TOME II
Pendant ces quatre journées de combat, il ne fut pas question de la cavalerie fédérale, sauf de cette brigade dd Pleasanton, qui seconda si bravement les efforts de Sickles pour arrêter la panique du 11*^ corps.
En effet, le reste de la cavalerie, sous le^é:iéral Stoneman, chargé de former Textrème droite de Taile tournante, avait exécuté à cette occasion un vaste raid. Cette expéditioiii brillante en elle-même, avait totalement séparé Stoneman du gros de Tarmée et constitué une opération tout-À-£ait indépendante.
Néanmoins le raid, combiné entre le général Huoker et le général siotienian, vaut aussi la peine d'être mentionné avec quelque détail.
La cavalerie fédérale entièrement réorganisée par Hooker, était dans un très bel état. Le corps qui devait nccompUr le raid devait comprendre près d'une dizaine de raille hommes, répartis en trois divisions de cavalerie, sous les généraux Buford, Gregg et Âverill, et trois batteries d'artillerie à cheval.
Tout ce corps, stationné autour de Warrenton depuis la seconde semaine d'avril, y guettant le moment favorable de piùrtir, se mit en mouvement le 27 avril. Le 28 il franchit le Rappahannock à Kellys-Ford, en môme temps que les ii" et 42» corps d'infanterie, une partie sur les pontons, une autre à gué. De là la division Averill se détacha sur la droite, sur Brandy-Station, pour agir dans la dir v tiun île Culpepper et de Gordonsville. Cette division devait former Taile droite du raid, et entretenir la cavalerie confédérée de Stuart, qui Qpmptait environ deux mille hommes aux environs de Culpepper , tandis que les deux autres divisions s'avanceraient plus loin vers Richmond.
Celles-ci, de Kellys-Ford s'avancèrent vers le Rapidan et bivouaquèrent à cinq milles en arrière de cette rivière. Le soir seulement le but de Texpédition fut annoncé aux troupes par un ordre enjoignant de se munir de 8 jours de rations, et de renvoyer en arrière tous les bagages, toutes les mules, tous les chevaux de bât et de lesse, et toutes les montures inaptes à faire 50 milles de chemin par jour.
Le lendemain matin, 29, le raid proprement dit commença. Le corps marcha sur deux colonnes, Buford à gauche, Gregg, avec Stoneman , h droite. A onze heures le Rapidan fut atteint. Quoique enflé il était encore guéable ; la colonne de gauche paasa à Mortons-Ford; la seconde à deux à trois milles plus haut, à Raccoon-Ford. L'ennemi gardait ce dernier gué, mais tourné par Buford, il se retira promptement, en laissant toutefois une dixaine de prisonniers. A deux heures delà nuit seulement les troupes de Gregg eurent pris leur bivouac.
Le jour suivant, 90, Buford marcha sur Orange-Court- House, et Gregg, parallèlement, sur Orange-Sprfngs, localités qui furent atteintes de bonne heure Taprès-midi, après une escarmouche d'avantpgarde. Quelques magasins fiirent pillés; un détachement fut envoyé courir après un train» qui avait passé le matin, mais il ne Tatteignit pas. A 6 heures du soir toutes les troupes se remirent en route pour aller hivoùaquer à Loui8a-Gourt*House , oh elles arrivèrent vers minuit. Le chemin de fer de Fredericksbarg à Gordonsville, qui passe tout près, fut détruit en diverses places et sur une étendue de deux à trois milles.
Le départ du lendemain n'eut lieu qu'à 2 heures de l'aprèsmidi, afin de laisser reposer un peu les chevaux. Le corps atteignit i hompson-Croso, où il bivouaqua. Devant Louisa- Courl-House l'arrière-garde de Gregg eut à escarmoncher avec une troupe de cavalerie confédérée venant de Gordonsville, et qui, dès lors, talonna sans cesse l'expédition. La colonne de Buford captura en route un convoi militaire de 26 voitures h quatre mules.
Le général Stoneman avait décidé de «l'arrêler h Thompson- Cross, d'en faire son centre pour lancer de h"t,de ih'oite et de gauche, ses pointes de destructeurs et de iourmgeurs. Ce village, au carrefour de deux routes principales, o[ près d'autres carrefours, ainsi que du pont sur la rivière Soulh-Anna, était bien situé dans un tel but.
Le dimanche 3 mai, à deu.x heures du matin, la brigade du colonel Wyndham partit pour Colombia sur le Janies- River; elle y détruisit le canal, des ponts, des aqueducs, des magasins du gouvernement, y lit des razzias de chevaux, et
rentra & la nuit à Thompson-Cross, suivie d'une colonne de nègres profitant de Toccasion pour prendre la clef des champs et se libérer de Tesclavage. La brigade Wyndham fit, ce jour- Ift, un chemin d'une soixantaine de milles.
Pendant ce temps» des détachements des réguliersde Bufbrd, sous les capitaines Lord et Feelner, en avaient foit autant du côté du sud; Us avaient entr^autres détruit le chemin de fer Virginia-Central à Tolersville et à Frederick-Hall. Le capitaine Feelner avait poussé jusqu'au pont du North-Anna, oh U avait capturé quelques fantassins confédérés. Un autre dé^ tachement, le 5» régulier sous le capitaine Harrison ('), alla détruire les ponts et canaux de Cartersville sur le James- River, à 40 milles au-dessus de Richmond. Cette colonne dut s'engager avec Tennemi plus vivement que les autres et y perdit une' vingtaine d'hommes faits prisonniers, dont deux officiers. Sans Tarrivée opportune de renforts demandés à Thompson-Cross, et entr'autres de l'artillerie i Je régiment entier eût été peut-être capturé.
Deux autres expéditions plus fortes furent lancées plus au sud.
Le général Gregg avec deux régiments et 2 pièces se porta sur Ashland, station du chemin de fer Fredericksburg-Richmond. Le lundi soir, 4 mai, après avoir couru toute la journée et détruit cinq à six routes et ponts, entr*autres le grand iiont de Ground-Squirell sur le South-Anna, la brigade bivouaqua en avant de cette dernière localité. Le lendemain eUe atteignit Ashland , qui était défendue par de Tinfuiterie. Malgré cela le chemin de fer y fut détruit sur un espace de plusieurs milles, et le gros de la colonne rentra au camp le 5 mai au soir, ayant fait 70 milles dans la journée et sans autre mésaventure que d'avoir perdu toute trace d'un de ses détachements, trois escadrons du 12" Illinois.
Plus à droite le colonel Kilpatrick, avec un beau régiment de volontaires new-yorkais, le Ira Harris Light Gavalry, fit mieux encore. Parti en même temps que le précédent U
(1) Lf s nualii' l'i'K'unL'nts df> r.■'^^llitM■s (innt ronipiisait la bri^iado Buford étaieni
commandés par descapitaioes, la loi ne pomwUant pas d'au^enier le nombre des oOelen •upérieur», «omnM dMa* 1m eorp» d« votonulfes.-
bivouaqua silencieusemeut, le S au soir, près de Hungary. Au point du jour, le 4, il surprit cette station de chemin de fer, brûla la gare et des magasins, et, s*avançant contre Richmoud , il pénétra jusque dans les ouvrages avancés de la place ; il y captura même douze fiintassins, dont un lieutenant, qu'il se borna à paroler. La panique s'était d^à répandue dans la capitale de la rébellion, que plusieurs familles commencèrent à évacuer.
On croyait généralement dans la contrée que ces hardis coureurs fédéraux n'étaient que l'avant-garde de la grande armée du Rapi ahannock, et ceux-ci avaient bien garde de détruire cette profitable illusion.
Kilpatrick n'osa cependant pousser la témérité jusqu'à essayer de pénétrer dans Ricimioiid, et il lit bien. 11 tourna à gauche , i)assa le Chickahorainy au pont de Meadow, qu'il brûla derrière.lui, car il avait de la cavalerie confédérée à ses trousses, traversa une portion du célèbre champ de bataille delà campagne de 1862, et se retira sur Hanovertown, dans la péninsule. Arrivé au bord du Pamunkey, il n'eut que le temps, pour se préserver de l'ennemi, de traverser promptement la rivière et de brûler le bac qui lui avait servi. De l'autre cùté de la rivière il reprend ses aises ; il capture et brûle aussi un convoi de dix-neuf voitures en route pour Richmond.
Le lendemain, 5 mai, il surprend un poste de trois cents cavaliers confédérés au bac d'Aylett sur le Mattapony, en capture 35, dont deux officiers, dissipe le reste, brûle le bac, des chars, des magasins considérables, et descendant le long de la rive gauche de la rivière, il va bivouaquer près de Walkertown. Le 6, Iraqtié par la cavalerie confédérée recrutée de levées do ces contrées, Kilpatrick arrive ;i King-(ît-Qnoen- Court-House, où le passage lui est barn^ par une troupe de cavalerie en bonne ligne de bataille. Il ne lui reste ([u'h la percer, et il s'y apprêtait, quand les éclaireurs reconnaissent que ce sont des amis, une portion du 12" Illinois, de l'expédition d'Âshand, rejetée dans cette direction.
Ces braves gens avaient bien eu le droit de donner quelque
émotion à Kilpatrick. Depuis deux jours ils le fùyaient, le prônant pour Stuart.
Le 7, tous ensf>mblc rentrèrent dans les lignes fédérales de Gloucester-Point et de Yorktown, qui étaient tenues par les troupes du 4» corps d'armée, sous le général Keyes.
La veille le général Stoneman , sans avoir encore de leurs nouvelles, mais pleinement confiant dans leur habileté à se tirer d'embarras, avait jugé son but suffisamment atteint, et commencé sa retraite de Thompson-^lSross vers le Rappahannock, 11 ignorait tout ce qui venait de s*y passer entre les deux grandes armées, de même que Hooker ignorait aussi ce que sa cavalerie avait pu &ire.
Cette retraite pouvait donc être périlleuse; Stoneman le savait, et il savait entr*autres que parmi les forces confédérées qu'il était exposé à rencontrer se trouvaient les deux brigades de cavalerie Lee et Hampton , qui avaient toujours plus ou moins tenu ses traces.
n les dépista par la brigade Buford lancée sur Gordonsville, tandis qu*avec le reste , y compris un grand train de mules confisquées et de nègres émancipés, il se mit en route sur Fredericksburg. La marche commença le mardi soir, 5 mai, et dura toute la nuit par une froide pluie et un yent orageux du nord-est. Le pont sur le South-Ànna fut brûlé par Tarnèregarde. ,
Le lendemain matin la colonne fit sa jonction avec Buford, qui n'avait pas rencontré d'ennemis sérieux , et elle s*arréta pendant la journée près des sources du Mine^Run, tout entourée d'avant-postes retranchés. Le soir la marche fut reprise et la colonne atteignit le Rapidan au point du jour. Le jeudi le passage s'effTectua au Raccoon-Ford , sans difûculté ni résistance, et la marche se continua vers le Rappahannock, où la colonne arriva le vendredi àTaube. Le fleuve, enflé par les plMies , n'était plus guéablo ; on n'avait pas le temps de faire îles ponts, car pendant ces deux jours reiineini avait constainnieiit talonné l'arrière-f^'arde. Cavaliers et voitures, y compris l'artillerie sur des radeaux, se jetèrent dans le fleuve à la nar;e, et ne perdirent i{u'un lîomme à cette opération.
Pendant ce temps la division Averill avait opéré du càté de
Ciilpepper et d'Orange. Le deuxième jour elle dut s'arrêter à Rapidan-Station, en avant de (iordonsville, forte position confédérée. Par cette raison elle ne put suivre le raid, et ce fut heureux pour celui-ci, car ce fut la division Averill , qui, moitié intentionnellement, moitié par iiécessilé, réussit à entretenir le gros de la cavalerie confédérée et à en dégager Stoneman. Néanmoins le général Avorill fut puni pour ce bon service. Rappelé, le 2 mai, par le général Hooker au gros do l'armée, au gué des Ktats-L'nis, il fut l emplacé dans son commandement par le j^'én^^ral Pleasantou.
ouant .1 la cavalerie confédérée de Stuart, elle avait cette fois été dépassée. Il est vrai (}iie Stuart «ivec son gros avait été appelé, dès le comniencenient, à Tannée de Lee; une fleule brigade, celle de Fitz-Hugue Lee, fut dirigée contre Stoneman. Celle-ci fut sans cesse aux trousses des fédéraux, depuis Culpepper jusqu'à Colombia sur le James-River; mais arrivant toujours trop Lard ou en nombre trop inférieur pour entreprendre quelque affaire sérieuse.
Telles furent en résumé ces opérations des cinq à six journées de lin (i avril et de commencement de mai 1803, auxquelles on a donné le nom général de bataille de Chancellorsville, du nom de l'affaire principale des 2 et 3 mai.
11 y eut en soujme, on l'a vu, trois actions distinctes et se morcelant elles-mêmes en plusieurs autres, à savoir celle de Hookcr, celle de Sedgwick et celle de Stoneman.
Le plus grand reproche qu'on puisse adresser à Hooker est précisément d'avoir donné lieu a ces trois actions, plutôt que de les réunir en une seule.
En première ligne on trouvera que le raid, queUiuc glorieux qu il ait été pour les braves cavaliers qui y participèrent, était, comme opération stratégique, du pur enfantillage, tranchons le mot, du vrai Uumhiuj. 11 eût pu se justifier avant la reprise d'offensive dos fédéraux, ou conjointement avec une tentative de front, semblable à colle de Burnside en décembre; mais du moment que Hooker voulait se porter luimême avec le gros de son arracc sur les revers de ses adversaires, il n'avait aucun besoin de leur couper d'autres com-
munications plas en arrière, et pour cela d'y employer toute
sa cavalerie.
C'était l'occuper, qu'on nous pardonne la vulgarité du dicton, à porter de l'eau h la mnr. et cela péniblement, périlleusèment. En la ganlatii pi ès de lui pour couvrir ou prolonger sa droite et sans la séparer du 11« corps, elle aurait pu, au . contraire, rendre d'éminents servirons, et entr'autres démasquer à temps l'opération tournante de Jackson.
 part cela, l'action du gros de l'année fut certainement bien conçue et aussi bien commencée. Seulement dès le second jour cela changea complètement. Le mouvement ae fit avec trop de lenteur, 5 à 6 milles par jour au plus, et par là il se découvrit bientôt. En outre il aboutit à cet arrêt inconcevable à Chancellorsville pour y organiser une position permanente.
Hooker pensa-t-il peut-ôtre que cette menace contre le flanc gauche ennemi, jointe aux nouvelles qui arriveraient bientôt du raid , suffirait pour forcer Lee d'abandonner ses
lignes de Fredericksburg ?
Cette pen.sée n'avait assurément rien d'illogique ; mais, tout en s'y livrant, Hooker ne lui aurait point ôté de sa valeur s'il se fût mieux tenu sur ses gardes, s'il eût veillé aux mouvements de ses adversaires autant que ceux-ci veillaient aux Biens, et se fût préserv'é sur sa droite et sur ses revers de la même manière que sur son front.
Ou bien le général Hooker crut-il réellement, ainsi que le laisserait soupçonner son ordre du jour du 30 avril, que sa position de Chancellorsville coupait tellement les communications de l'ennemi, qu'il ne restait plus h celui-ci qu'une ressource unique, celle d'essayer de se frayer un chemin & travers les lignes fédérales 7
En ce cas l'état-major général commit une erreur géographique très-grave, car la position des fédéraux h Chancellorsville n'ôtail à Lee que sa route sur Orange, au plus colle sur Spottsylvania ; mais elle lui laissait libres les deux chemins directs surRichmond. Jackson prouva bien par rampleur de son mouvement que les confédérés n'étaient rien moins que coupés.
La bataille elle-même, celle du 2 surtout, se ressentit de cette erreur. Les troupes ne pensaient qu'an front contre Fredericksburg ; elles avaient travaillé avec ardeur à le bien couvrir d'abattis et d'épaulements , derrière lesquels elles auraient fait une excellente défense, nous n'en doutons pas. Mais quand elles les virent d'emblée pris à revers, elles se démoralisèrent, et le désordre prit aussitôt de trop vastes proportions pour qu'un changement de front en arrière par la droite, ou l'organisation, par le moyen de réserves, d'un nouvel ordre de bataille en potence pût s'exécuter convenablement.
Les forces considérables dont disposait Hooker devinrent inutiles ; Teflectif de plus de trois corps entiers ne donna pas, ne put être employé.
On put constater de nouveau la vérité dtt principe si bien formulé il y a plus d*ttn demi-siècle par Jomini, que ce ne sont. pas les masses présentest mais les optantes qui gagnent les batailles. Hooker, désorienté, ne sut ou ne put les &ire agir, et, la punique du il* corps aidant, il se laissa battre par une armée fort inférieure en nombre, i>insi qu'en organisation, en armement, en équipement, en tout ce qui constitue une vraie troupe, maïs résolue, active et bien dirigée. Rarement se démontra mieux qu'en cette occasion la valeur supérieure de ràrt sur celle des cohues.
Cette journée du 2 mai fournit encore l'opportunité d'une remarque, faite déj.'i précédemment, et dont toute la guerre d'Amérique établit la justesse. Cest que si les travaux de fortification de campagne sont souvent très utiles et renforcent moralement et matériellement les troupes appelées à s'en servir, d'autJ*e part ils arrivent à rendre celles-ci défiantes d'elles-mêmes quand elles n'ont plus cette protection, et plus difRciles à engager en rase campagne* Connaissant cela, et puisqu'il avait cru devoir retrancher son front, Hooker aurait dû aussi élever quelques ouvrages sur ses ailes et surtout sur sa droite, qui était sans ai^pui et contre laquelle l'ennemi pouvait s'avancer masqué par les bois. '
Quant à Lee et & Stonewall Jackson, ils montrèrent incon^ testablement dans cette circonstance le génie de grands capi<
taines. Leurs opérations, qui rappellent k la fois celles de Bonaparte en 1796 et du Grand Frédéric à Kossbach, avaient été frappées an coin des meilleurs principes.
Le seul reproche qu'on pourrait peut-être adresser à Lee, c'est d'avoir, dans sa eoneentration des 3 et 4 contre Sedgwick, ouvert h celui-ci la retraite par Banks-Fcrry, au lieu de la lui avoir fermée, ce qui eût été tout aussi facile.
Sedgwick, de son coté, se lira avec hal)ileté de ce mauvais pas, sans racheter toutefois par là le vice de ses hésitations quant au rôle qu'il avait à jouer, et les lenteurs qu'il mit à l'exécution de ce qu'il se décida enfin à faire.
Sedgwick était essentiellement chargé d'opérer des diversions, d'entretenir le plus possible des forces de Lee sur le front de Fredericksburg, tandis que Hooker effectuerait Tac- Uon décisive. Donc Sedgwick n'avait pas à enlever les ouvrages, mais seulement k les menacer et èrester, à part cela, sur la défensive.
En prenant ces batteries d'assaut il montra sans doute du courage, et ses troupes s'y comportèrent vaillamment; mais il aurait mieux servi le général Hooker en se laissant repousser de Marie-HeightSy plutôt qu'en y pénétrant victorieusement et à tout pris.
Son succès tactique étiiit une faute stratégique ; car la conséquence en fut que Lee se trouva renforcé. Sedgwick captura bien huit canons et quelques hommes dans les lignes ; mais tout le reste de la brigade Barksdale et une portion de la division Early allèrent rejoindre l'armée principale, ce qui aurait pu avoir de fftcheux résultats pour Hooker, s'il avait attendu l'action recommencée contre lui.
Du moment que Sedgwick voulait transformer ses diversions en attaques, il aurait dû attaquer plus tôt, soit le soit le % marcher au canon de Hooker et ne plus s'arrêter avant d'avoir Joint ses feux à ceux du gros de l'armée.
Les fédéraux, a-t-on dit pour les excuser, voulaient prendre Lee entre deux feux. Cette explication n'est fondée que sur une banalité qui manque de justesse. Prendre une troupe entre deux feux est une bonne ai&ire tactique; il fiiut, pour cela, que ces deux feux puissent se croiser ou se flanquer,
qu'ils battent le môme point, la même zone ; donc il faut aussi pour cela que ros foux ne restent pas ti une quinzaine de milles Tun de l'autre, conim(^ rc^sièrent ceux de Hnr kpr et de Sedgwick. Alor>, et sans avoir aucun avanluge tactique, on tombe dans la faute stratégique de se morceler en face d'un ennemi concentré et d'ofTnr à celui-ci l'avantage des lignes intérieures, au moyen desquelles il peut accabler successivement ses deux adversaires. C'est ce qui arriva dan» les opérations de Chancellorsviile.
De trop rigoureux stratèges ont encore reproché au général Hooker de n'avoir pas retiré à temps vers lui plus de forces de l'aile gauche, commandée par Sedgwick. Us n'auraient laissé à celui-ci, pour ses démonstrations, qu'une ou au plus deux divisions, au lieu de quatre.
Nous reconnaissons qu*en principe Tobservation est juste; toutefois, dans le cas particulier, Hoolcer était assez fort d'effectif pour s'accorder sans danger un tel luxe. Ce qui lui fit défaut, on Ta vu, ce fût moins la supériorité des masses que la manière de s'en servir; tout le corps de Sedgwick, arrivant à Chancellorsville, y aurait augmenté le désordre peutêtre, sans changer les résultats. Si la tactique ne marche pas constamment de front avec la stratégie, celle-ci devient parfidtement inutile. Les meilleures combinaisons et les plus fortes concentrations du monde échoueront toujours, quand elles n'aboutiront pas à faire engager convenablement les soldats, qui doivent en fin de compte donner le dernier coup.
Pendant toutes ces affaires Hooker avait montré, en mémo temps que sf>ri incapacité à mouvoir de grandes masses, beaucoup d'aplomb personnel devant le danger. Il ne montra pas moins d'aplomb vis-à-vis du pays, en publiant, le 8 mai, un ordre du jour de tV'licitalion uses troupes, qui fut aussi le seul rapport public sur ces journées par l'état-major général. A ce double titre ce document caractéristique doit étresoumisà nos lecteurs. En voici la traduction textuelle :
« Ordre général, N« 40.
< Onârtier-géoéral de Tarméc du Potomac, 6 mai 1863.
c A Tarmée du Potomac,
c Le m^jor-général commandant en chef exprime k cette armée ses félit^tations sur les fiûts d*armes des sept derniers jours.
c Si tout ce qu'on espérait n'a pu être accompli, les raisons en sont bien connues de l'armée.
c II suffit de dire que ces raisons furent d*un caractère qu'aucune ressource de la sagesse humaine ne pouvait prô> voir ni empêcher.
c En se retirant de la rive sud du Rappahannock avant d'avoir livré une bataille générale à nos adversaires, l'armée a donné une nouvelle preuve de sa confiance en elle-même et de sa fidélité aux principes qu'elle représente.
c En combattant dans des conditions désavantageuses nous aurions manqué à notre mandat , à nous-mêmes, notre cause, à notre patrie. Profondément loyale et consciente de sa force, l'armée du Potomac donnera ou refusera la bataille chaque fois que son intérêt ou son honneur Texigera. Elle veut être aussi la seule gardienne de sa propre histoire et de son propre honneur.
t Par la célérité et la discrétion de notre mouvement en avant, nous avons réussi à surprendre sans combat les passages du fleuve. Quand nous nous sommes retirés nul rebelle n'a osé nous suivre.
♦ Les événements de la dernière semaine peuvent pénétrer d'orgueil les cœurs de tous les officiers et soldats de cette armée.
t Nous avons ajouté de nouveaux lauriers à notre ancienne renommée. Nous avons fait de longues marches, franchi des rivières, surpris l'ennemi dans ses retranchements, et partout où nous avons combattu , nous avons porté de plus rudes coups que nous n'en avons reçus.
€ Nous avons enlevé àl'ennemî cinq mille prisonniers, quinze drapeaux, sept pièces d'aj'tillerie. Nous lui avons mis hors de
combat 18 mille hommes de troupes choisiee. Hotts lui avons détruit de riches magasins, endommagé ses communications, capturé des prisonniers dans les fortifications même de sa capitale, et nous avons semé la terreur et la consternation dans tous ses foyers.
c Nous ne pouvons avoir d'autre regret que ceux causés par la perte de nos braves compagnons; mais en cela nous sommes consolés par la conviction qu'ils sont tombés pour la plus sainte des causes qui ait jamais été soumise au sort des batailles.
< Par ordre du ^^énéral Hooker,
€ (SignéJ : S. Wu^uams, A. A. G. »
Comme nos lecteurs auront pu s'en convaincre eux-mêmes et sâiis peine , celte proclamation , fort adroite sans doute, renfermait beaucoup d'exai^i ruLion de faits et de chiffres. On remarquera qu'elle englobait assez avantageusement les prouesses du raid de Stoneiiian dans les autres opérations, et c'est en comptant sans doute tous les gens paroles par les cavaliers fédéraux et peut-être aussi les nègres revenus avec eux, que Hooker arrivait au chiffre de cinq mille prisonniers faits aux eonfMérés.
Seulement nous ne comprenons pas bien comment il put avoir, le 6 mai, ces renseignements sur l'expédition de Stoneman, puisque celui-ci ne rentra que le 7 et ne put point faire par\'enir de rapports auparavant.
Nous ne comprenons pas daN autage comment le général Hooker s'y prit pour calculer le nombre des blessés sudistes, et surtout pour porter au chiffre fabuleux de 18 mille leurs hommes rais hors de combat.
Le 8 mai les anciennes positions étaient reprises de part et . d*autre, et de nouveau on se répéta à Washington et ailleurs, mais sur un ton plus triste qu*en hiver : < point de mouvements sur le Rappabannock. »
Nouveaux plans de campagne des fédéraux sur le Kappahaiiuock. — Difficultés de Hooker à prendre une réso-
. lation. — Nouvelle offensive des confédérés en Maryland et Pensylvanie. — Le général Hooker est remplacé par la général Meade. — - Bataille de Gettysburg (2-4 juillet 1863). — Retraita daa confédérés au-delà du Potomac»
Le reste du mois de mai s'écoula en escarmouches le long du Rappahannock et en nouveaux raids de la cavalerie. De part et d'autre les années principales avaient besoin de se réorganiser et de se renforcer, avant de pouvoir reprendre la campagne d'une manière décisive.
A Lee il manquait un de ses meilleurs lieutenants et amis, Longstreet, qui seul pouvait essayer de remplacer Jackson.
A Hooker il allait échapper tous ses vétérans, ayant fini leur temps, ce qui réduirait ses brigades à un effectif très minime.
Le président et le général Haîleck, qui étaient veuas le visiter à Falmoulii, lui avaient bien promis du renfort. Mais il fallait du temps pour qu'il arrivât. Il fallait ou rappeler des troupes en campagne ailleurs, ou attendre de nouvelles levées?.
Rentré du camp, Lincoln émit une prorlamation au pays, annonçant la prochaine mise en vigueur de la conscription, récemment votée par le congrès. Les gouverneurs d'étal furent invités à l'exécuter immédiatement partout où ce serait faisable, et à fournir aussitôt que possible leurs contingents de 1863.
En attendant, Hooker n'avait rien de mieui à faire que de rester sur ia défensive.
Les 12, 13 et 14 mai de petits combats de cavalerie furent livrés aux environs de Warrenton, sans résultats marquants. D'autres de même genre eurent lien plus à l'ouest, dans la Shenancioah aux environs de Winchester.
Du coté opposé, le colonel Kilpatrick, toujours à York town, avait pris goût aux raids, et battait ia région du bas Potomac, dans les comtés de Gloucester et de Mathew. Suivi par des canonnières sur les rivières du Nord et de 1 Est, il chercha à s'approcher du bas Rappahannock , et à communiquer par là avec le gros des fédéraux.
Dans cette même direction des raids furent aussi exécutés depuis Falmouth. L'un d'entr'eux, sous le colonel Clendeninn, du 8« Illinois, rapporta un butin de 500 chevaux et mulets, un millier de nègres, une centaine de prisonniers, sans compter la destruction de Ikv^^ , de bateaux et de transports de provisions pour plus d un million de dollars. Des canonnières fédérales en même temps, le 18 mai, s'étaient avancées contre le village de Tapahannock , sur le bas Rappahannock, en avaient pris possession et y avaient détruit de grands magasins confédérés.
Au commencement de juin une expédition fédérale remonta d'Yorktown par les rivières York et Mattapony jusqu'à Wulkertown, et de là des troupes allèrent par terre brûler de nouveau ^es magasins, les moulins et les usines du bac d'Aylett.
Le mémo jour, 4 juin , Hooker lançait en reconnaissance la division Ilowes, du (v" corps, au-delà du Rappahannock, contre l letLerickshurg. Un combat s'engagea sur le Deep- Buii, qui parut prouver que les confédérés étaient toujours sur leurs gardes, toujours bien installés dans leurs redoutables lignes, lit que les pointes tentées çà et là sur leurs derrières ne paraissaient pas encore les avoir décidés à ia retraite.
Des reconnaissances journalières faites en ballon, depuis les environs de Falmouth, donnaient les mêmes rapports. Quelques jours plus tard, et au moment oîi Hooker espérait
enfin quelque renfort prochain, qui lui permettrait peut-être de reprendre roffensive avant peu, il apprit qu*il était menacé lui-même d'une attaque des confédérés. Ceux-ci avaient réuni de fortes masses de cavalerie à Culpepper. Le corps entier de Stuart, comptant environ douze mille cavaliers, avec quatre batteries, y avait été solennellement passé en revue, le 6 juin; cette revue était sans doute Tannonce d'un grand mouvement en avant.
Pour s*éclairer à ce suyet, Hooiier lança sur cette extrémité de son front aussi toute sa cavalerie, environ huit mille hommes, suivie de deux brigades d'infanterie. Les deux divisions, Gregg et Buford, sous les ordres de Pleasanton, débouchèrent bravement contre Culpepper par les gués de Beverly, droit en dessous du confluent du Rappahannock et du Hazel-River. Une action s'engagea à Brandy-Station, le 0 juin. Cette mêlée de cavalerie fut la plus considérable jusqu'à ce Jour. Plusieurs charges à fond y furent données, entr*autres par les réguliers de Buford, et en somme les fédéraux, quoique inférieurs en nombre, mais manœuvrant mieux en ligne, y eurent Tavantage. Les confédérés 'furent repoussés sur une distance de 5 milles avec 750 hommes hors de combat. Pleasanton n'eut que la moitié de ces pertes ; il dut laisser toutefois trois canons en mains ennemies.
Le succès relatif de Brandy-Station tranquillisa Hooker sur l'offensive confédérée qu'il craignait è ce moment-là, et il lyouta foi au bruit alors en cours que Lee détachait de son armée des troupes au secours de Yicksbufg, alors assise.
Le foit est que pendant que Hooker se berçait de ces douces illusions, les confédérés avaient commencé, dès le 3 juin déjà, un mouvement qui devait les conduire jusque sur Tautre rive du Potomac.
D'accord avec le gouvernement de Richmond, Lee avait résolu une nouvelle invasion du Maryland et de la Pensylvanie.
Il Mait cela pour dégager l'Ouest et pour sanctionner bien évidemment les succès obtenus danà l'Est. Le président Jefferson Davis comptait par cet exploit exercer une salutaire influence sur l'Europe et amener les puissances à une recon-
naissance officielle de la Confédération. Les populations sudistes, celles de la Virginie ^surtout, demandaient aussi que les années cessassent de fouler leur sol et transportassent une bonne fois les opérations en terre ennemie. Quant à Lee, sans entrer dans toutes ces considérations, il espérait surtout forcer Hooker à quitter ses retranchements de Fal» mouth, et trouver une bonne occasion de lui livrer bataille.
En même temps que Lee prendrait Toffensive sur le Potomac, d'autres troupes confédérées en feraient autant dans l'Ouest. On y recommencerait des raids dans le Tenneeeee et l'on franchirait VOhio. Ici le vaillant Morgan serait naturellement de la partie.
L'armée du général Lee so moulait à environ 105 mille hommes, répartis en corps et divisions comme suit:
i**' corps, Longstreet, divisions Pickett, Me Laws Hood. 3* » Hill, » Anderson, Heath, Pender.
S» » Ewell, » Rode, Early, Johnson.
Cavalerie Stuart.
L*artillerie, sous le général Pendleton, comptait 115 pièces.
Los divisions, beaucoup plus fortes que celles des fédéraux, comptaient de 3 à 5 brix'ades.
Le général Lee mit ses corp» en marche successivement et en cornineneant par la gauche.
Du 3 au 8 juin, les corps de Longstreet, de Ewell et de Stuart se concentrèrent vers Culpepper, ne laissant devant Hooker que le corps de Hill. Vers Culpepper resterait momentanément le centre sous Longstreet, tandis que la gauche sous Ewell se porterait dans la Shenandoah, descendrait la vallée, s'assurerait des passages du Potomac aux environs de Harpers-Ferry, et s'avancerait vers la Pensylvanio.
Sur ce mouvement, Hooker quitterait sans doute ses lignes de Falmouth pour aller protéger Washington, sur quoi le corps de Hill se mettrait en marche sur les traces de Longstreet, suivant lui-même celles d'Ewell, mais en longeant les Montagnes-Bleues du côté de l'est. La cavalerie de Stuart masquerait de see pointes toute cette mobilisation sur le flanc droit des colonnes de marche, tandis que celles de Jenlonset
dlmboden rouvriraient dans la Shenandoah même, en avant de Ewell, ou la couvriraient sur la gauche.
Ce plan d'opérations n'était rien moins que brillant au point de vue stratégique, et ne rappelait guère celui de Chancellorsville. Kn allongeant sa ligne sur un espace aussi étendu, de iâO à 130 milles, coupé de grands cours d'eau et de chaînes de montagnes, Lee offrait de notables avantages à une attaque des fédéraux. Il risquait de voir son centre facilement percé, ou Tune de ses ailes accablée, avant qu'il CCit possible au reste d'arriver au secours. Puis en lançant sa gauche aussi loin en avantgarde, seulement pour s'emparer des passages du Potomac, il compromettait l'essentiel pour courir après l'accessoire, k cette saison de l'année, le Haut-Potomac, tellement guéable, ne demandait pas tant de préliminaires pour être franchi, tandis qu*en allant à l'avance occuper les gués, on démasquait tout le mouvement et l'on ' pouvait se foire sévèrement ch&tier à l'opération même du passage, opération toujours critique.
S'il est vrai qu'en Cace d'un général en chef aussi peu mobUe que Hooker, on pouvait s'accorder des libertés qui eussent été plus dangereuses devant d'autres généraux , il est vrai aussi qu'on ne doit jamais spéculer sur l'ineptie de son adversaire.
Dans les premiers jours de juin , et conformément au plan
su5-indiqué, les cavaliei s-giiérillas de Jenkins et d'Imboden, fonctioiiiiauL comme avant-gardes de Ewoll, se mirent à descendre la Shenandoali. Kwell lui-même partit de Culpepper le 10 juin, avec les trois divisions Rod« . l arly et Johnson. Il se dirigea d'abord sur Front-Royal, d où il détacha la division Rode sur Rerryville pour tourner Winchester à l'est, tandis qu'avec les deux autres divisions il marcha droit sur cette ville. Le l'2 au son' chacune do- ilcux culounes arriva à sa destinatioQ et se trouva eu présence de l'ennemi.
Le général fédéral Schenk commandait en chef tout le Haut-Potomac, ayant les deux divisions Milroy et Kelley, éparpillées à Winchester, à Beriyville, à Crafton, à Harpers- Ferry, à Martinsbuig et dans d'autres localités du voisinage.
A Winchester même se trouTait Milroy, avec enviroA 7 mille
hommes.
Le général en chef des £Uts-Unis, qiii, de Washington, avait mieux vu que Hooker ce qui allait survenir, avait pressenti, dès le 11 juin, une grande expéciition confédérée par la Shenandoah ; il en avait avisé Milroy, en l'invitant à se concentrer préalabletoent, et, aussitôt que le danger serait là, de se replier sur Harpera-Ferry.
Ces sages conseils du général Halleck ne fiirent malheu* reusement pas écoutés.
Le id, le cokmel Me Reynold, qui commandait 1600 fédéraux à Berryville, en fut chassé par la division Rode et se replia sur Winchester.
En même temps cette dernière ville était entourée par le général Ewell, qui délogeait les avant-postes de leurs ou* vrages avancés. Pendant la nuit, et le 14 au matin, on se prépara de part et d*aotre à une alTaire décisive. Milroy plaça une de ses brigades, Elliott, aux piquets ; une autre. Me Reynold dans deux lunettes qui couvraient rentrée de la ville, vers le sud, et la troisième, colonel £lly, dans la ville même.
Dans Taprès-midi, après de longues tirailleries sur tout le front, les confédérés attaquèrent du côté du Nord. L'assaut réussit ; vers 6 heures du soir, tous les abords septentrionaux i\c la Ville furent enlevés, y compris six canons, et les fédéraux acculés à leurs lunettes et à la partie méridionale de la ville.
Milroy convo([ua un cuiiacil de guerre pendant la nuit, qui décida l'évacualiun immédiale. Celle-ci coniiaeiiea dès les 3 h ■ ares du matin, en abandonnant de grands magasins, des dépôts d'arnies et 9 canons. Milroy avait réussi, à la faveur de l'obscurité, à passer silencieusement à travers deux corps confédérés, quand, au point du jour, il alla donner sur une portion de la division Johnson, (|ui lui barrait le passage, Johnson attaqua aussitôt la colonne eu marche, avant qu'elle eût pu se former en ordre de combat, et la mit, en quelques instants, dans une complète déroute. Avec 1600 hommes seulement sur 7 mille, le général Milroy parvint, à force de
bravoure, à se frayer son chemin h Iravei-s les confédérés, et à arriver h Harpers-Fcrry. Deux iiulie nommes, 23 canons et un imniti(ir>e iraia furent capturé8 par les vainqueurs. Le reste s éparpilla dans la campagne et ne rejoignit 1 armée que beaucoup plus tard.
Le même jour avait marché sur Martin si 111^4, et y
avait pris 7<J0 iionunes, 5 canons et de grands magasins.
Cp:^ succès des confédérés leur livraient toute la contrée; les fédéraux, se retirèrent mémo de Harpers-Feri'y sur les Maryland-Heights. Aussi Rode se porta aisément sur le Potomac, qu'il franchit, le 16, aux gués de reniboucliure du Conecocheague-Creek; il occupa en;}uite WiUianisport en Maryland.
La cavalerie confédérée du général Jenkins l'avait déjà devancé ; elle était entrée le matin du même jour à Chambersburtî en Peusylvanie. La cavalerie d'imboden avait battu la campagne sur la [jauche de Ewell , détruit le chemin de fer Baltimore-Obio et le canal Gbesapeak6«Ohio , et s'était ensuite dii'igée sur Hancock,
Le '2*2 juin seulement le reste du corps de Ewell franchit aussi le Polomac, à \Villiamsport, avec ordre du général Lee de se porter sur Chambersbnrg, puis sur Carlisie (')en étendant sa droite jusque vers York.
Le 24 juin, les deux autres corps de Lee, qui, dans ces entrefaites, avaient suivi Ewell , passèrent à leur tour le Potomac à WiUiamsport et Shepherdstown ; ils se réunirent à Hagerstown, et s'avancèrent vers la Pensylvanie, sur les traces de Ewell, dont ils rejoignirent les arrière-gardes le 26.
Ainsi le mouvement préparatoire d'invasion n'avait pat duré moins de vingt>trois jours ; il avait pu être pressenti par les fédéraux dès le 10, et il s'était par&itement démasqué ébn le 13.
Qu'avaient fait Hooker et le gros de Lee pendant tout le temps de ces opérations de la gauche confédérée 1
(\) Cartish' , en do1ior& do la r;vrtiî qui accoinp<i>.'nc noire premkr v olume, se trouverait A p«u près sur la lettre l du titre la gttei're. C'est une »tation du chemin de itar d« Chuntwntnirs * HarrltlMirg, & une qulnndne de milles de cette dernière ville.
ï.e chef do l'armée (lu Potomac avait enfin appris, le 13 juin seulement et par le télégraphe de Washington plutôt que par ses reconnaissances, ce cpji s'était passé sur sa droite et devant lui. Dès le lendemain il mit promptement l'armée en retraite par Dumfries, pour se rapprocher de la capitale fédérale. Une feible garde fut laissée au camp, avec des hommes de corv ée chargés d'embarquer tout le bagage pour Âquia- Creek et pour Alexandrie.
Le 16, après une marche rendue pénible par une forte chaleur, toute l'année était concentrée sur l'ancien champ de bataille de Manassas, occupant solidement Manassas-Junction et Centrevilte. La cavalerie fut lancée plus À droite vers les passage'' dos Montagnes-Bleues.
Le général Lee, aussitôt que Hooker eut quitté ses positions de Falmouth, ébranla aussi le corps de Hill de ses lignes de Fredericksburg, Longstreet et Sfuart de celles de Culpq|>pdr. A cette dernière fut aCfecté le rôle d'ouvrir, e!i rnème temps que de couvrir la marche du côté de Hooker. A cet effet Stuart forma un rideau, de Warrenton à Âldie, derrière lequel s'écoulèrent Longstreet, puis Hill.
Cela donna lieu à plusieurs engagements avec la cavalerie de Stoneman , le long des pentes orientales de la montagne^ et particulièrement sur la route d'Ashby-Gap. Des actions très vives furent livrées aux environs de Aldie, de Middleburg, et de Upperville, du 17 au 21 juin. De partetd^autre on combattit bravement ; les confédérés furent délogés successivement des postes avancés; mais l'infanterie de Longstreet arrivant finalement k l'appui de ses cavaliers, la possession des débouchés principaux de Ashby etdeSnickers^ap fiit assurée aux colonnes du général Lee.
Hooker n'avait pas cru devoir, comme son adversaire, s'engager dans la montagne et faire soutenir bien loin sa cavalerie par de l'inÊinlerie. Il craignait , de concert avec le gouvernement fédéral, de découvrir Washington et il était en outre retenu près du Potomac par le bagage et par les approvisionnements que le fleuve devait lui fournir. 11 n'avait momentanément plus de base , et bon nombre de régiments avaient même embarqué les sacs des soldats avec les gros
trains^ pour pouvoir marcher plus à l'aise. Cela était d'emblée à Hooker la possibilité de tenter l'opération la plus rationnelle qui s'ofTrit à lui , c'est-à-dire de s'élancer dans la Shenandoah sur les talons de ses adversaires et de les acculer au Potomac.
Du reste, par les licenciements survenus dans son armée, il était fort diminué d'effectif ; il ne disposait pas de plus de 65 mille hommes, et tout d'abord il n*avaU songé qu*à les mettre en défensive à Manassas, o(i il croyait que l'ennemi rattacpierait. Il fiit maintenu dans cette idée jusqu'au 9S juin, trompé par des pointes incessantes de la cavalerie Stuart, laissée à la garde des cols. Mieux renseigné , ilcom* menca, le 23, à passer le Potomac à Point^^Rocks, en avant de Leesburg, et il vint prendre position, le 24, sur le Monocacy aux environs de Frederick-Gity et d'Urbana.
Dans ces entrebites Lee était en train de se concentrer à Oiambersburg, où, dès le 27, il s'établit commodément dans un camp spacieux et abondamment pourvu, n parut n'avoir d'autre but que de bien vivre en pays ennemi, et de s'y créer des partisans en payant régulièrement toutes les réquisitions faites aux particuliers.
Sa forte cavalerie le rejoindrait très prochainement et lui apporterait des nouvelles sûres des fédéraux de Hooker, dont elle devait tenir sans cesse la piste, tout en le harcelant. En attendant, son avant-garde sous Ewell s'approchait de la Susquehanna, et coupait toutes les communications de chemins de fer tendant de Washington au nord et à l'ouest.
Pourquoi après tant (refforts, s'arrêter dans cette ville insignifiante de Chambersburg? Pourquoi n'avoir pas cherché, aussitôt en Maryland, à opérer contre Washington ou contre Hooker?
Il est possible que Lee, qui connaissait ou croyait connaître la faiblesse de nerfs du {iniivernement fédéral et ses transes à l'endroit de sa sécurit»\ ait espéré (jue la panique «ai'^irHif celui-ci et lui ferait commettre (juehjue béviie, évacuer son siège peut-être, ou rappeler des troupes de l'Ouest.
Lee comptait encore sur un aide qu'il avait vivement sollicité à Richmond, et au sujet duquel il ne savait rien encore.
Il avait demandé que le général Beauregard s'avançât avec une quarantaine de niille hommes sur le front de Washington par Manassas, afin d*y seconder de ce côté, au moins par une bonne diversion , les opérations qui se feraient sur Taiitre rive. Mais le gouvernement confédéré tenait autant à sa capitale que son, antagoniste à la sienne. M. JefTerson Davis avait craint de dégarnir Richmond et il résistait, parail-il, à la demande de son général.
Celui-ci ' ("'tait donc réduit à l'incertitude et à l'iiésitation, au moment où ii aurait fallu le plus de résolution et d'initiative. Il ne put s'avancer vers le nurd que timidement, lentement, sans but bii;n déterminé, en étant sinon en défensive au moins en passive observation. En attendant de pouvoir agir, il se consola {)ar des l azzias de chevaux et de mulets, que {irudemment d achemina, au fur et à mesure de leur capture, de l'autre cùté du rotomac.
Ce tenips passé par le général Lee à ne savon* que faire de son heureux début d uivusiou ne fut point perdu par ses adversaires.
Les revers répétés du Rappahannock , l'échec de Charleston, les lenteurs des sièges de Vicksburg et de Port-IIudson, avaient sans doute jeté un certain décuiu aisément dans le Nord. La défaite de Winchester et 1 i[ parition soudaine des coureurs confédérés en Pensylvanre, avant-gârde de masses pi ossies par la peur, changèrent le découragement en stupeur.
Mais cette disposition des esprits fiit de courte durée. Elle fit bientôt place à un tout autre, à un réveil d'énergie et d'ardeur qui accusait la ])uissunte vitalité de la grande république. Le j)iésidtMil Lincoln, par une proclamation du 15 juin, s'adi essa directement au pays;- il ne lui caclia rien de la situation et réclama de lui sur le champ de nouveaux sacrifices , de nouvelles et promptes levées, pour repousser l'agression des rebelles. 11 demandait en pai ticulier du Maryland 10 mille hommes, de la l'ensylvanieôO mille, de l'Ohio 30 mille, de la \ irginie-Uccidentaie 10 mille, pour six mois de service.
Cet appel ne fut pas sans écho. Le Nord tout entier s'électris^,
se rallia au gouvernement de Washington , et montra bien haut, par aes sentiments, la fausseté des calculs politiques des gens du Sud, qui avaient compté, pour fiuïiUter leur offensive, sur les divergences politiques des membres de VUnion. Au contraire celles-cî disparurent devant la prétention des esclavagistes déporter leurs coups jusqu'au centre de la Pen. syivanie et plus haut encore.
Ce grand étal n'attentlil pas même les appels du président Lincoln pour aviser à la situation. Fn Ani«'rique on pense avec raison que ce n'est pas le gouvernement seul qui e*t chargé des hauts intérêts de la nation.
Par une proclamation, aussi du 15 juin, le gouverneur de la Ponsylvanie , M. Curlin , appela aux armes toutes les milices pensylvaniennes, et, 48 heure?* après, plusieurs régiments étaient déjà en marche. L'état de New-York lit de même. Les nulorilcs locales de comtés et de villes ne restèrent pas en arrière. Des régiments de vétérans, qui venaient d'être licenciés, se reformèrent aussitôt et reprirent du service pour tout le temps pendant lequel le sol du Nord serait foulé par les rebelles Entr'auti*es les villes de Philadelphie, de Harrisburg, capitale de l'état, et de Pittsburg, centre d'immenses usines et fonderies qu'on croyait surtout menacée, se levèrent comme un seul homme et se mirent en état énergique de défense. Toutes les affaires courantes y furent suspendues; les chantiers et les ateliers fermés, les ouvriers enrégimentés et appelés à faire l'exercice deux tt>i< par jour. Des ouvrages de campagne et des barricades s'élevèrent aux principaux abords, des gardes furent placées aux ponts de la Sttsquehanna, avec tout ce qu*il fallait pour les détruire à Vapparition de TennemL
Tout cela se fit avec fièvre, rapidement, de nuit et de jour. En moins de deux semaines , plus de iOO mille miliciens convenablement armés gardaient les principales villes de la Pensylvanie et la ligne de la Susquehanna; en outre une dizaine de mHle hommes de nouvelle levée, dont la plupart de vétérans, étaient en train, déjà le 39 juin, de rejoindre Tarmée en campagne. Chaque jour de plus amènerait au moins un millier d*hommes de seconde catégorie.
— ie9 —
Pour mottro do l'ordre dans ces subites recrues et pour la défense territoriale des points nouvellement menacés, leg^tlvernement de Washington avait constitué, deux nouveaux commandements importants , deux nouveaux départements militaires, celui du Monongahnla , quartier-général à Pittsburg, qui fut confié au général Brooks, et celui de. la Suaque'» hanna, remiâ au général Coucb.
Pendant tous ces préparatifa des fédéraux, le général Lee était resté à peu prés uiactif dans son camp de Chanibersburg, lyant ses avant-gardes vers York et vers Carlisle, et ses coureurs le long de la Susquehanna. Son arrière-garde s'échelonnait en revanche jusqu'à Williamsport sur le Potomac. Il tenait ainsi une ligne de près d'une centaine de milles de développement 1
Mais nous savons déjà que devant Uooker on pouvait tout se permettre.
Le général fédéral était resté plus tranquille encore que son adversaire, aux environs de Fredeiick-Gity , occupé à rallier ses arrière^^gardes, à attendre sa cavalerie et à soigner
divers détails.
Il crut <levoir ausei s^engager dans une polémique avec le général Halleck, au sujet de l'importance de Harpers-Ferry, que ce dernier voulait maintenir, et que Hooker voulait é%'acuer. Par la force des choses il se trouva que celui-ci gagna son procès ; mais il en perdit son commandement. Ayant en réplique offert sa démission, elle fut acceptée, et on lui donna pour remplaçant le chef du 5»" corps, le général Meade, qui entra en fonctions immédiatement, c*esl-à-dire le 27 juin dans la nuit.
Cet officier, par&it militaire, bon ingénieur surtout, homme d'excellente éducation, n'avait rien fourni de bien marquant jusqu'ici. Mats les garanties qu'il présentait n'étaient pas moins sftres. Il avait bit tous ses grades, depuis celui dé'co' loiîel, à l'armée du Potomac, sans provoquer de plainte, à la constante satisfoctîon de ses cbefe et de ses troupes. Il avait montré en diverses circonstances de la fermeté, du courage, ainsi que des connaissances et des vues prouvant qu'il enten-
dail les opérations des masses. Déjà d'un Age mûr, comparativement à tant d'autres généraux américains à tournure de sous-lieutenants européens, le général Meade, par sa noblesse de maintien, sa liante stature, ses manières :ifTables , sa tête intellipente et é'é-^ainment grisonnante, commandait facilement la confiance autour de lui.
Au moment celte importante nuitalion les cavaleries avaient de part et d'autres rejoint leurs armées. Elles avaient foin 111 le s aillantes enurses, en Opérant, il est vrai, à peu près pour lenr pr(»i)re eoniptc.
Stuart, laissé en arrière-yarde sur les cols des Montairnes- Bleiies, y resta pom* observer TaiMnée ledérale du l^otoiriac et pour la niannenir au sud du fleuve le pins longtemps possible, il lit souvent des pointes heureuses sur ses flânes et sur ses derrières , et s'avança même i>nur cela jusqu'à Fairfax- Conrt-lionse. Quand le gros des fédéraux eut franchi le Poloniac , il le passa ainsi, entr'env *'t Washington, h Seneca; puis il se j)orta, eu lançant quelques coureurs tout près de la capitale, sur Westminster, sur York et jusque pv^s de Harrisbur^», en avant de Carlisie , on il arriva le 30. Sur l'autre aile le L^énéral Imbnden avait d'abord paru menacer Pittsburg , puis il s'était rabattu par Me Ck>nnelâburg sur Chambersburg.
La cavalerie fédérale, après le combat d'Uppervillc, s'était repliée, avec le gros de l'armée, vers Leesburg. Elle passa le Potomac, le 24 , h Edward'Ferry et de \h se dirigea sur l^oolesville et Frederick-City. Une portion resta avec l'armée, tandis qu'une divi.sion , sous le général Kilpatrick, s'élança, le 28, aux trousses de Stuart par Liberty, Midlesburg et Litlr lestown. Elle atteignit l'arrière-garde confédérée à Hanover, lui livra une heureu.se escarmouche, et elle la força, en tout cas , à faire le grand détour inditiué plus haut pour aller rejoindre le gros des troupes de£well.
Le général Meade recevait son commandement dans des circonstances bien peu encourageantes ('). Sans s'alarmer de
(1) Voici le texte des ordres dtt jtfurparlMquels 1« diuigwMntdtt génémlm eh«r ftii «nnooeé aux troupes :
son immense responsabilité , il montra <i entrée une résolution à Ja hauteur de la situation. Dès le 29 il mit son armée en marche dans la direction de Tennemi.
]>epQi8 quelcpies jours Lee s*était enfin décidé aussi à agir; il allait &ire converger toutes ses forces sur la capitale pensylvanienne. Cette opération contre une ville aussi bien défendue que Harrisburg Tétait à ce moment, couverte par un fleuve navigable, et cela avec l'armée de Meade et le camp retranché de Washington sur ses derrières , ne pouvait être taxée 'que de suprême foHe.
Elle ne souriait guère au général Lee, qui s'y voyait plutôt condamné par la force des choses et parla première foute de IHnvasion, qu'amené par les règles d'une bonne conduite de la guerre. Aussi, quand il apprit, le 39, que l'armée fédérale s'avançait enfin contre lui, il Ait heureux de saisir cette occasion plausible d'abandonner son projet, et de le chauvi r con-
Ouarf fer-génfrnl d« l^inné* du PoUmmo.
Fi fldarlcli Md» M Juin iBOL
Obdkk r.KM h m. N» Wï.
Confoimément aux ordres du dopartctncnt de U guerre, ea date du 27 juin t863, Je quitte I0 oonanadAiMttl d» l'année du Potooiac. IleettnnaKrA eu nM|or*géiiéKid
Cfoiv-Ti, Moadc, brave et accompli officier, qui s'est noblement acquis en maints combau la confiance et l'estime de l'«riaé«. Dans lu persuasion où je suis de ne pouvoir pM dure «ml utile à celte armée que je le déslreraia. je la quitte» mafa non Mns la plus profonilr ("ninfinn l.n dniili'iir ili' me x'ikhv'i" â<' famai'iulef» A>' tant (le balailleb ost aduuciu pai la tonviclmn >[ut; leur ^oul•a^'e et leur dévouement ne cesseront d'f^tre les mêmes, qu'ils prëteiunt à uiun àticresseurlO ceijdj-'*' et ompresAë eoncours qu'ils m'ont prM*'. Avec les )>hu vh'cs prièrea fiQur que raction de se« anOM rapporte des succès dignes d'elle et de te nation, }e lui fais tel mea adi4M. iSitniL^ >-.-F. nAlvsTO\^^ iSigné) Joseph HoOKl»,
adjudanlrgénérat ad^int^riiu. major-Kénéi al.
Quartier-peiK i-al de l'umue du PotomaCi SSJUto 1863.
Ensuite d'ordres du présideot des Etats- 1 nis, je prends pai la pivscute It» commandement de l'armée du Potomae. Comme soldat, en obéisisant A cet ordre totalement inattendu pour moi et que je n'avais point sollicité, je n'ai ni promesses ni 1>rofc«sion de foi A faire. I-a patrie se confie dans celte armée pour élre sauvée d«s maux d'une invasion ennemie. Quelcpies Cati^rues et sacrifices auxquels nous puissions Être appelés, ayons toujours «n vue U grandeur des intérêts eu cause, tit que chaque homme soit déterminé 4 fiilre son devoir, en se confiant pour le reste aux dc>s/ ;[;s d- I.i tout.' |)uissante Providence.
C'est avec une juste défiance de moi-màme que Je remplxice dans lu coouoaode- Rkent de cette armée un émtnent et accompli soldat, dont le nom marquera toujours (Lti»; notre histoire. Mais j'ai r.-'nn lînc il vns l" .'.M'.lial .'i(.pni <!'■• mes frt'rr'-; d'armes, «jui m'aideront à remplir les devoirs de l important mandat qui m'a été confié. (Signé) Geocge-G. Mbade, (Signé) S.-F. BAMrrow,
m^ior-'fénéral commandant. aide n^udani-iéiiéral.
tre le but déterniuié de livrer une bataille décisive à la principale armée ennemie.
C'est à cela que, dès le 19 à midi, il voua tous ses soins.
A cet effet il voulut épargner à Meade une partie de sa route, 61 M concentrer à Test des montogne^^. T^f premier point de rendez-vous de ses corps fut indiqué à Gettysburg, où LongBtreet eiHill se porteraient de la direction de Chamberslmrg, tandis que Ewell s*y rabattrait de Carlisle.
Le mouvement commença partout le dO; mais la marche se fit, dit le général Lee dans son rapport, plus lentement que Tauraieni exigé à ce moment-là les mouvements des fédéraux, sMls avaient été connus.
En effet, le 29, comme nous Tavons dit plus haut, l'armée fédérale s*était ébranlée, après avoir reçu quelque renfort de Washington, surtout en cavalerie, et en laissant à Frederick- Qty les sept mille hommes retirés de Harper&Terry, sous le général French. Le 29 au soir Tarmée se trouvait en position, la droite à New-Winsdsor (<) , ta gauche à Emmettsburg. £n avant-garde sur la droite se trouvait la cavalerie de Kilpatrick, avec ses coureurs jusque devant Hanovre, et de même sur la gauche la cavalerie de Buford , poussant jusqu'à Gettysburg.
L'armée de Meade comptait à ce moment environ 80 mille hommes, répartis en corps et en divisions comme suit :
corps, Reynolds, diviâ. \Vads\vortli, L)oubleda\ Itobinson.
Hancock;
Caldwrll, Gibbons, Hayes.
Sickles;
Ward, Humphrey, Birney.
Sykes ;
Sykes, Eurncs.
Sedgnvick;
Newton, Ho\ve(?).
lie
Howard ;
Sleinnwehr, Schurz, Barlow.
Slocnm ;
Williams, Gear\', Green.
Corps de cuvai", Pleasanton; divis. Duford, Kiipatrick, Gregg. Artillerie, générai Barry, 100 bouches à feu.
Chef d'état-major, général Warren.
En outre à Frederick-City se trouvaient les 7 mille hom-
(1) New- Windsor «M une petite localité àpmiMrte à moitit dMWln «ntr* Ubfrty >t Wntmiiwilw.
mes du général French, et à Washington même uoe quarantaine de mille sous le général Heintzelmnn.
Le 30 Loule ranoéc lil un léger changement de iront à gauche. L'aile droite se porta sur Manchester, et l'aile gauche, servant de pivot, resta atix environs de Emmellbburg. Cette aile gauche, composée des I'"'', 11« et 3" corps, était sous le commandement du général Reynolds.
Le général Buford ayant fait rapport de Gettysburg au général Meade que l'ennemi se montrait en forces assez notables sur la route de Cashtovvn et Chambersburg, à son tour l'aile gauche fut portée en avant, et le général Reynolds fut chargé d'occuper Gettysburg, et d'y prévenir i'infantene confédérée.
La ville de Gettysbui*g pouvait en effet paraître de quelque importance, comme carrefour de plusieurs routes et comme téte de ligne d un vaste réseau de voies ferrées. Elle est située dans la région montueuse et fertile des sources du Monocacy, sur la grande route de Philadelphie h Pittsbnrg
La ville elle-mAme se trouve dans un recoin du petit vallon du Rock-Creek formant une courbe allant de l'est au nord, puis à l'ouest.
Du côté du sud , par où s'avançaient les fédérau.v, trois routes viennent se joindre dans la ville ; à droite celle de Baltmiore, à laquelle s'en raccordent deux autres venant de l'est ; au centre celle de Taneytown ; à gauche celle d'Emmettsburg. Entre les deux premières routes et presque à leur jonction se trouve la colline la plus élevée de la région, celle du cimetière de Gettysburg à 3 ou 4 milles de la ville ; de l'autre cùté de la route de Baltimore 68t une autre colline presque aussi élevée, descendant en ravins au Rock-Creek, tandis que vers la route d'Emmettsburg les gradins vont en 8*abaiS8ant, sauf à une hauteur appelée Hou nd-Top. Sur l'autre pente de la vallée débouchent aussi trois routes principales, celles de York, du n i d-est ; de lleidlesburg, du nord; 4e Cashtown, de l'ouest. Le chemin de fer longe au nord la route d'York. Le petite ville de Gettysburg se compose de dsux groupes principaux et d'un grand bfttiment , le Séminaire, qui est un peu au nord de la ville. Tous les environs
^sont moitié en belles cultures, moitié en taillis clairsemés. Les sommets des collines, surtout du côté du nord, sont couronnés (le bois (le pins un peu plus épais.
Le 30 au soir h* j^oi'noral Kcynolds bivouaqua avec son corps à Marsh-Crcok tout près de Gettysburg, suivi du H» el du 3' plus en arncrt?, en colonnes démarche. Lei" juillet cette aile gauche continua sa route. Le 1" corps, rejoint par la cavalerie de Buford, qui Liiaillait depuis le matin avec l'ennemi, traversa la ville de Gettysburg et s'avança jusque sur les collines de lu route de Cashtown. Là il rencontra les avantgai des confédérées du général Uill, division Ueth, et le com- Imt s'engagea aussitôt.
Le général H("ynol<ls lit déployer sa première division, Doubleday, et envoya l'ordre à Howard de se hâter d'arriver et de venir prendre place à sa droite.
Ces prenuères disposUious étaient à peine ordonnées que Reynolds tombait mortellement frappé. Au ffénéral Doubleday échut momeiilanémenl la duvction du 1 ' corps, et Howard, qui arriva ;i ppu au même moment, à 10 heures du matin, prit le eoiiimandement de l'aile gauche.
Celui-ci fit avancer deux divisions du 11*^ pour protéger la droite du l»', tandis qu'il garda prudemment une de ses divisions, Sleinwehr, et la moitié de l'artillene du corps, en réserve sur la colline du cimetière. Là canonniers et fantassins s'occupèrent immédiatement d'établir les épauiements et les abattis habituels.
Les divisions de première ligne eurent d'abord du succès; elles capturèrent même quelques hommes, dont le chef de l'avant-garde confédérée, général Archer. Mais plus lard, attaquées vivement par tout le corps de Hill, elles furent refoulées peu à peu sur Gettysburg. Klles allaient atteindre la ville, où le H*" coi*{)s comptait tenir solidement, lorsque celui-ci se vit tout à coup asosailLi eu forces sur sa droite et à revers.
C'était Ewell, qui arrivait de York on ne pouvait plus opportunément. C'étaient encore les soldats de Stonewall Jackson, répétant à point donné la manœuvre de Cbancellors^ille contrôles mêmes Allemands du ll'coips, qu'ils avaient si bion
rais en fuite deux moi s auparavant. Cette fois le corps tint mieux; il se défendit même vitroureusemont , mais tout en devant précipiter sa rotruile. Ilentr»- dan.? la ville en désordre, i'ennemi s'y jeta sur ses talons, el en lit un grand carnage. La brigade Sciiiinmelfenninî? ontr autres y fut complètement abimée. Son chef, vei» rau dt- 1 année russe, resté • seul à la lutte avec une poigne*' d hommes , n'échappa que par miracle à la capture , en se glissant dans une cave, où il demeura caché pendant deux jours.
La ville fut occupée par Kwell, qui se porta en avant dans la direction du cimetière, en même temps qu'une portion de Hill, à sa droite, s'avangait contre le même objectif. .\ A heures les fédéraux étaient repliés sur celte position avec une peite de 5 à 6 mille hommes et de 10 canons. Mais là Us s'apprêtaient à prendre leur revanche.
Les généraux confédérés auraient eu un haut intérêt à ne pas laisser les Unionistes se consolider dans cette forte posi* tion, et à les en déloger aussitôt. Malheureusement, un défaut d'entente entre les deux chefe de corps, l'absence d'une division de Hill, la division Ânderson, restée en arrière, et de tout le corps de Longstreet, plus en arrière encore, ùl iyour> ner Tattaque poar ce soir-là. 'Quelques petites colonnes seulement, précédées de tirailleurs, s'avancèrent contre la poeition du cimetière , qui ouvrit un feu formidable. I<es confédérés, après cette reconnaissance, n'allèrent pas plus loin ce soir-là. Ils eurent tort, car vers six heures du soir, ils auraient pu attaquer avec des forces supérieures, avec celles de deux corps entiers.
De part et d'autre pendant cette soirée et pendant la nuit du'l*'' au 2 juillet, les troupes marchèrent à toutes jambes, pour rallier celles qui avaient déjà combattu, et pour prendre position à leurs côtés.
Le premio* renfort arrivé aux fédéraux fut celui du général Hancock , envoyé par Meade sur la nouvelle de la mort de Reynolds, pour remplacer celui-ci dans son commandement de Taile. De concert avec Howard le général Hancock reconnut la position du cimetière et y détermina l'emplacement qu'y prendraient les troupes au fur et à mesure de leur arrivée.
A 7 heures du soir le 12« corps, Slocum, el une partie du 3", Sickles, entraient en ligne, et furent placés le 12« à la droite, le 3« à l,i j^aiirhe des deux corps deja pu.^los. Une brigade m II \ l iijil lise sous le général I.ockwood arriva aussi, et fui iiiumeutanénienl attachée au 12 corps.
Le général Meade rejoignit la position lui-mênnie vers une heure du matin, avec tout rétat-majoi- général transporté de Taneytown, et il établit son quartier dans une riante ferme à la gauche et un peu en arrière du cimetière , à couvert derrière les hauteurs.
Kn suite des informations que Hancock el HoNyard lui avaient transmises sur les intentions offensives de l'ennemi et sur la force de la position fédérale, Meade avait résolu d'y livrer bataillr Avant de quitter Taneytown, il avait expédié l'ordre à tous les corps de se diriger sur Gettysljurg, et il avait fait replier les gros trains en ai rière, à Westminster. Toute la nuit !e frénéral Meude fut occupé à reconnaître la position ri a domier des ordres pour les retranchements à construire, pour l'établissement des stations des signaux, des batteries de réserve, des ambulances et hôpitaux, et pour tous les autres soins préliminaires d'une grande bataille.
A 7 heures du matin arrivèrent le 2- corps, Hancock, le 5*, Sykes, augniputé de deux brigades de réser>es pensylvaniennes sous Crawford, et le reste du 3". Les 2« et 3'' corps se placèrent à la gauche des H'^ el l''"", tenant enlr autres la hauteur de Round-Top, et le 5'' passa en réserve. Ce dernier serait bientôt rejoint par le Sedgwick, eu marche de Manchester.
Ainsi la ligne fédérale dessinait de nouveau la ligiu e affectionnée d'un fer à cheval ou d'un U renversé, présentant sa convexité à l'ennemi, et dont la colline du cimetière formaU le sommet. A l'extrémité de droite se trouvaient le IS* corpt et la cavalerie Gregg; à celle 'de gauche le 2« corpe et la cavalerie de Kilpatrick; au sommet, les 11% et corps; au milîett derrière le sommet et s'allongeant en arrière, les 5« et 6" corps, et la division Buford, envoyée à Westminster & la garde des trains.
A â heures après midi le 6* corps fédéral arriva, ayant fait
sans désemparer une marche de 33 milles. H prit sa place en réserve et un peu vers la droite , tandis que le S» corps alla former l'extrême gauche.
Toute la matinée et une bonne partie de Taprès-midi purent être tranquillement employées par Meade à bien établir et fortifier sa position.
Lee avait aussi eu besoin de temps pour organiser son front d'attaque. Sa première intention n*avait pas été de livrer une grande bataille k ce moment, ni surtout d'attaquer un ennemi placé dans d'aussi avantageuses conditions. Il connaissait trop bien la valeur des lignes retranchées pour vouloir les braver à plaisir. Son désir était de se débarrasser en premier Heu du riche butin ramené parEwell dans sa campagne delà Susquehanna, d'évacuer au-delà du Potomac l'immense train de voitnns, de chevaux, mulets et autre bétail, qui maintenaiît Tencombrait. Une fois allégé de ce souci il lui serait plus facile d'opérer contre la position ennemie, soit on nianu'uvrant, soit en l'assaillant.
Ces sages résolutions s'èvaimnirenl dt vaitl r. xcii jlion du succès remporté le juillet, et il se décida à atta(iuer. le 2 juillet, quoiqu'il dût lui manquer pour ce j* m i -l i une division de Longstreet , la belle division de vétérans i'ickett, laissée à la garde d»* la ligne de relraile de Chaiiibersbiuv', et toute la cavaleru' SUiart. On venait seuliMiieiit d'apprendre l'arrivée de celle-ci à Carlisln et de lui envoyer l'avis de rejoin. dre à Gettysburg immédiatement.
L'ordre de bataille resta le même que la veille, sauf que les deux divisions de Longstreet vinrent prendre place à la droite de Hill. On avait donc les corps de Longstreet à la droite, de Hill au centre et de Ewell à la gauche. Cette ligne, d'un développement de 5 à 6 milles , formait un demi-cercle circonscrivant la ligne fédérale. C'était à peu près comme à Chancellorsville et dans beaucoup d'autres batailles américaines.
VOMB II.
Lonsstr««i' *
Hancock
Le plan de Lee consistait à menacer les fédéraux sur leur
centre, tout en y guettant roccasion d'une attaque, et à agir plus vigoureusement sur ieui-s ailes. Longstreet surtout devait
s'empai ei des luiuteurs de Round-Top, d'où Ton aborderait ensuite plus facilement celles plus fortes et plus reculées du cimetière.
Vers 3 heures après midi ce plan tut mis à exécution. Sur toute la ligne s'engagea «l'ahinil une forte canonnade, puis sur les deux ailes déboueiièrt'nl les citionnes confédérées. Le corps lie Sickles, s'était porté un peu trop en avant, fut attai^ué de front d(^ liane, et suhit rapidement de fortes pertes; son cliet'nieme eut une jambe emportée pai' un Itonlet. Birney, qui le rempiaea, lit battre en jetiajte, en même temps que le second corps venait le soutenir à droite et le 5* à la gauche. Malgré cet appui» toute cette aile dut céder son
premier teirain devaDi les assauts énergiques et répétés de Longstreet. Mais lorsque celui-ci voulut s'avancer plus loin, contre le cimetière» il trouva de» portions du 1»^ corps et même du 6», qui s'étaient aussi avancées à Vappui du 9", et il dut reculer & son tour.
A la gauche Ewell parvint aussi à s'emparer des premiers retranchements tenus par Slocum, qui les avait dégarni» de la division Geary, envoyée au secours de la gauche fédérale. Sur le centre Howard fut vivement canonné et repoussa une attaque foite contre lui à la tombée de la nuit, action dans laquelle il reçut Vappui du corps, du l*"* et du second.
La nuit mit fin au combat, (|ui se terminait à lux ;inUig«3 des confédérés, uvai^ au |)rix de fui t^ .saLriiices et sans progrès bien accentut's vers le cimetière.
Ce succès parlifl diHermina le général Lee à continuer l'assaut le leiideniaiii. 11 pouvait être renforcé de sa cavalerie et de lu divisiou Pickett de Longstreet, au-dev;iiit desquelles il envoya pour les faire hàLei' leur marche. Peiidaut la nuit tous les préparatifs furent faits poiu- l'assaut de la position du cimetière. Le lii'os de l ai tilleiMe l'ut massé sur la droite confédérée, sur les positions qu'avait liiialement rctemies Longstreet, el de ce cùté-là aussi furent dirigées les colonnes qui devaient donuer l'assaut. C'étaient Pickett à la droite, et les divisions Pettigrew et Hood plus à gauche. Sur le reste de la . Ugne on agirait comme la veille, aÛD de retenir l'ennemi sur tous les points.
Meade avait aussi mis la tiuit à profit. Il n'avait pas de renfort à attendre immédiatement ; mais l'armée nouvelle de Gouch était en marche, de Harrisburg, et ne tarderait pas à venir le rejoindre ou plutôt à menacer les derrières des confédérés. Sa position des collines du cimetière était très forte ; il ne pensa donc pas & Tévacuer, mais à la renforcer encore, n y flt travailler activement pendant la nuit du 2 au 3 ; toutes les pièces retirées de l'aile gauche furent concentrées vers le cimetière. Ainsi trois étages de batteries se succédaient sur les crêtes, toutes bien couvertes d*épaulemcnts, et présentant une concentration de feux formidable.
La matinée .dti 3 juillet se passa tran^illement sur ce point ;
quélquf?<^ vives escarmourchçs eurent lieu en revanche sur la droite fédérale, 0(1 la division. Geary^ secondfe d'une brigade du corps de réserve, réussit à reprendre sur le corps de Ewell ses anciennes positions. Le général Lee» charmé de cette action sur sa gauche, qui formait une excellente diversion à l'attaque projetée, la fit soigneusement entretenir, pendant que Longstreet terminait ses préparatili».
Vers une heure après midi l'attaque réelle recommença par une canonnade plus fiirieuse que jamais. Les pièces étaient beaucoup plus concentrées que le jour précédent; une centaine battait directement le cimetière et ses proches alentours. Le quarlier-prénéral même de Meade, soit intentionnellement, soit par liasani , lut atteint par une grêle do iirojocLiles, qui tucrciit plusiouià urdoiinauces et une vingtaine de chevaux, avant qu'on ait pu déloi^cr.
Les fédéraux ne répunduvnt pas inoiiis vivement, et d'un noiubrp à peu près aussi considérable de pièces. Vers trois heure» et demie le duel d'artillerie cessa un peu, et les colonnes eonlédérées débouchèrent sur la gauche et le centre des lignes fédérales.
La colonne de droite était formée par la division Pickett, de trois brigades seulement, deux brigades ayant dû rester à la garde des défilés de retraite ; mais toutes de vétérans, virginiens pour la plupart. Elle s'avança dans un ordre admirable, rapidement et sans se laisser arrêter par la mitraUle qui la décimait. Sa route fut bient6t marquée d'un sillon de cadavres, mais elle marchait toujours, et elle arriva jusqu'aux premières batteries, qu'elle^enleva à la bayonnette.
La colonne de gauche , la division Pettigrew entr'autres, était tout autrement composée. Elle ne comptait que des recrues, arrivant directement du Sud et n'ayant jauiais vu le feu. Lancée subitement sous une }j;rèle de projecliles, elle hésita, s'ai"i"éta, puis se dél tanda, pour l'entrer ù la course dans les tiiiliis dont elle venait do ;»urLir.
La division Pickett, dérotiverte sur son flanc gauche, y reçut bientùL le teu convergent d'autres batteries; elle dut renoncer aux avantages qu'elle avait conquis et battre aussi
en retraite. A ce moment tous les canons fédéraux furent dirigés sur elle et ses pertes devinrent teri'ibles.
L'assaut avait finalement et décidément échoué. La canonnade et les fusillades de tirailleurs se poursuivirent encore jusqu'à la nuit, et portant, hélas, autant contre les pauvres blessés qui gisaient entre les deux lignes que sur les combattants eux-mêmes. Une maison entr'autres sur le front de Longstreet, remplie de blessés des deux camps, mais surtout de fédéraux recueillis par les gens du Sud, fut incendiée par les obus partis des batteries fédérales. Toutes les conventions neutralisatricesde Genève et autres, n'auraient rien pu contre cette cruelle erreur d*un moment, car blessés etr valides s*^ taient entassés pêle-mêle à l'abri de cette maison.
Heureux d'avoir maintenu intactes leurs batteries du sommet des crêtes et d'avoir dégagé celles un instant occupées par Pickett, les fédéraux ne demandèrent pas davantage à la fortune. Ds n'essayèrent pas de poursuivre leurs succès en attaquant à leurlour les confédérés désorganisés par leur sanl^ante retraite. La nuit se passa de part et d'autre sous les armes, ainsi qu'à relever les blessés les moins éloignés, et à réorganiser les troupes.
La journée du 4 s'écoula également dans une apparente inaction des deux belligérants. Mais Lee avait dû renoncer à toute offensive ultérieure. Outre la raison de ses pertes, il se trouvait à court de munitions; il n'en avait pluô que pour une journée, et, si éloigné de sa base, il ne voulait pas s'en dégarnir complètement. D'autre part la difficulté de vivre du pays, en face des coureurs fédéraux de plus en plus nombreux, devenait toujours plus ^xrande ; enfin l'armée de Cx^uch était en marche sur sa gauche et pouvait menacer ses derrières ; une division (ravant-garde, sons le général Smith, était annoncée comme devant effectuer sa jonction, le 5 ou le 6, avec la droite de Meade.
Toutes ces raisons avaitMit décidé le général Lee à la retraite. Celle-ci fut coiiitiiencee dès le idaiis la journée par les trains, et dès la nuit jiar le reste des troupes. L'armée marcha en deux colonnes, la principale sur la route de Fairfield, et l'autre sur la route de Gashtown. Elle emmenait avec elle tous ses
blessés et environ 4 mille prisonnioi >. PrAs Je 2 mille autres pri.soiiiiii'rs, t rop eriibai"i'iii«>cUits ;i (^^cnrttM", avaient été simplement paroles; les prisonnieis blossés relevés dans les deux ' premier» jours furent laisses en ai i iére.
(lette retraite nocturne , généo par d'immenses trains, fut encore compliquée d'un fnrt ()iM<;e et d'averses torrentielles, qui, venant upi'és les pluies Imnbées jjresque rontintiellemcnt pendant la Vm de Juin, rendirent les routes atVi euses. La tète de colonne nian ha si lentement que la (|ueue ne put se mettre en iiiouveinent qu'uDe quinzaine d'tieures plus tard, c'est-àdire le 5 au matin.
Le général Meade, qui s'était borné jus(pH^-là h faire des reconnaissances, se décida à poursuivre i'eimouii, ou plutôt à le suivre, f-e 6" eorps, Sedpwiok, qui n'avait rien eu â faire le 3, fat charge de cette tache, et il pa«;i>a en tète sur la route de Fairiield, tandis que la cavalerie se porta sur la route de Cashtown.
Le 8 juillet seulement le reste de rarmée se mit aussi on marche, ayant employé les deux journées du 6 et du 7 aux soins des blessés et Ses cadavres, ainsi qu'à la réoi'ganisation
des corpf?.
Dans ces entrefaites le général Sedgwick était arrivé sur les talons des confédérés, devant les défdés escarpés de Fairlield, et y avait été arrêté par l arrière-garde do Lee, postée derrière des abattis. Cette position ne pouvant pas être facilement forcée, d'après le rapport de Sedgwick, le général Meade donna k sa poursuite une direction flanquante, chercbant seulement à atteindre Williamsporl et le Potoniac en même temps que l'ennemi. Il fit donc suivre directement celui-ci par deux brigades seulement ; celle de cavalerie de Mclntosli et celle d'infanterie Neill. Le gros de l'armée marcha par Middletown en Maryland. La cavalerie de Buford, rappelée des trains de réserve, fut dirigée sur Hagerstown et Williams^ port.
L'ordre avait aussi été envoyé, le 5, au général fédéral French, h Frederick-City, de chercher à couper la retraite au général Lee en réoccupant Harpers-Ferry et en envoyant un poste au défilé de Turoer daiis les Montagnes-du-Sud. Ce
g^éral avait non-seulement devancé ces ordres, mais lancé sa cavalerie sur Williarnspoil et Faliing-Waters. Là il avait détruit les ponts ennemis et capturé leur garde.
Le 10 juillet, l'armée poursuivante trouva bon de s'arrêter toute la journée à Middletown, pour rallier ^ps trains et s'approvisionner. Le !• ndemain elle passa les Montagne&du-Sud, et, le 12, elle s'ai*réta de nouveau en face des hauteurs de Marsh-Run, en avant de Williainsport.
Elle venait de recevoir quelques coupe de fusil et de rencontrer les avant-postes confédérés, car le général Lee s'y trouvait en position depuis le G et le 7. Il avait en somme fait une heureuse marche, la cavalerie fédérale n'ayant réussi à lui enlever que des traînards et ime vingtaine de voitures. En revanche, en arrivant au Potomac il avait trouvé le fleuve très enflé et ses ponu détr uits. Mais des Américains ne se croient pas perdus pour cela. En attendant d*avoir recueilli et fait construire un nouveau matériel de pontonage, il avait pris (Hed dan*? une ?ortp do vaste tête de pont couvrant le Potomac, deFailing-Waterâ à Williamsport, avec avant-postes sur les hauteurs de Marsh^Run. Il s'étaSt attendu chaque jour, depuis le 6^ à être assailli ; mais les atttiques se limitèrent à quelques escarmouches de cavalerie. Il vit même, le 13, que Meade ne songeait pas encore à l'offensive, ptûsque les fédéraux conimencaient à retrancher leiirs lignes. Ayant réussi, ce jour-là, à jeter un nouveau pont de pontons sur le Potomac, à Falling-Waters, et les eaux ayant baissé, il se décida à passer sur Tautre rive dès la nuit du 13 au 14.
Le passagè eut lieu en deux colonnes, Ewell à gué, à 'Williamsport ; Longstreet et Hîll sur le pont de pontons. L'opération ne fut complètement terminée que dans l'après-midi du 14. Une dizaine de voitures éclopées et deux canons durent être laissés dans les ornières boueuses des abords du pont, ainsi que de nombreux traînards égarés.
Le général Meade flt ces fociles captures, et rien de plus. 11 avait, après forces reconnaissances et conseils de guerre, à peu près arrêté un projet d'attaque pour le 14; mais à ce moment le Potomac venait de séparer de nouveau les deux combattants.
Meade continua son système de poursuite de flanc. Tandis rjup la cavalerid de Greg^, passant le fleuve à UarperS'Ferry, alla talonner l'ennemi, et s'engager vivement avec son arrière-garde à Charlestown, à Shepherdstown, h Martinaburg, à Winchester, le gros des fédéraux firanchit le Potomac à Berlin, et descendit la vallée de Loudon.
En avant-garde le 3^ corps, sous le général French, fût dirigé, avec la cavalerie, aux cols des Montagnes-Bleues, oh quelques escarmouches fUrent encore livrées, et où les confédérés perdirent plusieurs prisonniers. Mais le gros de leur armée se retira sur le Rapidan sans être entamé.
A la fin de juillet les anciennes positions sur les deux rives du Rappahannock furent reprises, comme avant les batailles de Fredericksburg et de CSiancellorsville, et la campagne de 1863 sur cette zone pouvait è^ considérée comme terminée.
L'avantage restait sensiblement aux fédéraux, au point de vue moral, comme aux autres. Leurs pertes furent cepen* dant sévères, elles se montaient à 23186 hommes hors de
combat, dont 2824 tuSs, 13709 blessés, le reste manquant.
Sur<îe nombre les officiers comptaient pour une part proportionnellement très grande.
La compensation en trophées était, outre le terme mis à l'invasion, de trois canons, quelques voitures, M étendards et guidons, et 24 mille pièces de petit armement et équipement.
Les confédérés perdirent environ 26 millp lK»mmes, dont environ 5 mille Inép, 15 mille blessés, le reste manquant.
Les généraux f i 1 1 l.il»^, Garnett et Peltigrew furent tués sur le champ lic ludaille; l'ondor et Somms mortellement blessés. L(>s généraux Ilood. 'I rimble, Heth, Kemper, Armstsead, Setih s, Anderson, Hampton, Jones furent aussi blessés plus ou moins grièvement.
Ces ti ois journées de lutte, ainsi qno les mouvem» iil^ jui les prL'céflèrent et les suivirent ininie-tiialomont, auraient été (li^MiPs peut-('t?-.- d'une analyse plus détaillée de notre part, car elles marquèrent, avec les opérations qui s'efiectuaient
au même moment devant Vicksburg, le point culminant de cette grande guerre.
Nous avons préféré toutefois conserver à notre récit son caractère de résumé général des événements, et, pour le reste, c'est-à-dire pour maintes particularités très intéressantes de ce tragique épisode, nous renvoyons &os lecteurs à deux documents de témoins oculaires que nous publions dans nos annexes.
Le premier est le journal d'un colonel anglais de grande dbtinction, en visite au quartie^général de Lee; et le second une lettre du correspondant d'un journal unioniste de Cincinnati. Tous deux ont bien regardé et assez bien vu, quoique étant tombés dans beaucoup d'erreurs dé fait et d'ap* • préciallon, natureUes au moment où ils écrivaient, et que nos lecteurs rectifieront &cilement.
La lettre du journaliste fournit en outre le type très caractéristique d'un genre tout américain de littérature, créé sur une vaste échelle par la guerre de sécession, et qui peut faire apprécier si quelques généraux, le général Shennan entr'autres, avaient tort de débarrasser l'armée, pour des opérations délicates, du concours de tels aides.
Quant aux observations ((ue les opérations de Geltysbnrg pourraient su^^g< rer un point de vue spécialement militaire, nous avons déjà fait ressortir les principales dans le cours du récit, et nous n'avons guère qu'à les accentuer davantage.
La plus importante et qui constitue à nos yeux une énigme capitale, est toujours de nous demander ce que Lee se proposait de gagner en s'avançant en Pensylvanie? Pourquoi, une fois sur la rive gauche du Potomac, il ne s'est pas au contraire donné un objectif déterminé et décisif: ou la place de Washington, ou Tannée principale de Hooker?
Enlever la capitale de l'Union n'était assurément pas ciiose &cile ni simple. Ce l'était toutefois beaucoup plus et moins périlleux que de vouloir pénétrer jusqu'à la Susquehanna et au-delà, en laissant derrière soi le camp retrancbé de .
Washington, muni de deux années d'un total de 120 mille hoinines nn moins, pouvant aisément s'accrcitre.
Lee voulait, a-l-on dit, tourner celte po-^ition, la couper d*avei' le Nord et d'avec l'Oiiest, la bloquei- en quelque sorte. Nou!> répondniiis qu'une telle position n'était tournable ou bloquable en aucun cas.
Elle était eîle-iuèine un pivot; elle avait trop d'étendue, elle était troj) bien entourée d'ouvrages, trop bien approvisionnée, tr«»p sûre de la voie de mer, h défaut d'antres communications, |)oiu- craindre un ennemi sur «{uelque direction (jue ce fut. Klle fai.sait front de tous côtés et pouvait vivie {)ar elle-même et par le Potomac. Vouloir ag^ir sur ses comnmnications, c'était une combinaison vide de sens, qui ne pouvait aboutir à rien de décisif ni même de marquant. Ce n'était qu'un raid de plus dans l'histoire militaire américaine, avec les trois armes, et sur de vastes proportions, capable peut-être d'agiter momentanément les clubs de quelques bruyantes villes, mais non d'inquiéter sérieusement des états-majors.
En revanche la capitale fédérale offrait, par le vice ^e sa trop grande enceinte d'ouvrages que nous avons dè'jîi signalé, des chances réelles à une attaque subite et concentrée sur un ou deux points faibles, qui étaient faciles à trouver. L'assaillir en force, avant que Hooker l'eût rejointe, OU y pénétrer sur ses talons après l'avoir battu sur le Monocacy, n'eût point été pour Lee une prétention surhumaine, et le coup offrait d'assez beaux enjeux en cas de succès pour avoir dû être tenté.
Le général Lee, une fols à Ghambersburg, ne ûit sans doute pas le dernier à sentir Verreur fondamentale de sa situation. Il avait trop de jugement et d'expérience de la guerre pour ne pas voir que son entreprise était plus politique que militaire, plus téméraire que stratégique, et c*est ce qui le rendit si hésitant.
Nous avons dit aussi que sa marche, pour arriver du Rappahannock à Chambersburg, avait été beaucoup trop lente et sa colonne trop allongée. Hàtons-nous d*ajouier, à la justification du général Lee, que ce reproche ne s^adresse qu*à une
opération tello que nous indiquons ci-dessus qu'elle aurait (\ù se faire. Mais |uiur s'installer simplement ;i r.hambersburg et taire ra/./.ias aux environs et plus au nord, il n'y avait pas on ellci grand besoin d'une marche plus rapide et plus concentrée.
Quant à la bataille elle-même nous n'avons qu'à déplorer pour Lee sa maaTaise fortune de no s'être pas trouvé lui* même à Tattaque du i'^'^ juillet, et de n*y avoir pas fait suivre immédiatement jusqu'à Tenlèvement des collines du cimetière.
Quant au général Meade, il avait montré plus d'initiative et d'aptitude au maniement des masses que son prédécesseur. Dans la journée du 2 tous ses corps surent s'engager, quitter leurs emplacements et manœuvrer quelque peu. Sans doute le fond de sa tactique fut, comme sous les deux généraux précédents et sous d'autres encore, un combat de position.
Le système consiste à mettre les corps en ligne, avec un en réserve. Chaque corps combat droit devant lui, chaudement s'il est en butte à l attaque ennemie principale, faiblement s'il n'est que l'objet d'une démonstration.
S'il voit à ses cotés une affaire un peu chaude et qu'on lui demande du renfort, il y étend une de ses ailes, soit de son chef, soit par oi-tlre supérieur. Si la ligne i^st percée sur un point, les réserves y courent et cela même déj(i au commencement de l'iiriiMii.
A Geltyshiu^r Fart avait eu plus de part. Quelques trouées avaient été b( nichées, le 2. par des rorps en ligne, par le 2% pur \o 1^2' , ainsi que par une portion des réserves. En outre l'aptitude habituelle d^s Américains pour la guerre des retrnnchenients, pour l'improvisation d'un système de forteresses, avait apparu dans toute sa grandeur, le soir du 2 et le 3, sur les coteaux de la colline du cimetière.
Une attaque plus vigoureuse encore que celle de Pickettet de Pettigrew, ou répétée, aurait été également refoulée.
En revanche cette guerre de retranchements, qui fotigue considérablement les hommes par des travaux de corvées incessantes, de jour et de nuit, et les habitue à ne se sentir so-
iides qu'à couvert, manifesta ses inconvénients quand il eût. été profitable de passer de la défensive h Toffenrive.
Pourquoi le corpe de Sedgwick et quelque cavalerie n'essayèrent-ils pas de poursuivre Lee dès le 3 au soir, ou au moins dès le 4? Pourquoi la poursuite de toute l'armée se fitelle si tardivement et si lentement? Lee, battu à Gettysburg, marche péniblement vers un fleuve torrentueux, où il ne trouve plus ses ponts, ayant à ses trousses une armée aussi forte que la sienne, et vers ses ponts détruits les sept mille hommes de French pour lui barrer le passage et aider à le jeter dans la njisse ! Malgré cela il parvient à repasser le fleuve a la barbe inèine des vainqueurs ! Il faut avouer que ce n'est pas le lieu de s'absorber en discussions stratégiques.
Le général Lee ayant eu sept jours entiers pour faire son passage, pour recueillir, réparer et construire les pontons et les chevalets dont il avait besoin, il n'y eut pas non plu» (^i diid mérite à lui d'avoir aussi convenablement réussi, du moment que Meade n'avait troublé sa tranquillité que par des reconnaissances et des retranchements.
xrx.
Situation politique intéiieiire. — Etat dos partia. — laa Gopparliaada. — La oonacriptioa. — Bmoate de New- Tork.
Quoique nous n'ayons point Tintention de nous arrêter longtemps aux événements politiques, nous ne saurions les passer sous silence sans risquer de laisser planer de Ikusses appréciations sur les affaires militaires et sur leur développement.
Dans une guerre de ce genre, guerre civile essentiellement, la lutte des partis ne pouvait cesser un seul instant de marcher de front avec la gueiTe des armée».
A répoque où le coui-s des opérations nous avait conduit, c'esl-a-dire on juillet 1863, la situation intérieure que nous avons esquissée pour examiner les causes de la guerre, s'était déjà considérableinent transtonnée. Les questions de principe, voilées au début su u.-> des questions de forme, s'étaient dégagées peu àpcu de leni-s entraves l es germes» lateuls avaient grandi, avaient poussé des brandi* - et des fruits, dont on ne pouvait plus Cadre abstractimi. La question de la destruction radicale de l'esclavajre, de l'égalité des races humaines devant la loi et devant les usages, avait fini par oser se poser nettement et par faire un notable chemin.
On se rappelle les circonstances politiques qui avaient amené la nomination de M. Lincoln à la présidence de l'Union. Les gens qui désiraient m^tre un firein à la puissance esclavagiste s'étaient tous donné la main pour tenir téte aux empiétements du Sud , et ils avaient élevé au pouvoir un gouvernement qui fierait de cet objet sa principale tâohe.
Ce grand parti républicain , qui triompha avec M. Lincoln, comptait toutefois deux fractions principaies. Une d'elles, minorité ardente, renfermant des hommes d'action, de conviction et de talent, et presque tout Tétat de Massachussets, pensait que Tesclavage était on mal et un crime si grand que tous les moyens étaient bons pour s'en débarrasser. Elle voulait l'abolition immédiate, coûte que coûte, par les voies révolutionnaires et violentes, s'il le fallait.
L'autre fraction, plus modérée et plus pratique, voulait procéder au même but, graduellement, méthodiquement, légalement, par le moyen d'une révision de la constitution d'un côté, et d'une indemnité aux propriétaires d'esclaves de l'autre.
Le premier acte de cette réforme constitutionnelle avait été la nomination parfaitement légale du nouveau président, M. Lincoln, qui, lui, appartenait personnellement & la nuance modérée du parti républicain.
A cela le Sud, vaincu au scrutin, avait répondu par une illégalité flagrante, par une déclaration de sécession, par la guerre. 11 s'était mis ainsi en dchoi*s de la sauvegarde de la loi, et la fraction alioliliuiiniste cul beau jeu pour |)roposer des iDcsiires conlr»^ les sécessionnistes, satisfaisant aussi à ses besoins partieuliers.
Dans l'oi^inc tmilefois, sous la première impression des dangers dont celte lutte allait menacfr le |)ays, 1rs uièuies sentiiuenls d'union qui avaient présidé a i <jpt'>raLion éler'torale et à la formation du L/raud parti républicain, restèrent à peu près les seuls douiinaiits. î^e Nord laissa dans l'ombre la question irritante de l'eselaN ai^e, et déclara conibaltre pour le maintien de l'Union et de la constitution.
Un jeu de mots se l achait, il est vrai, sons la forme de cette déclaration, pour les gens résolus et regardant devant eux.
Les uns disaient qu'ils combattraient volontiers poiu- la constitution, mais amendée dans le sens de l'abolition; d'autres combattraient aussi pour* la constitution, main telle qu'elle était. Une masse flottante et ix courte vue balançait entre ces deux opinions tranchées ; elle combattrait, comme tout le monde , pour la constitution en premier lieu, et se
bornait à des idées et à des espérances trôs vagues sur les choses de l'esclavage.
Les revers qui frappèrent les premières campagnes des unionistes rendirent ceux-ci moins scrupuleux à l'endroit des moyens de la lutte, de la légalité des voies à suivre et du respect de certains préjugés de couleur.
Le président lui-même, le congrès ensuite, après avoir condamné les tentatives d'abolitionnisme de quelques généraux, furent bientôt conduits plus loin encore que ceux-ci.
Nous avons déjà nientionné la proclamation présidentielle de septembre 1802, annonçant de prochaines mesures pour Témancipation graduelle des esclaves dans les états loyaux et la libération immédiate dans les états qui seraient encore en rébellion au i*' janvier 1863. Fidèle à sa parole, M. Lincoln émit, le janvier 1863, un nouveau décret proclamant l'abolition de Tesclavage dans les états de Virginie (sauf certaines portions), des Carolines, d^Alabama, de Géorgie, du Texas, de Louisiane (sauf certaines portions), de Flo^ ride, d'Ârkansas, de Mississipi, et il invita tous les agents militaires et civils des Etats-Unis & prêter main forte à l'exécution de ce déoret et à recevoir les nègres émancipés au service des^ Etats-Unis, pour tenir garnison dans les forts ou pour former des équipages de nàvire. (■)
Ce ne Alt que le premier pas dans une heureuse voie; mais ce fut le plus difficile. iLprès cela le second pas ne tarderait point à suivre.
Les nègres ainsi appelés à la liberté accoururent en grandes masses dans les lignes fédérales, où on les utilisa comme ceux arrivés précédemment et dont nous avons parlé au chapitre V, (*)
En lace de Washington, le long des hauteurs d'Arlington, on leur b&tit, en mai 1863, cinq villages de tentes et baraques, appelés Gamp-Spingdale, Camp-Todd, Garop-Bucker, Camp- ' Wadsworth, Camp-Beckwik, oti l'on organisa aussitôt par les soins du gouvernement et de sociétés de bienfiusance un état civil régulier, des églises et des écoles. Au nord de Washing-
il) Vuir It) UixU! de caa pii-i'vs aux uiuitiies. (*) I«* volume, page 54.
ton et autour du Navy-Yard, des coDBtructioQS semblables '
s'élevèrent.
Là, comme ailleurs, l'ouvrage ne maa<]^ua pas aux hommes valides et robustes.
Ils s'y livrèrent d'abord sous l'habit bourgeois , dans les h ullon.s leur hégire. Mais ils trouvèrent bientôt à se pro* curer, ici, une vieille capote de soldat, là, un chapeau, un pantalon de même, retirés souvent de quelque ornière, et desquels ils se parèrent fièrement. Les premiers qui se risquèrent au jour dans ce nouvel accoutrement payé- . rent parfois assez cher leur amour de la toilette. Maint brave officier fédéral voulait voir lù une souillure à TuDiforme , une outrecuidance intolérable. Le moins que cés pauvres nègres endimanchés rencontrassent pour rabattre leur joie étaient les Jazzifi de collègues plus timides ou des soldats blancs. Heureusement le nègre ne craint pas le tire, de quelque nature qu'il soit ; il riait de compagnie, et conservait sa bonne capote, dont il appréciait tous les jours les précieux avantages.
Bientôt un prand nombre de noirs, charretiers et domes-^ tiques d'officiers, furent plus ou moins revêtus de tenue militaire d'occasion, tout en étant, par leurs fonctions, soumis à la discipline de l'armée.
De là à en faire d6 vrais soldats , il n'y avait qu'un léger pas, et ce pas se fit dès les premiers jours de l'année 1863.
Des corps nègres avaient été déjà organisés dans la Louisiane, àMemphis, à Beaufort, à New-Berne, où nous savons que qu^ues-unsde ces corps se comportèrent vaillamment. Ces créationB n'avaient rien d'extraordinaire, car dans toutes ces localités les nègres étaient esclaves indigènes; ils accouraient en grand nombre, avec femmes et eniants, vers les garnisons fédérales. Ne fût-ce que pour leur foire gagner honorablement leur pain et les mieux contrôler, on pouvait bien les enrégimenter, tous ne trouvant pas d'emploi comme manœuvres^ domestiques ou charretiers.
Toutefois cette mesure, si naturelle et si anodine qu'elle lût, avait rencontré des difficultés et soulevé diverses réprobations dans le Nord.
A propos dos premiers essais du général Hunier de former des corps militaires de nègres sud-carollniens à Port-Royal, la Chambre des Représentants s'était émue ; en date du 9 juin 1862, elle avait même adopté une résolutÏQn demandant une enquête, et cela dans la forme suivante:
1 1* Il est ilf'cidè que le secrétaire de la guerre sera invité à informer la Chambre s'il est vrai que le général Hunter, du département de la Caroline-du-Nord , ait organisé un régiment de volontaires sud-caroliniens pour la défense de TUnioD, composé de noirs (esclaves fugitife) et désigné un colonel et des ofiiciers pour le commander?
c 2« Le général Hunter était-il autorisé à organiser et à . recruter, comme soldats dans l'armée desËtats-Unis, des esclaves fugiti& ou captif?
c 3* A-t-'il été pourvu à cet effet d'habillements, d'équipements, etc.?
c Af» A-t-il été pourvu , par ordre du département de la guerre, d'armes destinées à être placées aux mains des esclaves?
f &» Que tous les susdits ordres et correspondances entre le général Hunter et le département de la guerre soient soumis k la Chambre. »
Le secrétaire de la guerre, M. Stanton, s'empressa de se laver de tout' crime et de répondre que le général Hunter n'avait été autorisé à rien de semblable. Par ordre du président, il refusa en revanche de soumettre la correspondance demandée pour cause légale d'incompatibilité avec le bien pubUc. '
Quelques jours après, il envoya à la Chambre un rapport spécial demandé au général Hunter, dans lequel celui-ci, en date du 33 juin 1862, rompait hardiment la glace et justifiait ses innovations.
n avait voulu, disait-il, se créer des ressources au moyen de ce qui lui était offert sur les lieux et par les circonstances, et expérimenter les noirs dans le métier des armes. D'ailleurs, il n'avait pas organisé de régiment « d'esclaves fugitif > mats un beau régiment de personnes dont les maîtres étaient des c rebelles fUgitifs. » Il ajoutait que sans d'impé-
TOHB II. iS
ratives réclamations il aurait à ce moment non pas un, mais cinq ou six régiments de noirs bien exercés. Que quant à Texpérience qu'il avait voulu faire en armant les nègres, elle avait complètement réussi, c Les soldats nègres, dit-il, sont sobres, dociles , attentifs et enthousiastes. Ils montrent de grandes aptitudes à tous les devoirs militaires. Ils sont avant tout désireux d'être mis en campagne et conduits au feu. L'opinion unanime de leur^ officiers , c'est que dans ce climat, qu'ils ont habitué, ils rendront les meilleurs services comme auxiliaires de l'armée, de même que des régiments semblables ont si longtemps été employés avec succès par les autorités britanniques dans les Indes-Occidentales.
« Je conclus donc en exprimant l'espoir — - vu qu'il parait, que les exigences de la campagne de la péninsule ne permettront pas de m'envoyer du renfort — que je pourrai organiser pour la fin de cette année une force de 48 à 50 mille de ces solides et dévoués soldats. >
Gomme la chose était présentée à titre de mesure militaire, et qu'aind elle rentrait dans la compétence du gouvernement exécutif, ainsi que dans l'esprit de plusieurs mesures antérieures de la Chambre , celle-ci , malgré ses préventions à l'endroit des soldais de couleurs, dut se borner à prendre acte du procédé. Le général lluuter et d'aulres généraux fédéraux dans le Sud continuèrent à tonner des corps de voloulaires nègres.
Ce qui fut plus uolalil^, c'est qu'nnc lois Ui ( tiose connue, maints nègres^du Nord, libres depuis !.)iij^Mt'iiii>s , n'entendirent pas ivviei- t'ii an ière de ceux du Sud. Par un louable sentiment (riionneur , ils voulurent aussi prendr»' leur part directe (les périls de cette ;'nerre , dont ils étaient à la fois la cause et le but. Ils s'olVi irent e?i massps ronmie volontaires; ils furent bien accueillis dans Imhi nondjre (rélals.
L'état du Mas.sachussets fut le premier à donner le bon exemple de les former en corps sur le môme pied que les blancs. Le 28 mai 1863 son premier régiment noir, le h¥ Mass, partit de Boston, aux grands applaudissements de la foule.
En janvier déjà le colonel new-yorkais Ullmann avait été chargé d'organiser une brigade dite d'Afrique. En mai cette
brigade était assez forte pour en faire troià ou quatre autres (de l'effectif de brigades blanches.
A la même époque, l'organisation du l**"" régiment ncgre sud-carolinien, h Port-Royal, était complètement eflectuée. Le générai Saxton, dans la brigade duquel il se trouvait, annonça le fait au secrétaire de la guerre par le rapport suivant, en date du janvier :
« Ce régiment est d'infanterie lépfère. Il compte 10 compagnies à environ 8G hommes clmeuiie, armés de fusils et commandés par des ofliciers blancs. En fait d'organisation, de discipline, <le manœuvre et de .moral, ce régiment, malgré son peu de temps de service , n'est surpassé par aucun des régiments blancs. Si on l'envoie au feu il considérera cela comme une bonne fortune, et j'ai la certitude qu'il s'y com- ' portera courageusement et qu'il fortifiera par sa bonne conduite la sage politi((ue de l'administration , en lïiettant ces gens à même de servir le pays et leur propre liberté.
a: Dans aucun régiment je n'ai vu le service se faire aussi soigneusement et aussi gaîment. (^omme sentinelles ils sont d'une vigilance particulière. On ne saurait avoir plus d'entrain qu'eux, ni plus de dévouement h leurs ofbciers. Us iront au bout du monde avec eux. Chaque homme est un volontaire , et sent l'importance des services qu'il est appelé à rendre à sa race.
«r Dans l'organisation de ce régiment, j'ai eu de grandes diflicuités à surmonter, qui auraient découragé toute personne ayant moins foi que moi dans la sagesse de la mesure ; mais je suis heureux de pouvoir vous mformer que rexpérienco a eu un succès complet. J'estime que quand nous prendrons pied sur le continent, on pourrait y lever des régiments qui pourront servir plus que tous les autres pour mettre fm à la rébellion. Actuellement j'ai envoyé le régiment en expédition sur la côte de Géorgie, et je vous ferai rapport & son retour. »
Ajoutons par anticipation, que ce régiment, commandé par le colonel Higginson, répondit bien par la suite à ce qu'on attendait de lui. Un second fut bientôt formé, sous le colonel Montgomerry, et ce furent eux qui, en mars 1863, s'empa> rërent de JacksonviUe en Floride.
D'autres régim*"'iUs furent créés partout où se trouvaient des iiè^nes, et, dans l'été de 1863, il n'y en avait par moi us de !25 Hiille sons Ic.^ armes et en campagne; environ 60 mille autres étaient employés comme manœuvres, domestiques et charretiors. Sur cette statistique, dressée en juillet, le gouvernf^iiK'Mt tédéral ordonna la formation do 50 régiments fédé- FMI IX de nègres, à 2 mille honnnes par régiment, mais avec cadres blancs. Le département de la guerre travailla activement h celte orfjranisation, qJi serait en pleme réalisation vers la fin de l'unuée et donnerait un eiTeclif de plus de 100 mille hommes.
Dans d'autres sphères , maintes mesures mspirées du même esprit ax aient été prises simultanément par le 37' ( .ongrés, qui, corroborées par les suivants, feront la gloire de celte Législature dans l'avenir.
En premier lieu les esclaves employés par les années rebelles pour travaux inférieurs, et les noirs fugitifs dans les lignes fédérales avaient été déclarés libres à perpétuité. C'est ce qui avait servi de base aux proclamations émancipathces du président Lincoln, mentionuées ci-dessus.
Ensuite l'esclavage avait été déclaré aboli k Washington et dans le district de Colombie, ainsi que dans les Territoires, qui relèvent immédiatement de la juridiction fédérale.
Des écoles publiques de lî^ir- furent fondées aux frais da l'administration, et toute légi.slalion civile établi -^snnt des distinctions entre noirs et blancs fut aLoIie il.ius le district de Colombie. En outre des ambassades ofliridles furent échangées avec les républiques noires de Hayti et de Libena. La liberté des femmes et enfants des soldats nègres fiit énergiquemenl revendiquée et finalement votée. (•)
Ainsi en (ju*^lques mois d'épreuves, les idées sur la question de l'esclavage et les préjugés contre la race nègre, avaient bien changé.
Mais les partisans plus ou moins convaincus de l'égalité
(l) Pour loulcs miiiuivs et junir Ic^ |>har>»>> pur IcsiiujlU.'S eiW.s durcnl pass.>r «VMit d'arriver à l'wlal de r^Kolutions. voir rinti r«'*sant rèsum* des ^iaiico» des 37* i»l 3K' Contrés. piiMi.- on IWCi par M. le s. nalour Wil-on. île M»^.>-nobaM«tft, »MU la litre : AntbiUivcry lènusmeâ in c'w/jfyiiMi*. Ba.^tuii, cliw \Valk<'i. K'ultor Jt Coini)*. 1 vol. In-S* de 4W pages.
chrétienne sans acception de couleur, les républicains de toutes nuances arrivés alors à Caire de réoiancipation leur vrai drapeau, n'étaient pas seuls dans le Nord. U y restait tout Je parti dit démocratique, qui ne voulait d*autre drapeau que la constitution telle qu'elle était, sans aucune altération directe ou indirecte.
Pour ce parti la constitution de Washington et le maintien de rUnion étaient choses trop précieuses pour qu'on risquAt de les perdre irrémissiblement, à propos de nègres. Pour lui l'émancipation était une douce, peut-être une dangereuse utopie. Avec ou sans la loi, les nègres seraient toujours en (ait esclaves du blanc. Ce n'était qu'une aflkire de mot. Proclamer en leur faveur l'égalité ci^le et politique, c'était leur rendre un mauvais service, et risquer de saper les bases économiques de la société , ainsi que le fondement des institutions républif-aines. C'était donner, dans la direction de Tétat, trop d iiilluence à un prolétariat compacte et de la plus basse espèce. Si Ton voulait courir tant de risques pour réaliser dç tels prétendus progrès, il fallait au iiiomis procédé'très prudemment, très U'ntement, >av«)ir, devant les périls, ou s'arrêter net en attendant un temps meilleur, ou louvover habilement.
■Xfoyennant cela, celle école d homnies d'étal Travail pas redouté d entrer en lice contre la sécession ; elle avait même, à l'origine, crié le plus fort , par esprit de concurrence patriotique; elle voulait faire la guerre vigoureusement, et elle levait plus liaut que jtersonne le drapeau de la con.stitution foulé aux pieds pnv le Sud, mais seulement ce drapeau-là. C'est elle qui inventa ie root do rebelles appliqué aux esclavagistes.
Les garanties centre les écarts àbolitionnistes qu'elle \}0Uvait prévoir se trouvaient dans le personnel des premiers états-majors mis sur pied, dans le vénérable général eu chef Scott, homme de sens pratique avant tout, dans lé général Me Clelian, marchant sur les traces de son devancier, dans la plupart des ofliciers sortis de West-Point, et qui se rattachaient tous plus ou moins au paiti démocratique, ainsi que dans la puissance et l'habileté de sa presse. Les généraux
aboUtionnistes, Fretnont, Hunter, furent constamment décriés et ridiculisés par elle, tandis qu'elle entourait d'adroites et chaudes réclames les généraux du parti opposé.
En même temps qu'ils voulaient qu'on men&t rondement les opérations militaires, les démocrates demandaient qu'on montrftt de la douceur h l'égard des populations; qu'on procédAt énergiquement avec les armes, mais modérément dans la politique. Ils espéraient qu'après avoir abattu la vanité militaire des prindpaux meneurs sudistes, tribuns et généraux, on ferait facilement rentrer le reste dans le giron de l'Union, moyennant quelques concessions raisonnables. Parmi celles-ci et au premier rang, les démocrates faisaient figurer la question de l'esclavage ; ils suppliaient qu'on l'élimin&t complètement de la liste des moti& de la guerre, qu'on rassurât sous ce rapport les bouiigeois honnêtes et égarés du Sud, et qu'on se bornât à lutter pour la constitution seulement, puisque ce motif était pleinement suffisant.
Après le rétablissement de l'Union, il serait toujours temps de voir comment on pourrait, par gain de paix vis-àrvis d'une autre portion du pays, avancer légalement et sans nouveaux troubles, la question de l'émancipation.
Ce programme, qui, au premier abord, semble fivppi au coin de la parfiûte sagesse, était cependant plus utopiste encore que l'autre. Il méconnaissait la nature humaine ellemême, et la part qu'auront toujours dans les grands confUts civils les entraînements et la logique des passions déchaînées.
Gelle»<ci vont droit devant elles, jusqu'au port ou jusqu'au gouffre. La question de l'esclavage, qui était la cause réelle, première, fondamentale de tous les orages et la seule qui pût armer les uns contre les autres des citoyens bien plus avides de paix et d'entreprises financières que de gloire mi* litaire, cette question, une fois la lutte ouverte, ne pouvait^ plus êtrô cachée ou escamotée sous celle accidentelle du maintien de la constitution, produite seulement par la manière dont le Sud avait engagé la lutte.
Le Nord n'aurait jamais levé un million d'hommes ni dépensé cent millions de dollai s pour (aire bonne garde seule-
ment autour du texte de sa vieille constitution , s'il n'avait pas été poussé par le besoin plus^ grand de l'anicliorer, en même temps que de la conserver, et s'il n'avait pas prévu que cette amélioration amènerait tôt ou tard la guerre.
Le Sud n'aurait jamais iaài les mêmes sacrifices, pour se débarrasser d'une constitution sous laquelle il vivait heureux depuis de longues années, s'il n'avait pas prévu, lui aussi, que l'élection de M. Lincoln n'était que le premier pas pour * restreindre ses institutions esclavagi>tcs, et pour lui imposer tôt ou tard une révision constitutionnelle inacceptable, et s'il n'avait pas jupt', en se plat;anl à un point de vue essentiellement militaire, prolital)le à sa cause de i)rendrG les devants et d'utiliser les quatre mois de gouvernement qui iui restaient sous le président Buchanan.
Ce qui prouvait d'ailleurs que le Sud, à supposer qu'il eût pu trouver des tci iaes d'accommodement avec le Nord, n'entendait capituler en aucune façon sur la question de reseUivage, ce fut la recrudescence de eolère que provoqua au sein de l'armée et du pouvernemeut confédérés l'emploi des nègres comme soldats fi'déraux. Par proclamations sohnmelics de M. JefTerson Davis les généraux Butler, Hunier, Foster et autres encore furent mis hors la loi pour avoir armé des nègres fugitifs contre leurs nneiens maîtres. Le droit des gens ne serait point appli(^able à ees officiers, s'ils étaient Hiits prisonniers, et il fut enjoint à tout officier confédéré qui les capturerait de les fair«> innnédiaternent pendre.
Quant aux nègres eux-mêmes repris par les soldats dn Sud, voici le procédé le plus doux qui fut résolu à leur égard par le con.Lîrès du Sud, dans sa séance du 10 février 1863, sur la proposition de M. Georges-P. Hodf.^es, du Kentucky :
f V'ii les informations parvenues h ce congrès de la votation par le congrès de Washinglon D. (î. d'une loi d'enrôlement des nègres connue so]dat> dans les armées des Etats-LTnis, lesquelles armées doivent concourir à d'ultérieures invasions des Etats Confédérés d'Amérique;
« Ht vu que les deux constitutions des Etats Confédérés et des Etats-Unis ro'^' r) naissent les Africains et leurs descendants comme une propriété;
- 2oa -
€ Et vu que nous ne puuvona consentir à aucun changement dans leurs conditions et dans leurs prescriptions poli-
tiqueâ ;
« Donc il est décidé que le Comité judiciaire soit chargé d'élaborer une loi ayant pour but de restituer à leurs anciens maîtres tous nègres ou mul&tres fugitifs faits prisonniers, et de faire vendre ceux sans maîtres pour indemniser les citoyens confédérés des dommages causés par la gueri*e à leur pro* priété esclave. »
La loi fut faite et promulgée ; mais rarement appliquée. Pour Pordinaire les pauvres nègres faits prisonniers furent simplement égorgés sur le champ de bataille Mais n'anticipons
pas sur les scènes de barbare fureur que nous devrons mentionner dans un prochain chapitre.
Nous en avons dit assez pour aïoiiliTr iiue ki disposition des esprits dans le Sud n'éLaiL iien moins, en 1803, que modérée et conciliatrice.
D'autre par t nous savons que le Nord, sans tendre davantage à la modéi'alion, mais sans se d('|iartir de ses inslincLs d'expédients, n'avail point encore l'uniiflleiiiont répudié son terrain légal et étroit du maintien exclusif de la vieille constitution. Toutes les mesures d'émancipation d'emploi inunédiats d<vs iirjxres avaient été dôcrclées comme me^^ures de guerre plutôt (jue comme actes do justice. Leur caraciure apparent était surtout exceptionnel.
Mais chacun savait ce que leeouvrait cette formi' piocédurale, et qu'en tout cas le préjugé enraciné de la di>linction des droits d'après les couh urs, plus puissant que toutes les lois, était détruit dans sa li.i>i' même, en ftiisant des nègres méprisés les défenseurs de la pallie. C.oiinuent, après cela, leur refuàurail-on les droits civils et politiques achetés au prix de leur sang?
Et comment le Sud, qui entrait en l'in eur au seul aspect de soldats noirs encadrés par des blancs, admettrait -il la conséquence probable de cette innovation, l'égalité civile et politique?
Le fossé se creusait donc loujom s plus entre les deux prin-
cipales partie» belligérantes, menaçant d'nnnihilation le programme des sages du Nord, du parti démoeratiiiue.
Celui-ci truilofois n'avait pas rien que de la sagesse à sa fjiisposîtioii, tVèle soutien dans des temps d'orages populaires. 11 avait de l'énergie et do grandes ressources. Il entendait s'en servir et ne pas quitter la lice ?^nns combat.
Si d'adleurs sur le terrain des principes en jeu, celui de l égalUt' dt's races et des droits, il se voyait en perte par Ifes revers militaires qui éloipnaient petit à petit ses généraux et enflaient l'importance des tribuns abolitionnistes, d'autre part ces mêmes revers, ainsi que les fautes et les mauvais procédés du gouvernement , lui oirraient des moyens avantageux de lutte au profit des personnes.
Toutes les administrations républicaines, fédérale et d'états, furent rendues responsables des échecs et des déceptions militaires qui avaient signalé les deux premières années de lutte.
Une opposition systématique, par le moyen de ( hibs puissamment organisés et d'une presse vigilante et subtile, fut menée avéc soin et pei^vérance. Le gouvernement fut dénoncé sur tous ses actes; et, dans l'automne de 1862, le parti démocratique parvint à reprendi e le pouvoir ou à se renforcer dans plusieurs états importants du Nord, entr'autres dans celui de New- York.
Ce succès enhaidit plusieurs personnages remuants et influents de ce parti, qui commencé re m t à élever des réclamations en faveur d'un arrangement et de la paix, et à combattre ouvertement la continuation de la guerre par tous les moyens en leur pouvoir. A cet effet ils décriaient toutes les opérations ; ils entravaient les recrutements, exagéraient les pertes et les sacrifices, semaient des alarmes de toute espèce, montraient l'inutilité des pfTorls du Nord, dovanl éfhouer contre la iermeté, la s-upériorité militaire, le bon droit au fond des gens du Sud, qui n'étaient plus que d'innocentes victimes, défendant leurs foyers et leurs propriétés contre les menées révolutionnaires et les pirateries des abolitionnistes !
Ce langage devint bientôt le programme de toute une portion des démocrates du Nord et de TOuest, qui s'appelèrent
les démocrates de la paix, ol qup leurs adversaiiv^s baptisèrent ^ du nnm de Copper-heads, ejuprunté à une espèce venimeuse de s( rpeiit à tète ruivrf>»'.
< juelques mesures pî'ises rà et là par des chefs de garnisons fédérales, pour mettre leurs opérations ou leur commandement à Tabri des indiscrétions et des attaques de la presse des Copperheads, furent siirnalées romme dfs atteintes h la constitution. Desarreslatious d'espions, d'agents provocateui'S, d'insultcurs des troupes fédérales; des interdietious de certains jouruuux dans les casernes et dans les camps, furent dénoncées comme des violations des droits des citoyens, en dépit des règles les plus vulgaires de la discipline militaire et même d'un acte du congrès, en date du 3 marslSÏ^, autorisant le président h n)ettre toute personne concourant directement ou indirectement à la rébelUou en dehors du privilège de Vliabeas cor))us.
Lorsque les nécessités de la guerre et du trésor forcèrent entr'autrcs le gouvernement à adopter la conscription pour recruter ses armées, et à assurer le résultat recherché de sort décret par des mesures sévères d'exécution, rien ne tut oublié pour lui créer des eml)arras de toute espèce à cette occasion. La conscription fut représentée comme une institution abominable, injuste, tyrannique, bonne seulement pour les états despotiques de l'Europe, mais honteuse dans une république* La fiusulté de remplacement eii particulier, qui était un avantage réel pour maints individus, comme pour l'état, (') fut représentée sous le jour d'un odieux privilège des riches . contre les pauvres ; elle devint l'occasion de pathétiques appels h l'égalité républicaine, qui ne manquaient pas complètement de justesse , mais qu*on oubliait bien vite dès que la question de couleur pointait à l'hoBÎzon, et qu*il s'agissait d'étendre cette égalité jusqu'à la race noire.
Le décret présidentiel du 8 mai, prescrivant la conscrip* tion, et diverses mesures spéciales k ce sujet concernant les étrangers, le remplacement, le temps des levées, etc., avait rencontré dans quelques états, et particulièrement dans les
0) An moyen de 300 dollars payés au gouvememenl chaque individu requis ponvAli te AJre Ubteer. il pouvall «mmI présenter liil-»èDe un rewfletMit
grandes villes de New-York, de Boston , de Philadelphie^ de CSncinnati, par BuiUides excitations des démocrates, une opposition assez forte. Il avait fallu, en maintes places, remettre le tirage à des temps meilleurs ; le gouvernement fut tûéme obligé de faire élaborer une consultation jaridi(iue dans toutes les règles pour établir son droit d'ordonner la conscription, consultation qui fut publiée dans tous les journaux au commencement de juin. En vertu de ce document, dea instructions fùrent envoyées aux prévôts-maréchaux afin qu'ils fissent régner Tordre dans les tirages et sévissent contre toute personne cherchant k entraver les opérations de la conscription
Un des agitateurs les plus habiles, orateur de grand talent,
V#Wallandigham, de l'Ohio, qui depuis plus d'une année tonnait dans tous les clubs contre le gouvernement, pouvait être considéré comme le principal chef des copperheads, au moins dans TOuest.
Ayant en avril et mai prononcé plusieurs discours dans lefïquels il encourageait ouvertement les citoyens à ne pas se soumettre à la loi de lu conscription annoncée , et manifestait des vues franchement sympathiques à la rébellion, le général Burnside , cjui l enlré en activité commandait alors à Cincinnati, prit sur lui , pour sceller sa paix avec le gouvernement, de -( vir contre M. Wallandighani.
Dans la nuit du 5 au G niai il le fit saisir à bi ii il iimcile de Dayton, dans rOhio, et traduire devant une im martiale. Condamné par celle-ci, M. Wallandigham f it transporté, le 16, au fort Warren, prison d'état dans le port de Boston.
De toutes parts des réclamations , des protestations et des adresses arrivèrent^ au gouvernement contre cette mesure qualifiée de violence arbitraire, demandant impérieusement la libération immédiate de M. Waliandigham. Le président Lincoln, après avoir pris le temps de la réflexion, y répondit * par une décision qui caractérisait à la fbis son esprit ferme et fertile en expédients , et son penchant constant à l'épigramme. Le 22 mai il commua l'emprisonnement en bannissement dans les états du Sud. Le 34 mai M. Waliandigham fiit conduit sous pavillon parlementaire auxavant-
postes confédérés à ShoUiyville , en Tennessee, et ieur fut remis comme un notabl»^ (i euU « ux.
I.e proscrit du Nord fut naturellement bien rern en terre esclavapriste ; mais il y dédaigria tout aceueil, toute manifestation ; il y resta muet. Au bout de quelques temps il parvint à rompre le blocus sur un b.-\timent anglais et alla s'établir à Niagara-Fall, en Canada, d'où il continua par des adresses et des proclamations à 'ajiiter les populations du Nord et particulièrement celles de TOhio contre le gouvernement fédéral et contre ses actes d'arbitraire.
Pendant son exil même M. Wallandigham aA ait été désigné par une grande convention de démocrates de TOhio pour candidat à la place de gouverneur de cet important état, dont Télection devait avoir lieu prochainement. D'autres réunions avaient eu lieu en sa faveur.
Une convention de Tétat de New- York entr*autres , solennellement réunie à Albany, sous ta présidence de M. Erastus Corning , assisté de treize vice-présidents > tous gens marquants, et de six secrétaires, avait réclamé directement au président des Etats-Unis à ce sujet. M. Lincoln avait daigné répondre. Il Tavait fait avec beaucoup d^esprit ; mais le comité avait répliqué d'une manière non moins concluante. D*autre8 comités, de TlUinois, de TOhio, de Philadelphie, avaient entamé des polémiques semblables s*éta]ant en longs mémoires dans tous les journaux, et le public, tiraillé en sens inverse, parut parfois pencher décidément vers la paix, par défoillance ou par défiance contre le gouvernement et contre la manière dont il dirigeait la guerre.
Au mois de juin 18G3 surtout, les choses se présentaient sous les couleurs les plus sombres.
Les confédérés arrêtaient devant Vicksburg et Port- Hudson les forces immenses de Graul et de Banks, ainsi que les flottes.
Braxtcm-Braj.'^;^ c(uUenait les troupes de Hosecranzcn avant de Nashville, tandi-. (|ue ses coureurs répandaient de nouveau la terreur dan^ le Tenuesse et !e Kentuky. Le célèbre Morgan avuit même envahi l'état d'Ohio avec une forte division de
cavalerie, et était f»n train d'arcomplir im nouvel et audacieux raid, dont nous jiarlerons en détail plus loin.
Les batteries de Cliarle5îton , connne non;^ l'avons déjà vu et commit nous le verrons enroi o tout à l'heure, défiaient les efforts des engins les plus puissants.
La ^.n ande année du Potornac, deux fois battue sur le Rappaliannok, ne pouvait pins contenir Lee, et celui-ci, franchissant le Potoniac, venait porter la guerre jusqu'en Maryland et en Pensvlvanie.
Par-dessus le marché le Nord était profondément divisé, déchiré; la conscription, à laquelle on avait enfin dû recourir, était entravée par cenx-mémes dont elle était censée de^ voir servir la cause et les désirs.
Sur les mers les corsaires confédérés ruinaient de plus en plus le conmierce américain ; et en-deçà de l'Océan, l'Angleterre et la France se plaisaient à proclamer perdue à tout jamais la cause de l'I'nion. Le parlement britannique avait retenti de paroles [ irofondément amèrcs et injustes de M. Rœbuck contre les Etat-Unis demandant la reconnaissance oflQcielle des étals du Sud. La France venait d'enlever brillamment Pnebla, d'entrer à Mexico, et elle redoublait d'efforts pour fortifier sa position au Mexique, envisagée comme une menace directe contre l'Union.
Dans de telles circonstances le Sud ne montrait pas trop de prétention assurément, en pensant sérieusement à la possibilité d'un arrangement sur la base de l'indépendance de la Confédération esclavagiste.
C'est dans cette idée que le vice-président des confédérés, M. Stephens, reçut, le 2 juillet, du président Jefferson Davis la mission d'entrer en conférence avec M. Lincoln, et, pour cela, de se rendre sous pavillon parlementaire dans les lignes fédérales de Fort Monroe.
M. Stepliens avait reçu des instructions verbales, qu*on ne connaît pas encore au juste, et des instructions écrites, qui portaient sur le mode d'échange des prisonniers et sur divers actes de cruauté reprochés aux fédéraux. Il s'agissait, en apparence au moins, de poser les bases d'une manière plus douce de se combattre. Pour s'annoncer,
M. Stephens était muni d'une lettre en duplicata avec deux titulalures dilTérentcs. L une, qu'il remettrait la première, était ad res-sée à M. Lincoln, comme commandant en chef des forces de terre nt de mer des Etats-Unis, par M. JelT m Davis, comme conuiiandant en elief des forces de terre et de mer des Etats (ilonfédérés. L'autre, ({u'il rerïiettrait si eelle-ci n'était pas reçue, était adressée à M. Lincoln, président, par M. J. Davis, aussi comme président. Si l'on ne voulait admettre cette étiquette, M. Stephens se retirerait.
Le 4 mai, à une heure après midi, le Torpédo, qui portait le commissaire confédéré, fut arrêté par la croisière fédérale, près de Ne\vport-New8, et M. Stephens adressa à l'amiral unioniste Lee, qui commandait dans ces eaux, le billet sui* vant :
c Steamer confédéré t Turpedo, > James River, 4 juillet 1863.
c A l'amiral S.-H. Lee.
c Monsieur,
c Je suis porteur, comme commissaire militaire, d'une
communication par écrit de Jeff. Davis, commandant en chef des forces de terre et de mer des états confédérés, à Abraham Lincoln, commandant en chef des forces de terre et de
mer des Elats-Um». L'honorable M. Robert Ould, agent des Etats Confédérés pour l'échange des prisonniers, m'accompagne comme secrétaire.
« A l'efTet de délivrer ladite connnunicalîon en personne et de conférer sur son objet, je désire me rendre directement k Washington, sur le steamer « Torpédo, » commandé par le Heutenanl Hunter Davidson, de la llolte des Etats Confédérés, et n'ayant personne h bord que M. Ould, moi-même, les othciers et l'équipage du bateau.
€ Votre très respectueux, « (Signé) Alexandre-U. Stëpuens. »
L aiuii cil [.ee s'empressa de transmettre, par le télégraphe, cet mipoi lant message à son chef direct, le secrétaire de la marine à Washington, qui, ù son tour, le soumit au président.
La répon>ie ne se fit pas attendre. Les ouvertures de M. Jefferson Davis furent sèchement repouâséeâ par le télégramme suivant;
< Déptrteineiit de la Marine» 4 juillet 1^.
c Au contre-amiral Lee, à Hampton-Road,
« La requête d'Alexandre-H. Stephens est inadmissible. Les voies et agents ordinaires suffisent à toutes les communications nécesisaiieb entre les forces des Etats-Unis et les insurgés.
ft (Signé) Gédéon Welles, «.secrétaire de la Manne. »
Le télégramme de l'amiral Lee, annonçant la mission confédérée, avait eu la malencontreuse chance d'arriver au président Lincoln en même temps que d'autres annonçant la reddition de Vicksburg et l'échec final de Lee à Gettysburg.
Sans cela la réponse eût été peut-être moins brutale dans ' la forme, mais non moins positive sans doute quant au fond.
Jamais l'anniversaire de l'Indépendance de la république n'avait été fêté par les événements d'une manière plus grandiose qu'il rétaU le 4 juiUet 1863.
En quelques jours la roue de la fortune venait de faire un tour complet, et de fixer défniitivement, à cette date solennelle, ses faveurs du côté des fédéraux.
Le rapprochement des esprits que l'invasion confédérée en Pensylvanie avait commencé d'opérer, fut achevé par ces victoires réelles et se rencontrant à une date magique. Celte curieuse coïncidence releva les esprits des gens les moins encUns à la superstition , et le gouvernement vit se refbrmer autour de lui de nombreuses masses de partisans.
Restait toujours la question délicate de la conscription. Le moment était &vorable pour y procéder, et il ordonna qu'il y fût donné suite partout où elle n'avait pas encore eu lieu.
Depuis longtemps aussi, c'était le moment attendu par les Gopperheads les plus excités pour frapper un grand coup, pour commencer la rébellion aussi dans le Nord, et tâcher de la joindre à celle du Sud.
Une conspiratinn avait été organisée dans principales villes, entr'autres à Boston et à New-York, pour résister par la force à la conscription, ponr dissiper, le jour du tirage au sort, les autorités locales et détruire les re^nstres et les urnes. On profiterait aussi de l'occasion pour donner des corrections aux abolitionnistes et à leurs noirs armés.
Un sécessionniste avoué, nommé Andrew, était h la tête de la conspiration new-yorkaise, qui éclaterait, espérait-on, quand les trotipes confédérées ne se seraient plus que peu éloignées de la cité impériale.
Jusqu'à quel point ces conspirations furent^elles connues du général Lee et exercèrent-elles de rinfluence sur ses opérations oiîensives vers la Susquéhanna?.. C'est ce qu'il serait intéressant de savoir, mais ce qu'il est diûicile de dire dès k présent.
Il est probable toutefois qu'à Uichmond on était fort bien renseigné sur les troubles qui se préparaient à New-Vork, et qui eurent, pour letu-s fauteurs, le seul malheur d'arriver deu.x à trois semaines trop tard.
Quoiqu'il en soit, le jour fixé pour le tirage de la conscription, à New-York, le 11 juillet, des l)andes d'individus à mauvaise mine débouchèrent des quartiers mal famés de la grande ville, envahirent les bureaux du prévôt-maréchal, en chassèrent les employés et en détruisirent tout le matériel. La police qui voulut intervenir fut rossée, et les émeutiers se répandirent dans les mes à la chasse des nègres, la vraie et seule cause pour eux des n^isères publiques, de la cons^ cription entr'autres, et de la faculté de substitution par les 300 dollars à payer au gouvernement. Comme H n'y avait pas de troupes en ville, et que les autorités, peu sympathiques à la conscription, ne s'empressèrent pas de prendre les mesures les plus efficaces pour le rétablissement du bon ordre, l'émeute put se promener ft son aise et en souveraine pendant deux jours entiers dans les rues de New-York. Les ateliers et le bâtiment du journal abolitionniste NeiV'Y&rk- Tribune forent totatement saccagés; la police locale mise en foite, les fabriques et les chantiers divers envahis pour y recueillir de force des adhérents parmi les ouvriers et fiiire<
8iiq[>endre toutes les affaires. Les cris de € à bas la conscriptioii, à bas Lincoln, à bas le cbiflbn (le drapeau fédérai), à kM8 les notra» i retentissaient dans les rues, en m Aine temps qiH' «les cailloux étaient jetés dans les fenêtres des habitations de républicains connus. Les télégraphes et les chemins de fer circulant en ville furent détruits par ces forcenés.
Mais ceux qui eurent le plus à souffrir furent les pauvres nègres, les enneuis intimes des journaliers irlandais, ' qui comptaient pour une bonne part dans Témeute. Ces nègres (lu Nord, ces nègres rouges, comme on appelle quelquefois les Irlandais, trouvent en effet dans le travail du noir, plus sobre et plus diligent qu'eux, une rude concurrence. Il en résulte souvent des rixes, et cet antagonisinn avait été soigneuseniMit exploité dans le cas particulier. Tous les gens de couleur rencontrés par les émeutiers, furent impitoyablement assommés. Un d'eux qui s'était vaillamment défendu dans Garmine^Street, fut pendu à un réverbère, et après cela il fut rôti par un léu allumé sous ses pieds. Une trentaine de cbétives baraques de nègres forent incendiées. Même Tasiie des orphelins ne trouva aucune grâce, n fût aussi brûlé,.et deux jeunes filles y perdirent la vie. Ea même temps le pillage se mit de la partie, et bon nombre de boutiques, de marchands de vins, comestibles, de tabac entr'autres^ furent mises & contribution. •
Les autorités, au lieu demontjrer de Ténergie, perdirent totalement la tête aux premiers cns, ou ne virent dans ces scènes de sauvagerie qu*un moyen d'avancer les affiures du parti démocratique. A Tenvi les unes des autres, elles s'empressèrent de signaler l'institution de la conscription comme la cause de tout le mal, le ihuteur de tous les troubles. Le gouvernement de l'état ût suspendre le tirage , et demanda le retrait de la loi au président; les autorités municipales votèrent une somme de deux millions et demi de dollars pour le rachat des conscrits pauvres. Des particuliers suivirent cet exemple.
Ce qui fit plus d'effet que ces faiblesses à l'endroit de brigands dignes de la corde , ce fiit l'indignation qui finit par s'emparer de la partie honnête et loyale de la population