassemblait une quarantaine de nulle autres. 11 fallait donc l'ournii' une armée de siège une armée d'opérations. Pour cela l'elVectif de Grant était insuffisant, et il allait le devenir plus encore par le licenciement obligé dô quelques régiments près d'avoir iim leur temps.

U y para d'abord par une bonne circonvoUation, ie long

du liig-Bityou et du Clear-Creek , depuis les hauteui^ de "WaiTcnton à celles de Haynes-Bluff.

Il lit au^.si arriver à lui tous les renforts dont il pouvait disposer, et en sollicita d'autres du gouvernement. Quelques corps de nègres lurent formés avec les travailleurs requis pour la construction des canaîix ; deux autres régiments noirs furent envoyés de Mempliis, tous furent d aboi d mis à l'instruction à Millikens-Bend, et préposés h la garde de cette base. Ce renfort fut suivi d'autres plus ini})ortants, si bien que dans le courant de juin le général Orant disposait de six nouvelles divisions, à savoir les divisions Laumann, du déi)artement de Memphis, Smith et lUmball, du 16"" corps, Herron, du département du Missouri, plus deux divisions du 9« corps, sons le général l^arkc. Six divisions furent placées sous les ui dres de Sherman, dont le }j;ros était concentré autour de Haynes-Bluff, poiir veiller à Johnston. Le reste procéda au siège proprement dit et à l'investissement. La flottille de son côté croisait activement sur le fleuve, et laissait passer aux confédérés peu de transports de vivres ; dès le commencement de juin le blocus était complet.

Pemberton parait avoir regardé les h avaux dirigés contre lui d'un œil assez tranquille ; il n'essaya de s'en préserver que par de bruyantes et stériles tirailleries. Il avait mis tout son espoir dans la solidité de son front contre de nouveaux assauts; dans la Providence, qui n'abandonne jamais le bon droit ; et dans une offensive de Johnston pour le délivrer. Quant k prendre l'olfensive lui-même, (juant à opérer une sortie sérieuse pour paralyser le progrès des tranchées ou pour surprendre les postes ennemis, dont la vigilance était souvent en défaut, ou pour chercher à rallier Johnston, cela ne lui vint pas à l'idée.

Johnston de son côté n'était pas assez fort pour assaillir Grant dans ses retranchements, et les tentatives de délivrance de la place se restreignirent à quelques alTaires de peu d'importance.

Le 6 juin, les généraux sudistes Taylor et Me Cullock, qui opéraient sur la rive droite , vinrent attaquer Millikens- Bend avec 5 à 6 mille hommes. Leur principale intention

était de jeter dans Wicksburg un renfort de troupes et de provisions. La brigade nègre, sous le colonel Dennes, rc^^ista à cette attaque avec une grande vaillaiiee et repoussa linalement Me f'ullorh en lui infligeant de ijévères pertes. Deux bateaux seiilenient du général Taylor purent pénétrer dans la place depuis Soto, point conàplétenicnt sous le feu des batteries de l'autre rive. Le i2 juin une seconde alTaire de ce fienre n'eut pas j)lus de succès, et depuis l<irs il ne se' pr(Mluisit, sur la rive droite, que des escarmouches sans re.su Uals.

Sur la rive gauche Johnston s'avança plusieurs fois jusqu'en vue des lignes fédérales. Le '24 juin, il traversa la rivière Big-Black, et fit mine, le 25 et le 26, de vouloir attaquer en niasses. Mais il se borna à mie canonnade à grande portée et à des cvtiiil^ats de pali uuille. Pemberton, qui aurait dû, en même temps, procéder à une vigoureuse sortie, n'osa s'y décider, et Johnston, ne voyant neti venir de la place, renonça à Tuffensive pour le moment.

Du reste de part et d'autre les confédérés avaient d'assez bonnes raisons pour se borner à l'expectative pendant quelques jours de plus. La place venait d'être fort émue par un bomliardement plus vjl i^uc d iuibitude, et qui avait lorcé les habitants et les deienseurs à s'arranger des casemates dans toutes les caves des aboids. La outre, une mine avancée des pionniers fédéraux avait si bien joué qu'elle avait écorné un des plus importants ôuvrages, et pratiqué une brèche par où Pemberton s'attendait à cbaquo instant ?i un nouvel as- .saut. 11 disîiosa fui t bien toutes ses forces pom ia défense de ce point spécial, et songea moins que jamais à l'offensive. Quant à Johnston, son piiricipal but, dès qu'il se fut convaincu que les fédéraux étaient sur leurs gardes, avait été de bien reconnaître leurs lignes pour en pi older plus tard. H méditait une action décisive, aussitôt qu'il aurait pu être renforcé de quelques divisions attendues, les unes de l'Alabama et d'autres, sons Kirliy Smith, de la rive droite. Il flt savoir ce projet à Pemberton , avant de se replier au delà du biack-Hiver.

Pai* malheur pour lui Pemberton ne reçut pas cet impor-

— jetant message, qui fut au contraire captui c (jar les fédéraux. Sa mauvaise humeur contre. Johnslon iul police au euinble, quau 1, tles hauteui s de Cux, il le vit se retirer, le 'iï, sans avoir eiigu^é lu baUiUIe.

De leur côté les fédéraux be tinreut pour Incu avisés par Ie#rens*^iyueiuenls interceptés, et ils redouUùrenl (renV)rls pour hâter une solution favorable. Les derniers juur» de juin et le i*^'" juillet virent encore sauter avec succès plusieurs minesr D'autres s'avanrerenl l apidement et seraient bientôt, sur eiiiq uu six points du front, à (ju^lques pas des ouvra;res. Des bulleries de gros calibre naval avaient été étabhes pur la flotte, et d'autres de Parrott de lU) liv. par l'armée, qui devaient être très efficaces.

Aussi le pénéial (.laiit s'était résolu à donner l'assaut général le G juillet. Ce jour-là, après (pie toute l'arLillerii^ de terre et de Porter aurait tonné conlrc les ouvrages, et (jue toutes les mines auraient joué, six colonnes principales se lanceraient à l allaque, H seraient soutenues jusqu'à ce que la place fût emportée. Sherman seulement resterait en réserve, et contiendrait Johnston, s'il y a\ ail heu. Aussitôt que Wicksbui'ji serait prise, il ferait plus encore; il ouvrirait l'offensive contre .ii>hiiston. A ce sujet Grant avait écrit à Sherman que puisque la place n'avait plus de conliance qu en Dieu et en Johnston, le succès des fédéraux ne dépendait plus (|ue de tenir loujoure Johnston à 15 milles de distance au moins.

Les prt'paiaLil.'. de cette opération décisive et qui sans nul doute eût réussi, iHaient en cours, lorsfpie, le :5 juillet, Pemberton, ai^n-i et découragé à l'excès, demanda à négocier. Le général Cirant s'empressa de lui iaire des conditions honorables, et, api'ès quelques pourparlers, une capitulation fut signée le 3 au soir. Le 4, à 10 heures du matin, le général Grant, avec son état-major, lit son entrée tlans la place ; le drapeau fédéi al y hil immédiatement arboré et l'anniversaire de l'Indépendance, qui ne pouvait tomber sur des circonstances plus heureuses, solennellement célébré.

Les trophées du vainqueur furent de 31 mille prisonniers, 89 pièces de siège, 12G pièces de campagne, 50 mille fusils

et de nombreux magasins bien fournis. Dans les autres affaires, l«'s confédérés s'étaient laissé capturer environ 6 mille hommes. Tous les prisonniers furent pàrolés, jusqu'à échange régulier ; ils durent déposer leurs armes et reçurent des rations et des chars de transport pour rentrer en colonne dans TAlabama. Les offîciers purent conserver leurs montures et leurs épées.

Les pertes des fédéraux atteignaient h une quinzaine de mille hnrnnies, dont un niilli' i de tués, et à une vingtaine de bàUmeJitd de guerre et de ti ansport.

Ainsi se terminèrent le siège ou plutôt les opérations de Wicksburg , du Sébastopol américain, disait-on. Elles durèrent pr^'s d'un*' .mnée, avec -46 jours de siège proprement dit.

Ori rii lit-iaiid bruit en Amérique; mais sans contester la i,raiideur des efforts «pfelles mirent au jour, nous ne saurions point partager sans quelques réser\'es l'admiration si large qu'on leur a vouée.

La défense a été appelée liéroique, et nous croyons au contraire qu'elle l'a été fort peu; elle s'est bornée à repousser un seul véritable assaut, celui du 22 mai. Quant à la faible attaque de Sherman du 29 décembre, et à l'essai de coup de main de Grant du 19 mai, nous ne saurions découvrir le grand mérite d*en avoir triomphé. Depuis lors, Pemberton et Grant ne firent que remuer de la terre, et la place se rendit avec des approvisionnements qpii auraient pu la fisdre tenir encore pendant deux à trois mois. Ce qu'on a dit des soul&ances de la garnison par manque de rations n'est que pure ikble. £n revanche la création soudaine de cette place pendant Vêlé 1863, l'érection plus improvisée encore des batteries qui arrêtèrent les premiers efforts de Sherman et de Grant, font autant d'honneur au coup d'oBiT militaire du gouvernement confédéré qu'aux officiers du génie et de Tartillerie chargés des travaux et de Tarmement.

Quant à Tattaque nous ne saurions également nous prosterner devant son succès final , au point d'en vouloir ignorer certaines défectuosités de principe.

TONSU. 7

Nous no sommes point encore persuadé do hi nécessité du grand mouvement tournant de. Millikens-Bend rontro Wickshur\i i»ar Hnrd-Timos, Bruinsbur^ et Grand-Gulf, mouvement qui pouvait présenter de gravts périls en face d'ui] adversaire (l'initiative, tel qu'eût été Stoncwall Jackson, par exemple, (Ml Priée, ou simplement Morgan. Hien ne nous a prouvé que ce ;j;rand apparût stratégique fût nécessaire et qu'il n'ait pas été , suivant l'expression vulîiaire, chercher midi h quatorze lieures('V Shcnnan nous jiarait au contraire avoir vu les elioses à la fuis plus simplement et \)\u^ justement, quand il prit son point d'attaque droit devant lui, sur le nas-Yazoo, et noUb sommes enclin à croire (^ue si cette nit'itie attaque avait été répétée en forces, elle aurait pu réussir au^îsi bien que eelle par le mouvement tournant; en revanche elle offirait beaucoup moins de risques, par l'appui d'une base el d'une ligne de communications en pai faite sécurité.

Une fois le niouveuient tournant a.dmi?i. nn pourrait encore reprocher au général Grant de s'être iaissé distraiie du but principal, Wicksburg, vers un objectif secondaire et excentrique , Jackson. Arrivé au Big-Black , ù llankinson- Ferry, il lit des diversions contre la place et son opération contre Jackson ; tandis qu'à notre humble avis c'est tout le contraire qui eût dû être fait. Il aurait .investi jilus vite la place; \\ se serait épaigné au moins deux combats, dont l'un risqua un moment de lui être fatal, et il n'aurait que mieux réussi à diviser les forces de ses deux adversaires. En courant sur Jackson, Grant amenait au contraire ceux-ci à se rejoindre, et ce ne fut certes pas sa faute s'ils y mantfuèrent. Du reste, l'occupation de Jackson n'avait aucune importance miliUire ; son sort dépendait de celui de la place de Wicksburg; au bout de deux joui*s on dut l'abandonner, et ette tomba ftcilement à )a suite de Wicksburg..

Après cela on ne doit que des éloges à la persévérance et à rénergie avec lesquelles le général Grant poussa le siège,

(i) A la décharge île Grant. nous devons dire que 1l> gi ut-ral Me Cleniand, dan* un pompeux rappoi-t sur les opérations do son corps, s'altrUlue 1* g^oira (ffeVOif iiiH>iré le mouvement et de ravoir amené par soi) initlaUve, oomiDenc^ non iiar ordn» mala Avae la permi—iatt aaiiUman^ ^ ^yFiWTNiimkirt «I fliMrf

ainsi qu'à la prompt I I n i du gouvernement de Washington à lui fournu' tous le^ reniorts dont il ^ut besoin.

Les opérations fédérales lureni aussitôt continuées dans le rayon de la place conquise. L'anùral Porter renionta le Yazoo et occupa Yazoo-City, le 13 juillet, de concert avec la division Jierron.

Le général Sherman suivit à l'idée d'offensive contre i Johnston, qui avait été projetée. Avec son 15*^ corp.^, commandé inlérimairement par Steele. avec le 13^, commandé par Ord à la place de Me ClernaiRl, retiré pour raisons de santé, avec le 9^ corps, sous Parke, et un corps combiné de deux divisions, sous Lauman, il marcha, dès le 5 juillet, sur Jackson. Là s'était concentré Juhnston avec une trentaine de mille lionnnes, demère deux li^qies d'ouvrages de campagne. Trois attaques successives et sanglantes furent livrées par^hernian les 12, 14 et 15 juillet. Le 16 au soir Johnston évacua la ville pour se replier plus à l'est sur Morton. La capitale du Mississipi fut de nouveau occupée par les troupes de Sherman, qui de nouveau la brûlèrent, en représailles d'assassinats de rues et de mines explosives dont ils eurent à souflrir.

A Port-Hudson, toujours a.ssiégé par Banks et Farragut, le général darduer avait fait une belle défense. Il avait repoussé trois importants assauts et avait pris quelquefois l'offensive avec succès. Toutefois quand Banks lui apprit la reddition de Wicksburg, il comprit qu'il ne lui restait aucun espoir de secours, et il se décida aussi à capituler. Il rendit la place, le 9 juilllet, avec 5500 hommes, 70 pièces, dont six batteries de campagne et deux steamers.

Tous les points importants entre Wicksburg et Port-Hudson, Natchez entr'autres, forent aussi occupés, et au milieu de juillet, la conquête du bassin du ICississipi par les fédéraux était complètement achevée. Il ne restait plus, pour féconder ce grand succès, qu'à pénétrer plus à l'ouest, dans la Louisiane odcidentale, dans le Texas et dans TArkansas, en s'aidant des afihients du fleuve. Ce fot la tftche d'une autre campagne.

Pour le moment, et pendant les fortes chaleurs, Grant crut pouvoir laisser k ses troupes un repos qu'elles avaient bien mérité.

En attendant de retrouver les vainqueurs de Wicksburg sur d'autres théâtres de guerre non moins glorieux, nous devons analyser aussi ce qui s'était passé, pendant ce temps, sur un grand nombre de théâtres secondaires, et c'est ce qui fera l'objet du prochain chapitre.

Opérations sur les côtes- — Blocus et corsaires. — Relations extérieures. — Première attaque navale de Charleston.

On n'aurait qu'une idée inexacte de la grande .mie itc civile américaine, de cette vaste fournaise où bouillonnaient tant de pa?sion>; et de vues diverses, si l'ou négli^'cail conipléteraent les noinlircuses opérations secondaires qui bruissaient au milieu des o|)èrations principales. Souvent ces entreprises, les côtières surtout, partirent seulement , de l'initiative de quelque particulier politi(pie ou militaire, qui prenait souci d'en démontrer l'importance au gouvernement. D'autres fois elles sortirent des nécessités du blocus. D'autres fois encore elles ne devinrent accessoires (pie par leur minime résultat, en repard de ce qui s'était passé ailleurs. Mais elles n'en «avaient ni moins préoccupé vivement l'opinion puldique à leur début, ni moins engagé d'immenses ressources de l'administration.

Nous avons déjà eu soin d'enregistrer ('), outre les grandes expéditions de Farragut avec Butlei*, puis avec Banks en Louisiane, celles de la Caroline-du-Nord et de la Géorgie.

Nous aurions dû en mentionner plusieurs autres encore si notre but avait été de donner une statistique complète de cette guerre, de son action muinune surtout, plutôt qu'une esquisse critique de ses opérations stratégiques.

Lorsque le 19 avnl 18G1, Lincoln déclara le blocus des eu-

(1) 1<* Tolum», G)m>it» IX.

tes rebelles, il ne pul pas sur-le-clianip rendre ce blocus effectif. Les quatre ports seulement do (.iliarleston, de Savanuah, de Moliile et de la Nouvclle-OrlèaDs furent observés, plutôt que bloqués. Au fur et à niesuic que le secrétaire de la marine de ri'niou put recouvrer ses bâtiment-, éi>arpillés ou s'en créer de nouveaux, les escadres furent renforcées.

Déjà en octobre 1861 une flotte de 75 bâtiments sous le Commodore Dupont, avec une vingtaine de mille hommes de troupes de terre sous le général Sherman Thomas (') put partir de Fort-Monroe, et elle établit sa station principale à Port- Royal et Beaut'oi l au bud de la CaroIine-du-Sud, entre Charleston et Savannah. De là, tout en rentoreant le blocus de ces deux poi-ls, elle lan\;-a des expéditions sur un Ln-and nombre de points de la côte. Une autre expédition, suus le Commodore Stringham et le général Butler, avait déjà piis possession des Iles Hattcras, daos la Caroline-du-Nord, et s'étendit aussi dans son rayon.

Ainsi plusieurs points de la Géorgie et de la Floride, Brunswick, St-Augustin, Jackson ville, etc., furent oceupés; les forts Pickens, dans la baie Pensacola, Puîasky, dans la baie de Savannah, Maeon, dans celle de Beaulbrl ( Caroline-du-Nord), les ]>asses de Hatteras furent constamment visités et approvisioimés.

Dès la fm de mai 1862 les fédéraux étaient si bien établis dans les ports de Nouvelle-Orléans, Port-Royal et Beaufort (Garoline-du-Nord) que le blocus en fut levé à dater du l^juin ' pjur décret présidentiel.

Un gouverneur militaire de la Caroline-du-Nord avait été nommé dans la personne du général Stanley, au mois de mai 1862 , et lorsque , deux mois plus tard, le général Bumside ftit appelé de New-Berne à rejoindre Tarmée du Potomac, il fut remplacé dans le commandement des troupes restantes de la CaroUne^U'î^ord par son plus ancien officier, le général Foster.

Pendant l'été de nouvelles troupes furent aussi envoyées dans la Garoline-du-Sud, sous le général Hunter, qui venait de commander dans l'ouest.

(1) n y «ttt daux génénux fédénrax da nom de Sbeman.

Dans les premiers jours de juin, le colonel du génie Benhanf avait débarqué avec une brigade, sur nie James, devant Cfaarleston, ù gauche de la baie<; et le 14 juin, conjointement avec la brigade Stevens, il avait attaqué les ouvrages confédérés, commandés par le général Pemberton. Mais les fédéraux après trois tentatives d'assaut avaient été finalement repoussés, avec une perte d*environ700 hommes. En septembre le général Hunter, pour avoir, comme Fremont, dépàssé ses attributions en excitant les nègres k TinsurrecUon, fut rappelé à Washington et reniplucé par le général Mitchel. Sous ce célèbre astronome rien de décisif ne fut tenté, sauf une pointe du général Terry contre le chemin de ier Cliarleston-Savannah glorieusement repoussée, près de Pocotaglio, par |}eaure;(ar(l. J.cs ùvéncniciits de la Vii-giiiic absorliaient alors loulc l'attention (^t toutes les forces, car c'est là que se jouait la partie pruicipale.

D'ailleurs, les confédérés s'étaient créé une nouvelle armée pour la défense sjiécialc de (lliarleston. Cette armée, aux ordres de Beaurei^ard, nommé au eoniiiiuiidcment du département de la Garoline-du-Sud et de la Géorgie, n'aurait pu être affrontée qu'avec une aimée entière de dél'aiquernent, et à ce moment, nîi la capitale même de TUnion était menacée, on ne pouvait [t i> ilisséiuiner tant de troupes dans ces parages. On ne pouvait attaquer partout h la fois. Fn se l>ornîint seulement à retenir à Charlestun, par le moyen de la Hotte et de quelques troupes, une portion des armées confédérées qui auraient pu éti"e eniiiloyét's utilement ailleurs, on obtenait déjà un succès relatif. Il serait encore temps plus tard de revenir h l'offensive contre eet objectif si important, grand centre de eommerce , d'industrie et de politique , iierceau et foyer de la l'eljellion.

Plus au nord, dans les lignes de New-Berne et de Ilattcras une oftensive énergique eût été mieux à sa place, car elle se fût reliée aux opérations de la grande armée du Potomac, et eût pu les seconder tivs ellicacement. En .s'emparant de (Hiehiues points du chemin de fer \Villmington-\Veldon-Pétei sbui g, on pouvait couper une des principale? communications de Richmond, et causer à la défense de cette place un «

fort préjudice. II n'aurait pas été hon plus hors de prétention de penser à eiîectuer une jonction de l'armée de la Car roUne-du-Nord avec celle du Potomac sur le James-River.

Toutefois la contrée, déchiquetée par un grand nombre de criques et de cours d*eau marécageux» offrait de fortes difficultés de marche ; et les plans d'une concentration sur le James-River ayant été abandonnés en juillet, rien d'important ne se fit dans ces parages pendant Tété et l'automne 186â. Les troupes de Foster se bornèrent à tenir solidement les principales avenues de terre et de mer des baies d'Albermale, de Pamlico et de la Neuse. Les villes de Elisabeth-City, de Washington G. N. et de New-^rne formaient les principaux postes de cette occupation.

De là des pointes furent lancées de temps en temps dans la direction du chemin de fer sus>indiqué, ainsi que dans celle de Norfolk et de Suffolk, villes occupées par les fédéraux.

Au mois de décembre 1862 une pointe fut combinée sur une échelle un peu plus vaste. Les troupes de Suflblk, sous le général Peck , s'avanceraient contre Franklin et au-delà, tandis que Foster se porterait de New-Berne sur Goldsboro. Les deux entreprises ne réussirent que partiellement. Peek atteifîuit bien Franklin, le 3 dêreniiire, et y i-tq)rit la batterie p('ii-;v!vanieinie dePittsburg capturée d;ins la canipa^uie de la pt iiin lîle. ; mais quelques jours après, il dut s'arrêter , puis battre en retraite sur Sulïolk.

Foster réussit à s'avancer jusqu'à Goldsboro , avec une quinzaine de mille hommes, el après avoir livré trois combats heureux, à South-^Vest-Cl'eek, àKinston et hWhitchall, contre les brigades confédérées Evans, Pettigrew et Clingman. Mais une fois àr.oldsboro, il se borna détruire le ehemni de fer, i»uis il se replia, le 20 dccemljre, sur Ne\v-B(MMie. Dans ces cn!n f:iit*^s la petite ville de Piymouth, sur la baie d'Albermarle, fut brûlée })ar les troupes fédérales.

A leur tour les confédérés, tranquilles sur leur front de Virginie depuis la bataille de Fredericksburg , renforcèrent leurs troupes de la Caroliue-du-Nord du corps de Hill D, et prirent l'offensive contre Foster et ÎPeck, dès la fin de janvier

1863. Mais ceux-ci réussirent à se maintenir sur tous les points, qu'ils avaient eu soin de bien entourer de retranchements.

Le poste fédéral le plus sérieusement menacé fut celui de Washington N. C. à l'embouchure du Tax-River dans la baie de Pamlico. Les deux mille hommes de garnison qui s'y trouvaient furent rejetés dans leurs retranchements, le 22 mars, et y subirent un siège en règle de la part des généraux Hill et PetUgrew. Le 15 avril seulement ils furent délivrés par le général Poster, renforcé d'une division sous le général Ueek- - man, qui venait de lui arriver de PortrRoyal.

Dans le golfe du Mexique, en Texas, les confédérés avaient aussi repris l'offensive et ils y avaient été plus heureux.

Le ville de Galveston avait été prise sans coup férir par les fédéraux. Déjà en octobre le port avait été occupé par une petite flottille de 4 b&timents de guerre sous le commodore Renshaw, et, aussitôt après son arrivée à la Nouvelle^rléanSy le général Banks avait fait occuper la ville elle-même par une faible brigade d*in£anterie, sous le colonel Hurill. Ces deux officiers se virent bientôt claquemurés dan$ Ieui*s posi* tions par des retranchements que les confédérés, sous le général Magruder, élevèrent tout autour d'eux pour les empêcher d'aller plus loin. Des demandes pressantes de renfort adres* sées au général Banks restèrent sans effet, tandis que, dans l'intervalle , Magruder avait réussi à rallier quelques corps éparpillés, de l'artillerie, des bateaux, et s'était accru au point de pouvoir attaquer à son tour.

Dans la nuit du 91 décembre il se dirigea silencieusement sur la ville, avec sept régiments et 22 pièces d'artillerie; il la traversa de même jusque devant le quai oCi étaient les positions des fédéraux, et trois de leurs bâtiments à l'ancre, le Harriet-'Lanef le Owctsso et le Clifton, Quatre vapeurs confédérés, sous le major Smith, avaient suivi le mouvement en descendant la rivière. L'alarme ne fut donnée que par les premiers coups de canon de Magruder, que le général pointa lui-même sur le Harriet-Lane. Les bâtiments ripostèrent, et bientôt une furieuse canonnade rompit la tranquillité de la nuit.

Après quelques feux le Otoasso et le Cliftm réussirent à gagner le large ; mais toute la garnison et les deux autres na- A'ires furent capturés. Ce n'est pas que ceux-ci ne vendirent chèrement leur vie. La petite troupe du colonel Burrill, assaillie par des forces cpiadruplos, Jiiil hors de combat une centaine de ses adversaires, et en perdit aiitaiil. Le capitaine, le lieutenant et une trentaine d'hommes du Harriet-Lanc se firent tuer à leur poste. Le commodore Renshaw, à bord de la canonnière Wcstfifhl, se lit sauter avec elle, au moment où renneuii mettait le pied a bord.

De tels incidents et le mouvement incessant de troupes ft''dérales le long des territoires baignés par le golfe du Mexique et par rAtlanti([uo avaient pour résultat d'alTaiblir les flottes de blonis ot de rendre celui-ci plus diÛicile. Pour blnqnor berniLlu jia iiient rijintiense développement de côtes des éluLs du sud, depuis les bouclies du Hio-firande îila Chesapeak, la marine fédérale pouvait paraître insuffisante. Mais elle s'augmentait ( baqup jour, et son activité ne connaissait pas de limites. Grâce à cela, le blocus bien réel des principaux ports se trotiva effeetuédès l'été de 1862, sinon plus tôt.

Le eommodore Dupont s'était, il est vrai, aidé dans sa difficile tâche d'un moyen plus digne du droit des gens des castors que de celui du traité de Paris de 1856. Il avait tout simplement amené, en décembre 1861, devant les passes de Charlestou une flotte de seize vieilles carcasses chargées de pierres, et il l'y avait coulée. Ou en avait fiùt autant vant Savannah.

Cette destruction d'une propfriété k laquelle le commeree du monde entier était intéressé donna lieu fc de vives manifestations réprobatrices en Europe. Le gouvernement biitan* nique en fit même l'objet de plaintes formelles adressées au cabinet de Washington, qui, tout on rencontrant de l'écho chez l)eattcoup de gens aux.£tats-Unis, ne laissa pas non plus d'y provoquer de l'aigreur.

En dépit de cette mesure semi-barbare et malgré la vigilance de la croisière fédérale, bon nombre de bâtiments parvinrent Journellement à rompre le blocus de Gharleston, de

Wilmington, de Mobile, de Savannah et de plusieurs ports encore. Journellement aussi d'autres navires, la plupart anglais, furent saisis devant ces ports , et de riches captures furent faites par les marins unionistes. Il résultait de là que des deux côtés on avait certains droits de plaider l'illégalité ou la l^lité du blocus. Les gens du sud et leurs amis d'Europe lo prétendaient non effectif, puisque tant de bâtiments Y échappaient; les gens du nord le prétendaient très effectif, puisqu'ils faisaient tant de prises.

Un incident vint à point donné montrer qu*en somme c*élait avec ces derniers que se trouvait la vérité. Le général Beauregard résolut de prouver aux consuls étrangers à Charleslon qu*il irauvait rompre le blocus quand il voulait, que par conséquent celui-ci n'était pas'effectif, donc pas légal , et que l'Europe ne devait pas l'admettre. A. cet effet une flottille de cinq bétiments sudistes, dont les deux béfgaSbBA cuirassées Paimetto^State et Chieora, sous le commandement du capitaine Ingraham, déboucha, le 91 janvier, des passes de Charlésion, et se dhigeatout droit sur Tescadre de blocus qu'elle parvint à surprendre à la fliveur du brouillard. Deux canonnières fédérales, le Mereediia et le Key-SUme^ furent coulées en peu d'instants; d'autres bâtiments, le Quafter-Ctty particulièrement, ftirent endommagés et le tout dispersé. Mais cette escadre n'était qu'une avant-garde; la canonnade et les signaux suffirent à -amener, dès le lendemain, devant le port une dizaine de bâtiments fédéraux , et dès le surlendemain une vingtaine, qui firent, ces jours-là, des prises considérables. Il fut ainsi établi que môme une bataille perdue n'ôtait lien à la sévérité du blocus. Le général Beauregard prélendit bien Je contraire et publia une proclamation, destinée à filtre de l'effet sur l'Europe , où il déclarait la non-effectivité du blocus ; mais l'Europe , bientôt renseignée, n'en tint aucun compte. ESe admit la légalité du blocus notifié, se consolant moB doute par la pensée que cette concession renfermait une reconnaîsance implicite de la Confédération du sud comme belligérant, par conséquent presque comme état

Si la flotte de croisière fusait souvent de belles pri- «es, qui enrichissaient le trésor et les marins au détriment

des coaiiiK'i-canls du sud ou d*i Tétranger , en revanche le commerce dos tH;ib> dujiurd souHrait grave me lit des corsaires confédérés qui parcouraient les mers , et qui , an nom de la neutralité déclarée, étoieiil reçus dans les jioils européens. Mais au nom de celte rnènif neutralité ces povlà refusèrent d'y recevoir leurs prises, cv ((ue les Etats-Unis auraient pu en effet qualifier de pii-alcrio ; on leur appliqua, ainsi qu'aux, fédéraux, un code convenu de police pour r»'';-rlomentcr le séjour des navires belligérants et pour la protection des côtes neutres, l.e gouverneur du Canada avait interdit les ports de cette i^rovince aux bâtiments de guerre du nord et du sud déjà par décret du 1^^ juin 1861 .

he premier des eoi-saires >U(li,-^tt's qui fit parler de lui fut le Sinulrr. i le ^tcamtT, eoiinnaiid»' par le capiUiine Sommes, sortit de kl Nouvelle-Orir'HMs le 'iO juin 1861, et s'aeqint on peu de temps une :„frande réputation de destructeur. 11 débuta par brûler deux ou trois riai(iues sur la ente des Pines- Islands, iMdr'uutresle Goldi-n-Ixockptt ,oi par entrer triomphalement à Cuba, le 1i jinn, avec huit bricks saisis dans ees parages. Sur la demande du consul des Etats-Unis le capitaine-général de la possession espagnole s'empressa de relâcher les navires capturés. En juillet, le capitaine Sennnes saisit encore nne dizaine de bûtiments sur les cAtes de Venezuela, et en lit un rapport pompeux à son gouvernement.

Bien d'antres corsaires du sud marchèrent sur ces trares; l'année 1861 seulement en vit surgir une trentaine, dont le Savannah ou n» 1, le Jeff Davis, le Gordon, le Mariner, le Yorkt le Jsahel , le Nashvilîe , suivis l)ientôt du terrible Alahama ou n" 290, dnShenandoah, du Florida, du d^orgia, du Tacony, du Talhthassee , du Toscaloosa , des Urcto , Çearl, Rétribution, Josiah Bell, Unkel Ben, Coquette, Conrad, Archer et d'autres moins connus.

Bon nombre de ces corsaires n'eurent qu'une existence éphémère et fùrent capturés à leur tour par la marine fédérale. Mais iLs ne laissèrent pas de gêner considérablement le commerce de l'Union par le retentissement de leurs prouesses, dont quelquesFunes dépassèrent en merveilleux toutes les scènes des romans de Gooper.

VIsabel, par exemple, parvint à rompre le l)lo( us de Charleston, le 27 décembre 1861, en esquivant la chasse de onze bâtiments fédéraux.

Le NasJrville , capitaine Pegram, sortit de Charleston en octobre 1861, et commença ses ilévastaUons par le vaisseau le Harvey-Bich, qu'il brûla, et dont il emmena prisonniers en Angleterrt3 le capitaine et son équipage. En hiver il revint sur les côtes d'Airit'TiqiTe, rt réussit à débarquer une grande cargaison d'armes et de munitions à Beaufort, C. N. Âumoisdemars 1862 il échappe de nouveau au blocus de ce port, en désemparant un de SCS poursuivants. H brûle une dizaine de bâtiments sur TÂtlantique, retourne en Angleterre, où des négociants anglais lui font présent, par souscription, de 22 pièces d'artillerie prises aux Russes à la bataille dlnkerraan. Avec ce prédeux chargement le NitshvUle parvient à déjouer encore la vigilance de la croisière fédérale et à s'ancrer, le 24 juillet, dans le port de Maçon en Géorgie ; il en ressortit de nouveau quelques semaines plus tard, pour s'échouer près du fort Me Allister et y être coulé par le Montawk^ le 38 «Ivrier 1863.

UAÎabama^ plus célèbre encore, apparut sur les mers en été 1862. Ce magnifique steamer & hélice avait été construit dans l'hiver de 1861 en Angleterre, au &meux chantier de Birkenhead, pour le compte de l'empereur de la Chine. CSe souverain complaisant, au moment d'obtenir son navire, Ta^ vait vendu à un gentlemen nommé Semmes.

Celui-ci était en train de Êiîre barder solidement sa coque, et masquer les sabords de huit canons, lorsque le ministre américain à Londres, M. Adams, prit la liberté de signaler au gouvernement de la Reine que le steamer chinois pourrait bien n*étre qu'un nouveau corsaire confédéré. Il demanda donciine enquête et, en attendant, qu'on empêchât ledit bâtiment de prendre la mer. L'enquête ayant prouvé que la prévision de M. Adams était fondée, le séquestre du navire fat ordonné. Mais ces formalités avaient pris quelques jours, et quand l'ordre de séquestre arriva à Liverpool, le 29 juillet, VAtabama en était parti depuis trois heures. Sa grande vitesse loi permit d'éviter deux croiseurs fédéraux qui lé guettaient

— MO

dans la Manche , et il alla mouiiier aux iles AçoTes, dans le port de Tërceira, pour réparer des avaries.

Là, tout en se radoubant et se meublant, il fut rejoint par le stcanior anj^lais Bahamaj et par une barque ausai anglaise, qui lui amenaient des eau ns ei son équipage. L'armement en guerre s'effectua aussitôt. Malgré une somniatioa formelle des autorités portugaises aux trois navires d'avoir à quitter immédiatement le port, VAlabavia parvint à prendre la mer, complétenienl prêt pour son vrai rôle. Devant le port le capitaine Seuinies lit arborer solennellement le pavillon confédéré, assermenta son équipage, presque en entier d'Anglais , et ouvrit aussitôt la campagne. Ce premier jour môme, le 17 septembre, il ciommença déjà sea prises.

Le novembre il avait capturé 22 bAtimcnts, dont huit vaisseaux. Le 7 décembre ils'cnipaia, prés de Cuba, du riche steamer /Ir/f'^, dt la ligne californienne de New-Vork à l'isthme de r;uKtina, et depuis ce moment il n'y eut pas de semaine pendant laquelle la la.uuie marchande de l'Union n'eut à enregistrer (juehpie désastre de sa part. Le 11 janvier 18(i3 VAlahama iil un plus beau coup encore; il dispersa la croisière fédérale devant le port de Galvcston, (pie les confédérés venaient de reprendre, et coula bas la belle frégate des Etats- Unis Hdttcnis.

Les corsaires avaient pour consigne du président Jefferson Davis de détruire, couler ou brûler tous les navires portant le pavillon des soi-disant Etats-Unis. Ils exécutèrent cette consigne ponctuellement, mais en ayant soin, auparavant, de s'appro[)rier tout ce qu'il y avait de précieux et de transportablc sur le bâtiment abordé. L'équipage avait la moitié de la valeur du butin, et celui de VAlabama y fit fortune. Une autre manière plus humaine d'augmenter les profits consistait à faire signer aux officiers capturés des engagements, avec garantie, pour une certaine somme à payer, moyeim«iit quoi le bâtiment était relâché. Cest ainsi queTArtel fut libéré, api^ que le capitaine eut souscrit une scmmie de 398 mille ddllars, payables à la fin de la guerre. Les équipages fiùts prisonniers étaient généralemœt bien traités, et d^iosés dans

le premier port ueulre ou remis au premier bâtiment neutre rencontré.

Le fait (]ne ces corsaires furent ordinairement accueillis avec faveur dans ies ports d*Anp:lotprre et do France, d'Angleterre surtout ; qu'un grand nombre d'entr'eux étaient, comme VAlabarnUy d'origine purement anglaise, montés par des Anglais, et n'ayant souvent de confédéré américain que le pavillon et le capitaine, ce fait constant excita aux Etat»* Unis une colère contre l'Angleterre qui n'est point encore éteinte, et d'oii pourrait t6t ou tard résulter de graves complications internationales.

Cela nous amène à jeter un coup d'œil sur les relations extérieures des Etats-Unis.

En ^ temps ordinaire, avant la guerre, ces relations étaient presque nulles au point de vue politique. L'Union a pour principe dirigeant, dans ce domaine, de ne conclure aucune alliance , de ne pas se mêler des affaires de l'Europe, et de ne pas admettre TEurope h s'immiscer dans celles de l'Amérique. Cette politique est basée sur ce qu'on appelle la doctrine Moni^ du nom du président des Etats-Unis qui la proclama le premier et l'accrédita.

En ce qui concerne l'action du Vieux-Monde sur le Nouveau, l'Europe parut s'accommoder longtemps de la doctrine Monroe et même la respecter à l'égal d'un traité. La plus parfaite indififérence réciproque régna, en apparence au moins, entre les deux riverains -de l'Atlantique.

Les Anglais et les Américains se faisaient sans doute une rude concurrence sur plusieurs marchés^ se jouaient de bons tours dans l'occasion, se bafouaient mutuellement; mais sans trop se détester au fond, se sentant de même race, et se reconnaissant encore les uns dans les autres.

Les cabinets de Washington et de Paris avaient toqjours vécu sur un bon pied d'entente. Les relations étaient aussi agréables qufelles peuvent l'être entre une grande république démocratique qui se proclame sincèrement le premier gouvernement du monde, et un puissant empire absolu qui a bien des raisons de ne pas se croire d'entre les derniers. On

ne s'aimait ni so. rk^testait. On vivait pour cela dans des éléments trop ditlérents. Tout au pins se regardait-on un peu en pitié, mais sans se le montrer d'une manière évidente et sans plan d'hostilité. Tous deux étaient également forts, tous deux le savaient et se ménageaient.

Mais ia crise de l'Union, qui faisait tomber subitement celle-ci au rang présumé des faibles , devait naturellement amener du changement à cette situation Pour les riverains de rAtlantique, pour l'Angleterre surtout, l'/Vraérique est à la fois un vaste marché, un redoutable concurrent, un riche voisin. Ce que cette guerre civile allait en faire ne pouvait point leur être indifférent. La France et la Grande-Bretagne étaient vivement intéressées à prévoir au plus tôt ce qu'il adviendrait des Etats-Unis, et à se surveiller mutuellement dans leurs nouveaux rapports avec ce pays. Et à la vérité la vig^iieur de la nation américaine leur commandait de la prudence, il était naturel que la décadence qui semblait la frapper éveillât leur sollicitude, et les amenât à remplacer leur politique d'abstention absolue par une i)lus active, plus vigilante, d'observation au moins, sinon d'intervention.

Les Etats-Unis, eux, avaient au contraire les meilleures raisons pour maintenir plus que jamais leur règle dUsoldinent à l'égard de l'Europe, dont ils n'avaient rien h attendre de fovorable. Mais malgré les plus fermes intentions d'un état maritime de se renfermer en lui-même, il n'en peut être ainsi en réalité, quand il a sur les bras des questions de blocus, de prises, de croisières, et autres de ce genre, si éminemment propres, dans le vague encore existant du droit maritime, à créer des conflits entre les meilleurs' alliés.

D'ailleurs dans le cas particulier, les confédérés^ aussi intéressés à créer des querelles extérieures à TUnion que celle-ci h les éviter, ne pouvaient manquer de &ire naître des occasions de brouilles internationales', s'il ne s*en présentait pas naturellement.

De part et d'autre on s'évita bien la moitié du chemin ; et dès les débuts de la lutte diverses manifestations anglaises en &veur des rebelles d'un côté, et l'Incident du Trent de

l'auti e faillirent allumer la guerre entre les £tatâ-Unis et l'Angleterre.

T-o 12 octobre 1861, un sloani-'f confédéré, le Iheodora, rompit le blocus de Charlestmi, oinpurlant deux ambassadeui's ( onfédéi-és auprèîs des cours île Wnis et de Londres, MM. SlidcU et Mason, et leur suite, Dt^pof;»^ k Cuba, ces nies-?ieui s prirent pa<îsage pour Soulliain|>lnn , à bord du stf^aniei" anglais le l'rrul. Ils étaient en mer depuis un jour, lorsque le Trent lut aljordé, le 8 novembre, par la curvette fédérale de guerre Jm-into. capilaine Wilkes, (pii lit de force prisonniers les deux aInba.•-^adears et leurs dt'ux secrétaires, coimue contrebande de «^ueci t^ laissant leurs t'aniilles éplorées continuer luiu' route. Le c-^pitaine Wilkes amena sa capture à New-York, où des ovations lui furent prodi^^uées par la population. Les autorités même s'en mêlèrent; le conerès lui vota des remerciiueats et le président le nomma cowmodore.

De son côté l'Angleterre avait frémi d'indignation à la nouvelle de l'outrage fait à son pavillon ; le gouvernement britannique réclama aussitôt la libération des pi-i.sonmors et des indemnités convenables pour le Trent. Elle appuya sa réclamation de préparatifs énergiques. Environ dix mille hommes de troupes luieiis envoyés au Canada et une flotte considérable fut armée en guerre.

Onand on apprit cela aux Etat.s-Unis, l'enthousiasme pour 1*^ r inmodore Wilkes y baissa sensiblement. Le gouvernement de M. Lincoln était trop intelligent pour se mettre une seconde guert e sur les bras ; il s'empressa de relâcher les prisonniers et lit ses excuses.

L'incident lui-même fut vite oublié ; mais le fossé de haine et tie déliance qu'd avait creusé entre les deux pays ne pouvait se combler de sitôt. Le langage de la presse d'une et d'autre part; les déprédations des corsaires anglo-sudistes, les forces de mer et de terre qui restèrent au Canada envenimèrent les relations, et finirent par inciter au plus haut point les populations de l'Union. Trop prudentes pour compliquer leur situation intéi-ieure d'une rupture avec rAnglet*'rre , Hles se continrent et attendirent leur heure. Là est peui-élre uneex-

TOMLE tl. 8

plicatinn d' r.^>^ élrariires eiiU'»'pi-iîîfs des Fénians américains contre le (.anada et eonlre l'Irlande, que nous voyons se produire aujourd'hui, explication qui, à notre avis, hàtonsnous de le due, ii*' saurait être une justilicatio» au point de vue du droit international.

Par ce Êdt les relations des Etats-Unis et de la France auraient pu devenir d'autant meilleures. Malheureusement un autre incident, sorti d'un faux calcul politique, vint au contraire les embrouiller plus encore.

Depuis plusieurs années les puissances européennes, en particulier la France, TEspagne et TAngleterre, avaient à se plaindre de mauvais procédés de la république du Mexique à l'égard de leurs ressortissants. En fait, cette ancienne colonie espagnole était tombée dans une anarchie déplorable, et, en ISGl, une intervention commune y fut décidée pailles trois susdites puissances. Après avoir occupé la Vera-Cruz, les alliés ne s'entendirent plus entr'eux; l'Angleterre et r£s> pagne se déclarèrent satisfaites et se retirèrent ; la France manifesta son intention formelle d'exiger de plus sûres garanties pour l'avenir et de rester dans le pays, seule s'il le fiallait. Jusqu'à ce que la sécurité pour les Européens y fût pleinement rétablie.

Cette résolution était fort honorable dans son sentiment môme. EUe se justifiait pleinement encore, au point de vue ^ de la politique rationnelle d'une grande puissance comme la France, si le désir d'être plus à proximité du fbé&tre de la guerre civile de TUnion y entrait pour quelque chose.

Nous en demanderons bien pardon à l'amour-propre patriotique de nos amis américains; mais nous devons confesser que pour les Européens qui les connaissaient mal, leur situation en iSW, en 1862 et jusqu'en juillet 4863 paraissait si sombre, qu'elle pouvait faire aisément douter de leur avenir comme nation. On les voyait déjà plongés dans une anarchie sans but et sans issue ; on les voyait s'asservir successivement, puis se morceler à l'infini, s'entredéchirer, et devenir finalement heureux de se jeter, en débris épuisés.

dans les premiers bras vigoureux qui voudraient bien les

recuflilir et les sauver.

A cet effet l'Angleterre avait le Canada tout pr»H pour bateau d<^ sauvata^e: IVaIp esquif, il est vrai, mais qu'on renforçait du mieux possiltie.

La Rusàie, depuis longtemps dans les» uieilleurs termes avec les Etats-Unis, s'insinuait encore plus avant dans leurs brun s grâces, et elle aurait bien trouvé moyen d'en sortir quelque butin du cùfé de la Californie.

La France de\ ait-eile seule rester h l'écart de ce prétendu lit d'agonie, cachant une si riche succession? La France, qui a porté la civilisation dans toutes ces contrées du sud et de l'ouest des Etats-Unis, et qui y a laissé des traditions qu'on y rencontre encore vivantes j'i chaque pas, pouvait-elle s'abstenir de veiller de près à ce qui allait s'y passer? Et si, dans la sombre éventu^ilité prévue, elle en avait recouvré honorablement la Louisiane, (ju'elle eut jadisle tort de vendre jusqu'à la dernière parcelle, nous ne croyons pas qu^» |o comuierce du monde et Léquibbre des mers en eussent soufîert; au contraire.

Nous n'aurions donc pas su comprendre l'opposition que rexpédilion française au Me.\if[ue rencontra en France môme, si celte expédition avait été réduite aux termes dont null^ {larlons ci-dessus, c'est-à-dire à une simple observation armée contre la guerre civile américaine, dont les brigandages du Mexique olTraient une juste et plausible occasion.

Qu'à cet elïet le corps français eût traîné en longueur son séjour à la Vera-Cruz et sur d'autres points de la côte, s'y fût bien établi militairement, sans s'engager dans la politique intérieure de la républiipie, et eût toujours été prêt à en déguerpir, soit pour se rapatrier, soit pour entrer aux Eîtats-Unis, suivant ce qui s'y passerait, c'eût été de la politique élémentaire, purement nationale, et qu'aucun Français n'auiait pu combattre sans trahir les intérêts de son pays et de la civilisation.

Malheureusement le gouvernement fi'ançais prit plaisir à compliquer lui-même ce but si simple. Il y mêla tout un

romajj de cour, dont le premier chapitre était la destruction violente du gouvernement républicain do Mexico, alors aux mains du président Juarès, un des rares honnêtes hommes d'état du Mexiijue, assure-t-on, pour le remplacer par un empereur importé d'Europe, par l'archiduc autrichien Maunjilien.

Cet attentat souleva les Mexicains dans leur grajide majorité. Ils se défendirent beaucoup plus vaillamment , à Puebla entr'autres, qu'on ne s'y attendait, et la }j:uerre très sérieuf^e qu'il fallut leur faire détourna du seul but qui aurait dù rester en vue, l'observation contre les Etats-Unis.

Les populations de l'Union prirent, on le comprend, en mauvaise part cette installation monarchique et cette agglomération de troupes européennes sur leurs iVontières méridionales. La doctrine Monroe était ouvertement bafouée; mais ici encore le peuple du nord se borna à faire le pouig dans la poche. Il sentait sa iaiblesstj et acceptait momentanément qu'on en profitât. A part quelques réclamations du gouvernement, quelques discours de clubs, et quelques convois d'armes passés secrètement aux juaristes, les Ainer icains surent se contenir et ils ajournèrent leurs représailles à des temps plus favorables. En attendant, ils maintinrent leurs relations avec la France sur un pied de coin' plète froideur.

Il est presque inutile d'ajouter que de la part du Sud ce fut juste l'opposé, et qu'il ilt tout ce qui était en son pouvoir pour se mettre en relations ofli^ n lies avec les puissances européennes, et ai i i\ ci a se faire t ecunuailre par elles. Mais il n'y parvint pas; celles-ci, peu d'accord entr'elles sur les questions transatlantiques, ainsi que l'expédition mexicaine l'avait prouvé, n'osèrent ni s'engager de nouveau en commua ni prendre individuellement l'initiative du premier pas.

Le cabinet de Paris seulement essaya d'une médiation ; à deux reprises il soumit à cet effet ses ollres de huas ofUces au gouvernement de Washington. La première fois U lui fut répondu par une fin de non-recevoir ])ositive et polie ; la seconde fois, en janvier 1803, il lui fut nettement déclaré, par résolution solennelle du congrès, que toute teuutive

ultérieure de médiation entre le jiouvernernont légal de l'TInion et les rebelles du Sud serait considérée comine un acte d'hostilité. I.a note-replique de M. Seward , quoique plus contanue, prenait en outi c un malin piaisii- à rappeler au gouvernement fraiieai"^ que sa tentative d'immixtion dans les affaires américaines n'avait pas remontré l'appui des coni>3 de Londres et de St-Pétershourg, et que c'était une raison de plu?; pour les Américains de la repousser formellement. Le cabmet de Paris se le tint pour dit, et ne revint plus a la charge.

Au reste il n'avait pas attendu grand'chose de sa demande, qu'il n'avait produite, assure-t-on, que sur de précisantes sollicitations d'éminents xVméricains du sud liabitant la capitale de la France. Depuis ce moment d'ailleurs la situation des fédéraux s'améliora si sensiblement sur mer et sur terre qu'un observateur impartial ne pouvait jtlus penser à voir le Sud échapper à sa ruine pu à la soumission.

Les relations ainsi tendues entre les Etats-Unis d'un coté, et la France et l'Angleterre de l'autre, curent cet important résultat militaire — et c'est pour cela surtout que nous nnus sommes permis d'aborder ce sujet — que le gouvernement de l'Union se mit aussi en état de défense contre la marine de guerre des grandes puissances européennes. Celle-ci était entrée, depuis la fin de la guerre de Crimée, dans un état complet de transformation et avait déjà réalisé de notables progrè.*î. Aux anciens navires b voiles et aux premiers steamers, avaient succédé les bâtiments à hélice bardés do fer, munis d'éperons et armés de canons en moins grand nombre, mais de plus fort calibre. Le Warrior^ la Gloire et tous ces produits cyclnpcens de la machinerie moilerne qui s'exhibèrent à Cherbourg et à Portsmouth en 1805, commençaient à Ésdre parler d/nix.

Sur un tel champ des Américains ne pouvaient rester en arrière; ils renchérirent bientôt sur leurs devanciers et ils imaginèrent, poui la protectit)n de leurs grands ports en premier lieu, puis pour tenir la mer ensuite, des navires cuirassés de toute espèce, des monitors entr'autres, que noua

— us -

avoos déjà vus à rœuvre, ainsi que des calibres de terre et de mer qui consacrèrent d'importants perfiacttonnements dans le matériel usuel et dans sa fabrication.

Déjà en 1862 leur marine de guerre était arrivée à un cbilfre imposant de bâtiments cuirassés, armés de calibres formidables, rayés et lisses.

La passe de New- York fut garnie de forts avec des canons rayés de 200 liv. et de 300 liv., et des pièces lisses de 500 liv., plus tard de 1000 liv.

Cette puissance d*annement fût révélée entr*autres par une nouveUe entreprise de Tamiral Dupont contre Cbarleston, au printemps 1863, dont nous voulons, autant par cette raison que pour respecter Tordre chronologique des laits, dire maintenant quelques mots.

Le gouvernement de Washington, pendant Thiver de 1802 à 1863, avait décidé de £Bdre un essai en grand de ses forces navales, avec Tespoir que celles-ci sauraient compenser les revers des armées. La construction des navires cuirassés fiit poussée activement, et au printemps on en avait une douzaine à disposition, sans compter une vingtaine d*autres bâtiments moins résistants.

Au mois de mars, la flotte, après quelques essais contre le fort Me ÂUister, se concentra à Port-Royal. Ce ne fut pas sans peine; un fort orage la dispersa. Un orage précédent, le 1«^ janvier, avait déjà fait sombrer près la pointe Hatteras, le MonUor n« 1, le vrai et premier du genre, le héros de la baie de Hampton.

Dans les premiers jours d*avril et tout étant prêt pour l'attaque, l'amiral Dupont partit de PortpRoyal avec la flottille d'opérations et une force de 7000 hommes de troupes de débarquement sous le général Hunter. L'escadre de combat proprement dite se -composait de neuf bâtiments bardés, de trois genres différents, à savoir :

Septmonitors ordinaires, au système Ericson, armés de deux canons tirant des projectiles de 13 à 35 livres ;

Un monitor au système Withney, c'est-à-dire à deux tourelles, le Keokuk, de 4 canons de 16 livres ;

Une frégate semi-cuirassée, Vlronsidea, de 7 canons de âO li\Tes, et d'un de 32 livres.

Ce n'était pas trop assurément, même avec l'appui d'une autre escadre dite de réserve, pour affronter une position aussi forte naturellement que celle de Charleston, et oii le général Beauregard venait encore d'accumuler des travaux considérables de fortiûcation du côté de terre et du côté de mer.

Le port de Charleston est formé par une rade naturelle, au fond de laquelle se déversent et s'unissent les eaux des rivières Cooper et Ashley. Sur la pointe que dessine leur confluent s'étale la gracieuse ville de Charleston. Sa situatit^ii lupographique entre ces deux grands cours d'eau navigables et le long du Ïown-Creek, affluent du Cooper, ressemble un peu à celle de la ville NcAv-Vork. La rade, d'un diamètre moyen d'environ 3 milles, est fermée par un rai>prochenient de la côte, soit de deux iles allongeant chacune vers l'autre une presqu'île, comme pour se donner la main. Ce sont : du côté du nord, l'île Sullivan avec la presqu'île Moultrie, et, du côté du sud, i ile Morris avec la presqu'île Cumming. L'espace de mer qui les sépare est d'un mille et demi. '

A peu près au milieu de ce canal et un peu plus en arrière vers la rade, se trouve une autre île, étroit récif, sur lequel a été bâti le Fort Sumler, à trois milles et demi de la ville même. La barre est à environ 5 milles en avant de Somter, et la passe principale court entre ce fort et la presqu'île Moultrie. Les iles ijullivan et Morris replient leurs extrémités voisines en dedans de la passe, de sorte que les deux presqu'îles de Moultrie et de Cumming olîrent, sur quelques centaines de mètres, deux rives presque parallèles, lavorables ù rétablissement de batteries se flanquant réciproquement. Les îles elles-mêmes ont environ trois milles de longueur; elles sont étroites, basses, sablonneuses vers la mer et marécageuses vers la terre. De ce dernier côté s'étendent des marais, des lagunes, des rivières vaseuses, qui rendent cette répion déserte et presque infranchissable. Dans la direction de la haute mer les deux iles susnommées se

relient à d'autres de môme nature, parmi lesquelles nous ferons remarquer particulièrement TUe Folly, continuation en quelque sorte de File Morris. Dans la direction inverse, vers la rade, l'ile Morris est séfiarée par une crique et par des marécages de Tlle James, qui avance vers le fort Sumter deux pointes, entr*autres la pointe de l'ancien fort lohnson, s'aidant & fermer la passe méridionale. Au fond de la rade ■ enfin, et à rentrée de la rivière Cooper se trouve la petite lie Shutes Folly, avec un ancien fort, le château Pinkney, ' très bien placé pour compléter le . ca*de de feux dont on pu uvait entourer les eaus de la rade.

Sur tous ces points ot sur d'autres intermédiaires, les confédérés avaient perfectionné les anciens ouvrages et en avaient élevé de nouveaux. LHle Sullivan et le fort Moultrie, solide construction en briques pour 48 canons, avaient été renforcés de six récentes batteries, dont les prindpales étaient celles de Bee, de Beaùregard et de Marion. Plus près de la ville se dressèrent les battues et les redoutes de Gove, de Haddrell, de Mont-Plaisant, de Hog-Island, du fort Pinkney, de 34 pièces; de la pointe du phare de la ville. De l'autre côté de l'Âshley s'élevèrent les batteries de Wappoo et de rile James, puis le fort Johnson, i^onstruit et réarmé, et le nouveau fort Bipley, sur un Ilot entre Johnson et Pinkney.

Dans i'tle Morris l'ancien fort Wagner, ouvrage fermé et bastionné entre la mer et la crique Vincent, ftit agrandi et flanqué d'un nouveau, le fortGregg, à la pointe de Gumming. Trois autres batteries forent établies sur la c6te contre la mer et contre l'ile Folly.

Quant au fort Sumter, la def de la position, nos lecteurs le connaissent déjà depuis le bombardement du iè avril 1861 ; notons cependant que ce lourd pentagone avait été aussi renforcé par Beaùregard en travaux de blindage et en armement. Les deux étages de casemates et les barbettes comprenaient 136 pièces, dont 13 de 10 pouces, Rodman et colombiades, 8 obusiersde 8 pouces, dix canons de 43 liv., le reste de canons de 92 et 24 liv., et de quelques mortiers.

Contre une attaque par terre les confodérés prirent aussi

— lai —

leurs meeures. L*Ue James fiit entourée d'une ligne de batteries, dominant toutes lee avenues de ce terrain marécageux, . et croisant leurs ièux avec celles de Tlle Morris. Du côté de l'ouest , la position s*abritait derrière les lignes de défense naturelles de la rivière Stonoet des nombreux bayous qu'elle forme avec la rivière Wappoo et la Grûpie-James.

Pour commander les eaux navigables de la rivière Stone, fut érigé, sur sa rive gauche, le fort Pemberton , solide ouvrage en terre et en troncs d*arfores , étendant une crémaillière jusqu'au Wappoo, et dominant aussi le chemin de fér et la vieille route de Savannah.

Dans la direction de Test les marécages de Tlle Sullivan, les criques et bayous de Gove, de Shem, de Horse et la large rivière Gooper dispensaient d'autres défenses artifloielles que celles de la passe et de la rade.

Telle était en somme la position de Charleston , dans laquelle, en mars 1863, le général Beauregard avait environ 400 pièces en batterie, secondées d*une garnison d'une vingtaine de mille hommes. Son front avait un développement qui était certainement trop vaste, car en y comprenant les bigitteries éloignées vers Folly-lsland.et de Sullivan-Island, il ne comptait pas moins d'une trentaine de milles, avec des communications très entrecoupées et souvent rompues. Une position de cette dimension et de cette nature devait oflKr nécessairement de nombreux points faibles à un assaillant disposant de forces emnbinées de mer et de terre, de groe engins et de moyens auxiliaires.

n est vrai que du côté dè terre la place étoit fort bien gar^ dée par la nature. Outre les nombreux cours d'eau, rivières et bayous, indiqués ci-dessus, de célèbres irisières en rendent tous les abords impraticables à une armée d'opérations, sauf sur quelques étroites digues feciles à défendre ou à couper.

Le 5 avril l'amiral Dupont arriva au large de Charleston, et il prescrivit sur-le-champ ses dispositions d'attaque par l'or^ • dre suivant :

« A bord du Janui Àiger, papillon-amiral, 5 avril 1863. f La barre sera sondée e! jalonnée par le Keokuk, com-

c nianilanl Rhind, assisté par C.-O. Boutelle, employé (o- « poj^raphique mariliine, commandant le Bibb, par Tenc seigne Plaît et par les pilotes de l'escadre. Les offîciers * c commandants auront soin, avant de franchir la barre, de € se renseigner sur les bouées.

c Les bâtiments se formeront, an signal donné, dan^Tor- . c dre prescrit, en colonne en avançant, à an cable de disc tance.

c L'escadre passera le canal principal sans répondre au € feu des hallci ies de l'île Morris, à moins que le signal ne € soit donné de commencer l'aclion.

« Les bâlimenls onvrironi le feu sur ie fort Sumter lors- « .qu'Us en seronl à commode portée, et prendront position c vers le nord et vers l'ouest du fort, engageant sa face de c gauche au nord-ouest, à une distance de 800 à 1000 f yards, en liraot lentement et pointant au centre des em* c brasures.

t Les officiers recommanderont ft leurs hommes de ne

« pas prodiguer les munitions, cl leur feront comprendre € la nécessité de la précision plutôt que de la rapidité du c feu.

c Les bâtiments se prépareront à se porter secours muf tuellement.

€ Le code spécial de signaui, élaboré pour la flotte blinc dée, sera pratiqué dans l'action.

€ Après la rédaction du fort Sumter, il est probable que « le premier point d'attaque sera sur les batteries de 111e

f Morris.

€ L'ordre de balaillc sera la droite en tête, comme suit: « 1» Wcehhmvken (avec machine infernale)*, capitaine c Rodgers In.

t PassaiCf capitaine Drayton.

(1) Machine nouvelle, dite Diable ou Demi, inventée le capitaine Ericson, poor Bd» moMt 1m «■teeiidet, tainges, ou machines Infarnales arrêtant la marche du biitiment Cet engin soas>inirln se plaça A l'avant da lUTlra, lui aerraot eq qtielqua Bort« de sapeur.

c 3** Monianky commandanl Wordeo.

« 40 Patapsco, commandant Turner.

€ 5* New-Iromides, cooimodore Turacr.

€ CatskiU, eommandant Rodgers G.*W.

< 7« Nantuekei, commandant Fairfax.

c 8* Nahanit commandant Downes.

« 9« Keokuk, licutenanl-commandanl Rhind.

« Une escadre de réserve, que le capitaine Green com- « mandera à rnnciennelé , sera formée en dehors de la c barre, prés de ia bouée d'eolréc, coroprenaol les bâtic ments suivants :

c Canandaigua^ capitaine Green.

c VnadUla, Uealenant-commandanl Qnapkenbnah.

€ HûiuaianU, capitaine Taylor.

c WiasBhiekon, Ueotenant-eommandant Davis.

ff Hurm, lientenant-cofflmandanl Slevens.

€ Celte escadre se tiendra prête à appuyer l'escadre blindée pour l'allaque des batteries de l'ile Morris.

i Le contre- amiral commandanl l'escadre de blocus < di» M AUmOique, c (Signé) Ddpomt. i

Ce n'est pas nous qui prétendrons pouvoir discuter les di»»

positions d*un amiral américain expérimenté pour une attaque

navale. Toutefois les règles fbndamentales de Tart militaire,

ainsi que du simple bon sens, étant les mêmes sur mer que

sur terra, nous nous hasarderons à faire remarquer qu'en di*

rigeant sa première attaque contre le fort Sumter, à travers

toutes les batteries des deux presqu'îles et sous le fou croisé

des nombreux canons dé Tavant de la rade, l'amiral Dupont

allait d'emblée au plus difficile ; il prenait le taureau par les

cornes.

Or il nous semble qu'il eût été rationnel de Caire taire pré»lablement tout ou partie des batteries avancées, et, puisqu'il avait des troupes de débarquement à sa disposition , de les employer à tourner ensuite ces batteries de son côté contre le fort Surater. Celles de Cunnning entr' autres eussent été facilement réduites , comparaUveiaent à cell&â de Suml^r,

Si Tamiral Dupont préférait à ces préliminaires un peu lents une stratégie de boule-dogue, inspirée par sa cr uide confiance dans le coui"ap;e de ses marins et dans la puissance de ses nouveaux engins, cuirasses et calibres, il aurait dû au moins s'informer si ses adversaires avaient été moins novateurs que lui, si leuis parapets et i» ms calibres ne pouvaient peut-être pas lutter contre les siens.

A cet effet par une reconnaissance préalable ou par quelque ingénieux moyen semblable à celui de Porter devant Wiksburg, il aurait dû forcer les confédérés à, démasquer leurs batteries, avant de risquer contre elles toute sa flottUie ferrée.

Pendant la joui née du 5 avril le brouillard empêcha la flotte d'agir. Le 6 elle put se mettre en mouvement ; elle franchit heureusement la barre, et les navires jetèrent l'ancre en bon ordre devant la crique du phare. La brume s'épaissisaant, l'attaque fut remise au lendemain.

Le 7 avril, à la marée montante, VIrotisides, sur lequel l'amiral Dupont avait arboré son pavillon , donne le signal du départ et l'escadre de combat enfile les eaux du chenal. Les hommes sont calmes et résolus dans leurs casemates sousmanaes, ou I on n'entend que le bruit régulier des machines et du sillajîe.

Dans les ouvrages confédérés règne le nièiue silence. On les croirait désertés si des drapeaux confédérés et caroliniens ne flottaient fièrement su.r le fort Suinter. La mince colonne des monitors passe les premières batteries sans qu'il en sorte un signe de vie. Elle se dirige tout droit sur ses objectifs.

La résistance ne commence qu'à environ un kilomètre au nord-ouest du fort Sumter, simplement par un torpédo qui éclate devant le Weehawken , et par des obstructions qui le font dévier. La marche doit être suspendue ; les premiers hCttiments sont obligés de se retourner; la lile se désorganise et se pelotonne.

C'est ce moment-là, prévu par les confédérés, que ceux-ci attendaient pour ouvrir le feu. Deux coups de canons du fort Moultrie devaient en donner le signal : c'était 3 heures quaiid ces deux coups partirent. Aussitôt une foudroyante canon-

nade s'engage de tous tes forts, âe toutes les batteries et de tous les Mtiments à la fois^ Une grêle de projectiles monstrueux bat les flots et y soulève des montagnes d*écume. Une épaisse fùmée enveloppe les combattants, déchirée seulement par d'incessants éclairs, qui deviennent les seuls buts laissés aux pc^teurs. L'escadre fédérale, échelonnée à la distance da 500 à 800 mètres du fort Sumter, a dès le début tout le désavantage dans cette terrible conflagration. Son tir ne peut avoir la précision de batteries fermes et ayant leurs hausses bien réglées d'avance. Elle ne peut se porter plus près, par suite des estacades qui retiennent la tête de colonne. Les forts Sumter et Moultrie, sur lesquels elle dirige ses coups, sont d'ailleurs d'une grande solidité. Sous le nombre de boulets qui la frappe ses armures sont à peine suffisantes pour protéger les machines compliquées qui font toute sa force. Son feu se ralentit peu à peu, tandis que celui des défenseurs redouble par Ventrée en lice de pièces rayées de campagne. Ulromideê, restée un peu en arrière pour diriger l'action, ne peut utiliser ses canons sans risquer de toucher les monitors, eft d'ailleurs sa proue non bardée lui impose de la prudence. Vers 4 Vi heures l'amiral Dupont a la douleur de constater que plusieurs de ses bâtiments sont désemparés et qu^un prolongement de la lutte serait inutile, peut-être désastreux. H donne donc le signal de la r^raite, sur quoi tous les bâtiments, en tirant plus ou moins l'aile, repassent la barre et viennent reprendre leur ancrage de la veille.

Les dégâts avaient été grands. Le Keokuk était complètement abimé. Il avait reçu 90 projectiles , dont 19 dans la coque au-dessous de la ligne de flottaison. Les voies d'eau qui s'étaient déclarées avaient forcé le capitaine Rhind à vouer tous ses smns au sauvetage. Il était resté une demi-heure seulement sous le feu et n'avait pu lui-même tirer que trois fois. LePcMfoic souffrait de S7 blessures, dont deux très graves dans sa tourelle; la rotation ne jouait plus, son canon de onxe pouces en avait aussi été mis hors de service. Le Nahant s'était, par sa grande bravoure ausirï, attiré 90 projectiles, dont l'un, pénétrant dans la tour, avait saccagé la cabine du pilote, blessé celui-ci et le capitaine, et tué le quartier^

mailre. Le Nantiirket, après nnt^ dizaine de coups, eut sa tourelle biaisée ft écorchée par plusiem-s projectiles; un d'entr'eux riva le mantelet de sabord du canon de pouces, de sorte (jue celui-ci ne pouvait plus fonctionner et qu'il ne lui restai f (pfiin canon disponible.

Les uutres bâtinients étaient moins avari(^«, et î mi ih ni encore très bien l:i mer, ciuoi([u'ayant é[o fort m;iM i ulés. Le Catskill avait été luuclié "20 l'ois, et un boulet rayé, (jui avait donné juste sur la pointe du ponl, lui avait brisé tout son avant. Le Putapsco avait reçu 55 projectiles; mais, h part son gouvernail et sa toiture, il n'avait pas autrement souffert. Le Montartk, quoique resté le plus longtemps au feu, n'avait été touché que 45 fois, et restait sans avaries. VIronsides reçut 66 projectiles; l'un d'eux lui enleva un de ses canots, d'autres endommagèrent sa coque. Il aurait été bien plus maltraité sans la précaution de son commandant, le conimodore Turner, de recouvi ir toutes les parties de bois d'un revêtement de sacs a s;^l>}e.

De leur côté les Itâtiments fédéraux avaient tiré en tout 15i coups ; ils avaient pratiqué dans le fort Sumter onze brèches, dont quelques-unes d'environ 3 pieds carrés de

surface,

T a chose la plus remarquable c'est qu'avec tout ce déploiement de force de destruction et avec ces prodigieux dégâts de matériel, le personnel de part et d'autre avait relativement fort peu souffert. Les confédérés eurent une dizaine d'hommes hors de combat ; et les fédéraux une trentaine, dont douze sur le Keokuk. Cel.i prouvait qu'un des importants luiis au moins des cuirasses avait été atteint, La même preuve avait deja été établie dans l'attaque du fort Me .\llister, un mois auparavant. Les trois nionitors Passmc, Patapaco et Nahant, assistés de quelques bateaux à mortiers, avaient jfravenient détérioré les murs du fort, épais de 10 mètres, niais u avaient pu, par défaut de justesse , endommager les canons , pendant un bombardement de sept heures, à 1200 mètres de distance. Les monitors s'étaient montrés plus invulnérables encore. Le Passaic, quoique touché trente-sept fois , avait gardé son armure presque in"

iàcip. Les perles en personnel n'avaient été que de quatre

hommes.

L'airiiral Dupont avait espéré un moment pouvoir reprendre 1 attaque ie lendemain, 8 avril ; mais après l'inspection Ues avaries et ensuite d'un conseil de jjneiTc tenu le soir, il y renonça. Il n'était pas diflieile de se convaincre que la place n'était pas prenable par un coup de vi<:ueur, et qu'il fallait procéder méthodiquement et successivenicnt sur ses batteries isolées, avec l'aide de troupes de débarquement et d'un parc de sié}j:e.

Le général Hunter n'avait naturellement rien trouv<^ à faire dans une entreprise de ce genre. Il n'avait que 7000 hommes sur les transports et sans parc de siège; quatre^ cinq mille d t-ntr eux furent débarqués dans l'île Stone, prêts à passer, de là, sur l'Ile Morris. Même à supposer qu^^ Ips bâtiments eussent forcé l'entrée de la rade, Hunter n'aurait guère pu utiliser son faible corps contre l'armée trois fois plus forte de Reauregard. Les troupes de terre n'auraient pu être utiles que dans une opération combuiée contre les positions avancées de la place. Cela n'ayant pas eu lieu, les reproches d'inaction dirigés contre le généi al Hunter ne sauraient se justifier. Il dut se borner au rôle de spectateur, le sachant et le voulant.

En cette qualité, il adressa une lettre à l'amiral Dupont, qui a bien sa valeur comme témoignage d'un témoin oculaire sur cette importante action d'artilleri.' , >A dont on nous pardonnera de donner ie texte même, auisi que la réponse qui y fut faite:

c Quartiei^i^néral du sud.

« A bord du transport des Etats-Unis Ben-Deford, 8 avril

ff A l'amiral S.-F. Dupont, sur ie New-Iransides, devant

le fort Sumter.

« Amiral — Sans savoir encore quel a été le résultat de votre attaque d'hier, en ce qui concerne le fort Sumter, je ne puis m'empéclit r vous iéliciter sur la manière magnifique avec laquelle ont combattu les navires sous vos ordres.

« Réduit au rôie de simple spectateur, je n'ai rien pu faire en votre faveur, sauf de pritM- Dieu. Je l'ai prié, croyoz-lc, du plus profond de mon cœur, pour vous et pour tous ct^s braves que vous coiamandez, qui ont navi^^ué ralniement et sans peur jusqu'au milieu d'un feu concentrique, tel que l'histoire des guerres n'en avait encore point produit de i^areil.

« De ep que vous vous en êtes retiré sain et sauf, ainsi que 1 1 [ lupart de vos gens, c'est pour moi un sujet de vive gratitude envers le Dieu Tout-Puissant. J'avoue que lorsque je vis le Weehan'ken se précipiter le premier sur le fort Sumter, recevant le feu de ses casemates et de ses barbettes de flanc, en même temps que celui des barbettes du fort Moultrie et de toutes les batteries environnantes, je sentis s'arrêter nia respiration jusipi'à ce que la fumée se fût dissipée, craignant de ne plus revoir vestige du petit bâtiment qui avait provoqué une telle canonnade.

ff Avec chacun des autres navires lu même scène et les riièiiies inquiétude» se renouvelèrent; mais cet intérêt grandit bien davantage quand vint le tour de VIronsides, dont je connaissais la vulnérabilité, et en pensant à la grande perte qu'aurait faite la patrie si quelque malheur vous était arrivé.

« Je remercie Dieu pour les résultats tels qu'ils sont. Qu'il vous protège encore dans toutes les chances qui s'offriront à vous! Un pays ne saurait succomber quand il a des hommes capables de supporter ce que votre escadre cuirassée a supporté hier.

((C Que Dieu vous bénisse et vous protège, amiral ; et croyezmoi, avec la plus haute estime t Votre respectueux et dévoué sen'iteur.

(Signé) D. HuNTER, roigor-général. j»

A cette touchante marque de cordialité, ramiral Dopttit rôp(mdit non moins courtoisement, comme suit :

« Pavillon-Amiral /roim<ie<.

c Port de Charleston S. G., 8 avril 1863.

c Au major-générai Hunter, commandant du département du sud, devant CSharleston.

t Général — Je reçois en ce moment votre très aimable lettre de ce jour. Je n'en avais pas besoin pour être sûr de toute votre sympathie dans nos opérations d'hier, et qu*elle était augmentée encore par le Êdt que des circonstances indépendantes de votre volonté vous empêchaient de réaliser votre vœu le plus vif, celui de coopérer activement et immédiatement à notre tâche.

« Je férai lire votre lettre sur tous les bâtiments de l'es* cadre, afin que chaque homme sous mon commandement ' connaisse, comme je la connaissais depuis longtemps moimême, la cordiale sympathie du commandant en chef de Tarmée du département du Sud.

c Je suis, général, avec la plus haute estime, votre très obéissant serviteur.

c (Signé; S. -F. Dupont, contre-amiral, commandant Tescadre du Sud-Âtlantique. »

La nuit du 7 au 8 se passa h réparer les avaries; mais l'activité de l'équipage du Keokuk ne put empêcher ce brave navire de couler bas, vers les huit heures du matin. Le 12 avril, l'amiral Dupont quitta son mouillage pour rentrer à Port-Royal, ne laissant devant Charleston que les croiseurs habituels.

La déce[)tion et réiuotion que cet échnc causa dans le Nord furent très grandes; on avait eu tellement de confiance dans ces cuirasses de 4 ?i 5 pouces de fer, et dans la puissance des projectiles qui en sortiraient, qu'on s'était sûrement attendu à une Llestruetion totale des ouvrages de Chai'leston et à une prompte reddition de celte ville. L'amiral Dupont avait même des ordres pour aller, aussitôt après, répéter les mèiiies exploits contre Mobile, contre Savannah et contre d'autres ports encore. L'événement montra combien ces prévisions avaient été exagérées, et établit une fois de plus que inéme avec la plu;:^ grande somme de force possible, l'art n'est jamais de trop. L'expérience en fut bnilamment faite, et elle servit, [k-ui- le cas particulier au moins. Les fédéraux n'abandonnèrent pas leurs projets contre Char-

TOMK n. 9

lésion; maïs Us renoncèrent à une attaque de vive force et procédèrent plus méthodiquement.

Pour cette nouvelle entreprise, l'amiral Dupont fut remplacé dans son commandement par l'amiral Foote, le vain* queur, avec Grant, des forts Donelson et Henri. Au général Hunier succéda le général Gillmore, un des meilleurs ingénieurs des Etats-Unis, ancien professeur pour l'arme du génie à l'école militaire de West-Point, adjudant de^herman T., dans la première expédition cdtière, qui avait personnel!»' ment dirigé l'attaque du fort Pulaski, et venait de se distin* guer aussi dans le Kentucky.

Dans un prochain chapitre nous aurons à parler de cette opération et de ses préparatife. En attendant il est temps de revenir aux deux principales armées beUigéranles entre Washington et Bichmond, et de voir comment, sur cette zone importante, on entendait mener la campagne de l'année

Reprise des opérations en Virginie. — NouYelle offensiya

des fédéraux sur le Rappahauoock — Bataille de Chancellorsville (2 mai 1863).

Aux Etals-Unis, une phrase banale ou épigrammatique est toujourd à la modo pour servir île texte aux causeries de la Siiison et d'épigraphe à la presse quotidienne. Pendant l'hi. ver de 1861 u 18G2, deux personnes prétendant s'intéresser aux atTaires du pays ne s'abordaient que par les mots : « tout est tranquille sur le Potomac! » Dans l'hiver de 1862 à 1863, ce fut : tt point de mouvement sur le Rai)pahannock! »

Le règne de ce second refrain à l'adresse du général Hooker fut bien d'environ trois mois. Au reste, les grandes boues et l'échec de Fredericksburg avaient un peu corrigé le mora^ des fédéraux, civils et militaires, de ses fébriles impatiences. Houker parut suffisamment habile de se borner à tenir son terrain contre les courses incessantes des cavaliers confédérés sur ses flancs et sur ses revers.

H ne put pourtant pas empêcher le colonel virginien Fitz- Hugue Lee, de franchir le Haut-Rappahannock et d'arriver un beau matin, le ^.j lévrier, jusque dans les lignes fédérales ; il y lit même quelques prisonniers, et put détruu'e une portion du chemin do fer de FalmoLith à Aquia-Creek. Un autro colonel Lee repoussa de son artillerie, en dessous de Fredericksburg, une tentative des cunotmièreï» fédérales de profiter des eaux enflées du fleuve pour le remonter jusqu'à la grande armée. Un détachement de cavaliers virginiens, sous le capitaine Mosby, s'avança jusqu'à Fair&x et y captura le général fédéral Staughtou.

Le printemps s'avançant et les routes se séchant, le général Hooker eut à reprendre la campagne ; il débattit, pour cela, plusieurs projets avec le général Hallecket avec le gouvernement de Washinglon.

Nous savons partiellement en quoi devaient consister les plans généraux pour cette reprise d'offensive, puisque nous en avons déjà vu plusieurs & Tœuvre sur d*autres points.

Grant et Banks, avec Farragut et Porter, devaient agir vigoureusement dans te sud-ouest.

Rosecranz avait au moins à maintenir le Tennessee.

Dupont et Uunter étaient chargés d'enlever Gharleston.

Foster et Peck devaient inquiéter sérieusement Bichmond du oôté du sud, tandis que Hooker s'avancerait directement sur la capitale confédérée depuis le Rappahannock.

Pour cette dernière opération, Hooker disposait d'une armée d'environ 130,000 hommes, qualifiée, dans un de ses ordres du jour, de « la plus belle sur notre planète. » Elle avait été complètement remaniée, et elle était alors répartie non plus en grandes-divisions, mais en sept corps d'année, les if Reynold, S» Goucb, 9* Sickles, 5» Meade, 6* Sedgwick, 11* Howard, 12* Slocum. La cavalerie formait un corps à part sous le général Stoneman, son ancien commandant, et comprenait quatre divisions, sous les généraux Pleasanton, Buford, Avenu et Gregg. Plus en arrière, deux autres corps, un sous le général Stahl, reste de celui de Sigel tombé en diagrftce et démissionnaire, et un sous Heintzelman, tenaient Washington et le Potomac.

L*état normal de chaque corps d'armée était toXijours de trois divisions, composées chacune de trois à quatre folbles brigades donnant, comme toujours, un grand luxe d'étatsmajors en comparaison de l'effectif de la troupe. Bon nombre 4 d'hommes étaient des vétérans. Ils dataient de la première levée d'avril iSÙi ; malheureusement cette levée ayant été faite pour deux ans, les engagements allaient expirer, et les hommes entendaient être libérés juste à la fin de leur temps. Hooker fut pressé, par cette circonstance, de commencer ses opérations un peu plus tôt qu'il n'aurait voulu, c'est-à-dire dès la fin d'avril. S'il avait pu attendre quelques

jours de pliLs, il aurait ou le concours d'un mouvement en avant qui devait se faire dans la Slienandoah et de celui de SufTolk, dont nous avons déjà \r.\v\c.

Mais l'avantapre de commencer la campaj^ne avec ses vétérans, qu'on pourrait ensuite licencier en route après le premier grand coup, lui panit préférable à d'ultérieurs retards, d'autant plus qu'à ce moment les forces de Lee avaient été sensiblement diminuées. Le mouvement fut donc ordonné pour la fin d'avril.

Le plan décidé entre lui et le général Halleck était en résumé très bien coni;u :

Une portion des troupes entretiendrait Lee à Fredericksburg et plus bas, tandis que le gros tournerait la gauche de l'ennemi et se porterait directement sur ses communications avec Richmond près de ChancellorsviUe. L'extrémité de l'aile tournante serait formée par une forte colonne de cavalerie* L'arm(^e confédérée^ enserrée ainsi entre les masses fédérales, le Rappuhannock et le Bas-Potomac, n'aurait plus qu'à passer sous les fourches caudines.

Cette prétention n'avait certes rien d'exagéré, car l'idée ^ndamentale du plan était parfaite et les forces de Hooker doubles de celles de son adversaire.

Celui-ci ne disposait alors que d'une soixantaine de mille hommes, ayant détaché une portion du corps de Longstreet au sud de Richmond. Mais il avait avec lui les divisions de Stonewall Jackson, qui valaient à elles seules une grande armée. Il était toujours dans ces terribles lignes de Fredericksburg, contre lesquelles l'attaque du 13 décembre s'était montrée si impuissante. La manœuvre de Hooker le forcerait bien d'en déloger ou d'y poser les armes.

Malheureusement pour les fédéraux, les dispositions d'exécution ne repondirent point assez à l'esprit de la combinaison elle-même, et l'exécution de détail s'en écarta totalement.

Le mouvement général commença le lundi 27 avril. Ce Jour-ià, trois corps d'armée, les &>, ii* et 13*, sous les généraux Meade, Howard et Slocum, partirent en remontant la rive gauche du fleuve, par la route de Falmouth k Warrenton. Les régiments marchaient avec huit jours de rations et peu

d6 bagage. Le général Slocum commandait provisoirement cette aile droite, en attendant que Hooker la rejoignit avec d'autres forces, ce qui ne tarderait pas.

Le mardi soir, 28 avril, les colonnes firanchirent le Rappabannock aux gués de Bicbard et de Kelly, à quatre et cinq milles au-dessus de la jonction de ce fleuve avec le Rapidan. De là Taile droite tourna vers le sud, marchant toujours en deux colonnes, Meade,à gauche, Howard et Slocum à droite. Le premier passa le Rapidan au gué de Elys; les seconds à Germania-Mill, et ils allèrent se rejoindi-e, le 29 au soir, à Cbancellorsville, où ils s'arrêtèrent pour y prendre position ensuite des ordres supérieurs.

Cette viUe, à une douzaine de milles à l'ouest de Fredericksburg, se compose d'une seule maison, beau bâtiment en briques, avec ses dépendances. Elle est située au carrefour de la vieille route d'Orange et de la nouvelle route (plank-road) de GordonsvîUe ; deux mauvais chemins conduisant aux gués de United-States et de Banks passent non loin de là. Le terrain environnant est ondulé et couvert de vastes forêts • cellesci offrent de notables variantes ; elles sont ici épaisses et hautes ; un peu plus loin, rabougries et clairsemées. Autour de la maison de Ghancellorsville se trouve une grande clairière en culture, qui s'étend un peu vers l'ouest; plus en arrière, quelques crêtes s'étagent dans la direction des gués ; plus en avant serpente un petit aflQuent du Rappaliannock, le Scotts-creek.

Tel était te point que Hooker avait choisi pour en foire le centre d'une position défensive et pour y établir son quartier* général. Une fois le premier passage opéré, il avait rejoint son aile droite avec le corps de Sickles, et il se foisait suivre encore par Cbuch, moins une division, et par Reynolds.

Ceux-ci passèrent le fleuve plus près de Falmouth que4es précédents, c'est-ànlire à United-States-Ford, ou gué des Etats-Unis, situé droit en-dessous de l'embouchure du Rapidan. Un autre passage en dessous de celui-ci, le Banks- Ford, eût été plus direct et plus commode encore, mais il se trouva bien gardé par les confédérés.

Le jeudi 90 avril, au matin, Hooker avait environ 80 mille

hommes rassemblés aux alentours de son qtmrtier-^énéralde Chancellorsville, à cheval sur la route de Fredôricksbui^ à Gordonsville. Déjà quelques retranchements les couvraient, comme d'habitude. Par ordre du commandant en chef, toutes les troupes, au fur et à mesure de leur entrée dans la position qu'elles devaient occuper, avaient à se protéger d'épaulements et d'abatis.

Pourquoi s'arrêter là? ponrffuoi ne mettre en défensive au lieu de conlinurr la marche contre Léo et d'aller l'attaquer à revers dans ses lignes mêmes, avant, si possible, qu'il eût pu s'orienter?.... C'est ce qu'on n'a pas encore explique^. Il parait que Hooker se croyait sûrd'avon', par sa position, si bien enserré 1 année des confédérés que ceux-ci seraient forcés de venir combattre dans des conditions désavantageuses. Il le fit même savoir à ses troupes par un ordre du jour f]n 30 avril, où il leur disait : « 11 ne reste plus à l'ennemi (ju'a luir honteusement ou à sortir de < défenses pour venir nou* livrer bataille sur notre propre terrain et où une destruction certaine l'attend. »

Pendant ce temps le général Sedgwick, qui avait i t laissé à Falmouth avec trois corps d'abord, puis avec deux, fit très convenablement les feintes ordonnées. Dans la nuit du 27 au 28 il jeta trois ponts près de l'embouchure du Deep-Uun, en dessous de Fredericksburg, et langa ^ur l'autre rive deux divisions, qui s'y établirent sans résistance. Sedgwick fit ensuite quelques démonstrations de tout le reste de son aile gauche, laissant croire au pas,sage de l'armée entière sur ce point.

Mais de ses hauteurs de \farie-Heights Lee veillait attentivement à tout cela; en attendant d'avoii p, nétré les desseins de son adversaire, il re.sta tranquilleiacnt dans ses lignes, se bornant h faire battre tous les alentours par des reronnaissancês de cavalerie, et à garder solidement le gué de Banks, en avant de sa gauche.

Le 29 à midi il fut informé assez exactement deB mouvements deî> fédéraux; il sut que ceux-ci s'étaient partagés en deux grandes masses, qui prétendaient le prendre entre deux feux sur son front d'une part et sur sa gauche ou ses revers de l'autre.

Avec ane netteté et une pnnnptitude de jugement remarquables Lee s'empressa de droftter des avantages que lui ol&ait sa position centrale. Le 29 il renforça sa gauche, sous le commandement du général Anderson, de deux brigades qui devaient se replier par Ghancell6rsviUe sur Téglise de Salem, b peu près à moitié chemin de Chancellorsville et de Frederiksburg, et y tenir ferme. Ces troupes n*eurent pas cette peine , puisque Hooker, comme nous l'avons vu, trouva bon de s'arrêter à Qiancellorsville.

Le 90 il se tourna vers sa gauche avec toutes ses forces, ne laissant à la garde des lignes de Frederiksburg que 12 pièces d'artillerie et deux brigades, dont les Mississipiens de Barksdale, qui avaient déjà si bien déféndu la ville lors de la première attaque.

Quand il apprit que les fédéraux de Hooker s'étaient choisi et créé une bonne position à Chancellorsville, il décida de ne pas diriger l'attaque principale sur leur liront; là il se bornerait à les contenir avec deux divisions, tandis que le gros, sous lackson, tournerait leur flanc droit et les acculerait au fleuve.

Cette manœuvre habilement combinée fut non moins habilement exécutée. Le 30 au soir Jackson, avec les trois divisions Hill A., Rhodes et Trimble, commença son mouvement tournant, tandis que Lee déployait en rideau, devant Chancellorsville , les deux divisions Anderson et Me Laws. Jackson marcha par la route qui mène de la Vieille-Mine à Germania-Ford. Le 2 mai au matin il était à hauteur de Chancellorsville, sur la droite des fêdémux, et il y laissa la division Hill pour se relier à Lee; avec les deux autres divisions il se porta sur les revers mêmes de Hooker, sur la route d'Orange à Fredericksburg, entre Wildemess et Chancellorsville. liâtteignit cette route vers Wildemess-Church le samedi 2 mai dans l'après-midi.

La position des confédérés à ce raoïpent-là dessinait donc une ligne à peu près en équerre, dont la division Hill formait l'angle, et dont l'une des extrémités, la droite de Lee, s'appuyait au fleuve, tandis que l'autre extrémité lemluU aussi à s'en rapprocher et à rendre Tangle droit plus aigu.

La position des fédéraux, faisant toujours front conlre Fredericksbnrg, était enclavée dans la ligne confédérée. Hooker croyait avoir tourné ses adversaires, el c'est lui qui l'était par eux.

nappahaamoelt.

Reynolds.

Btrry.

Couotk.

Wbippl*.

Ueida.

Cbanc«Uor«vill«.

Hovird.

S^ick

PlankiroMl.

SIOCDJII.

Le* t

Hooker avait alors six corps â*année avec lui , le premier corps était en train de le rqoindre. Cela donnait un total de dix-sept divisions, soit environ 110 mille hommes.

Le 11« corps, Howard, tenait la droite, en avant et au sudest de Caiancellorsville, aux environs de Dowdall^-Tavem. Sickles tenoit le centre droit, un peu plus en avant; Slocum le centre gauche , un peu plus en arrière. Meade était à la gauche; Couch en réserve. Le corps de Reynolds, à son ar* rivée, le 2 au soir, resta derrière le centre, aussi en réserve et à la garde spéciale -des ponts.

La gauche se trouvait fort bien appuyée à un ravin du Rappahannock , m tis la droite plongeait dans les grands bois. Un seul 6sea it iij cavalerie, sur la route, et quelques piquets dans ia itHiH couvraient l'armée de ce côté. Le 11'' corps, composé pour une moitié d'Allemands, dont bon nombre d'officiers avaient fait les guerres d'Allemagne de 1849 et 1848, avait une excellente réputation militaire, et il avait eu, pour cela, l'honneur d*ôtre placé à l'aile dangereuse.

Toute la journée du 2 se passa en tirailleries d'avant-postes et de reconnaissances sur le front et en quelques escarmouches sur le flanc droit des fédéraux , du côté de Wilderness. Howard avait entendu, pendant la nuit précédente, un fort bruit de mouvements de troupes dans cette direction, et Ton avait généralement cru dans son camp que c'était l'ennemi qui se repliait en toute hâte sur Gordonsville par des chemins de traverse de la forêt. Néanmoins le lendemain, et prévenu par des patrouilles de la brigade deScbimmelfenning, il prit ses précautions de ce côté, et ût former son corps en double potence, couvrant non-seulement le flanc, mais encore les revers de Tarmée sur cette aile.

Ce ne fut pas encore assez , paratt-il. Le S, vers 5 heures du soir, et au moment où le général Howard était occupé à diriger deux de ses brigades à l'appui de Sickles, qui, engagé plus vivement sur son front, s*était porté un peu plus en avant et à gauche, le li« corps fut tout-à-coup assailli luimême en forces et de tous côtés.

Cétait Jackson qui débouchait subitement du bois, et dont les colonnes, en poussant des cris furibonds, envahirent bientôt les derrières et Ta droite du camp.

La division fédérale Devons, qui formait Textréme droite, surprise de cette attaque soudaine et en si grandes masses, plia aux premiers coups de fiisil, son chef restant blessé. Sa brigade allemandèGilsa et sa brigade new-yorkaise Me Lean, se donnèrent à peine le temps de brûler une cartouche par homme, et prirent la fuite fc toutes jambes. Dans leurs course effarée elles entraînèrent Tartillerie, les ambulances et les trains du voisinage; la panique jeta le désordre dans toutes les secondes lignes, ainsi que dans les réserves. Malgré

las efforts du chef du il* corps et de quelques courageux oflSciers, la confusion se répandit partout, et il n*y ûut bientôt plus aucune- direction supérieure possibile.

Le général Uooker éuit préoccupé à cet instant des feux qui s'échangeaient sur le firont du 3^ corps et qui augmentaient de vivacité. Il avait même cru les clioses assez graves de ce côté, vu les démonstrations très opportunes de Lee, pour faire porter en avant la division des réguliers de Sykes, du 5* corps. £tonné de l'orage qui éclatait derrière lui, il accourut aussitôt stir le lieu du danger. Là il fit tout ce qu'il put pour arrêter le courant Ue la déroute. Pendant près d'une heure ce ftit en vain ; soldats et voitures se précipitaient péleméle vers la rivière, jetant à terre sacs et Aisils et restant sourds à la voix des officiel s.

K ce moment critique le général Sickles, dirigé au secours du 14» corps, montra une énei gic et un sang-froid dignes d'éloge. Il changea rapidement do IVonlet chargea le flanc de Tennemi avec une portion de ses Lruupes, tandis que les autres allèrent lui barrer le passage de front. Ici ce fut l'artillerie, sous le ca])ilanic Bi-st , qui n'iH'it la première les sens* et qui, tirant sur fiiyai'ds et poui suivants dès le l)ord de la clairière, procura un conHiiencenienl de répit. Sickles en sut proliLer à point donné. Une de ses divisions, Berry, placée en bonnes lignes de bataille, et la cavalerie de Pleasanton, dont une portion mit pied à terre pour soutenir l'artillerie, arrêtèrent enlin la fuite.

Peu de temps après, les autres divisions du 3" corf», Wliipple et Jiirnp\ , arrivèrent aussi en ligne ; puis elles se portèrent en avant, avec une partie des divisions ralliées du 41- corps, Stoinwehr et Schurz. Mais elles ne purent reprendre le terrain perdu, ni nombreux prisonniers, ni huit canons déjà tonjbé« aux mains di's soldats de Jackson.

La nuit ne mit pass lirj au combat. De 1> ileule^ ;i onze heures les teu\ de l'artillerie et la fusillade tonnèienl de tous côtés, et embrasèrent l'horizon. Les plus nouri'is partaient des alentours de la divi-inn Rerry. Vers minuit celle-ci fut attarpiée vivement ; toutefois elle tint ferme, et à son tour elle s'avança, secondée par les deux autres divisions de Sicicles,

Un peu de terrain fut regagné; mais ces actions nocturnes au milieu des bois ne pouvaient avoir rte grands résultats.

Pendant cette nuit du 2 au 3 personne no se f'oncha. Hooker dut employer h* temp> oi-dinairc du ^oniineil à n»ettre en mouvement st's coi pï, pour cIkhi;/..'!- son oriire de bataille et faire face sur les deux directions oii s»' inoutrait l'ennemi. A l'aube le mouvement Unissait de s'exécuter, tant bien que mal, et l'armée fédérale présentait al<)is uji ti ont sous la forme d'un U , dont les deux extrémités appuyaient au fleuve et couvraient les passades du gué des Etats-Unis.

A lu droite vers le fleuve se trouvait le 1*"^ corps, Reynolds; à la gauche de celui-ci le 5« corps, Meade ; puis le 3«, Sickles ; ces trois corps fai^airnt fi ont plus spécialement contre l'attaque imprévue de Jackson. Toute la courbe de TU était tenue par lu division Birney, de Sickles, et par les trois divisions du 12* corps, S'.ocum; sur le reste du IVont. -urla panche et l'extrême gauche , qui paraissaient devoir luaintenaiit être les moins menacées, se trouvait le 11^ corps, Howard, qui s'était flnalement rallié, grâce aux efTorls incessants et à l'activité inépuisable de son chef. Au reste celui-ci ne craignit pas de recourir aux moyens les plus énergiques pour affermir ses lignes. .

Derrière la brigade Gilsa , le général Howard fit placer en serre-file de gendarmerie un ancien régiment de sa connaissance, emprunté au corps de Couoh, le 64^ New-York, qui s'était distingué à Faîr-Oaks, avec ordre de tirer sur la brigade allemande si elle romfMût d*une semelle, n n'y avait pas de risque à cet égard, car ces pauvres soldats, victimes après tout de la négligence des étatd-roajors dans le service de aû- ' reté , brûlaient du désir de laver leur drapeau et leur bon* neur national des reproches dont on les accablait, et de se réhabiliter aux veux de l'armée.

Le 2» corps, Ck>uch, resta en réserve, vers le centre de l*U.

De leur côté les confédérés gardèi'ent le même ordre de bataille. Le corps de Jackson continuerait l'attaque principale en se dirigeant vers le fleuve ; Lee agirait contre la ligne perpendiculaire au fleuve; la jonction des deux fronts se ferait vers caumcelkirsville même, par le moyen d'une forte artil-

lerie , qui repousserait toute agression sur ce point, et qui b&ttrait la clairière.

Rappabonnock.

Rtynolda.

Couch.

• Bairy. -i W'hJpple

Chanc«Uors |VtUe

Birncy. \|^Uiam.

Lm

Vers cinq heures du matin, le dimanche 3 mai, la ]>ataille recommença. Les fédéraux, de nouveau aftwaillifi sur les mêmes points où le combat avait cessé quelques heures auparavant, tinrent beaucoup mieux que la veille. Ils infligèrent de dures pertes à leurs adversaires, quand ceux-4:i débouchaient dans les clairières.

Le corps de Jackson souffHt particuUèfement dans cette première reprise. Il revint plusieurs fois à la charge sans se décourager, et ce fût encore Sicklesqui eut le privilège d*ètre en butte à ses principaux assauts. Un moment vivement pressé, malgré le &u violent de VartiUerie du capitaine Best, Sickles dut demander du renfort è Hooker, qui lui envoya les deux divisions du corps de réserve, Franck et Hancock. Celles-ci entrèrent en ligne déjà à 7 heures du matin, en passant entre Meade et Sickles, et à 8 heures les confédérés étaient complètement arrêtés sur cette position du champ de bataille. L'action des masses y fut remplacée par les feux de nombreux tirailleurs et de quelques pièces.

Sur Tautre front, ou plutôt à la jonction des deux fronts, devuAt ChancellorsviUe, l'engagement était au contraire devenu plus vif. Lee avait groupé une quarantaine de pièces, qui, bien soutenues d'inâmterie à droite et h gauche, brûlè-

rent la maison de Chancellorsville et délogèrent de leui*s positions Birney, Slocum et le quartipr-général. '

Hooker, décidé à rester en dt leiisivo, céda encore à cette attaque ; il lit replier ses deux corps avancés, Sickles et Slocuni, sur les quatre autres conseiTés dans les mêmes lignes ; il raccourcit et cuiiceiitra davantage son U.

Ce mouvement, qui s'elTeclua toujours en combattant, était achevé vers les onze heures du matin. A deux heures après midi toute la ligne nouvelle était déjà garnie d'abatis, d'épaulenients et de barricades de toute espèce. Quelques-unes de ces dernières avaient été élevées avec des voitures brisées et des chevaux tués, entassés les uns dans les autres. Les corps qui n'avaient pas donné, avaient aj^si en partie employé ce temps à se retrancher, et cinq à si.x lignes d'ouvrages étaient en train de se dresser entre les corps et les ponts, ainsi que de nouvelles batteries autour de ceux-ci, sur les deux rives. Cette fois Hooker était résolu de tenir à outrance et de ne pas se laisser jeter à Teau. Il s'fttlen* dait à une nouvelle et décisive attaque.

Celle-ci n'arriva pas, ou plutôt se résuma en une foible tentative ennemie qui provoqua une furieuse canonnade de la part des fédéraux.

Lee avait subi deux graves contre-temps, qui le firent renoncer à pousser plus loin ses succès contre Hooker pour le moment.

D'abord sa gauche,qui s'était si bravement ctmduite, et qui avait beaucoup souffert, avait fait, ainsi que toute la Confédération» une dure perte. Stonewall Jackson avait été mortellement blessé. Le 2 au soir, en rentrant d'une reconnais^ sance d*avant-postes, comme jadis Laharpe à Codogno, les . siens l'avaient pris {jour de la cavalerie ennemie, et l'avaient criblé de balles. Son remplaçant, le général Hill, avait aussi été blessé, et le commandement, en attendant que Stuart, à qui il devait échoir, arrivât, futà proprement parler suspendu pendant de précieuses heures.

D'autre part, Lee venait de recevoir de mauvaises nouvelles de Fredericksburg.

Là le général Barksdale avait fini par se trouver à trop

forte partie. Le commandant du 6" corps fédéral, le généra! Sed^'wick, que nous avons laissé, le 28, s'élablissant sur la rive droite du fleuve, y était resté avec son corps entier et la divisiDU Gibbon du corps Cou< li, soit une vingtaine de mille honuiies au moins. Après Ix'aucoup d"hésitation:i et de nombreuses reconnaissances en ballon, il s'assura enfin que l'ennemi n'était qu'eu faible t^lTet tif dans U;s ouvrages, et il se décida à les attaquer le 2 niai au soir. Le 3, à midi, l'assaut de Maric-Heights coinnienra ; pressés de tous côtés , les ouvruge.s furent enlevés après une heure d'une lutte meurtrière pour les assaillants. Ceux-ci capturèrent un millier d'hommes et sept canons.

De là Sedg\N*ick, animé par le succès, se dirigea sur Chancellorsville, à la pouri>uite de Barksdale ; mais arrivé à SSalem-Church, il fut arrêté par des forces plus considérables, et ne jugea pas devoir pousser plus loin. S'il avait été aussi résolu tjue Jackson il serait arrivé sur les derrières mêmes de Lee, qu'il eût attaqué, en même temps qu'il était engagé de front contre Hooker, et nous laissons <i tout militaire le soin de juger quelles auraient pu être, pour les fédéraux, les consé(}uences de cette action coiidjinée, si à son tour Hooker en avait profité pour ix^ir offenSivement.

Du côté de Lee se montrait une tout autre initiative.

Aussitôt qu'il apprit, devant Chancellorsville, le 3 au soir, les succès et les progrès de Sedgwick, il entrevit aussi la possibilité de les lui faire payer cher, et il s'y apprêta sur-lechamp. 11 dépêcha en toute hâte contre lui la division Me Laws, et ce fut elle qui, ralliant Barksdale, avait arrêté l'avant-garde de Sedgwick devant Salem-Church. Sur le front de Hooker il continua de bruyantes canonnades, tandis qu*il en retirait encore la division Andersen. Il fit converger en outre sur Sedgwick la brigade Wilcox, restée au gué de Banks, et la petite division Early, repliée du Ba.s-Rappahannock, depuis la perte de Ifarie-Heights. Lui-même arriva, le 4 à midi, sur la gauche de Sedgwick, pour diriger personnellement les opérations

Gelui->ci eut bientôt trois brigades sur son flront et quatre sur son flanc gauche. Néanmoins il se défimdit vaillamment ;

il tint l'ennemi à distance. Dans Taprès-midi, il parvint à gagner le gué de Banks, sans avoir été trop entamé; il put même y jeter des ponts, avec Taide de troupes laissées de Vautre côté du fleuve et qui maintenant venaient à son aide.

Le soir, vers 6 heures, les confédérés firent une attaque générale sur les troupes avancées de Sedgwick et les refoulèrent jusque sur les réserves et sur TartUlerie au bord du Rappahannock. Là celles-ci avaient encore Tappui de pièces ' * de fort calibre, placées sur la rive droite, et elles tinrent leur terrain. Dans la nuit suivante, Sedgwick réussit à opérer sa retraite au-delà de la rivière, et il alla, le matin du 5, rejoindre les réserves de Hooker au gué des Etats-Unis. Cette courte campagne sur la rive gauche lui avait coûté envirûn 5 mille hommes.

Le même matin du 5 mai, Lee, qui n'entendait pas avoir fini sa tâche, se reporta, sans perdre une minute, sur le corps principal des unionistes, avec l'intention de l'attaquer de nouveau. Quoique des torrents de pluie retardassent sa marche, celle de son artillerie surtout, il s'avança dans cette journée jusque sur leurs avant-postes, et le soir ses piquets engagèrent des escarmouches tout le long des piquets retranchés des fédéraux.

Hooker, le même soir du 5, en voyant les forces confédé- ♦ rées revenir à la charge et surtout en voyant les eaux du fleuve s'enfler considérablement par les pluies et désorganiser les ponts, commença à n'être pas sans inquiétude sur sa situation. Un conseil de guerre qu'il convoqua fut unanime, sauf Meadc, dit-on, à partager l'avis d'opérer aussitôt que possible, la retraite sur la rive gauche. Le passage fut imméfliatement ordonné et préparé.

Les ponts furent recouverts de foin et de branches d'arbres pour amortir le bruit des voilures, et le train, qui, du reste, n'était pas très considorable,Jiit écoulé le premier. Tout le corps de Meade fui placé en avant-postes dans les retranchements ; les autres corps opérèrent leur passage successivement. Meade écoula aussi ses brigades les unes après les autres, et, le matin du 6, toute l'armée de Hooker était de nouveau en sûreté derrière le Happahannock.

Elle ramena h «;os prt'-cédenls (Miniiomcnts iniito son artillerie, sauf 7 pièces, en échange d<'s(]uellt's ello avait 8 pièces confédérées. Mais elle dut abandonner sur le champ de bataille ses morts noii-cnterrés et la plupart de ses blessés, si bien que le 8 mai, l.ee adressa im parlementaire h Hookor, pour le prier d'envoyer son personnel sanitaire prendre soin des blessés fédéraux, les chirurgiens du sud ne suffisant pas à la tâche; Hooker s'empressa naturellement de satisfaire à cette demande.

L'armée fédérale laissait sur l'autre rive une quinzaine de mille hommes, dont IdOO tués, et quatre k cinq mille prisonniers.

Une preuve que ce n'est pas la bravoure qui manqua aux cfiiciers, se trouve dans le grand nombre de ceux qui pâtirent de ces sanglantes journées. Deux généraux de division ftirent tués, les braves Berry et Whipple ; un autre fut capturé, le général Hayer ; huit furent blessés, les généraux Howard, Gouch, Sickles, Deven, Geary, Greene, Mott et Ward. Neuf colonels, trois lieutenants-colonels et .sept majors fiirent tués. Vingt colonels furent blessés ; dans les autres grades se retrouvait la même proportion de victimes.

De leur côté les confédérés avaient perdu environ 7 mille hommes, dont un millier de tués et deux mille prisonniers. Leurs officiers aussi ne furent pas épargnés ; bon nombre d'entr'eux furent tués, entr'autres les généraux Jackson et Paxton, et les colonels-brigadiers Gamett et Mallory.

Leur perte la plus grande fut sans contredit celle de Stonewall Jackson, qui mourut huit jours après, âgé de 38 ans. Ce petit homme, de tournure contre&ite, taciturne, réveuf*, cachait sous une frêle enveloppe une âme de fer et un génie de grand capitaine. Modeste professeur au collège militaire de Virginie, il n'était connu précédemment ([ue pour sa piété ardente ei un peu mystique. Les premières affaires de la lutte révélèrent en lui l'homme de guerre supérieur, et Lee, en apprenant son sort, s'écria désolé : « Mieux vaudrait pour nous que j'eusse été frappé ù sa place. » On n'en pouvait faire un plus sincère el plus bel éloge.

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