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mig d'institation nationale, qui devait être respectée dans tonte rUnion. Non-seulement les rues de Boston, de Cbicago et d'autres viilea du Nord furent les témoins de scènes inhumaines de nègres, libres depuis longtemps, rappelés violemment en esclavage, mais, dans les nouveaux Territoires, des veto du président, fondés sur la décision de la Cour suprême, annulèrent la décision de rappel du compromis du Miasoari, qui donnait aux habitants le droit de s*opposer à Vintroduction de Tesdavage dans le Territoire.
Le Nord, poussé à bout et habitué à la légalité, convint tacitement de prononcer sur tout cela en instance suprême par les électîons présidentielles de 1860.
A son tour, le Sud n'était pas sans motif sérieux de plaintes. La loi sur les esclaves fugitifs, quelque inhumaine qu'elle fiM, t'tait la loi ; elle aurait dfi être suivit'. Au contraire, elle était de plus eu plus éludée ; à ceLi \v> appliLîitiDii.s sévères qui en étaient faites ci et là ajuulaicnl plus d>' In iiil qu'elles ne réparaient de dommaj/e, et ne pouvaieiu servir de eompensatiou. Puis, dans le Kansas, les Missounens avaient éprouvé de réelle.s et dura^ déceplioii.s ; les premiers eoloii"*, qui s'y étaient tranipallenitnt établis avec leiu .^ enclaves dans un but de spéculation , avaient vu leurs alTaires dépérir, ils avaient dù émancip»M-leinsiiè;^res ou rentrer en deeà du lleiive. Les rèstriclions et les raerun^es contre l'extension de l'esclavage dépré<'iaient !'»s noirs eonnne artiele de eoniuierce, et perlaient une atteinte grave au crédit du Sud. Eniin, un incident déplorable vint aggraver tous ces griefs. Un vaillant quaker, qui s'était signalé connue chef de bandes dans les troubles du Kansas et y avait perdu plusieui*â fils en combattant les esclavagistes , John Brown, se mit en téte de fomenter une • . insurrectiiOii esclavagiste. Un beau matin d'octobre 1850, avec quelques fidèles, il envahit l'arsenal fédéral de Harpcr^ Ferry, sur le Haut-Potomac, et appelle les nègres à la liberté. A la place de ceux-ci arrivent des troupes de l'Union et des milices virginiennes, qui eurent bientôt raison de cette équipée. Brown, percé de pluâeurs balles, toi porté devant un tribunal et à la potence, où son courage ne se démentit pas un seul instant. Le Sud, ef&rayé, mit un grand
nombre de milices sur pied, et crat eu allBCta de croire à une vaste conjuration armée contre lui ; il dut convenir que les manifestations de sympathie de plusieurs villes du Nord en feveur de Brown n'eurent pas précisément pour but de lui prouver le contraire.
Tous ces fiuts amenèrent le Sud à se dire enfin sérieusement que si, même sous le gouvernement de son choix, Texistence de ce qu*il considérait comme ses droits et ses intérêts les plus précieux ne lui était rien moins qu'assurée, il ne pouvait être question de vivre sous le gouvernement de ses adversaires ; que si ceux-ci devaient remporter aux prochaines élections, il fiBillait profiter du reste de la présidence de M. Buchanan pour se préparer à la séparation et & la lutte à outrance. C'est ce qui eut lieu, et ce qui, par l'élection de M. Lincoln, amena la guerre de la sécession.
Quoi qu'il soit iinpossible, h notre avis, de nier que les événements liés aux débats sur reselavage, et que nous venons de retracer, soient de ceux ({ui Mirii> rt ,i constituer l'histoire d'un pays, nous ne pouvons cependant niLconnaUre que d'autres motifs de divergence, s'aggravant de plus en plus, existaient aussi entre le Nord et le Sud, et donnaient à ce dernier, sinon le droit de se mettre en rébellion, au moins le droit de se plaindr*^ hautement.
Les mêmes circonstances climntënques et géographiques qui avaient contribué' h la prospérité de l'esclavage dans le Sud et à sa diminution dans le Nord, avaient aussi engendré une difîérence notable d'activité sociale, de movens de ridu sse, et par conséquent d'intérêts matériels entre les deux
Tandis que le Nord est surtout commerçant et fabricant, le second est essentiellement agricole. Celui-ci s'enrichit en fournissant ses produits, son coton entr'autres h l'Europe, qui en a besoin ; celui-là se charge des transports. Les Etats du Sud sont en outre un excellent nuurché pour les manuûtctures du Nord, qui font ce qu'elles peuvent pour l'améliorer encoro et pour en éloigner toute concurrence étrangère. De là un système de tari&, dont le Sud, comme consommateur, se prétend la principale victime.
En 1832, les tarifs ayant été augmentés, la Caroline-du- Sud prétendit s'opposer par la force à la loi nouvelle ; elle rendit une ordonnance dite de nullification et prit des mesures de défense. Mais rént i -ique président d'alors, le {général Jackson, la fit renlr- r jirompt^ment dans Tordre. Quelque temps apn'^s, une tentative pour abaisser les tarifs, à laquelle on procéda mailiabil o rnent, amena une crise industrielle qui ne cessa en 1842 que par le retour à la protection. Depuis lors celle-d 8*est encore accrue, et elle tend ai^rd*hui à fousser grandement les institutions de ce lilnre
Qndqiie regrettable que soit un système dconomique fbndô sur de telles bases, et quelque justes plaintes qu'on élève contre lui, dans le Nord comme dans le Sud, mats dans le Sud surtout, il est certain que ce grief seul n'eût pas en* traîné à une guerre, et qu'il ne fîit, dans le grand dâi>at entre le Sud et le Nord, qu'une circonstance aggravante aux yeux du pren^r. Le système protecteur a autant d'adversaires en principe, dans le Nord et dans l'Ouest, que dans les Etats purement esclavagistes ; mais ils s'y sont provisoirement ralliés comme à un moyen commode de trouver de l'argent, qu'il aurait fallu se procurer d'autre faeon et plus difficilement peut-être. ] » ;iiileui^, c'était le Sud lui-même qui avait le plus poussé à 1 in i i^nnation des tarifs, en 1816, après la guerre contre les Vn^kus, et il n en était revenu ({n'envoyant qu'ilb servaieiil im^^nx le Nord que lui-même. C'était, de la part du Sud, une manière de manifester son mécontentement à l'endroit de ses confédérés, qui le lui rendaient en mettant une obstination aussi affectée à défendre les douanes que le Sud à les attaquer.
£n fiiity dans tout le débat des tarifs, on joua beaucoup sur les mots. Il était assez singulier au Sud, arrivé à n'avoir qu'un seul article d'industrie et de commerce, le nègre, et pour lequel il invoquait à grands cris toutes les Ibudres pro* tectrices de la Coniédération, protester contre des droits protecteurs sur de minimes articles. Cest encore à la foveur d'une équivoque semblable qu'on essaya d'accréditer en Europe , pour dépiéder la cause du Nord , l'opinion que , dans
la guerro de sécession, il n'y avait en jeu que des intérêts de tarifs et point du tout de question d'esclavage. Sans doute œ n'était qu'une affiiiTe de taxes pour les gens qui de l'esclavage ne faisaient qu'une affaire de choses et non de personnes, et qui, h roxeniple cIl> ce députe du Sud, M. Yancey, se scandalisaieiil que le ^^luvernoinent fédéral refusât aux planteurs du Sud l'importation des nèfrres d'Afrique, tandis qu'il accordait aux gens du Nord celle des mulets de Malte !
Préparatili de guerre.
Les événements esquissés au chapitie précédent avaient fait gagner de jour en jour plus de terrain au parti républicain. Dans une grande assemblée politique qu'il tint à Chi- C4igo un ino-rraiiiine fut élaboré et M. Lincoln, de l'illinois, fut désigné comme candidat à la |»ré?îidpnrc. (!e j)r()jj;ramme, sagement conçu, proposait de mettre un frein k Textenijion illégale et arbitraire de l'esclavage, tout en tenant compte des droits acquis, et en réprouvant les procédés révolutionnaires k la Brown. Cette manière ferme et modérée d'envisager la question rallia toutes les nuances d'opinions antiesclavagistes du Nord, et il devint bientôt évident que le candidat choisi à Chicago aurait les faveurs du scrutin.
Le Sud, devant cette perspective, ne démentit point le caractère éneiigique et hautain que nous lui avons vu précé^ demment et que nous lui retrouverons constamment pendant toute la crise. Il aurait facilement pu, avec un peu de Tadresse qu*il avait déployée précédemment, dérouter une fois encore' le jeu de ses adversaires et s*entendre avec le parti démo- . cratique du Nord qui lui tendait les bras. Cela lui eût été d*autant plus facile qu'un candidat unioniste, M. Bell, surgit au Nord en concurrence de M. Lincoln. Mais le Sud n'y tint pas ; il voulait tout ou rien. Il proposa un candidat exclusivement à lui, M. Breckinridge du Kentucky ; tandis que les démocrates du Nord et les modérés du Sud se réunissaient sur M. Douglas.
Le scrutin du 6 novembre 1860 trancha la question en faveur de M. Lincoln par 1,857,610 voix, contre 2,213,929 don-
nées à ses deux adversaires, à savoir i, 365,976 à M. Douglas et 847,953 à M. Breckinridge. De son côté M. Bell obtint 590,631 voix. Ainsi les deux candidats du Nord avaient en somme deux cent mille voix environ de plus que ceux du Sud. En outre la moitié au moiiis des voix de M. Douglas n'entendait pas suivre aux menaces de séparation. Néanmoins cette défaite du Sud ne Tabattit pa.s ; elle fut au contraire le signal de la tempête. Lors des précédentes crises il avait si souvent proféré deô menaces de guerre civile restées sans effet qu'au premier abord on ne prit pas plus au sérieux ses clameurs de la crise présente. Mais cette fois c'était plus grave. Des milliers d'orateurs populaires avaient, dans les clubs électoraux du Sud, hautement déclaré <iue s*fls consentaient à se soumettre à M. Douglas ou à M. Bell, Jamais le Sud ne reconnaîtrait rabolitionniste Lincoln pour Téltt de la nation. Cest en effet ce qui eut lieu contre tous les principes de légalité pratiqués jusqu'à ce jour.
La Caroline du Sud, foyer du parti esclavagiste, se mit en avant la prenjière.
Déjà avant l'élection le gouverneur avait convoqué la législature en session extraordinaire à Cliarleston, afin de pouvoir, dans le cas de la nomination de M.. Lincoln, prendre immédiatement les mesures nécessaires à la sauvegarde des droits de l'Etat. A peine le triomphe de M. Lincoln fut-il annoncé par le télégraphe que la législature décida la réunion d'une Convention nationale pour le 17 décembre, qui aurait à se prononcer sur la séparation de laCaroline-du-Sud d'avec la Confédération, en d'autres termes sur une sécesnon.
En même temps, la plupart des fonctionnaires fédéraux de l'Etat ou dans l'Etat, aux Douanes, aux Postes, aux Arsenaux, etc., résignèrent leurs fonctions ou se déclarèrent indépendants. Les sénateurs virginiens à Washington quittèrent leur siège.
La Géorgie, le Missiasipi, la Louisiane, TAlabama, la Floride suivirent bientôt après l'exemple de Charlestonr. Le Mia* sissipi écrivit officiellement et chaleureusement à tous les Etats à esclaves pour les inviter à se préparer àla réststance.
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et la (|iiâ8tion de aéeession, son droit, m avantages, aea in-
rânYénients devinrent le sujet de toutes les discussions. Les modérés du Sud, qui tenaient pour l'Union quand môme, dirent bientôt lerrorisés par les ardents. Au Texas, en Virginie l'opposition à la sécession fut un nioinent assez vive. Un des plus grands orateurs de l'Amérique, M. Al. Stephens, plaida chaudement une politiquo de patience ('), mais sans grands résultats en fmale. Les discours ne suffisaient plus à arrêter le mouvement. L'^moliuii gagnait de plus en plus tout le Sud ; des corps de volontaires se formaient, et les moindres incidents réveillaient les colères qui tendaient à s'assoupir ou en allumaient de nouvelles. Le Nord au contraire, confiant dans sa victoire, attendait calmement le retour des vaincus du scrutin à deâ sentiments plus raisoimar bles, et rentrée en fonctions du nouvel élu.
Mais quatre mois devaient encore s'écouler sous l'adminis* tration de Tandon président, M. Bochanan, dont les sentir ments étaient en entier pour le Sud, et qui prétendait que les Actions du Nord étaient la cause de tout le mal. On comprend que ce n'est pas d'un tel gouvernement que pouvait venir le remède efficace. Aussi quelques-uns de ses membres, les uns par complicité patente, d'autres par fiùUesse, laissèrent pendant ces quatre mois grandir à leur aise et s'oi^ niser les eflbrts de la sécession.
La trahison formelle s'en mêla même ; le ministre de la guerre, général Floyd, propriétaire d'esclaves de Virginie, et plus tard divisionnaire dans 1 aimée confédérée, s'empre^.^a entr'aulres de (lis|H,-^er du reste de son pouvoir pour prendre adroitenuînt um- foule de mesures militiires favorables h la cause dont il était l'un des ardents champions. Par ses soins les arsenaux du Nord furent déj^^arnis au profit de ceux du Sud ; la petite armée des réguliers (2) fut envoyée presque en entier au Texas ; les forts du Sud furent laissés inoccupés malgré les avis réitérés du général en chef Scott; la
(1) Voir aux ptéom JnstîBeatives 1m discours de li. Stephens & Maeon «i à lUehnumd.
r2) En t 17 ')00 homniM; fsndaniierie des firouUèfes de rOuest, plttlAi qu'armée proprement dite.
marine fiit éparpillée à toaa les coins des mers. Les fimds dq trésor s*en allèrent en bon métal au Sud et en mauvais papiers au Nord. Quand le nouveau pouvoir entrerait en fonctions il ne trouverait ni soldats, ni marins, ni matériel, ni finances sous la main. En un mot, . les premiers pas de la ré* bellion forent assurés par lu protection du gouvernement lul^néme, qui avait juré le maintien de la Constitution. Les populations du Nord, à qui ce coupable jeu n'échappait oependant pas, donnèrent un bel exemple de leur amour habi* luel de la légalité en respectant, dans de telles circonstances, un goiivernciiietit déjà iraii|i»' par le scrutin et Lrahibi>aut aussi perlidement son mandat.
Dans le cominencemenL du mots de décomltiv îe Coiiv^rès se i-éimit. Il entendit nn Message foi l birii iicn&é du président Buclianan, mais (Irpuurvu de r<)iiclusj<»ii> ^ la hauteur des circonstances. Il ne s at^isîsait de l ieii moins (jiie de donner de nouvelles t:aranties rnssuraiites au Sud, par trois amendements k la Constitution guianlissanf mieux l esclavage. Le Congrès n'arriva pas à assurer le règne de la loi, et tous les essais de compromis de quelques hommes modérés et conciliateurs échouèrent complètement.
Jusqu'ici la \u\\e s'était passée surtout en grandes phrases. Mais le 20 décembre marqua Touverlure d'une période plus critique. Ce jour-là la Convention de la Caroline-du-Sud vota àTunanimité une ordonnance solennelle de sécession (') et des mesures militaires ; dès lors dans tous les Etats du Sud les armements furent poussés avec une vigueur affectée.
A la fln de décembre, le maintien de la paix paraissait à peu près impossible, quoiqu*ii semblât que de part et d*autre on cherchût encore h s^întimider par des menaces bruyantes plutôt qu'à précipiter des hostilités réelles. D'innombrai»les meetings furent tenus sur toute ia surfiice du pays, où Ton s*efTorcait de prouver, dans le Sud, le bon droit de la sécession, et dans le Nord sa monstrueuse illégalité.
Les Etats intermédiaires, ou borderSfla 'Virginie, le Tenessee, puis aussi des portions du Maryland, du Kentucky, du Mis-
(1) Vuir aux pièces JosUacaUves le lexlâ de ce document caractérisUque quant •nx cauMt de la piem, ainsi que rordonnance d« aécesalon de TAlalMina.
souri trouvaient assez généralement que la Caroliiie-du-Sud allait un peu trop vite en l}esogne, et, tout en se déclarant plus ou moins BVinpathiqiies à sa eausc, ils estimaient qu il u \ av ait pas encore lieu <le cledHici ia * -oastilution fédérale. Il fallait, disaient-ils, mettre la iéfiaiité de son côté, voir à l'oeuvre le nouveau gouvernement, le laisser attenter !e premier h la Constitution pour réaliser son fameux programme de Chicago sur la question de Tesclavage, avant de sortir de$ voies du dcoil strict.
Hais, comme il arrive ordinairement quand les passions sont déchaînées, ces voix de la saine raison, qui étaient en même tempe celles de la meilleure politique, ne furent pas emendues, et quelques incidents sulûreat à mettre le feu aux poudres.
Le port de Charleston est couvert entr'autres par deux forts fédéraux, le fort Moultrie sur une presqii ile du Qùté nord de la ville, et le fort SunUer sur une île au milieu de la passe. Une petite garnison fédérale, sous le major Audersoii, tenait le fort Moultrie, et tandis que les sécessionnistes de la (^aroline-du-Sud élevaient la prétention (|ue eetle ;iarnison ne fût renforcée en au'-iine manière, le major Aiidersoii, no s'inspirant que de ses devoirs mditaires, désempara le fort Houitrie et, le 26 décembre 1860, se transporta avec tout son monde au fort Sumter, qui lui fournissait une position moins menacée.
Une grande colère éclata à Qiarleston et dans le Sud contre cet acte appelé provocateur; le Nord retentit au contraire d'applaudissements pour le c brave et loyal » Anderson.
En rei irésailles, le gouvernement de la Caroline«du-Nord prit posse-^>ion des forts Maçon, de Willrnington et de larsenal de Fayette ville, qu'on avait eu soin de laisser sans défenseurs unionistes. La Garoline-dn Sud, la Géorgie, TAlabama, et la Louisiane et bientôt la Flonde firent de même contre les forts et arsenaux fédéraux de leur ressort. A ce momentlà, le 29 décembre 1^, le général Floyd dut enfin quitter le pouvoir devant les reproches des républicains, et il ne le fit pas sans avoir poussé la hardiesse Jusqu'à rendre le Êdble
présidenl Buclianan responsable de la guerre civile qui allait éclater, s'il ne rappelait pas immédiatement la garnison du fort Sumter. La garnison ne fut pas rappelée, mais on ivosa pas ravitailler Ânderson après une première tentative échouée par l'opposition des milices de Charleston.
Dans le même mois de janvier 1861, le Mississipi, la Floride, rAlabama, la Géorgie, la Louisiane votèrent leur séces- .mon. Le Texas les imita quelipies s^niaines plus tard, non sans une vive opposition de son fondateur, le gouverneur Houston. La Virginie, prudemment restée au second plan, eonvoqua à son tour ime Convention pour s'occuper du même objet Le Missouri, TArkansas, le Tenessee, la Garoline-du- Nord suivirent Tezemple de la Virginie, et se préparèrent à prononcer leur vote à la première occasion fevorable. En revanche, et comme on s'y attendait, le Kentucky et le Maryland se manifestèrent en majorité pour l'Union; le Delaware lui éta t depiiis longtemps acquis.
Tandis que la Caroline-du-Sud, représentant les ardents du parti esclavagiste, avait convoqué ses nouveaux confédérés en congrès h Montfioméry, dans l'Alabama, pour le 4 février, et déjà signifié sa souveraineté à Washington par des délégués, la Virginie, plus modérée, s'était prononcée pour une conférence de paix, qui s'ouvrirait le môme jour à Washington. A cette dernière tentative de bon accord s'étaient ralliés les Etats qui marchaient ordinairement avec la Virginie.
Le 14 janvier, la Convention de la Caroline-du-Sud avait
décrété que toute tentative pour renforcer la garnison du fort
Sumter serait considérée conune un acte de guerre, et des batteries destinées à battre en brèche les fortifications fédérales s'élevèrent en effet de tous côtés. Le ^^ uiveniement de M. Buchanan, qui d'ailleurs n'avait plus que quelques semaines à vivre, recula devant cette menace.
Le 4 février les Etats déjà déclarés en sécession ouvrirent leur Congrès de délégués à Montgoméry, qui vota, quatre jours après, une Constitution fédérale provisoire pour les Etats séparatistes; cette Constitution rendue permanente
en mars, était à. peu près analogue & celle de rUniûn. L'esdava^u y était mieux protégé ; la séparation des pouvoirs un peu moins tranchée; la durée des fonctions présidentielles
plus longue, six ans au lieu de quatre. Le droit de sécession réservé. Les premiei-s Etats confédérés étaient d'abord uu nombre de six, à savoir: Ckauline-du-Sud, Géorgie, Floride, Alahama, T.oui.-i.-mCj Mississipi, et furent tout d^' suite rejoinis par le Texas. Ils espéraient se voir Iticntùl accrus de la Virginie, de ia Caiolim -ilii-Nord, de l'Arkansas, du Tenessee, et, suivant l'énergie avec laquelle on procéderait, ils comptaient encore sur l'adhésion des autres Etats à esclaves, le Missouri, le Kentucky, le Maryiand, le Delaware et le district de Colombie, où le parti démocratique avait de nombreux membres.
Le 18 février, M. Jefferson Davis, générai et ministre de la guerre fédéral sous Pierce, et M. Stepbens, Téloquent orateur, fiirent inaugurés comme président et vice-président de la Confédération nouveUe(t). La Commission de la paix siégeait au même moment à Washington; deux ou trois compromis furent élaborés tant par elle que par le Grand comité du Congrès; mais aucun d'eux n'aboutit à T^ntente voulue. D'ultérieures conférences provoquées les unes par quelques Etats du Nord , d*autres par des délégués du Congrès de Munt4;oniér>*, n'eurent pas plus de résultat.
Pendant ce triiii».^, M. Lincoln avait (luillL' so» niodoste doriiit ilo de riUiiioi.s, recui'iUi de iioiiil>rPUses ovations sur toute sa nulle dans le Nord, (léjuué adroili-iiieut un complot contre sa peisonne à Baltimore, et était arrivé à Washington, où son g»>uvenh;mont tut inau^ruré le 4 mai's 18r»1 (2).
Un de ses premiei*s soins, les soucis ordinaires d'installations passés, fut de prendre les mesures militaires pour parer
(1> V. Jelferson Davis organlw son ministère comme siiit: seerétair» d'Etat,
M. T«X)mb!*. de Georpo; finaïKM*"? , M M-mhiih tu'.-i , I,i ('..u .lîiin'-ilu-Sud ; (.'"t'i io, M, Walker, de l\.Uaba«ia; marine, M. Mal»ory, de la Floride ; justice, M. Benjamin, de la Lotti»t«n«; dlraction générale des postes, M. Oett^ du Uisslssipl.
f9f) M. t.lncolii composa «on minist&re comme suit' «ecr^ira dTtat, M. Seward,
d«» yii-^^'-'^ork: nnnTir.-> . M Cli.is... !-Ohio ; nn.-n f , M. ('.arii.<r..ti , d.- la P.Misylvmnie ; inaririp, M. Welles, du Gonnecticul ; justice et police, M. liâtes, du Missouri; Intérieur , M. smitb , de llndiana; direeieur général des postes, H. Hontgomery plr— Maryiand.
TQmi. 3
à ta Êublesse ou à la trahison de Tadminlstration précédente.
Donnant snite aux avis antérieurs et inécoiités du général
Scott, il fit occuper plusieurs forts, remoiilei les iirsenaux, rassembler quelques troupes et des navires. Le 8 a\Til, il notifia à la Cai oline-du-Sud que des ravitaillements seraient envoyés au fort Sumter, par la force s'il le fallait. Huit bâtiments venaient de partir en effet de New- York à cette intention, portant environ 1300 hommes et une quarantaine de canons.
On pensait encore généralement dans le Nord que, devant cet acte de fermeté, le Sud plierait. On se trompait.
Premières hostilités.
Le commandant des milices de Charleston, général Beauregard) reçut de Montgoméry, le 11, l'ordre par le télégraphe d*exiger Vévacuation du fort Sumter, et s'il ne Tobtenaît pae de le bombarder. Le général Beauregard somma aussitôt le major Andersen. Celui-ci refusa , en ajoutant qu'il attendrait le premier coup de canon, mais que dans quel«j ne- jours il n'aurait plus de vivres. Beauregard télégraphia cette réponse au iiiuiistre de la guerre confédéré, qui l èpiiqua qu'on ne tenait pas à bombarder inutilf incnt le fort, et qu'on ne le Luiiiharderait pas si \e ni ij i Anderson voulait fixer le temps de l'évacuation, et, jusque-là, np p;(s faire usage de ses canons. Une nouvelle sommation i lm- sens fut envoy»''e dans la nuit du 11 au 1^ avril au coimuaudaiil ledérul, qui de nouveau la rejeta.
A 4 heures du matin, le 12, les canons du fort Moultne ouvrirent le feu, qui tonna bientôt de quatre côtés différents contre le fort Sumter avec un total de 42 pièces. Le m^jor Anderson qui, avec un matériel considérable, n'avait que 86 hommes et très peu de munitions pour le desservir, riposta vigoureusement, mais dut enfin capituler* On s'empressa de lui foire nn pont d'or; le 14 avril au matin il évacua le fort avec armes et bagage , et s'embarqua pour New-York. Tous les honneurs forent rendus au drapeau. La guerre était décidément ouverte, et de la focon la plus courtoise.
A la nouvelle du ftit d'armes de Qiarleaton l'agitalion fot k Mil comble dans l'Amérique entière. Un cri de Jubilation
sembla s^écfaspper à la fois de toutes les poitrines du Sud, auquel répondit un formidable frémissement de rage dans le Nord. La lutte était inévitable. Pour que1<|ue temps les discussions n'allaient avoir d'autre but que de déterminer lo côté vers lequel tonibcraient les KtaU intermédiaiicb qui ne s'étaient pas encore prononcés catégoriquement.
Le 45 avril déjà le télégraphe portait dans toute TUnion une proclamation du [u esident Luieoln api)elant sous les armes 75,0(X) hommes de milices comme renfort de haute police contre les sept Etats eonfédérés et pour maintenir la propriété fédérale. La proclamation sommait les sécessionnistes de rentrer dans la légalité sous le délai de vingt jours et invoquait l'appui de tous les citoyens loyaux aux fins de renforcer les autorités régulières et d'assurer l'intégrité de la nation. Le Congrès fiit'convoqué en session extraordinaire pour le 4 juillet , afin d'aviser aux mesures & prendre dans rintérèt de la sécurité publique.
Une circulaire du secrétaire de la guerre aux gouverneurs accompagnait la proclamation du président ; elle fournissait les indications de détail nécessaires à Texécution de cette première levée et fixait le nombre des régiments et le contingent de chaque Etat comme suit :
Maine, 1 régiment. Rhode-Uland, 1 régiment.
New-Hamsp^ire
Gonnecticut,
Vermont,
New-York,
Massachussets,
New- Jersey ,
Pensyh .uiie,
Missouri,
Delaware,
Illinois j
Maryiand,
Indiana,
Viriïinie,
Ohio,
GaroUne du N.
Michipan,
Tenessee,
Wisconsin,
Kentucky,
Jowa,
Arkansas,
Minnesota,
Les 94 régiments auraient 780 hommes chacun, ce qui, avec le contingent du di^ct de Colombie, ferait les 75 mille hommes demandés.
Gomme le disait la prodmtkm^ ces troupes étaient de la
miliee , ét l'appel en était basé sar la loi du S8 février 1795, qui autorise Tautorité centrale h la requérir pour maintenir
l'ordre à l'intérieur ou repousser les dangers du dehors. Aux termes de la loi chaque Auicricain est mijicien dès l'âge de 48 ans h 45 ans, et peut être astreint à un service de trois mois durant. La Confédération fournit l'armenient, le matériel et la solde en campa^me; TKtai réqiupenient. L'effectif total devait être, en 186(), d'environ trois millions d'hommes, dont deux millions pour les Etats du Nord.
Malheureusement cette armée n'existait pas même sur le pik pier. Peu d'Etats se donnaient la peine de tenir des contrôles réguliers. Cinq ou six seulement avaient des hommes armés et pnn fristrés. Quelques grandes villes toutefois, New-York^ Philadelphie, Boston, Albany et d'autres localités moins importantes, possédaient des régiments de fort belle tournure, mais ayant plutôt en vue l'amusement de leurs membres qu'un service militaire sérieux. En revanche presque partout les états-majors de la milice qui aurait dt exister se trouvaient au grand complet. Les capitaines, les colonels, les généraux même étaient moins rares que les soldats.
Ce n'était donc pas chose facile, pour la plupart des Etats, que de répondre à l'appel, quoique relativement minime, du président et particulièrement à la demande du secrétaire de la guerre de faire promptement savoir le moment où les contingents arriveraient h leur place de rassembleiiient.
Toutefois rélan des populations suppléa au défaut de prévoyance, cas ordinaire des républiques. L'appel du président Lincoln souleva de vrais ouragans de patriotisme. Les partis, les coteries, les individualités hostiles se récont ilièrent dans une effusion commune en faveur du maintien de l'Union k tout prix. Partout les législatures des Etats, les conseils municipaux, les sociétés particulières fui'ent convoquées en sessions extraordinaires, et les journaux furent envahis de proclamations, de résolutions , d'ordres du jour, d'appels d'hommes et de fonds quadruplant le nombre de leurs pages.
New-York, la cité impériale, la ville atix douze cent mille babilaiits qui, par l'intermédiaire du parti démocratique.
avait presque toujours donné Tappoint de majorité aux esclavagistes, New-York devint méconnaissable. En quelques heures tous les régiments de la milice furent complétés , et Ton dut en former un ^rand nombre de nouveaux pour satisfaire aux demandes des citoyens. Chaque quartier, chaque club, chaque soci«^lé voulut fourjui >oii l éj^Miuent. Les étrangers, All' inands, Irlandais, Français, Italiens, Suisses, Hongrois, rivalisaient avec les Aiuéru aius natifs. Pendant quelques jours In population entit-ro «'tait sui lu place publique, tous, honunes, femmes, entants, d«^corés aux couleurs nationaU'<. Les voitures, les ehevaux , les bateaux , les tenètres étaient également eui/uii landes en l'honneur de l'I^nion. l'ne assemblée populaire de plus de 150 mille assistants fut tenue, le W avril, dans Union-Square, autour de la statue équestre de Washington, et cinq tribunes retentirent , pendant six ou sept heures, de disf ours chaudement applaudis. Une résolution commune y fut adoptée en faveur du maintien et de la défense de la (constitution ^ de l'autorité du gouvernement contre Tanarchie. Des subsides, montant en quelques jours à un million de dollars, furent recueillis en foveur des miliciens qui partiraient et de leurs fomiUes ; la plupart des matsons de commerce, des banquiers , des hôtels , des restaurateurs et diverses associations décidèrent de maintenir leur traitement à tous leurs employés ou membres pendant la durée du service.
Les oflirandes en nature, souliers, bas, chemises, jaquettes, couvertures de laine , etc., abondèrent aussi ; les banques même s'enflaminèrent, et tout Wall-Street oflHt son concours sans aucune commission, en apparence au moins. La Chambre de commerce, disposant d*iin immense crédit, se déclara prête h tous les sacrifices pour seconder le gouvernement et éloufTer la rébellion, et elle fit prendre immédiatement pour neuf millions de dollars du dernier emprunt fédéral. La ville vota un million de dollars pour frais d"é(]uipenienl, et la législatui-e d«' l'Klat trois millions. Celle-ci autorisa en outre le gouverneur à prendre au service, en sus des milicos réorLranisi^es, trente mille hommes pour deux ans, et à les mettre à la disposition du gouvernement fédéral.
En Pensylvanie, il n'en fut pas autrement. Philadelphie, la ville de l'amour fraternel et des quakers 9yslémaiiim.àeinenL hostile» au ^service militaire, se distingua par son zèle énergrique. Elle agit tout à fait dans le style de Îiew-York, qui est, du reste, relui de tous les centres d'Amérique assez populeux pour que la vie publique y ait quelque importance. Les assemblées, les adresses et les démonstrations aboutirent aussi h des souscriptions dépassant un million de dollars, et à la formation, en une dizaine de jours, de 36 régiments de milices pensylvaniennes. D^à avant la proclamation du président, et dès le bombardement du fort Somter, la législature de TËtat n'avait point cru devoir se reposer sur le gouvernement centrai du soin des intérêts g6* néraux de la nation, car, en Amérique, ces intérêts appartiennent k tout le monde ; elle avait volé SÛO mille dollars pour préparatife militaires. Trois millions de dollars y ftirent iQOutés, sans un mot de discussion, pour Cure (ace aux besoins de la levée du 15 avril.
Boston, bien digne de ses sages et vaillants fondateurs, fit 'mieux encore. A la dépêche télégraphique du secrétaire de la guerre, le vigilant gouverneur du Massachussets, M. Andrew, répondit par le télégraphe aussi : « Le contini^ent du Massassuchets est prêt ; eonunent l'envoyer? — c Par chemin de fer, et 4u.Ui e régniients, si possible, au lieu de deux s , telle (ut la réplique. Le lendemain, 16 avril, un régiment, le 6"», partait de Boston pour New-Vui k; le 17, un autre, le le 18, le 8«; 1»^ lî), un Itataillon de rhnsseurs; le 20, le 5e régiment avec une batterie attelée de six pièces. Ce fut le Massachussets qui eut l'honneur, avec deux régiments pensylvaniens, de former l'avant -j-'arde des troupes destinées à combattre les confédérés. La législature du Massachussets vota aussi trois millions de* dollars; Boston 100 mille et les autres villes de l'Etat k proportion. Les familles des miliciens recurent un subside de 5 à 6 dollars par mois.
L'Ohio, Etat important qui avait à fournir Id régiments, ee distingua par les mêmes sentiments et le même zèle. La milice Alt promptement formée en 25 régiments actife, et S5 de réserve, tous à 1,000 hommes cbaeun. La législature vota
trois millions de dollars pour mosuros militaires, î.a ville de Cincinnati voUi aussi 200 mille dollars et oi^îunisa une surveillance du fleuve, ainsi qu'une garde nationale de 10 mille
honmies.
L'IIlinois, antre Lrnind F^tatde rOuéBt, eut aussi son contingent et au-drlà i>rèt en doux h trois jours. Chicago s*Hdpmont en eût lourm plus encore. La législature vota 3 millions et demi de dollars.
Les autres Etats de l'Ouest, Indiann, Michipan, Wisconsin, Jowa, Kansas, ainsi que les Etais de la Nouvelle-Angleterre, répondirent également avec empressement à l'appel de Washington. New-nlersey et Delaware, qu'on croyait douteux, dissipèrent tous les soupçons. Le petit Etat de New-Jersey vota deux millions de dollars ; la ville de Newark 100 mille, et 6 régiments au lieu de 4 furent prêts en peu de jours. Le gouvernement du Delaware refusa, comme Etat à esclaves, le régiment qui lui était demandé ; mais la population en organisa un d'elle-même.
En somme, raiipel de M. Lincoln avait rencontré dans tout le Nord l'écho le plus sympatliiqu(» et le plus vif, et s'il avait eu pour but de provoquer des déinonstratiorjs bruyantes plutôt que de créer des forces militaires réelles, il avait pleinement réussi. Assurément, uîi nuinbre de troupes dix fois plus grand eût été njilcnu l'acileiiient. Il eût été plus sa;je do commencer iiiHiit''diai''iiient parla si l'un n'avait en vue ipTun efTot moral. Si, au conlraire, on voulait aijir efficaccnient, il eût été plus snjre encore de se procui»'r, sans tant de proclamations, les 75 mille honnnes dont on avait besoin, et de les diriger, aussi sans tambour ni trompette, vers ces forts fédéraux que le ))résident déclarait naïvement vouloir se borner à maintenir ou à reprendre.
Toutefois et avec les mœurs américaines, le bruit pouvait aussi avoir quelque bon résultat. Le Sud s'effraierait peutêtre; il viendrait à composition. On attendit donc avec im- |>atience ce qu'il allait dire de V énergie déployée par le Nord.
Le Sud en somme partit d'un grand éclat de rire, et il faut bien avouer que, résolu comme il Tétait et connaifl8ani.8e»
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ressources, il ne pouvait piière arnieillir aiitrnment des menaces de le soumettre qui se lésuruaient ou une {totite levée de 75 mille miliciens yrmkees, potir trois mois spulcment. Rien qiif» d?ms les six premiers Etats sécessionnistes, les hommes prêts au combat dépassaient de beaucoup « e chiffre. A les oi^aniser pour être mobilisés, le gouvernement de M. David ne mît pas de retard. 11 convoqua le Congrès confédéré en session extraordinaire pour le 29 avril, et annonça la distribution de lettres de marque aux corsaires. Le Congrès de Montgomôry approuva un bill formant une première armée de campagne de 32 mille hommes, à savoir cinq mille hommes de chaque Etat, sauf de la Floride qui n'en fournirait que deux mille. D'autres années seraient organisées au Air et à mesure des besoins. Pour le moment il n'y avait qu'à penser aux cMes, vu la situation encore neutre des Etats intermédiaires, servant de barrière entre les deux camps.
Cette situation ne pouvait guère se changer qu'au profit du Sud.
En effet, la Yir^nnie iifocl.inia sa sécession le 17 avril, sous ralificiitiun de la voUiliuii du [iruple, 1»^ 23 mai ; sans |)lu5 tarder, le gouverneur Letcht^i' prit possession de tous les établissements fédéraux, y coii»pris la fonderie de canons de Richmond. T)t's ti oupes furent aussi dirigées sur l'arsenal et la fal)ri<(ue d'arnios de la Confédération h Harpers-Ferry, et d'autres sur le eliantior et l'arsenal maritime de Norfolk, où plusieurs bâtiments élai- rit en constmction et en réparation.
La Caroline-du-Noixi et TArkansas suivirent l'exemple de la Virginie, et non-seulement refusèrent les contingents demandés par le président Lincoln, mais armèrent pour se joindre au Sud. Ce dernier, qui s'était déjà mis en possession de l'arsenal de Little-Rock, s'empara du fort Smith.
Le Tenessee fut plus tiraillé. Le gouverneur refusa de fournir le contingent fédéral et ftt conclure un traité particulier avec
le C^onj^'cs sécessionniste, moyennant quelques restrictions et sous réserve d'une sanction du {)euiile, au 8 juin. Deux millions (\>^ dollars furent votés pour préparer la mise sur pied de mille hommes qui iraient, annonçait-on , renforcer le
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Sud. Ces moBUres ce laiasèrMit pas de provoquer une forte opposition unioniste, à la téte de laquelle se signalait entr'au^ très le sénateur Johnson ; nuds les meneurs sudistes comptaient sur le voisinage des confédérés pour triompher de tous
les embarras.
Le Kentucky prt''senta h peu près le même, tableau. Les autorités, le gouverneur MagoiTin à leur tète, voulaient tourner vers le Sud ; elles refusèrent le contingent fédéral. Mais le peuple le fournit de son chef, et ce contingent, composé d'adroits tireurs à la carabine, fut vivement apprécié un peu plus tard. Quelques compagnies égrenées allèrent de leur côté rejoindre les r'oîUedérés.
î.e Missouri se partagea au6si en autorités sécessioimistes et en populations unionistes. Parmi ces dernières comptaient entr'autres, pour une bonne j)ait, les nombreux Allemands de St-Louis, de Hermann et d'autres localités de l'Etat. Tandis que le gouverneur Jackson télégraphiait au secrétaire de la guerre qu'il ne pouvait être donné suite à sa réquisition de troupes, vu qu'elle était inconstitutionnelle, révolutionnaire, inhumaine et diabolique, le chef des républicains, M. Blair, télégraphiait à Washington que les 4 régiments demandés du Missouri, et plus encore s'il le foUait, seraient fournis par les citoyens loyaux de l'Ëtat. Le commandant du département, général Hamey, assisté du capitaine Lyon, ftit chargé d*or* ganiser ces volontaires. A cette oiiganisation le gouverneur en opposa une autre, sous le commandement du général Priée, et les deux partis restèrent ainsi en observation armée. En somme, cette neutralité transitoire penchait plutôt vers les esclavagistes, vu la connivence des principales autorités, et le poids qu'elles pouvaient jeter dans la balance.
A toutes ces circonstances encourageantes pour le Sud s'en joignait encore une autre <|ui donnait beaucoup de souci au gouvernement fédéral et à ses amis. Tandis que le siège de la sécession était bien h couvert derrière les Etats borders et for» mait un noyau compact, l'Union du Nord, dont les membres étaient épars du Kansasau Maine sur une circonférence d'un millier de lieues coupée en plusieurs pointsde régions hostiles, avait sa capitale en pleine contrée ennemie. La population du
(iiîttmt de Colombie et de Washington n'était rien moins que &ùre. De r;nitrc côté du Polomae les Virginiens, sdns .-i>rtirdô chezeuK, pouvaient caiionner la capitale \ enfin eiie était séparée des centres du Nord parle M;ir\ land, par la ville de Baltimore entr'autres, où l'opinion puijiique, terrorisée par de hiFdis et passionnés tribuns, se prononeait de plus en plus fln fcreur de la sécession. On se flattait, dans le Sud, de s*emyarer focilement de Washington, par Tappui du Mar)land, qoi en même temps intercepterait les secours venant de New>Yock. Le secrétaire de la guerre confôdéré avait même pobliqpiement annoncé révénement dans un meeting tenu à Montgoméry en l'honneur du bomterdemenl du Ibrt Sumter.
Le fiût eet que les premiers jours qui suivirent la proclar mation fMéimle du 15 avril fiurent critiques pour le gouver^ aemeni de "Washington.
A Baltimore» que traverse le chemin de fer de Philadelphie à Washington, une conjuration s*était formée pour empêcher le passage des troupes fédérales, et elle avait mieu x |)ris ses mesures que celle contre le passage, en février, du président Lincoln. Le maire do la ville, M. Brown, et le gouverneur de l'Etal, M. Hicks, trompant les espérances que l'Union avait cru |>ouvoir fonder sur eux, se montrèrent d'nne extrême complaisance à l'endroit des conjurés. Le 18 avril lea premières troupes i ■<!. i .les, M) hommes de lu l'ensylvanie, furent assaillis d'une grêle rie pierres dans leurs wagons; mais le train passa outre. Le lendemain le ^ régiment du Massachussets ftit traité plus rudement encore. Les waptons attelés de <-fiev.iii\ . pour le transbordement dès la gare du Nord à ceUe de Washington à travers les rues de la ville, furent arrêtés, criblés de pierres et de coups de revolvers. Les soldats durent descendre de voiture et se frayer leur chemin à la bayonnette. Il y eut une dizaine de morte et une vingtaine de blessés dans cette écbaulTourée.
Gomme il importait moins, pour le moment, aux autorités fédérales de mettre à la raison la populace soudoyée de Baltimore que d'avoir promptement des troupes sûres dans la cafntaJe^ le secrétaire de la guerre fit changer l'itinéraire des coDTois de troupes ultérieurs. On les détourna par le Havre-
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dMSritce et Anapolis ; d'autres furent amenés en bateau par la baie de Cbesapeake à Anapolis et à Washington. Cette apparence de fiiiblesse enhardit les émeutiers de Baltimore, qui se mirent ouvertement en état de révolte. Ils organisèrent à leur ftcon la défense de la voie ferrée , brisèrent les rails, rompirent les ponts et les fils télégraphiques, construisirent des barricades et firent régner la terreur pendant quelques jours dans la capitale du Maryland. Mais ce régime fut de courte durée. Le 25 avril déjà la ville de Washington était solidemont occupée par une douzaine de mille hommes, et à l'abri d'une surprise. D'autre part les régiments du Nord étaient partout en marche ; puis la Vii pfinieqtii devait coopérer au coup de main ne bougeait pas;. T.a réaction se lit toute seule à Baltiinoiv, où le commerce soultrail de la rupture du tratisit habituel. Les sécessionnistes se décidèrent à passer en Virginie, ])endant qu'ils le pouvaient encore, et au commencement de niai la tranquillité était rétablie. La législature , réunie h ce moment k Frederick-City , hésita beaucoup sur le parti définitif à prendre. Elle fit des tentatives n uivelles de conciliation ; elle émit-divers vœux en faveur du Sud, mais en finale elle déclara que la sécession du Manland était matériellement impossible, et elle accorda ses quatre régiments fédéraux de volontaires « pour défendre la propriété des Etats^-Unis dans ' le Maryland et le district de Colombie. » Comme on ne lui en demandait pas davantage, ces incidents en restèrent là; les communications ordinaires furent réouvertes ; le fort Mac Henry solidement occupé, et le Maryland put dès lors être considéré comme acquis de feit au Mord.
Dans ces entrelaites les milices avaient continué d'affluer, à Washington, et le générai Scott- commençait à y disposer d'une véritable armée. Le président Lincoln avait, le 3 mai, feit un nouvel appel de troupes. L'armée régulière serait augmentée de 8 régiments d'inlanterie, 1 de cavalerie, 1 d'artillerie. En outre 43 mille hommes, non plus de milices, mais de volontaires engagés pour trois ans, seraient pris à la solde fôdérale. La répartition de cette seconde levée, basée en général sur les indications et les offres mêmes des Etats, fut la suivante :
New-Tork»
Pengylvaniet Ohio, 9
niinolo, 6
Virginie, 9 Blaine, i
€k>]mecticut, i
New-Hamsphire, 1
Vermont, i Eu tout 75 régimcn
Michigan,
NeW'Jérsey,
Kentucky,
Wisconsin,
Jowft,
Rbode-Iflland
Miimeâota,
Delaware,
Kansas,
Nebraska,
4 régimants.
Tout en s' occupant d«^s forces de terre, le gouverfiement fédéi'al lie nén;liyeait pu.-^ ia mer et les côtes. Il avait riposté, le 19 avril, à l'annonce des corsaires du Sud, par une déclaration de blocus des côtes des IÇtats séparatistes; le 3 mai il appela eu sers ice 18 mille marins, et prit d'activés mesures pour former une flotte respectaMe.
Le besoin en était (,Tand. A son entrée en fonction le président Lincoln n'avait trouvé qu'une dizaine de bâtiments disponibles. Le Congrès avait bien voté, sous M. Buchanan déjà, la construction de sept canonnières ; mais Texécution allail lentement. Â cette disette de ressources maritimes, la jour* née du 20 avril vint ajouter une aggravation sensible et marquer un véritable désastre. Le Commodore fédéral qui commandait à Norfolk n'ayant pas pu ou voulu prendre la mer à temps, et apprenant rapproche des troupes virginiennes dont nous avons parlé'plus haut» dut se résigner à détruire sa fk>ttiUe et ses chantiers. H brûla Tarsenal et coula onze navires, parmi lesquels plusieurs frégates de grand prix. La perte totale fiit évaluée à environ 14 millions de dollars. Les séparatistes parvinrent à sauver quelques bâtiments, un entr*autres qui joua un rôle important plus tard.
En attendant que le matériel perdu pût être i:emplacé, le gouvernement loua un grand nombre de steamers de commerce pour servir de transport 6u au blocus déclaré.
Il) rdiiiMOli minéMia par Etats. On dit le 7» Mw^
Vers te milieu de mai 1861 la campagne 8*oavrit décidé
ment par roflensive des fédéraux sur plusieurs points à la fois.
Avant d'esquisser les principaux faits de cette première période de la guerre, il nous faut dire quelques mots plus détaillés de la force comparative des parties en présence, de leur organisation militaire et de leurs objectils.
Pramièn campagne. Etat respectif dei partiel. Batailla da Bnll-Riin.
La situation fort indécise de la plupart des Etats borders au commencement de mai rendait difficile le calcul exact à ce moment des ff>rccs. Toutefois, on mettant hors de compte le Missouri, le Keutucky, le Tenessee et partie du Maryland, on peut dire que les Etats du Nord comptaient une poyuîlation d'envn on dix-huit millions d'habitants , et ceux du Sud huit millions dont pr^s de trois nnilions d'esclaves.
La richesse du pays, qu'il serait illusoire de vouloir établir en chiffres précis, était proportionnellement plus grande dans le Nord que dans le Sud, et celui-là avait surtout plus de ressources industrielles et d'usines de toute espèce précieuses pour la guerre.
La marine du Nord avait une prépondérance très marquée. Elle se composait d'une trentaine de navires de guerre, ou armés en guerre ; tandis que le Sud ne comptait pas plus de huit bâtiments, dont seulement deux de force à se mettre en ligne. En outre le Nord avait de nombreux chantiers en activité, Qt sa flotte s'augmentait chaque mois d'un ou deux pavillons.
n serait difficOe de dire au juste quel était l'état comparatif des forces des deux belligérants au commencement de mai. Si le Nord avait plus de monde à disposition, le Sud en avait davantage sur pied ou tout prêt à l'être. Les troupes fédérales mobilisées se composaient d'environ 4,000 réguliers, dont plus de la moitié étaient de nouvellee recrues; de 70 à 80,000 hommes de milices, et de quelques régiments de volontidres en formation, dont le chiffre s'augmentait de
Jour en jour. Il restait en outre dans les Etats un grand DOtU' bre de régiments de milices qui s'organisaient. £n sommet on évaluait refiéctif sur pied et en campagne à environ centtrente mille hommes. Nous verrons tout-à-rtieui^ comment ils étaient distribués.
Le Sud» après Tadhésion de la Virginie, de la Cai^olinc-du- Nord et de TArkansas et au moment où il se vit menacé par rofTensive des fédéraux, avait sur pied environ 200,000 hommes, dont bon nombre, il est vrai, dans les clubs seulement.
Ce n'est pas ici la place de parler en détail de l'organisation de ces troupes qui était encore très imparfaite, dans Tun et l'autre camp. La cavalerie et Tartillerîe manquaient presque totalement, dans le Nord surtout. Des deux côtés l'infanterie était formée au système anglais; le régiment était de dix coiiipa<$nie8 sur deux rangs , manœuvré en un seul corps ou en deux bataillons, ou disloqué par compagnie (*). Les règlemoits d'organisation et d'administration tiennent aussi des règlements anglais, tandis que ceux de manœuvre dérivent des règlements français. De 2 k 5 régiments formaient une brigade; deux ou trois ou quatre brigades une division. A part les réguliers (^l (]ik'l(|iiL's corps alloiiiancLs, les troupes fédérales élaicMit fort pi'u instruites el [wu militaires; beaucoup d'officiers iinnrnvisrs l'étaient iiKtiiis encore. Il n'y était pas question d'cUi(s-inajoi*s ; on en i;.,Miitrail la clio.se et le mot. Les officiers sm lis de Tacadt'inie de Wtjst-Point curent dos avancements prodigieux, et s'ils connaissaient bien certains détails dn im-ticr et faisaient en généi-al irexcellenls ingénieurs, en revanche ils n'avaient, à ({lu lques exceptions près, pas plus de notions de la <:;rande j^nei i t» el dn maniement des masses que les ot'ticiers-/j(j////e/ey/s. dont ils aimaient à .se moquer. Sous tous ces rapports le Sud était encore fort inférieur. C'est à peine si l'on pouvait donner le nom de soldat à. ses bandes désordonnées; quelques bons officiers de Tarmée régulière y étaient d< verais généraux, mais ils étaient entourés, comme au Nord, de tribuns et d'ingénieurs à titre d'aides de camp plutôt que d'officiers d'état-major.
Mais si le Nord était généralement mieux organisé et mieux <«) Let nouvMwtt vé^niMits d*lnft«t«rle réguUtro éuf«ni * tniiB iMiAllloBf .
équiyR' «pie le Sud, il n'était pas aussi bien ann«^. Par les trahisons de ran<:"ien ministre de la guerre Fkiyd et par la capture des arîieiia(i\ Harper's Forry, de Bàlon-rKui^r, de Liltle-Kock, de Mount-Vernon , d'Augusta, de Riclunond et d'atiti efî encore, le Sud avait pu à son gré se munir d'arnaes, dont le Nord se voyait dépouillé. Celui-ci dut parer aux»premiers betsoinâ en achetant ci et là des fusils et des canons de toute espèce et de tout calil>re , dont un grand nombre se trouvèrent très roauvaiti. Gela ciiangéa grandoment plus tard.
Quant au tempérament de la troupe , il était meilleur et bien plus militaire dans les régiments confédérés que sous les drapeaux fédéraux. Il est vrai que le Sud se battait pour déféndre ses foyers et sa propriété, tandis que ses adversaires luttaient pour une cause moins palpable; ils partaient avec beaucoup d^entrain, sans doute, mais se refroidissaient bientôt. D'ailleurs les planteurs du Sud, par leur genre de vie, avsdent plus d'aptitude militaire que les marchands et les industriels du Nord. Malgré cela et en sonune, les dtnix armées belligérantes étaient nu début assez semblables entr'ellos, par leurs qnalitéscomine parleursilélaiils, sm loui p;ircesderniers. Jusqu'à ce ni'imi nt l'inilialive, aiguisée pai ia [)a.s:?ii.»ii, était çwirlie des CoulVcieivs. Mali^ré les conseils réitérés du ^'énéral Scott, sous If Liiiuvernemenl (le M. Hiichaiiaii, coniuie pendant les premières si inaiaes de celui <lt' M. Lincoln, la Contédération s'étiiit laissé enlever un jzrand noirdjre de forts qu'elle aurait pu, avec un peu de prévoyance et d'adn'sse, se conserver facilement, et qui coûtèrent cher à reprendre plus tard. Tels étaient- eidr'autres, en (lelim s de ceux déjîi connus de Charleslon. les forts Maco,i, Julmson, Cuswell, aussi dans la GaroliDe-du-l«iord; les forts Pw/cu/lci, prèsSavannah; Morgan, près Mobile; Jackson, St-Philipp, Pieke, Macomb, près la Nouvelle-Orléans, Barmncas, Mac Rae, près Pensacola; IIarper*9 Ferry, Norfolk,
Heureusement le général Scott avait obtenu de Êdre occuper solidement quelques points importants, la forteresse Monroe, à l'extrémité delà presqu'île d'Yorktown, i nd ispensable pour agir de ce côté contre Richmond ; le fort Washington, sur le Bas-Potomac; l'arsenal de St-Louis; le fort Mac-Henry, à Baltimore,