‹ Guerre de la SécessionChapitre 5 sur 38 · TOMB I · texte numérisé non relu

TOMB I

nécessaire à la sécurité de la ligne de communirntion de Washington avec le Nord, et ([uelques autres encore ans notables.

L'ohj.^clif de« conft'di'r.''.^ était siinpleet tout iialurellernent indiqué. S'ils sortaient de la défensive, ce ne pouvait ètn^ <]ue Washington, où ils se relieraient avec le Maryland, le Delawaro et les démocrates du Nord. Aussi l'on fit k W^ashinprton quelques ouvrages de campagne et l'on y mit en défense un ou deux Mtfments.

L'objectif des fédéraux était plus complexe. Ge pouvait être Richmond, la capitale de la Virginie, la plus importante cité du Sud, appelée à devenir auâsi la capitale de la (Confédération séparatiste.

Mais il fallait encore maintenir le Missouri, le Kentucky et le Tenessee dans leur situation douteuse, et, si possible, les faire pencher du côté du Nord.

Dans le même principe il fallait encourager la sécession qui se manifestait dans la sécession, c'est-à-dire soutenir la Virginie occidentale et le Tenessée oriental, qui demandaient à se former en Etats à part, fidèles à TUnion.

En vue de ce triple but, le général Scott répartit Tensemble de ses forces en jsix corps, à savoir un à Washington et environs, le long du Potomac, sous les généraux Mac Dowell et Patterson ; un à Fort-Monroe, sous le général Butler ; Un à Baltimore et dans le Maryland, le long du chemin de fer, sous le général Banks ; un dans la Virginie occidentale sous le général Mac Clellan; un vers le Kentucky, sous Prentiss; un dans le Missouri, sous le général Hamey.

L'idée du général Scott était, assure-t-on, d*Mserrer le Sud par une dizaine d*armées qui pénétreraient de tous côtés et simultanément jusqu'au cœur de la Confédération. Et quant à la Virginie spécialement, il voulait faire converger quatre colonnes à la fois sur Richmond, où elles se réuniraient pour frapper un coup décisif. Une colonne marcherait de front par Manassas; une autre plus à droite par la vallée de la Shenandoah ; plus à droite encore le corps de la Virginie occidentale déboucherait, ix travers les Alleghanis, au nord de Richmond ; enfin le général Butler s'avaucernit de la forteresse Monroe par la presqu'île d Voïklown.

Connue on voit, ce plan éUiit fondamentalenit^t vicieux 11 ne lui niain|uaiL qu'une cliose, il est vrai, mais une chose e.ssenticUe. (l'élait l'assuiraTire que renneiiii, ignorant l'avantag.^ d'une position centrale, attendrait tranquillement à Richmond lajonetion de ces (piatre corps séparés les uns des autres par une dizaine de journées de marche et pai* de nombreux obs* tacles naturels.

Quoi(iu'il en soit, suivons ce plan dans son exécution. Les préliminaires étaient d'abord de s'assurer un faciU* débouché de Washington en Virginie li travers le Potomac. À cet effet l'armée principale de Washington, composée d'une quinzaine de mille hommes, franchit le fleuve, dans la nuit du 23 au 24 iDat , sur trois colonnes, une au centre par le loni^nt, une à droite par le pont de Georgetown , une à gauche par eau sur Alexandrie. Cette ville et ses environs fùrent occupés, ainsi que les hauteurs d*Arltngton, en lace de Washing* ton, et un grand camp retranché, servant aussi de tête de ponts , fiit aussitôt commencé. £n trois jours les principaux ouvrages, auxquels il fut travaillé avec beaucoup d*énergie, étaient asaex avancée pour pouvoir être armés, et les fédéraux avaient pris solidement pied sur terrain ennemi, n n*y eut presque pas de résistance. Les avant-postes sécessionnistes s^étaient repliés à temps, un détachement de cavalerie seulement fai surpris, comptant une trentaine d'hcnnmes. Néanmoins le i"' régiment de New-York (zouaves), y perdit son jeune colonel, M. Ellsworth, tué par le propriétaire d'un hôtel, du toit duquel on venait d'abattre le drapeau confédéré pour le remplacer par le drapeau de l'Union. Une fois établies dans ce camp, les troupes fédérales furtMit exercées à la manœuvre chaque jour, en même tcmyis qu'enqiloyécs U des reconnaissances, qui amenèrent deux uu trois escarmouches. Au fur et à mesure que de nouveaux régiments arrivaient du Nord, ils étaient répartis dans le camp retranché poui- leur instruction autant que pour la garde du terrain ; si les besoms du campement l'exif/eaient, quelques ouvrages nouveaux s'ajoutaient aux anciens.

Laissons un moment le gros de Tannée à son excellente école militaire d'Alexandrie, où elle resta environ deux mois

sans incidents marquants, pour voir ce qui se passait aux autres colonnes de l;i Virginie.

A j^aufhe sous la forteresse de Monroe, un camp se formait par le même procédé qu'en avant (It- \\ V-hington. Cette forteresse, solide hepttigone bastionné, il un .'ymement i'«Vfru!i»"'r de 370 bouches à feu et de 2500 hoi nui es de j^arninuii, t rmail une hase d'autant ]>lns s^Ude qu'ellr est située dans une île n rexti éniité de la presipTile ; elle n'est reliée h celKM'i que par une iligue et un pont sous le eanon des ouvrajzes. Elle commande tous les environs de la baie de Hampton, et possède une assez bonne rade. Cette importante place, el(;i des cours d'eau du York et du James, ainsi que de la presqu'île d'Yorktown, et qui joua un rôle si grand pendant toute la guerre, avait été conservée aux fédéraux par l'énergie de son commandant, le colonel Demmick, secondée de la prévoyance du général Scott. Au moment de ia rupture ouverte le colonel Demmick n'avait que 400 hommes de garnison ; mais U redoubla de vigilance. Un camp confédéré qui 8*était Ibrmé en face de lui » à Hampton , n*08a rien tenter de sérieux, et même le colonel Demmick délogea ses postes de la digue, afin de s'assurer un débouché dans la presqu*tle, et la possession d'une précieuse fontaine.

Le avril, la garnison fut renforcée d'un premier régiment de milices, du Massachussets, suivi bientôt de plusieurs autres. Le général Butler arriva aussi lui-même et installa au fort le siège de son c Département militaire de Virginie et Garoline-du-Nord. > Son corps devait se monter peu à peu jusqu'à douze régiments qui seraient répartis en 4 brigades. Mais longtemps avant d'avoir atteint ce chiffre les inconvé» nients de l'emplacement resserré de la Forteresse-Monroe se firent ressentir. Soit pour gagner des points de terrain importants, soit pour fucililer l'approvisionnement, suitout en fourrage, en bois, en eau, un camp fut établi vers Hampton, à environ trois milles de Monroe; un autre un peu plus haut sur la rivière James, à New-Port-News. Leur établissement ne coûta que qn^lffues escarm(>n<-hes. Chacun de ces camps, comprit d'aboid '2 à mille hommes, renforcés sans ees.se par les nouveaux arrivants. l\s envoyèrent des reconnois-

' sances en remontant la presqu'île, qui bit^ntôt ivncontrt"*rent l\-unt:*mi solidement posté vers Big-Bethel. Lm coiifédéréa n'avaient pas négli^Jfé les abords de Richinond de ce côté-l.*», et quoique la défense en fût pour le moment laissée aux seul» Virginiens, ils étaient en mesure, vu les facilités de rommin Dication p u- le moyen des deux grandes rivières et du chemin de fer, de faire bonne garde sur cette zone. Un corps d'un millier d'hommes tenait Willtanisburg, non loin du Jametf. Un autre plus considérable, soit 3 à 4 mille hommes, occupait-Yorktown sur la rivière cle ce nom; quelques anciens ouvrages, datant de la guerre de l'Indépendance, y avaient été utilisés et réparés. D'autres se construisaient encore, soit en avant de la place, soit de l'autre côté de la rivière à Glouc6»> ter. Un barrage de retranchements fat commencé entre les deux rivières partant d'Yorktown et aboutissant sur le James h Warwick'Creek. Vu le terrain resserré, très boisé et marécageux de cette portion de la presqu'île un tri barrage pouvait être ausi^i efficace que facilemenl cnii>lruit. De cette z^ne comme base les confédérés élciiflaicnt leurs avant-postes dans la direction dp Monroe jusqu'à Bethel et Hairipton. De l'autre côté du York-lUver, des postes détachés de Glnncester s'avançaient sur la baie de Chesapeake. De l'autre côté du James, des garnisons confédérées occupaient Norfoilc, Portsmouth et les environs, et étaient en relation directe avec Bichmond par le chemin de fer de Pétersbourg. Partout où les troupes confédérées s'établissaient, elles se hâtaient d'y âever des ouvrages. Remuer beaucoup de terre fût une particularité des. plus prononcées de cette guerre, particularité qui, tout en étant commune aux deux armées, fot surtout le propre de celle du Sud. Nous verrons plus tard, que c'est en majeure partie à l'enseignement militaire dé West-Point qu'il fiait fSiire remonter l'abus de la pelle et de la pioche qui caractérisa tant d'opérations et en fit écliouOT un si grand nombre.

î*;i nianie de la fortification était ericore accrue , dans le Sud. de la facilité d'y procéder. On uvaiL suus la main des travailleurs tout trouvés dans les esclaves nèpres. 11 répugriaiL aux confédérés d'en faire des soldats ; c'eût été trop

les relever. Ma^ comme iU avaient des bras solides, et qu'après tout la guerre se feisait pour eux, U était juste qu'ils y . participassent. En qualité de domestiques militaires, de conducteurs, de muletiers, les noii's ne convenaient pas complètement; ils n'étaient pas sûrs. On en fit donc des manœuvres, sui tniit (les hommes de corvée, et on les employa de la sorte sur une ^M aiide échelle, l^épaiiis en ateliers sous la surveillance de quelques soldaUs lilancs, ils (•(•nstruisirent sur tous les points d^^s fortifications nonibreu.ses. Ce furent eutr'aulres dos escouades de noirs retiivs par force de Mnnme, (!»' H inq)lon et des environs, ([ui élevèrent en fort p i ie temps U's grands nMvra«îf»s d'Yoï-ktown , ceux de rdoueester, de Big-Bethel. Mais eette ]»eso^ne pouvait n être pas sans danger, et soit par eette raison soit par d'autres, bon nombre de noirs prirent la clé des champs. Quelques-uns, les plus hardis, se glissèrent isolément aux camps des fédéraux, et quand ils virent qu'on ne les en chassait pas, ils revinrent bientôt avec leurs femmes, leurs enfants et de nombreux car marades. Leurs maîtres ausid arrivèrent bientôt après eux, » réclamant leur propriété au nom de la loi et en protestant tous de leurs sentiments unionistes. Mais le général Butler, après avoir consulté le gouvernement de Washington et reçu de lui des pleins-pouvoirs, refusa de Uvrer de force aucun noirv CeuxHïi, sous cette juste protection, devinrent de plus en plus nombreux. Pour les soutenir, on leur abandonna quelques vieUles tentes, du bois pour se bâtir des huttes ; on leur construisit même une grande baraque, à la fois hôpital, caserne et hospice pour les enfants abandonnés, vrai château féodal autour duquel se groupèrent peu à peu d*autres caba- ^ nés ; et ainsi se formèrent sous les murs de FortpMonroe deux f ou trois villages qui seront sans doute cités plus tard comme les berceaux révérés d*une époque nouvelle dans Thistoire ^'i^ de la civilisation. * « Autour des quartiers-généraux des -autres corps, à AÎexan- V drie, â Arlington et ailleurs , les choses se passèrent comme à Fort-Monroe; il s'y improvisa aussi des villages nègres, qui . furent plus ou moins «soutenus par Tadministration militaî]!|s ^ suivant les sentiments et les opinions des principaux officiers

SQpéfîeu» en activité. On les aida des miettes des magasins d'abord et de quelques minimes secours, puis on en vint, par suite du développement de la guerre qui commandait toijyours moins de ménagements à Tendroit des préjugés esclavagistes, à soutenir ouvertement les nègres ; on leur distribua la ration militaire, une solde même et on les employa aux charrois, aux écuries, sur leschantiers, aux-corvées de diverses natures , en attendant qu'arrivât lo jour où Ton oserait en faire des soldats. Les femmes de leur côté, étaient occupées aux lessives, aux cuisines, aux hôpitaux, et les un» et les iiulres r«'iidirent dans ces humbles conditions de bons services. Ca^ux qui C(iiiii.ii>sai('nt bien les localités fuifiit souvent remplis coiiiiut' i^Miidfîs ou envoyés en .-ivaiit cojnuie espions t*t batteurs d'estrades, et leurs renseignements, quoique se ressentant parfois d'une iuia^ination un peu surexcitée, furent souvent d'une haute utilité.

Par ([iipl(iues-nns de ces fugitifs noirs, le j?énér;d Butler venait d'apprendre <(uo Tennemi, rephc de Hampton, s'était établi derrière des retranchements k Litlle-liethel et plus en arrière , près de l'église de Big-Bethel. On savait qu'il avaitlà du canon et deux redoutes avec des abattis; mais les données sur sa force réelle étaient très-contradictoires ; elles variaient entre 500 et 5000 hommes, et entre i et 30 cnnons.

Dans les premiers jours de juin le général Butler résolut de £Aire attaquer ce poste. Le 9 Juin, de grand matin, les troupes se mirent en marche à cet elTet, sur deux colonnes principales. La première colonne, sortie du camp de Hampton, formait une brigade de deux régiments de New-York, le 3* et le 5* (zouaves Durye) avec une section d^artillerie, sous le commandement du commandant du camp» le général Pierce, général des milices du Massachu8setsi.La seconde colonne, sortie du camp de Newport-News, comprenait le !• régiment de New-York (SteubeflgarékT, lout altapiand), et un régiment combiné du i** Vermont et du 4* Massachussets, avec une section d'artillerie ; elle jétait dirigée par le commandant du camp de NewporwVews, colonel Pbelps, de Tar^ mée régulière.

Malbeureusement l'obscurité amena de la concision dans

la nianjhe. Au point où les colonnes devaient se rencontrer oUcs se prirent mutuellement pour l'fnnonii , et engagèrent une fusillade qui leur eoTita uno lioiitaiii»» iriiuînmes hors de combat, dont cinq morU, avant d'avoir pu rcconnaitre leur erreur.

Néanmoins le matin ver.s 10 licures le général Pier<*e, arrivé devant les ou viager de Big-Bethel, le» flt assaiUirde Iront par son artillerie et par le gros de ses troupe» , tandis que le régiment combiné, colonel Washbunie, tournait l'ennemi par la droite. Mais Tennemi était solidement couvert; énergiquement commandé par le colonel Magruder, ancien ofilcier des réguliers, il fit un feu soutenu. Après deux attar ques échouées le général Pierce, sans même donner le temps au colonel Washbume de finir son mouvement de flanc » donna Tordre de la retraite , après avoir eu soin de se Mre approuver par son conseil de guerre. H n*avait perdu qu^une soixantaine d*h6mroes. Cet incident , qui eut un assez grand retentissement comme une des premières actions de la guerre et dont on parla beaucoup à New-Yurk , accrédita l'opinion que les confédérés étaient en foi re très supérieure dans ces parages; aussi tout y rrd.'vint hanquille pendant quelques semaines. Il était d'aillciiix naturel que les iiiuuvemcnts sur ('•> poinL, ipn ne pouvaient être que secondaires vu le faii)l(i (.•flV'c'lif du {iéiiérul Butler, fussent subordonnés à ce qui se pa;5scrait ailleurs, surtout devant Washington.

A lu droite du champ d'opérations que le général Scott s'était donné se trouvait la vallée de Shenandoah, débouchant à Harpers-Ferry dans celle du Potomac. Séparée de la zone du centre par les Montagnes'Bleues, od se trouvent des pas» sages nombreux et fociles, cette voie ne pouvait pas être négUgée. Les sécessionnistes y avaient tenu dès les premiers jours un coi*ps sons le général Jobnston, de Tarmée régulière, qui fourrageait les campagnes de Virginie et du Maryland et s'approvisionnait abondamment. Tout.en se recrutant d'hommes il disait de fortes réquisitions de chevaux et de voitures. Le général Scott résolut sagement de le supplanter dans cette besogne ou au moins de le tenir en échec. Il fit former contre lui , à Hagerstown , un corps de 4 5 mille hommes de la

Pensylviiiue , sons le générai des milices pensylvaniennes Patt.Tson. C^'lii i i, s';ni;imriitarit pfMi à peu, comme dans les iàuuvs cU'pots, coiuplaiuleux divisinns vers le milieu de juin. A ce inomont, et après beati<'*onp dMi»'*sitatuiiis, û>o poi'ta en av.iiU. l uo ision à droite, df liois l)i i<;ados sous i*' général Cadwalader, marcha mntre Harpers- Ferry : l'autre, h gauche, sous le général Stone, entretint la liaison avec Washington et pi it son quartier-général à Pooleswille, se préparant à y passer le fleuve, très peu .large à oet endroit et ofiEraut plusieurs gués commodes.

Le i^nérul Johiiston , dont l'effectif s'était accru jusqu'à une quinzaine de mille hommes, dut penser k se replier, pour ne pas courir le risque d*étre coupé de ses communications. 11 avait tiré la quintessence de la contrée en foit de fbumiUires militaires; il avait constaté que les districts limitrophes du Maryland étaient trop unionistes de sentiment pour qu'une pointe y fût féconde en résultats ; il n'avait donc aucune raison majeure de garder h outrance une position aussi avancée. Il se borna encore à détruire tous les bateaux sur le canal Baltimore^hio qu'il put raasembler; il cmipa le beau pont du chemin de fer de Harpers-Feny, enleva de l'arsenal et de la station du chemin de fer les machines utilisables, brûla tnni le reste et lit su retraite sur Winchester. Cêtait le 14 juin Le 17 seulement Pattersou .se mit à ses ti 'U— r, et fiauchit le PotojTiac au f[ué de Willliu ii-.port en amolli df IIar|)ers-Ferry. Il s'avança ensuite lentement jusqu'il M.n-lin>bur;j , mai> revint bientôt se mettre à l'abri derrière le lleuve. Avant rt"-u d*' nouveau Tordre de TolTensive, Pattersou se reporta en avant, le !2 juillet, et une de ses brigades, sou:i le colonel Âbercrombie, eut une escarmouche assez vive à Hainpsville, près de Martinsburg, avec l'avantgarde d«' Johnston. Ck^'lle-ci perdit une trentaine d'hommes, les fédéraux une ({uinzaine. Quelques jours après un escadron de cavalerie viiiginienne prit sa revanche; il surprit un régiment pensylvanien , le 15^ , lui tua une vingtaine d*hommes et fit 40 prisonniers. A part cela rien de notable sur ce point; les deux forces ennemies se retranchèrent, h Winchester les confiMérés et à Mai'tinsburg les fédéraux, d'où

eltes 8*ob8ervèr6ni tranquillement en attendant ce qui se passerait ailleurs*

Plus à droite, dans la Virginie occidentale , les opérations avaient eu un tout autre caractère d'activité et d'énerj^ie.

Les habitants de Wheeling et environs avaient décidé, au commencement de mai, de ne pas se soumettre aux aulorités virginiennes nouvellement constituées en rébellion coalre la Confédération. Après avoir agité dans deux conventions spéciales, le 13 mai et le il juin, la question de la eit-ation tl un Etat à part , il fut reconnu que ce i)rocédé n'était pas formellement légal, et une ordonnance fut rendue, le 19 juin, pour « la réorgfïnisation du gouvernement de la Virginie. » Un gouverneur fut installé, dans la personne de M. Franck Pierpont, auquel on adjoip^nit un comité consultatif de cinq membres. La convention se niiten relation avec le ;^'ouverncment de Washington au nom de la Virginie; déclara vouloir se charger de toutes les obligations fédérales incombant à l'Etat, en comptant aussi, s'il le fallait, sur l'assistance de la- Confédération. Le président Lincoln s'empressa de reconnaître les autorités de Wheeling comme les vérit«ibles autorités virginiennes et de leur fournir des armes et des munitions. Les £tats voisins de Pensylvanie et d'Ohio avaient fait de même et s'étaient déclarés prêts à envoyer en outre des régi* ments de volontaires au secours des Virginîens loyaux.

De leur côté les confédérés n^entendaient pas céder si dlement cette zone. Elle avait pour eux cette importance stratéfi^ique d'intercepter le meilleur moyen de communication, par la rivière de rOhîo et par le chemin de fer Baltimore- Obio, entre les régions de TOuest et Washington. Aussi le • général lohnston détacha deux mille hommes de hi Shenandoah par Romney pour tenir le susdit chemin de fer, particulièrement à la jonction de Grafton. D'autres troupes confédérées s'établirent à la gauche de celle-ci, au débouché des montagnes, y construisirent quelques retranchements en avant de Bewerley , pour de là s'étendre vers l'Ohio. Le coionei Porterfield commandait toutes ces ferces.

L'offensive avait aussi, avons-nous dit, été décidée sur ce point par les fédéraux. Un département militaire spécial de

rOilio, de riUinois et ée rindittia, s^ait été isrmé en partie

à cette intention, et mis sous les ordres du directeur du chemin de fer Ohio-Mississipi, M. Mac-Ck'llaii, iioinin<'' ii cclUi occasion major-^'t 'iiéral. Le titulaire, quoir^iio Ajré à i^eine de 35 ans, était un vétéran, un ancien cajulain»' du géuie et de cavalerie de l a nuée réf^Mili^Ti', qui s'ét;iit distingué à la campagne du Mexique et dans plusieurs expé<liti<'fis et missions. L'artivité qu'il déploya dans l'organisation <l«'s milices de rOhio répondit bien aux espéranees fondées sur sa bonne rame et sur sa réputation, et lui valut le prade de major-général de l'armée réjrulière, c'est^-dire le rang 1© plus élevé après co-. lai du général Scott ; son entrée en campagne, pleine d'entrain et de résolution, acheva de lui conquérir tous les suffrages.

Le S7 mai, ses troupes se mirent en mouvement sur deux eoloiines principales. Une division à gauche, sous le général Morris, des réguliers, marcha de Wheeling sur Grallon et Romney.» Une* autre h droite, la division de Rosenoranz, aussi régulier, fimchiflif^io à Marietta et occupa la ville de ParkeralHirg. La «narche. avait été précédée de deux proclama* tMODs éhergiques-,' aux Viigimens et aux soldats, portant qu'on combattrait à outrance les rebelles et les traîtres en armes, mais que toytesles propriétés, particulièrement les esclaves, seraient religieusement respecté».

Le î^^éiiéral Morris, s'avança sans coup férir jusqu'à Grafton ; puis jusqu'à Philippi. Là les sécessionnistes du eolonel Porterlield avaient un camp d'environ deux nulle honnnns. Morris le lit att i jiif^rle 3 juin au .4oir, et le mit totalement en déroute apie- qu. Iques conps d.- fusil. Les fuyanl^ l ns^prenf sur place une quinzaine de morts, uik' cinquantaine dt; chevaux, environ 50() fusils, 12fW) pistolets, des tent^-s et des objets d'équipement en jrraud nombn^. T,es fédéraux eurent peu de i>ertp ; mais un de 1 urs plus vaUlanLs officiers, le colonel Kelly, fut grièvenit'iil hlessé dans la poursuite. Les uns et les autres se rapprochèrent ensuite du chemin de fer; les fédéraux restèrent autour de Grafton, et les confédérés se l'etran* obèrent à Ronmey et à Piedmont. Des deux côtés des partis battaient la campagne et eurent quelques escarmouches insignifiantes.

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Les coniédérés reçurent des renforts amenés par un nouveau commandant, le général Gamett , précédemment mijor de Tarmée régulière. Il s'arrangea, dans les montagnes du Haut-Cbeatf une forte position retranchée» pour 5 à 6 mille hommes, avec des avant-postes s'étendent au loin. Dés la fin de juin, Rosecranz, s'avançant de Buckanon, et Morris de Philippi, refoulèrent ces avant-postes jusque sur leur position centrale. Celle-ci, appelée Laurel-HîU, était à environ 6 milles au n(3^ de Beweiiey, sur la route de Philippi. Elle était couverte sur sa gauche par une autre position fortifiée , vers la route de Bewerley h Buckanon, à un col appelé Rich-Mounlain. Il ?î'y trouvait environ 1500 hommes sous le colonel Pegraiii Les diMix positions coiïféilérées étaient distantes de 7 à 8 nulles l ime de l'autre. Les 7, 8, 9 et 10 juillet, le général Me C4lellan lit manœuvrer ses diverses brigades de rnnnière à menacer de près les séeessiuimistes de front et de fliine. Le 11 après midi, le "général Iloscncrunz, qm avait tourné l\ich- Mountain par la droite, s'en emparn après deux heures de combat, et les me>urcs avaient été si bien prises, (pie les défenseurs y perdirent cMix iron W liommes, dont 200 prisonniers et tout leur ram\) avec 4 cnnon'^, tandis que les fédéraux n'eurent qu'une soixantaine d'honmies hors d«^ combat. Me Clellan fit aussitôt marcher sur Bewerley et lan<;a même un régiment sur Huttonsville, pour s'emparer des passages des montagnes. Le colonel Pegram, coupé de toutes parts, en arrivant à Bewerley se rendit prisonnier, le 13, avec le reste de son monde, soit 600 hommes.

Pendant ce tempe, le général Garnett, aussi serré de près, n'avait pu, le il, secourir son lieutenant. Le 12, il chercha à le rejoindre ; il abandonna liaurel-Hill pour se retirer sur Bewerley. Mais là il se heurte aux soldats de Rosencranz. Il fiait volte-fisice pour redescendre la vallée du Gheat par des • chemins de montagne jusqu'à la grande route de Clarkes» burg à Romney. Me Glellan le fit aussitôt suivre par Morris. L'avant-garde de celui-ci, habilement dirigée par le capitaine du génie Benham, qui avait fait précédemment le levé topographique de la contrée, talonna sans cesse la colonne du général Garnett, et enfin la joignit, le 13 après midi, au

pas<<i^îe (l'un polit aftluenl du (llio;«t» le Carrick's-Ford. Là, nn vif eombat s'onpagoa, qui se termina par une sévère dt^fai! ' pour les coiik'dén^ï^. T^n peu \)Ui9. loin, à un .'lulro i;ut% It* ^'t'iiénd Garnt'tt voulut pn( or«^ opposer résistance. Il rassembla l^raveinent r[upl(pips lioiinnes, qu'il excitait lui-même à i action ; mais à peine leile-t i clait-elle commencée, qu'il reçut une balle qui le tua. Sa troupe se débanda, et un grand nombre de fuyards furent recueillis par le {général HîU, du 0 rp- de Monûs, qtd avait reeu l'ordre de s'avancer îi cet eifei de Rowleaburgf où il avait été laissé pour veiller au ebeioin de fer.

Les combats de Ricfa-Mountain et de Carrick's-Ford terminèrent cette première campagne de la Vii^ie occidentale, et acquirent complètement à l'Union toute la portion de rStat à rOueat des AUeghanis. Johnston, qui s'était d'abord^ de son camp de Winchester, apprêté à secourir le général Gametty et avait déjà envoyé du renfort vers Romney, avait dû y renoncer. Son attention venait d*étre appelée du côté opposé. Des événements plus décisifs réclamaient son concours sur l'importante zone en avant de Bichmond.

Le Congrès des £tats-Unis s*était, suivant la convocation du président Lincoln, réuni le 4 juillet & Washington. Nonseulement il .approuvait toutes les mesures de guerre, mais, dans .-îOii «Mail patriotique, il trouvait que les alVaires naliLaires iiiarchaient trop lentement. « Eu avant ^iur llichniond! » d»^vint bientôt le mot d'ordre politique et le cri de tous les rli 1 Il fallait d'ailU'urs taire quelque chose avec les milicu iis, dont le terme de service allait expirer. Le général Scnlt. quoique oppo>é à l'^'IVensive avant d'avoir une armée de régiments de trois ans, dut donner l'ordre de marcher en avant.

L'année de Me Dowell, la « grande armée, » comme on rappelait, comptait à ce moment cinq divisions ('), formant un total d'une cinquantaine de mille hommes. Dans ce nom-

<1> i;«f«iée «ht général lté Dft<r«n m e<»mp<Mait é» 13 Iwigaitos, comme «tiH :

l>tviî.Ion Tylfr ■ brigndfs Kf»y«>^. Shcnk. Sh»>rniai) Ct RIcbardMIl.

Division Hunier : bn^étAu^ Porter et Bun.sitle.

DMikm Hetntxelmann : brigMte fYMklin, WUaon et HttwaïKl.

Pivifiion -Witeii ; hripail^s Rlenkpr ♦•t Oftvi«»««. Divl&ion Runyon . lieux brigadei» de rv&en'e.

bro^ les réguliers figuraient pour 10 compagnies d'infimterie, 9 de cavalerie et 6 batteries. Il y avait, en outre, une bette brigade, général Blenker, toute d'Allemands, la plupart anciens soldats d'Europe. Le 17 juillet, Tarniée sortit du camp retranché sur trois colonnes principales, laissant en réserve, à la ^rarde des ouvrages, la 6" division Runyon. Les quatre divisions se concentrèrent iH bivouaquèrent le soir à Vienna et à Fairfax-(j»urt-llouse. Le leiidonmin elles continuèrent leur marche !^ur Centreville, qu'elles atteijïnirent sans coup férir; mais un ptui plus loin, sur les bords du Bidl-Rnn, les confédérés se trouvaient en position. Le Bnll-Uun » .si une petite rivière d'une trentaine de njeties de largeur et de un k deux de profondeur en temps ordinaire, qui se verse dans rOcoquan et le bassin du Polomae. Ses bords sont escarpés et boisés ; mais elle offre un grand nombre <le ))oints guéables. Les confédérés, sous lo général Beani'egard, étaient établis en cordon derrière la rivière, sur une distance d'une dizaine de milles, avec des réserves plus en arrière, sur la crête d*un glacis naturel, li ès-favorable à une bonne défense. Leur effectif était d'une trentaine de mille hommes, répartis en six brigades.

La division fédérale Tyler, chargée de tàler la position ennemie, Oigagea un duel d'artillerie, le 18 juillet, qui n'amena aucun résultat, sinon de montrer que les confédérés n'entendaient pas évacuer leur camp sans combat. La brigade Bonham, entr*autres, répliqua vivement à la division ^*ler, et repoussa plusieurs tentatives de celles-ci, trop molles il est vrai , de firancbir le BuU-Run au gué Bfitchell.

Ayant concentré, le soir, ses quatre divisions en avant de Centreville, le général Mac Dowell employa la Journée suivante à reconnaître le terrain et la situation de Tennemi. Il fit ensuite ses préparatifs peur une journée décisive, le Si juillet. Il avait d'abord .voulu attaquer la droite de BeaumM*^' gard, afin de le séparer de sa base de Hanassas4unction et'dù chemin de fer. Mais cette droite était trop Ibrte par la nature du BfA. Il en était de même du front. Me Dowell se décida donc pour un effort par la gauche ennemie. L'aifantage stratégique était moindre ; mais les difficultés tacti(jies l'é-

taient aussi ; pois c'était dp ce c6ié-\h qu arriverait peniêtre du renfort. \.o pénérnl PatU i soii. qm, dans le Shenandftah. avait à surveiller Johnson, devait naturellement le suiviv sur Méinas^a.s, si celui-ci venait s'y joindre à Beaurefrard.

Eli conséquence , les dispositions du pr<^néral Me Dowell fiirent les suivantes: Le t^i, à deux heures du matin, les troupes seraient sur pied et se mettraient en marche avec des rations pour quatre jours. La division Tyler marcherait ea tête, vers Mitcheirs-Ford, et occuperait l'ennemi surson front et «ir sa droite ; les divisions Hunter et Heintzelman soivnùent d'abord Tyler, puis prendraient à droite pour atta* quer et pour tourner le flanc gauche de Tennemi. La division Milles resterait en réserve entre Gentrevilie et le Ball- Rm. Ces dispositions, fort bien entendues, Airent roalheursusement contrecarrées par une exécution trop lente et par un incident capital, auquel le général Me Dowell pouvait bien ne pas s'attendre.

Dans la journée du 90, Beauregard avait été rallié par le général Johnston et par une portion de son corps adroitement soustraite à la surveillance de Patterson; le reste suivait par Manassas-Gap et ne tarderait pas ;i faire aussi sa jonction avec le m'us de l'armée. Les deux généraux eonfédéréï^, commandant d^s lors i-n cimimnn, se trouvaient déjà h la tête de H ))ri;j;a(les, dont ^^Ewell. Joik^s, Loii^'slreet, Bonliani, Gocke et Evans) échelonnées derrière la rivière, et deux en réserve (Holmes et Early). Ils avaient résolu de prendre TolTensive le 21, lorsqu'ils furent eux-mêmes prévenus par les mouvements de Me Dowell sus-indiqués. Les fédéraux traversèrent d'abord la rivière sur plusieurs polntsdu centre, et firent tout le bruit voulu un peu plus bas. liais des hauteurs avolsinant leur quartier-général, et grftce aux nuages de poussière que soulevait la marche des troupes unionistes, les généraux confédérés n'eurent pas de peùie à reconnaître que sur leur gauche seulement était le vrai danger. Cest là aussi qu'ils portèrent leur attention.

Le combat fiit d'abord engagé mollement, car les troupes lédérales, la plupart encore à jeun, étaient fatiguées par la marche et par un soleil de plomb. Toutefois ractiou, après

quelques péripéties, 8*aniina peu à peu, et les divisions Huii' ter et Heinzelman gagnèrent sensiblement du terrain sur leurs adversaires. Mais des renforts de Tannée de Johnston arrivaient continuellement à ceux-ci. Ce fut d*abord la brigade Jackson, qui tint comme un mur de pieiTe et arrêta la retraite; puis la brigade Kirb)-Smith qui, bien (liri;/ée «lès son entrée en liirne, prit en flanc et à revers la droite de Me Dowell et fit décidément tourner les cbanees. La perte des doux batteries fédérales Hickett et Griflln, par un i|iiipr(>(iuo 1^111 laissa arriver sur elles un régiuieiiL ennemi pris pour un fédéral, trancha linalemcnt le destin de lu joiu née ou faveur des séces^ioJ^liatc.s. Une fois la retraite counn^Micée par les fédéi aux, (ilc se changea prompltMiit-nl en «lértude. Une foule de chars de bagages et de curieux, qui s'étaient avancés jusque toul près thi rbamp de bataille aux premiers indices de succès, en L'ombraient maintenant tous les chemins de retraite, et servirent de pi'étexle à un débandement général. Deux ou trois boulets rpii vhirent donner fort à propos dans cette cohue, joints à Tapparition de (^uehpios cav.iliers vïrginiens, portèrent la panique à son comble, et les fuyards s'écrasèrent les uns les autres pour se mettre plus vite en sûreté. A part une doiizaine de volées d'artillerie et des coureurs isolés de la brigade Early, les confédérés ne pom'suivirent que faiblement, vu leur manque de cavalerie. D*ailleurs le régiment de réguliers et les quatre régiments de la brig^ade Blenker, placés à cheval sur la route en avant de Gentreville, couvrirent la retraite d*une contenance si ferme que les confédérés, aussi surpris que contents du résultat obtenu, jugèrent plus sage d*en res^ 1er là, et de laisser les fédéraux rentrer au plus vite dans leur camp retranché.

Le succès était déjà assez grand, il faut en convenir. Les unionistes avaient perdu environ 4000 hommes, dont 600 tués et 1500 prisonniers; 28 canons; 5000 fusils; beaucoup de voitures et de biigiige. Les confédérés eurent de leur côté environ deux mille hommes hors de combat, dont 500 tués. Beaucoup d'officiers succombèrent de partetd^autre, et prouvèrent que ce n'était pas la bravoure qui avait faijt défaut, lion nombre de curieux, parmi lesquels plusieurs dames vu-

nues de Washington en partie de plaisir, comme à un steeple chase, furent aussi parmi les victimes de la journée.

Pendant ce temps Tinepte Patterson était resté les bras croisés aux environs de Harpers^Ferry, et le général Butler avait Mi des pointes insignifiantes dans le bas de la presqu'île d'Yorktown. La victoire des confédérés à Manassas eût annulé du reste les avantages qui auraient pu être remportés sur ces points secondaires, tout comme elle compromettait même ceux obtenus dans la Vii giuie occidentale.

Pour terminer ce premier acte de la guerre, il nous reste à savoir ce qui s'était passé sur son second jgrand théâtre, celui de l'Ouest.

Nous avons laissé l'Etat du Missouri divisé en diHix camps s'obser\ant d'une façon menaçante. Le général fédéral Harney, trouvé trop mon, fut remplacé par le jt iine (jénéral Lyon, et celui-ci déploya dés le milieu de mai une aeUvilé qui mit en forte hausse les alTaires des unionistes h Sl-Louis et dans tout l'état. 11 fit etitr'iiulres former, dans pn's(jne toiile> les villes, des gardes civiques commandés par des officiers snrs. Le gouvernein- Jackson et son accolyte le général l^riee ne. pouvant pas amener à composition les unionistes, levèrent ouvertement l'étendart de la séparation. Par nne i)roclamalion en date du 13 juin, le gouverneur appela 50,000 hommes de milices sous les ari'nes pour résister à l'oppression des agents du gouvernement central, et alla former un camp h Boonville, sur le Missouri, localité qui lui était favorable. Lyon se mit aussi» tdt à ses trousses par le moyen d*une flottille. 11 alla prendre possession du capitole de lefferson-City, puis, avec deux à trois mille hommes, attaqua le camp de Boonville, qu'il dispersa facilement, le 17 juin. Jackson se retira sur Syracuse, puis sur Florence. Lyon le poursuivit eu deux colonnes principales, organisant partout des gardes civiques unionistes. Une colonne, commandée par le colonel allemand Sigel, parcourut tout le territoire sud de TEtat, et battit le général Price à Cartilage , le 5 juillet. Les diverses colonnes victo* rieuses se réunirent, vers la fin de juillet, en un grand camp, à Springiield. U s'agissait de réorganiser les troupes, car les

miliciens étaient an ivés au bout de leurs trois mois de service. Le gros de l'ennemi se replia vers la frontière de l'Arkansas, où il forma aussi deux camps pour se préparer à rentrer en campagne.

Du côté du Kentucky, les séparai isles lurent tenus en échec par un camp fédéral hous i** -jéuéral Prentis ^ Cairo , qui envoya .'i plusieurs reprises des colonnes inobiles au-delà de la rivière, jmur nppuyer les Kentuckiens loyaux.

Par suite de ces évi neinents et ]iar les autres mesures que le général Lyon avait prises pour tenir solidement St-Louis, et toutes les communications principales sur le Mississipi, sur rOhio, sur le Missouri et sur les chemins de fer, les unionistes avaient décidément acquis, à la fin de cette première campagne, une prépondérance marquée sur le bassin du grand fieuve.

Mais ce théâtre de guerre devait aussi ressentir le contrecoup des opérations qui s*étaient produites sur celui de TEst, comme nous le verrons dans les pages suivantes.

MouTella UréB fédérale ; formation de la grand» amia

tona le général Me Clellan.

L'émotion causée par la bataille de Manassas, ou BuU- Run, ftit inunenae. Elle le fût anrtout dans le Nord, où les illusions et les fimfaronnadea politiques qui avaient présidé aux premières opérations militaires, y compris la levée, firent subitement place à une dure bumiliation. Celles eut au moins ceci de bon qu'elle ouvrit un peu les yeux. On ne pouvait plus se dissimuler que les menaces, si bruyantes qu'elles fùssent, étaient insuffisantes à ramener le Sud. Celui-ci était résolu à se battre ; la victoire venait de porter non oigueilau paroxysme ; pour suivre au programme donné il fellait une grande guerre. Cest à quoi toute la nation parut bientôt décidée, plutôt que de se relftcher dans ses senti* ments unionistes.

Les premiers moments, toutefois, furent durs et pénibles pour ](i i^ouvenieineiU do Washington. Les troupes battues il Manassas étaient prescjuc toutes des milices qui avaient fini leur temps de service. Bon nombre des fuyards ne se donnèrent même pas la peine de rentrer dans leurs quartiers ; ils allèrent toui di nit à la gare de Washington prendre leur place pour retourner chez eux en clieunn de fer. II fallut Hietlre un tVirl pi>ste à cette gare pour empêcher ce mode dt; lîfenciement, et ce ne fut qu*aprèâ une huitaine de Jours qu un peu d'ordre y fut rétabli.

Une des pi emières mesures du gouvernement fut d'appeler au commandement de l'armée du Potomac, à la place du général Me DoweU, le général Me Cleilan. Di^k le 22 juillet

au soir, celui-ci reçut à Bewerley, par le télégraphe, l'ordre de reiiicLLi e son coiianantlement de la Virginie-Occidentale au général Ilosencranz et de se rendre immédiatement à W'ashinj^luu. Le 27 juillul, le général prit ses nouvelles fonctions el se mil aussitôt à l'œuvre pour organiser unt^ ai ruée iiiiuvelli». De son cùlé le général Patterson céda sa place au généi'al IJanks.

Le *2 aoùL, le Cougi'ès vnta une taxe de {.nierre exceptionnelle et la levée de 500 nulle volontaire^, enj^Mizés pou» trois atis. La rriiat titioii eu contincrent^ tr»''tal> se lit sur le même pied <pie polir la ii-vée préi'i''deiite, m y ajoutant eetl»> lois les états de ( ialifoi'iiie et (VOi-e^^uu, qui auraient le temps d'entier en ligne, et qui avaient deniandé précédenuneut à fournir aussi leur part de sacrifices pour le maintien de l'Union. Il était, d'ailleurs, d'autant plus naturel de proliter de toutes les ressources disponibles, que les étals douteux, la Kentucky et le Teiiessee, sous le coup des succès du Sud, devenaient de plus en plus hostiles.

Le général Me Clellan, qui bientôt exerça eii£ait r&utorité du général Scott, quoiqu'il ne le remplaçât pas encore ofiQciellement dans son grade, eut à peu près carte blanche pour l'organisation des nouvelles forces et pour toutes les mesures à prendre & cet efTet.

Le4aqût il adressa au président, à la demande de celui-ci, un mémoire explicatif sur la situation, avec un programme de ce qu*il y avait à exécuter. Dans cette pièce le général Me Clellan Mi ressortir que la guerre à entreprendre est différente des guerres ordinaires. Il s'agit non pas de conquérir une paix et un traité avantageux, mais de frapper une population suffisamment nombreuse, intelligente et guerrière pour constituer utie nation. Il faut défaire ses armées en campagne, et, en outre, déployer une force telle que tous les adversaires de rUnion, particulièrement ceux de la classe aristocratique, soient convaincus de Tinutilité de la résistance, c Les derniers revers, dit-il, ne nous oiTrent pas d*autre alternative. Le succès de Manassas permettra aux meneurs du Sud de convaincre leurs masses que le Nord leur est inférieur eu force el en courajp^e, et de les amener à fournir toutes

leurs ressource». Le conflit, euimiioncé contre un p;!rti, osi engagé maintenant contre tout un peuple, l^ar lu victoire seulement on peut le ramener aux premières proportions.

f II faut détruire les armées rebelles, s'emparer de leurs plaf'cs importantes, protéger en même temps la propriété jinvèc et les personnes non armées; après cela seulement on pourra espérer de rétablir la paix et l'union. Mais, en (kremière ligne, l'autorité du gouvernement doit être appuyée d'une force matérielle prépondérante.

c Nos relations extérieures et notre crédit linancier exigent aussi que notre action soit prompte et irrésistible. Les relMlles ont choisi la Virginie pour leur champ de bataille ; ils nous convient aussi d*yfitipper les premiers grands coups. Hais il est nécessaire en même temps d'y diminuer la résistance au moyen de dispersions sur d*autres points, par terre et par eau.

€ Sans entrer, pour le moment, dans les détails, je conseillerais un fort mouvement sur le Mississipi et de rejeter complètement les rebelles hors du Missouri.

c Âussitdt ([u*il deviendra parfaitement sûr que le Kentucfcy est avec nous, je conseillerais aussi un mouvement à travers cet état sur le Tenessee^riental pour soutenir les unionistes de cette contrée et pour s'emparer des chemins de fer conduisant de Memphis vers l'Est. La possession par nous de ces routées et le mf)uvement sur le Mississipi pourraient amener les rebelles à l'évacuation de la Vii^nnie. En nv^^me temps , les passages de la Virginie-Occidentale devraient être l)i»'n gardés; mais sans nfVensive, si l'on pénètre en Kcntuf ky et on Ti'ne.>r»ee. Il faudrait orgiini»er et anner autant do (!tMi|M'> que possible de la VirL'inie-Occidenlale, afin de pouvoir employer ailleurs- les régiments d'Ohio et d'indiana.

«( Il .serait convenable de faire prorodoi- aussili'tl (jue possible à la réouverture et à la protection du chemin de fer Baltimore-Ohio. Baltimore et Fort-Monroe doivent être occupés solidement.

c Quant h TOuest^ il est probable qu'il n'y aura pas besoin d'accroître de beaucoup les e(fecti& qui se trouvent déjà dans

le Missouri pour assurer cet état. La force destinée h descendre le Misî^issipi pourr.i être déterminée plus tard j>ar son commandant et par le présideiil. Si le Kentucky est h nons^ ^ mille hommes seraient suffisants, avec ceux levées dans cpt état et dans le T»Miossee, pour assurer cette dernière région el ses chemins de fer, ausâi bien que pour occuper Nnshville.

<r Los troupes de la Virpinie-Orridontale, avf»c cinq à dix mille hommes d'Ohio et d'Indiana, pourront sufûre sur cette zone.

t Quand nous aurons réorganisé notre armée à Washin-?tnn, 10 mille hommes suffiront & protéger le cbcmin de fer Balti» moreOhio et le Potomac ; cinq mille à Baltimore, trois mille à Fort-Monroe et 20 mille aux défenses de Washington, c Pour Tarmée principale d*opération8, je demande donc: 250 régiments d'in&nterie, soit 225,000 hommes 28 » de cavalerie, » 25,900 » 5 1 du génie, » 7,500 » iOO batteries de campag., 000 canons, 15,000 »

Total: 273,000 hommes

c Cet effectif doit être muni du matériel du génie et de campement, des parcs et des pontons nécessaires.

« Les lignes d'opérations devront être en général choisies de manière h utiliser la navigation sur les côtes. et sur les rivières, n sera important de pouvoir disposer .d*une bonne force navale pour escorta des transport!^ tiè tçoupes ^ t . eau, ou pour fiiire des diversions, ou pour coopérer, avec l'armée principale, à des attaques contre les ports de l'ennemi.

« Les chemins de fer ont introduit un nouvel et important

élément dans la ^nicrre j)ar la racililé curils offrent de concentrer pruniptrinent sur un [loint donné des niasses retirées d'autres sections, et en créant de nouveaux points stratégiques et de nouvelles lignes d'oi)érations. 11 s'agira de surmonter les ditticultés qui s'y rattachent pur des entreprises partielles et par tous les mov-ons propres aux cas particuliers. Nous devrons chercher ù saisir des stations de chemins

do fer »ur derrières des points de concentration ennemis, et nous devrons- uieniic<;r i>es villes maritinieb, alin que chaque état soil forcé de retenir, pour sa propre di^fense, une partie du contiogenl qu'il fournirait, sams cuia, à Turuiée confédérée.

€ Eu rapport avec cela, le nimix rnienl sur le Missisi^ipi produira d'excellents résultats. La marche en avant de l'armée prmcip'ile de TEst sera une utile diversion pour chaque antre armée, et une fois dans la régicui du coton, les avan* tages seront seDsibles à tous.

c U y a eacore un auU'e mouvement indépendant, dont il a été souvent question, et qui est à recommander. Ce serait UB mouvement du Kansas et de la Nebraska, à travers le territoire indien, sur la Rivière-Rouge et le TexasOccIdental, afin d*y appuyer, comme dans la Virginie-Occidentale, les citoyens loyaux , qui s*y trouvent en assez grand nombre. Peut-être cette expédition pourrait-elle être tentée de la Ca^ Ufomie à travers le Nouveau-Mexique. Il serait bon de mêler davantage à nos affaires les états du Pacifique.

« Si ce n'éliiit pas trop nfavenlurer hors de nia sphère, je conseillerais aussi une alliance et une entente cortlialf nvcc le M' M'iii»'. Les syiii[>atiiies et les intérêts de celte répubiuiue s«jni avec noiis jours antipathies sont toutes contre nos fidversaircs »•! loms iii>tituii(iiis. Je ciuis qu'il ne serait pas difficile d'olttenir du ^i<>uvernemenl mexicain le dn>it d'user, i>endant le présent conflit, de la route de Guayiiias à New-Mexico; etcelto concetision réduirait sensiblement les obstacles des colonnes venant du Pacifique ; une semblable autorisation d'user du torritoire mexicain pour le passage des troupes entre le Panuco et le Rio-Grande, nous permettrait de lancer une colonne de troupes par une bonne route, de Tampico ou de quelque petit port plus au nord, sur le Rio* Grande ou à travers ce fleuve, sans risque et sans résistance. Jusqu'à quel point il pourrait être désirable de prendre au service des soldais mexicains, c'est là une question toute politique et sur laquelle je ne basarderai pas d'opinion.

c La force que je demande est considérable ; la dépense auam. U est possible qu'avec un effectif moindre én puisse

Dlgitlzed by Googlc

atteindre l'objot en vu»"' ; mais i! mo semble que rinltMilion de notre gr.inrle nrttinn est d-' rét.iblir riutorité di^ son pouvernemenl et la paix entre les citoyens dans le ph}< bref délai possible. La question à dérider eî«t teul simpleuient celle-ci : Voulons-nous écraser ceU*' rébellion <run seul coup et terminer la guerre en une campagne, ou bien voulonsnous la laisser en héritage h nos descendants?

t Si l'on considère l'étendue du champ possible des opérations, l'effectif demandé pour r armée principale sous mon commandement ne peut pas être conndéré comme trop grand. Chaque mille que nous ferons en avant nous éloignera de notre base d'opérations et rendra des détachements né^ cessaires pour couvrir nos communications, tandis que ren« nemi se concentrera toujours plus à mesure qu'il se repliera/ Avec la force que je demande, je propose non-seulement de chasser Tennemi de la Virginie et d'occuper Richmond, mais encore d'occuper Charleston, Savannah, Hontgomery, Pensacola, Mobile et la Nouvelle-Orléans ; en d'autres termes» de pénétrer au centre de la rébellion et de la frapper au GOBur même.

c En réparant les chemins de fer à mesure que nous avan* cerons, les difficultés des transports seront diminuées, le n'ai pas besoin de dire que de fortes réserves devront être formées, en dehors de l'effectif indiqué dans ce mémoire, pour parer aux pertes que nous pourrions subir. En pays ennemi, les troupes ne seraient soldées que partiellement, et les approvisionnements se paieraient avec des obligations des Etats-Unis. »

O. nîômoire montrait que le jeune général avait promplemcnt pensé à tout, et | i il embrassait la question dans son ensemble et d'un pomt de vue vraiment élevé. Comme plan de campagne définibi ri immédiat. If protîi aïoiue eût sans doute laissé beaucoup à désirer; il y aurait eu, enti''autres, à en retrancher les trois quarts* des expédition.^ projetées, si l'on voulait éviter une dissérninalion déplorable. Mais l'indication de la tâcheàa 1 iiiplir était fidèle en somme, quoique un peu cTiflée, et ne pouvait mancpier de produire son effet pour engager k la formation d'une puissante armée. C'est à

cp\a que lo t:<^nf^ra! Me ('.l'*IMn ftit forni'>ll*'iri''nt invil»^

par le président, et qu'il voua toute son énergie pour les débuts de son commandement.

Un de ses premiers soins fut de fuirp compléter lead^enses é6 Washington et de faire établir des baraquements pour les iKNirelles levées qui allaient s^r concentrer. Pur la force des choses, on Ta tu, un camp retranché s'était formé en vrmi des ponts, sur territoire virginien. Les principaux poètes étaient, de la droite à la gauche, les forts Gorcoran, les ourrages d*Artington, le fort Albany, le fort Runyon, les retranchements de Roach-Mill et de Cole-Mill , la hauteur du séminaire d'Alexandrie et le fort Ellsworth. Un grand nombre d*aatres ouvrages forent ajoutés à ceux-là, au for et à mesure qu'on put gagner du terrain et que les nouvelles troupes arrivaient. Ils finirent par s'étendre sur une circonférence de 6 îi 7 lieues, d^'s les hauteurs de Prospect-Hill jusqu'en avant "l'Alexandrie. Ils fermaient tout le coud*' du Potornao, et couvraient trois ponts et nii l»;tc: le pont de Prospert-Hîll, oii \e Pntr»ma<' nVsl d<\iù plus naviprahle; celui de (M»i>i*^^»'ln\vii, avoc lin lia«% et If Lun^'-Pont, .mi < *Mitrp do Washniiiî'in, nui a |))v> (rime li«Mie de longueur. Toutes l. .s hauteur> il»' ia rivo ;::;int lie <iii lleuve fiir>*nt aussi couronnt>cs de fortifi'-ations, si hwn ([u'à la fin de l<St>l déjà Washington était entourée d'une cm({uantaine d'ouvrages, dont la moitié au moins étaient de véritables forts, très-bien construits, et solidement revêtus de troncs d'arbres, de fascines et de sacs à terre. Sans doute la place eût été plus forte en réalité avec des fortîftcations d'un développement beaucoup moindre, car cette ceinture, de 35 milles de parcours, ne se défendrait pas tonte seule et immobiliserait un personnel et un matériel précieux. IHle n'avait ensuite aucun appui central, aucune eil«deUe, et il eftt suffi de la percer sur un point pour que tout le reste fût compromis. Mais, comme nous l'avons vu, ee mode malheureux de protection de la capitale s'était en quelque sorte imposé par les circonstances politiques et par des besoins d'organisation et de petite tactique, plutôt qu'il n'avmt déeoulé de considérations militaires d'un ordre supérieur. Il serait par conséquent inju.ste d'en faire remonter

la mponsabOité, ainsi qu'on i*a essayé, à un olficfef plutôt qu'à un autre. Elle revient au pa) s tout entier, qui, par on

amour-propre très compréhensible, quoique peu stratégique, entendait que sa capitale, qui lui était contestée, fût à couvert de toute insulte; et découle du fait que cette capitale, fabriquée sur une très ^Mande échelle, se trouvait, malgré le large fossé du Potoiiiac, sous lu canon nièiae de l'ennemi.

Une défense restreint»^ à la rive gauche Ji'eùt pas assuré pe< PflHices contre tout projectile; une détense sur les deux rives coiMl:ii-;iit facilement, vu la natui-e du terrain, aux exagérations qui se prudu luirent. Ouoi qu'd en soit, le général Me Clellan et ses otiiciers du génie, MM. Barnard et Duane en tr autres , déijloyèrent dans la création de ces fortifications une activité vraiment prodigieuse, jointe h une habileté tecimiquô et à un savoir-faire pratique dignes d'admiration.

L'armement fut chose plus lente et plus difficile. Mais le général d'artillerie Barry sut pourvoir à ce que les principaux Ibrts 6i8sent promptement roimis de leur matériel, et peu à peu tous recurent un armement convenable, sinon complet.

Les nouvelles levées commencèrent à arriver à Washington dèe le milieu du mois d'août ; sans compter que bon nombre de miliciens, revenus de Bull-Run et licencié», s'engagèrent à Washington dans les nouveaux régiments en formation; quelques régiments même passèrent en masse dans Torganisation nouvelle et s'engagèrent pour trots ans. Il resta donc constamment & Washington une cinquantaine de mille hommes. Un pou plus de la moitié de ce monde occupait le camp retranché en avant des ponts, fbrmé en mômes brigades que sous le général Me Dowell. Le reste était éparpillé dans Washington même, et bon nombre de soldats erraient à leur gré dans les mes et dans les environs. 11 fallut toute l'énergie d'un prévôt-maréchal nommé ad hoc, le colonel André Porter, pour faire rentrer peu à peu cette troupe désorga^ nisée dans des campements réguliers.

Ouant aux recrues d'infanterie qui arrivaient du Noi'd ot qui avaient déjà été formées en régiments dans les états sur le même pied que précédemment, elles furent d'abord lete-

nues sur la rive jçauche, et organisées en brigades provisoires ÎK»«r leur insiniction H pour leur ('^(piipnmpnt de campagne. Un bo» officier de l'armée régulière tut préposé au comman* dément spécial de ces brigudes provisoires ; ce fut d'abord le généra] Porter, pais le général Bomside et enAn le général Ga- 9ef,qiie ses connoisaances étendues rendaient tout>fr-fidt pro> pce à cet office d'instructeur en chef de la nouvelle armée. Dès que les régiments étaient arrivés à un degré convenable ihnstruclioii, on les envoyait aunlelà du Potomac prendre leur place devant Tennemi et dans les brigades définitives. Celles-ci lurent formées à 4 régiments chacime, et au Air et à mesure de leur instruction, elles furent réunies en divisions de trois brigades. L'intention du général Me Oellan étnt de former encore des corps d'armée de deux ou trois divisions; mais il ne voulait le faire qu'après l'entrée en campagne, pour que les oriK iêi s-gciiéiaiix pussent se former grudueilement riu inaiii(MiuMit des masses.

Les réguliers, qui n'élaitMit qu'un millier d'hommes après la bataille de Manassas, ai rivèrent peu à peu nu chiffre de 4U0U hommes, et furent r»'ui)is îi deux ré^'iiiicms d'élile de New-York, le 5« et le iO, pour constituer une division de réserve. Cette troupe , à i.trjiielle on donnait volontiers le flatteur sobriquet de e garde impénale, » av^il un magnifique aspect et une pai-faite instruction; elle fut mise sous le com'> mandement du général Sikes, précédent major du 3»* régulier, et rendit de grands services pendant les moments critiques de la campagne.

Les troupes d*artiUerie furent aussi formées dans un camp spécial de la rive gauche , dans le camp-Barry , du nom dn général commandant cette arme , précédent miyor des ré* gnlier^».

Par leselforts de cet habile et infatigable officier, reAsctif de rartill^e fil de merveilleux progrès. Il avait été décidé sur sa proposition qu'il y aurait une proportion de 2 '/a à ;î pièces de campagne par mille hommes. Que les canons rayés seraient restreints au système dit United States Ordnance et au système Parrotl, tous deux en fer, au calibre de 10 livres h peu près, se chargeant pai- la bouche et avec prosjectilo expaasif. Que les

canons lisses seraient, à l'cxcoption de quelques obusicr* pour cas spéciaux, le bronzo de l'i livr-^s modèle de 1857, autrement !»• . anon-nbusitr , ou 12 livres lé^rer, ou ranon Loui^-N.tpoléfui. <Jue chaque batterie» de cauipague »erait composée de six pp^^c^c. «-n tout cos jia> moins dei, et toutes de même cHlibre. (^ue le» liattci irs soraient attarbép? aux divi-^ions et non aux brigades et dans la proportion de 4 l>attenes par division; trois seraient des batt-^ics de volontaires et une de ré;,'Mliers, dont le capitaine commanderait en même temps les 4 batteries de la division. Dans l'éventualité de la formation de cor])s d'arraée, la moitié des batteries divisionnaires constituerait la réserve du corps. Que la rêsen'c d'ai tîUerie de l'armée se composerait de cent bouches h feu, et

• comprendrait, h côté d'un ceitain nombre de batteries à cbe-' va), toutes les pièces de position, et, jusqu'à ce que la cavalerie soit massée, tous les chevaux de ]:emonte. Qu'il serait formé un train de siège de QO bouches à feu au moins.

Tout cela et plus encore, fut réalisé en quelques mois, . comme par enchantement. Les usines privées du pays vinrent en aide aux ateliers du gouvernement pour créer du matériel de guerre. Les briques de machines, de pianos, de clous, des fonderies diverses se transiformërent en fiibriques d'armes. Une des plus remarquables fut celle de Gold- Spring dans Tétat de New-York, oii se créèrent pendant la guerre environ trois mille canons Parrott.

Un grand nombre de batteries fournies par les états étaient d'un matériel fort incomplet et défectueux. Le général Bany, secondé par le bureau de TOrdnance, pourvut à l*uniformité nécessaire. En sept mois, il put mettre à la disposition du général Me Clellan uu elTeclif de 520 pièces de campagne, réparties en 92 batteries, avec 12,500 hommes et 11,000 che-

• vaux, tout cela parfaitement é(|ui])é, armé, et prêt à entrer en ligne, avec des munitions ii raison de iOO coup-s par jHèce. Sin* les !iJ balleries ii y en avait trente île ré^mliers, qui peni! ml tout l'hiver île 18(31 à 18(V2 ^^ei-virenl puissamment à !'in>tnK-liou des batteries de volontaires. D'abord réjiartie aux brigades, Partillorie |>rit >on ranii dans les divisions au fur et li mesure de la formation de celles-ci et de la création

du matériel. Dès la fin d'oclobn» 1861, les principaux cadres élaient à peu près loniK^s en seize unités divisionnaires, qui se remplirent successivement.

Les troupes do la cavalerie furent é;ialcnienl remises aux min^ particuliers du commandant de l'arme, du général Stoneman , qui eut de g^ande^> dillicuUés à vaincre pour former le nombre voulu de ré}iiménts. Il fallut, en premier lieu, combattre ie^i préjugés des hon)me^^ politiques et des financiers, qui ne voyaient pas la nécessité d'une arme aussi coûteuse pour faire la guerre dans un terrain aussi coupé. Les militaires firent cependant comprendre qu'une grande niasse dMu£anterie n'acquiert toute sa force que quand elle peut être ao com'iMignée des armes correspondantes, quand elle peut, en particulier, se faire bien éclairer puis soutenir par la cavalerie. Le général Stoneman oblint donc des chevaux, ainai que des objets d'armement et d'équipement ; malheureuse* ment il n'en reçut pas en nombre sufûsaiKt. Il avait été décidé d*atlacher un régiment à chaque diviaon de Tannée active, et de former en entre une réserve de tous les réguliers et de quelques régiments de lanciers volontaires. Mats il ne fut pas possible d'arriver à cet effectif; k l'entrée en campagne la cavalerie, trop sacrifiée à Fartillerie, était loin d'avoir atteint le cbifire qui avait été demandé par les généraux Me Glellan et Stoneman. L'armement et l'équipement laissaient aussi beaucoup à désirer. Chaque cavalier fut bien^ il est vrai, muni d'un sabre et d'un revolver, mais seulement deux esca* drons par régiment reçurent la carabine. A, quatre régiments il fut donné la lance.

Cet état par trop inférieur changea sensiblement phis tard. A mesure qu'on acquit plus d'expérience de la guerre , on reconnut que sans une bonne cavalerie il n'y avait pas de succès décisifs il espérer, et cette arme, d'abord très-subordonnée aux autres, devint reniant ij:âté du gouvernement et du pays. Dès la seconde année de la gum re , on lit pour elle plu» de frais que pour l'infanterie et pour Tartillerie. Les excelleales qualités iiiilitiiires des clievaux aniei icaiii-, pr(»venant surtout de rélève en pleine liberté dans les prairii's de l'Ouest, avaient permis de tirer de protique tous les régiments, pour des

[jointes et pour des reconnaissances surtout, des services au-delfi (le toute attente.

Mais malgré tous ses efforts , le général Stoneman ne parvint ]y\^ à faire de ses hommes une troupe bien réglée; il eut à lutter contre l'incurie d'un grand nombre d'offîders, appelés à leur gi*ade par des autontés inexpertes, uniquement parce qu'ils savaient monter à cheval. A part quelques régiments de choix, la cavalerie, même à son apogée, garda ses traditions premières; elle se fit totijours remarquer par une tenue trop négligée , et fournit plutôt de brillants fourrageurs que des corps capables de manœuvrer en ligne.

Ce ne fût pas seulement dans la cavalerie, mais aussi dans toutes les autres armes et sections, qu'il dut être procédé à de nombreuses épurations d*officim. Une foule d'individus

toul-à-fait incapables et indignes de coiiunander à des hommes de ca^ur dans des moments sérieux, étaient parvenus, à la faveur de l'excitalioïi politicjue des premières levées, à se glisser dans les corps d ultieiers de prescpie tous le?^ réfriments de volontaires. Des cliurlatans de clidis etde ciiliarets, de apriotcurs en recrut*Mnent, dont ({uehjues-uns savaient à peine écrire, des orateurs plus ou moins ardents, avaient été signalés aux choix des débuts. Presque tous avaient mon- . trô en campagne une profonde ineptie, et parmi les fuyards les pins agiles de Bull-Run s'étaient distingués la plupart de ces militaires furibonds des clubs de New^York et d'ailleurs. Bon nombre d'autres n'avaient pas même eu la peine de fîiir, et s'étaient prudemment esquivés , pendant toute la campagne, dans les bétels de Washington.

Le général Me Glellan s'empressa de mettre bon ordre à tout cela dans la formation de la nouvelle armée. Assisté de plusieurs cours martiales et de comités d'examens, il épura les corps d'officiers de tous les gens tarés ou incapables, et près de deux cents d'entr'eux durent céder la place à des gens plus qualifiés, à des sous-ofl^ciers et même à des simples soldats, sur lesquels il y avait de bons rapports. Tandis que l'armée régulière put fournir beaucoup de cadres, les télés un peu chaudes des miUces furent engagées à pas-

wr aux régutiers, où une discipline plus sévère en fit bientôt de bons soldats.

Quant aux. états-majors généraux, il n*était pas si aisé de parer aux difficultés que soulevait la grave question de leur

coraposilion. Sans doate le problème ne tourmentait pas beaucoup le grand nombre, inèine dans les ran;is t!*levés de l aniiAe et des hommes (lEtat,car lo ijtî mii aninbre, <mi Aniériquf romme aillours, i^morf ^^cuei.ileinonl l utilité et le^ cornijlion? fit' lions c lais- majors. Ou sait à peine que l'élatmajor est la ide d'une armée, dont la troupe est le corps. Que si le général on chef est plus .spécialement cclt»' tèto elle-même, en revanche les yeux, les oreilles, la voix en sont représentés par les officiei-s d'état-m^or. Que sî ceux-ci sont inaptes k leurs fonctions, l'armée sous leur direction, tant bonne soit-elle, n'a pas plus de prix que chair à pflté. L'ancienne armée régulière, minime et toujours disloquée, n*àvaît pas de corps d'état-m^or proprement dit. Diverses sections spéciales d'imitation anglaise, des inspecteurs^énéraax, des quartiers-maîtres (pour les transports), des adjudants-généraux, des officiers du corps technique de l'ordonnance, des topographes, des aides-de-camp ou officiers d'ordonnance détachés des corps de troupe, remplissaient, en tout ou en partie, les fonctions que nous envisageons être celles propres aux états-majurs généraux. Pour la première levée, on avait \ni face faire aux besoins les plus accentués; d*ailleur.s l'ariiiée ontière laissait tellement à désirer (pu; l'imperfection de l'état-major se noyait dans la masse des autres. Avec les va.stes et belles arm^'-es or^ianisées après la bataille dp Bull-Run, il ne pouvait plus en être ainsi. Il y avait à fournir trois à quatre grands états-mijors, une trentaine d'états-majors de corps d'armée, une centaine d'étatsnujors de divisions, ayant chacune deux à trois brigades, sans compter beaucoup de corps et de postes détachés. C'était, outre les généraux-commandants, un effectif de deux il trois mille officiers d'état-major k trouver. Or, si l'on peut, à la rigueur, improviser des officiers de troupe, pourvu qu'ils soient robustes, courageux et bien disposés, on n'en peut dire autant d'officiers d'état-major, qui doivent être

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rompus, en pensée au moins sinon en pratique, au jeu de la guerre et k ses péripéties. Pour comble de difficulté» 6*il est impossible à un officier de troupe ignorant ses règlements , de fiiire une journée de marche avec son peloton sans dévoiler son incapacité aux yeux de tous, le premier fiûseur venu» sachant un peu crayonner et se tenir & cheval, peut passer pour un officier d*état-major , jusqu'il ce qu'une crise et peut-être un échec viennent accuser hautement rerreur commise au profit do sa personne et au préjudice de tous. Kn un mot, le service d'officier de ti-uupL» est préeis, réi^leiuentè, individuel. S'il n'esL pas bien £ait, uii s'en apeivoit proinpteinent el Von peut y remédier avec facilité. Le service d'élal-uiajor est, par sa nature, arbitraire; il ne peut être réglementé ni précisé au commandement ; c'est un service de corps. Une certaine besof?ne doit être exécutée, qui peut rarenit*nt être exaetenierd réj)artie entre tous les officiers d'un état-major. Quand les uns s esijuivent , c'est sur d'autres que le poids retombe. Si la tâche voulue n'est pas accomplie , on ne le sait souvent qu'au désastre. Voilà pourquoi il se trouve que les fonctions d'un oflicier d'état-major général apparaissent aussi faciles en temps de paix qu'elles sont, en réalité, difficiles en temps de guerre. Voilà pourquoi il se fit qu'aux Etats-Unis, au moment où le gouvernement ûùsait les plus Igrands sacrifices pour l'armée, pour l'artillerie et pour Tarmement en général, il négligea presque complètement la formation de bons états-majors.

Il n'y avait pas grand'chose à faire , il est vrai. Dans un pays doué comme rAm^nqiie on créera bien à la vapeur le nutUriel d'une force militaire, mais il n*en peut être de même deXiïiiéUeetttel, Toutefois, on a quelques exemples d*officiers de troupe formés au sen'iee d'état-msyor par quelques mois seulement d*une bonne instruction. Ce fut le cas de presque tous les états-majors de Bonaparte en 1796. Ce fut le cas, en 1813, de plusieurs officiers français qui quittèrent alors Tarmée d'Espagne pour rejoindre la grande armée de Napoléon en .\llemagne. Quelques-uns, qui aiïectaient de ne croire qu'aux grenadiers et aux cuirassiers, et qui, dans ce sentiment, demandèrent à rejoindre l'armée de Ncy, curent la

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chance heureu.^e de tomber sous la din^ction du {jénérai Jomuu, el (leviiirenl en peu de temps de l)iillaiiU officiers d'élal-maior. l^^^* ce nombre fui It» ^^éuér.il Kuch, auteur d'ouvrages fort esiiuié.s d'art et iriiistoue militaires.

O. fui enfin le ras d'une bonne |)artie de rt^tU-majur de Gahbaidi en 1860, spécialement instruit, il est vrai, par un officier d'élat-major du plus haut mérite, le coionel Rustow, mis qui ireui que rjuarre à cinq semaines pour cette tàclia.

Âttx Etais-Unis, il n'y a sans doute pas de Jomini, pas même de Ruâtow, et rappafence D*e8t pas qu*il y en ait de si t&t, c'est-à-dire tant que les Américains n^aurent pas Texpérisnce de la grande guerre contre des troupes réglées. Mais il n*y manque cependant pas d*exceUents militaires qui auraient pu être plus utilement employés, pendant l'automne et l'hiver de 1861-1802, à Germer des états-majors qu'à exercer tel ou tel commandement qui leur était dévolu. Si l'on avait pu réunir un certain nombre d'officiers de choix sous le général Halleck, par exemple, en une école théorique et pratique d'état-major, rompant avec les traditions trop techniques de West-1'oiut, comme on l'avait fait des ré^'iments d'infanterie sons le prénéral Casey, nul doute que l'armée et le pays ne s'en fussent mieux trouvés. C'eût été au pouverneiiient à penser a < ela ; mais lui aus>i faisait son appi'eutissage. Sur les con^^' i!- du général Scott, et après lui des généraux Me Clellan et tlalleck, il se borna à améliorer un peu les programmes de l'Académie de \Ve*jt-Point ; faible moyen, car si améliorés que pussent être les cours d'enseignement, il n'était pas possible de faire de cet établissement, excellente école du génie civil et militaire, une bonne école d'étatr major..

Le général Hc Qettan n'avait pas été le dernier, comme on le pense bien, à sentir le poids des difficultés que nous venons de signaler. Mais surchargé de soucis de toute espèce, il était obligé d'aller au plus pressé, et, travailleur infotigthle, il fiiisait lui-mérae la besogne de six état»>mjjoiB. n avait aussi adopté un moyen de munir son armée d*aîde»*de-camp convenables, qui caractérise la liberté et l'élévation de son

esprit. Il accueillait vulontiei*â eu cette qualité les officiers tom 1, 0

europréns, sans crainte des mesquines jalousies de ses compatriotes. Un grand nombre d'Allemands furent sortis des régiments existants, de ceux de la brifradp Blenker et d'autres corps, pour être attachés aux commandants de brigades et de divisions. D'mi d es officiers, arrivés d'Europe pour prendre part à la guerre, furent employés de ia même manière, et ordinairement dans d'avantageuses conditions personnelles. Leur nomination dans rétat>major était, du reste» choee plus facile que dans la troupe ; elle se faisait par le gouvernement lédéral , tandis que celle des officiera des corps volontaires relevait des états.

A son propre état-major le général Me Glellan réunit par ce fldt des éléments fort divers. Il 8*y trouvait, cela va sans dire» les amis personnels et les parents que tout personnage américain traîne à sa suite, et qu'il doit, à la promière occasion, oooler dans de bons emplois. Le beaunpère du général devint son chef â*état-m^jor, poste nouveau en Amérique et créé pour lui ; son petitMre' devint un de ses aides-de-camp avec le grade de capitaine; ajoutons que tous deux étaient parfidtement dignes de ces honneurs et Tout montré depuis. Quelques officiers expérimentés de l*état-major de Me Bowéll avaient été maintenus , entr'autres le général Williams et le major Hardee, de l'adjudance-générale. Des réguliers d'un mérite supérieur y avaient été appelés , particulièrement les • cokmels Colburn , Sweitzer, Wright, Hudson et plusieurs capitaines; des volontaires cités pour leur richesse et pour leur patriotisme, au premier rang lU squels figurait le courtois colonel Astor de New-York, y avaient eu levn- place toute marquée d'avance. Un ou deux politiciens convenablement journalistes y représentaient une portion importante de l'armée et qu'on ne pouvait Ignorer. Enfin , des officiers étrangers y avaient rencontré un large et aimable accueil. Il s'y trouvait deux ou trois officiers prussiens, un ex-lieutenant autrichien , un Hanovrien, deux Suédois , trois Français , dont ! ■ i uite de Paris faisant ses prenuères armes, et le duc d*^ ( Chartres, ancien lieutenant piémontais , ses secondes , un major fédéral suisse, et sans doute des Anglais ou des Irlandais passés plus inaperçus. Les jeunes princes d'Orléans, tous deux capi-

— es —

liiBea, étaienl en outre accompagnés de leur oncle, le prince de JoinvUle, que le général Me Clellan, dans son rapport officiel, « est tenté d'ajouter au>si l'i son état-major », et d'un ancien officier desi chas>s«uri} à pied iranvais, le capitaine

Morchain.

Assurément un aréopage au>-i luen compo»e ne manquait pas d'éclat et pouvait être d'un très-bel effet dans un jour de revue; les connaissances et les aptitudes militaires ne lui Insaîeni également pas défaut; mais iJ devait néoeasairement laisser beaucoup à désirer aous le rapport de ThoiDCfè» néiié, et la présence d'étrangers aussi nombreux ne pouvait 9i*indîap06er lee nattonaux et éveiller de justes suatieptibttités dans le sein comme en debors du qoartier'généril. En bit la confiance mutuelle et Tesprit de confraternité miUtaire, qoi doivent être k la base de touilMm état-mijor , ne paraieeent pas avoir particulièrement fleuri dans alen> tours dtt jeune général en chef américaint conuneon le verra plus tard.

Quoi qtt'il en soit, il avait k sa disposition^ vers le milieu d!oelobre, une belle et asses bonne armée de 158 mille boni"

mes, dont 135 mille présents sous les armes. L'srmement

était peu à peu devenu convenable ; sauf que les fusils, achetés de droite et de {gauche, uIVraiont encore des calibres et des systèmes fort divers. Les lisses étaient en majorité au début, et palliai l:^ l iivés les Enfîold et les aidiichiens formaient le plus gran(i nombre. Mais la fabrique fédérale de Spruigfielil avait été mise sur un nou\ ean pied et conunençait à fournir de bons produits, dans le genre de r£nûekl, qui devinrent de plus en plus nombreux ; les livraisons de cet établissement montèrent un moment jusqu'à miile ftwils par jour.

^équipement et riialMllenient de l'armée laissaient fort peu à désirer, et étaient tout à foit appropriés aux besoins d%ine troupe levée seulemott pour &ire campajpie. La tenue des viriontairesy imitée à peu près des réguliers, était en gé* néral itfmple et sombre; un peu trop même, recherchant par troip la commodité pratique et le sans-laçon,au détriment de cet amour-propre de toilette dont il est de mode de beau-

coup médire auJounTliui, et qui est cependant inlimeinent lié à Ventretien d'un bon esprit militaire dans la trompe. LliabiUement était bleu-foncé, avec quelques fiserés distinguant les armes^ rouge pour rartillerie, jaune pour la cavalerie.

A la fin de novembre, cette armée s'était accrue au chiffre de 200 mille hommes, dont 170 mille sous les armes, le reste ou absent (12,000), ou aux hôpitaux (15,000), uu aux ai rùlâ (3000).

Les confédérés n'avaient pas non plus né^digé leur organisation militaire. Ils possédaient, dans l'orirrine, des milices comme le Nord, qui devinrent des ré«4i"»«^"'-ri d' rrmipa;jae. Mais rnmme ils n'entendaient pas compter seulement sur des voIonUin-es et ({u'ils voulaient que tout le monde prit les armes, la conscription fut institu(^e ; elle fut rigidement appliquée et alla même, dans maintes localités sous l'excitation des passions politiques, jusqu'à la prœse et à des levées générales de force. Tous les jeunes gens valides et non mariés durent partir bon gré malgré. '

Quant à la formation des corps, elle fut la même que dans le Nord. On imita aussi l'ancienne armée régulière, qui ellemême relevait des institutions britanniques. Les confédérés retinrent phis longtmps la répartition en brigades, et attachèrent d'abord à celles-ci leur artillerie et leur cavalerie. Quand leurs effectif s^augmentèrent, ils créèrent des divisions et des corps d*armée. La bataille de Manassas leur avait fait vivement regretter le manque d*une bonne cavalerie, qui eût réellement, le S3 juillet, décuplé la victoire. Us s'appliquèrent à en créer de nombreux régiments ; la Virginie en fournit d'excellents, et plusieurs officiers de cette arme, les généraux Stuartet Iforgan entr^autres, ne le cédèrent eirrien à ceux du Nord; ils fijrent même les premiers à donner l'exemple de ces fiuneux ralcb^une des particularités les plus remarquables de la guerre d'Amérique.

L'artillerie du Sud, meilleure que celle do Nord au début, ftit bientèt distancée ; en 1802, elle lui était inférieure ; elle se composait de pièces de calibres et de systèmes fort divers. Bon nombre d'entr'elles venaient d'Europe , d'Angleterre particulièrement.

Saus te rapport de réquipement et de rhafciUement, Tarmée du Sud était loin d'avoir la belle apparence de celle du Nord. L*habilleinent était encore moins militaire, d*im gria couleur déterre; il donnait aux hommes un aspect remar* quablement chétif; la couverture de laine, fixée par une grosse agrafe ou par un clou, fonctionnait comme manteau.

Les forces confédérées sur pied au commencement de 1862 se montitient à environ deux cent cinquaiil*' mille hommes, répartis en Uoia grandes années et de nornbreuji détachements. ^

Débats sur les plans de campagne; désaccords entre le

gouvernement fédéral et le commandaul eu chef ; quartiers d'hiver à Washington et opérations sur les autres points.

Dès que Tannée réunie autour de Washington eut pris quelque apparence, la question s'était soulevée de savoir si ron ouvrirait aussitôt la campagne ou si Ton devrait entrer en quartiers d*hiver.

Tout le gouvernement demandait qu'on agit aussi tét que ' possible. Mais l'armée, comme on vient de le voir, quoique en train de s'accroître rapidement, ne montait pas encore au chiffre demandé. Aussi le général, estimant avec raison que le tejni).s employé à compléter l'effectif, l'armement et l'instruction n'était pas du temps perdu, siit résister à toutes les obsessions faites auprès de lui pour précipiter la reprise des opérations.

Après plusieurs conférences, le président Lincoln lui demanda une note écrite de l'état de .ses forces et des niesuros à prendre pour l'accroitre itromptement et faciliter l'entrée en campagne. Le général Me Chdlaii soumit vei*s la tin d'octobre le document désiré, et nous voulons y puiser quelques renseignements ultérieurs sur cette période d'organisation, qui tout en eai-actérisant le pays et ses rouages, éclaire divers points d'un triste débat que nous verrons bientôt s'ouvrir et que nous aurons à examiner.

Le général commence par rappeler qu'il a indiqué précédemment la force nécessaire pour pouvoir reprendre la cam-> pagne avec certitude de succès^ et qu'il est encore fort loin

m réalité de ce chiffre. Il avait besoin d*an tolal 4le 240 mille kommas et de SOO canons, dont 150 mille hommes en armée

active; 35 mille aux défenses de Washington; 10 mille à Baltimore et AnapoUs , o mille à la garde du Ilaut-Potomac k Harpers-Ferr>' ; 8 mille à la garde du Bas-Polouiac. Or h la ûn d'octnbpo i\ lui falUut encore pour arriver à cet efTt^c lifmie centavn^^ de mille hommes. Mais il était lacUe de se les procarei par les mesures suivantes :

1* Que toutes les armes d*inlanterie et de cavalerie fabriquées à Pintérieur et achetées à Tétranger soient excbtsiveineiit envoyées à l'année du Potoroac jusqu'à ce que son annement soit complet ; ^ Que les deux compagnies du M artillerie en route du Fort-Bandall à Fort-Monroe, et les compagnies du 9» artillerie en route de la Galifixmie, et la batterie Smead k Harrisburg, soit envoyées à Waihington ; > Qu'un meilleur règlement beilîte le transfert des volon»

taires dans les cadres des réguliers ; 4» Que les autres armées, a l'exception de celle du Kentiicky, comptant 4() nulle homuàes, soient réduites pour renforcer celle du Potomac ; et qu'on reste pour cela en défensive dans le Missouri, où se trouvairiril 80 raille hommes, à Fort-Monroe, où 10 mille hojuiues, dans la Virginie-Occidentale, où 30 mille honunes, et sur les côtes, oii l'on projetait diverses expéditions. Ces 160 mille hommes pouvaient être d'autant mieux diminués que plus de iOO mille hommes étaient encore en voie d'organisation dans le Nord et dans POuest \ 5* Que toute Péneigie possible soit mise bâter Penrôle* ment, Porganisation et l'armement des nouveaux régiments et des nouvelles batteries ; d» Enfin que tous les bataillons actuellement levés pour les nouveaux régiments d'infimterie régulière soient immédiatement envoyés à Washington, ainsi que les anciens réguliers en route de la Californie aussitôt après leur arrivée à New- York.

« L'unilé dans les couoeils , dit en terminant le général Me GleUan, la plus grande vigueur dans l'action &ont mdiô-

pensables. Les forces militaires doivent être groupées en un i tout et non (éparpillées. Un seul plan doit être adopté et suivi; nne seule volonté doit diriger et exécuter ce plan. Le grand

btit que nous avons maintenant à atteindre est de battre rariiiée rebelle artiiellement à Manassas. et ce but doit être l'ubjel des coiibtant> ofTorts du jfouvoni»MiiiMit. Lesetat^ loyaux possèdent toutp la Inrc*» pt aM-<l«d.\ ])oiii' v ai i'iver. Les re- < belles ont di'ployé uac éiiiMyie, nue iinainrinté, un caraetère di;jnes des jours les \>]\\< (léses|iéivs de la rAvoliitien française. Ferons-nous moins qu'eux ? 1 /unité de la nation et le maintien de nos institutions me sont si cliers que j'ai volontiers sacritié mon bonheur privé dans la seule vue de remplir mes devoirs envers mon pays. Quand la tâche sera accomplie je serai heureux de rentrer dans l'obscurité dont * les événements m'ont tiré. »

C2ette note accusait déjà des germes de diseentîmenis entre le commandant en chef et le gouvernement, qui devaient malheureusement 8*enventmer au point de compliquer gravement la tftche des uns et des autres. Pour le moment toutefois les explications du général eurent un bon effet sur le * président Lincoln, qui ne demandait sincèrement qu*à seconder ses efforts. H le lui prouva, dès le novembre, en Télevant au grade de lieut.-général et au poste de commandant en chef de toutes les forces des Etats-Unis, que la résignation du j;én»'ial Scutl veîinit de laisser vacant. Il mit aussi le plus gi'and zèle à prendre la |iliijiait des nie>>»ire« conseillées, cl en partn ulier h .activer ror^iïanisjttinn et rarineinent des volontaires. A la fin do déceinlire reflecUf atteignit le chiffre de 'l^O mille honnnes, dont mille sons les nrmes, mais il n*alla pas sensiblement plus haut, il ne mainjuail ainsi qu'une vingtaine de mille hommes au total demandé par le général Me Clellan , et il avait en somme assez débonde pour remplir la tâche qui lui était dévolue.

Les indications recueillies sur Tennemi s'accordaient fort peu entr^elles. Ce qui parait le plus certain c'est que l'armée confédérée du Potomac, sous le général iobnston, comptait près de 116 mille hommes, à savoir : A Manassas, Gentreville, Bull-Run, Haut-4)coquan et envihms, 80 mille

hommes ; à la station de Brook. h Duiiifrie-*, put le Bas-Oco qif; n et alentours, 18 mille hommes; iVLeeî»b'irg et environs, 4"/iO IvuTun^^^ ; «lafis la vaii'--' d<* Slien;u)»l'>ah , mille homin-^-. T/arm»'^*^ avnit aver ell*> environ :^' hi ]>ieces de camp^^ple el une trentaine de buuclie.s à f<'u do position.

I.es ouvragt^s de «>ntreville auraient constitué une position formidable sMls avaient été mieux armé?. Ils se composaient 4e deux lignes formant entr'ellee un angle d'une centaine de degrés ; une ligne faieail face à Test, Tautra au nord. La pre* midre comprenait 'sept ouvrages, à savoir: un fort bastion, deux redoutes, deux lunettes et deux batteries, contenant des embrasures pour 40 bouches à féu. Lee ouvrages étaient refiés par des parapets d'Infanterie et des doubles caponiè- • res. La ligne courait le long d*nne crête et s'appuyait, à un mille et trois quarts de sa jonction avec rautre front, à un terrain trop coupé et trop boisé pour être praticable k une colonne d'attaque. La ligne faisant face au nord s'étendait sur une distance de <ienx milles jusciu'à un ruisseau qui appuyait solidement sou aile. Elle comprenait six lunettes et batteries, avec des embrasure?? poîu' 31 canons, reliés également par des pai apets d'infanterie en forme de crémaillère. Dans le village de Centreville même, sur une colline dominant le rsfvers des ouvrages, se trouvait une large redoute hexagonale avec 10 bouches à feu. L'armement de position était fort incomplet ; les embrasures étaient destinées à être mmites de pièces de campagne au moment de faction ; en attendant^ iMm nombre d'entr'elles avaient été revêtues, pour les rendre plus imposantes, de troncs d'arbres et de tuyaux de poêle en forme de canons. Mais cette ruse des canons de quakers, comme on les appelait, avait fort bien été décou* v«rte par les espions fédéraux. L'état-major du général Me Glellanet même tous les journaux eu possédaient Texacte description. Vu la nature du terrain en avant de ces lignes, des pièces de campagne suffisaient pleineinent à Ijattre les abortls directs, qui étaient déeouverts et à petite portée'.

Le camp de Manassas était retranché sur toutes ses laces par des ouvrages détachés. Dans les intei'valles, des plateformes pour canons de gros calibre sur affûts de c6te alter-

naient avec des parapets d'infanterie en crémaillère. Ce système était complété par une Rr;uuJt: l eduutc à 16 embrasures, sur une colline dominante. Quelques fuasés de tiratUeun s'étendaient ver& le Bull-Run.

En somme, les positions confédérées à Manassas et à Centre ville avaient été fort bien choisies ; naturellement fortes, elles étaient devenues imposantes par rindustrie et auraient nécessité, pour être enlevées^ de considérables travaiut d'approche ou des assauts meurtriers.

. Rien n'obligeait en revanche de s'y heurter de front ; elles n'étaient pdnt nécessairement inévitables; elles pouvaient être tournées soit par terre soit par eau. Disposer contre elles de près de SOO mille hommes , tandis que plusieurs autres armées pouvaient sur d'autres zones se livrer à d'utiles diversions, était certes bien suffisant.

Toutefois il fallait encore que ces forces fussent sagement employées, et là précisément était la diiïiculLé. On a vu que déjà le général Scott avait dû céder, cl.ms l'exécution de ses plans, à de fâcheuses inlluences, et que le général Me Clellan avait été forcé de résister aussi à des instances peu justiliées du gouvernement. £n attendant sa complète organisation, l'armée avait pris ses quartiers d'hiver, et le tempe qui s'écoulait dans cette qiparente inaction augmentait rimpatience de l'opinion publique. Le général cherchait bien à la détourner par de fréquentes revues partielles ou en masse, passées presque sous les yeux de l'ennemi ; mais ces beaux spectacles, tout nouveaux pour le pays et d'autant plus courus, enflammaient la fibre guerrière bien plus qu'ils ne la calmaient; sMls portaient à son comble la popularité du jeune général créateur d'un appareil militaire si doux à l'orgueil national, ils renforçaient d'autant les voix qui lui demandaient d'employer enlin cette mafsmUique armée et de marcher en avant. Mais les mauvais temps arrivèmnt, et avec eux des routes si boueuses en Vir^'inie qu'il ne pouvait être un instant question d'y faire mouvoir des troupes avec leur attirail ( auipiigne. Aux pluies succéda la neige, exceptionnellement abondante cette année-là, et Tarmée se trouva forcément confinée en quartiers d'hiver. 11 devint évident, au grand mécontento»

ment de tout le monde, du goiivcmement en particulier, que Touverture de la cani pagne serait ajournée au premier printemps. En attendant, l'armée fut disloquée tout autour de Washington, s'étondaiit ,i ilKufy sur la rive gauche du Potomac jusqu'à Vv'illiamspoi t et envn ons, et h franche jusqu'à Liwerpool. Les dilférenles divisions furent postées comme suit : Hooker, à Budcb-Ferry, «ur le bas Potomac ; Ueintzelman, à Fort-Lyon et environs; Franklin, au séminaire de théologie; Blenker, près U cbapelie Hunter; Mo DoweU, près Uptone-hill et ÂrliDgton; Porter, à Hall et MmnhhiU; Smith, à MakalhhhiU ; Me GaU, à Langley ; BœU, Mr*la rivd ganche, à TenaOrtown, MeridiaMiiU» caiapelle « Emory et environs; Gasey, à Washington; la eaTalerie de Stoneman et ta réserve d'artillerie de Hant anssî à Washington ; Banks, à Damestown avec détachements à Point of Rocks, h Sandy-Hook, à WilUam.spoit; Stone, à Poolesville; Dix, à r.. iltiniore.

An iv-t, î(> tiîuips qui s'écoula dans ces quai ii^rs ne fut pas du teinp-s mal employé. Tout en f?'arrangeant [ uiu- l'hiver Tarmée n'eu demeurait pas îuoius en caruiuigue. Les camps, le.s postes restaient les mêmes, sauf qu'on y joignait ci et 14 une double cloison, une meilleure toitui'e, un four^ neau, une plus large cheminée, et qu'on cou{>ait un peu plus de bois dans les forêts avoisinantes. Les reconnaissances ne ralentissaient pas; il s*en fit souvent pour la seule éducation de la troupe, et, chaque fois que les piquets et les avantpostes avaient l'occasion de gagner un peu de terrain sur l'ennemt, ils s'empressaient d'en profiter. Il y eut ainsi, sur tout le front de l'armée, pendant l'automne et l'hiver de 18W h 1862, plusieurs escarmouches qui aguerrirent les hommes, ainsi que <(uel(]U('s artions assez vives, l'ue des plus brillantes eut lieu à Druinesville, le 20 (lécciiibre. La brigade Ord, fie la division pensvfvanienne Me Call, mit en déroute une division c<^)nfé«!^'rée. Sur le Haut-Potoînac, le général Larider, de la diAisiou Stone, repoussa jdusieurs attaques du fj( n- l a! Jackson contre le chemin de fer Baltiinore-Ohio. La division Smith fut aussi plusieurs fois engagée, ainsi que la cavalerie du général Stoneman.

En revanche, les fédéraux subirent un sanglant désastre le 21 octobre, à l'alTaire dite massacre de Ball's blulï". Environ 2000 hommes, àûu;> le général Sione, de l'armée régulière, chargés de faire une déinonsiration contre Lposbiirg, furent impriidpminent jetés au-delà de la riviùre, <ju il> franchirent en bateau à F.d\vaps-Ferr\ , au-dessus de AVashinj^tun. Mais, sur le sol vir^inien, ils furent attaqués par des forces supérieures, avant d'avoir \ni prendre soUdemont pied, ou su s'organiser une ligne de retraite. Tandis que la gauche, sous le général Gorman, fut entretenue par une fusillade, la droite, brigade Baker, fut violemment assaillie, débordée et jelée k reau. Le général Baker tomba mortellement frappé et sa mort fiitle aignal d'une complète déroute ; les fédéraux acculée à la rivière, ne purent pas se réembarquer; treiie ou qu»torse cents d'entre eux furent tués ou noyés, tandis que les autres s*en(Uirent isolément par la Viiginie, ou à la nage, à travers le fleuve.

Cette affittre avait été si malheureusement conduite par le général Stone, qu*U foi arrêté sous prévention de trahison, et dut passer devant une cour mai*tiale. Celle-ci le libéra sans doute de cette j^i ave accusation ; mais ne le réhabilita point comme géiïéral aplek un commuiidement important.

Sur les autres théâtres de la guerre, les opérations n'avaient pas complètement chômé, quoique sans donner de résultais bien décisifs. Le général Fremont, le candiilat républicain à la présidence de 1852, avait été appelé, en juillet, au commandement supérieur de tout le déiiarterncnt de l'Ouest. Sa seule nomination avait sufli à donner un nouvel élan aux passions en présence. Son renom, essentiellement pohtique et abolitionniste, devait aussi apporter un caractère plus accentué à la lutte.

Dans le Missouri, des affaires de peu d'importance eurent lieu à Dug Spring, à Athènes, à Potosi; mais le 10 août, à Wilsons-Greek, près de Springfleld, une action plus chaude s'engagea entre le général Lyon et les confédérés, sous les ordres des généraux Price, Me Gulloch et du gouverneur Jackson. Après une mêlée très meurtrière, les fédéraux du-

rent repUpr sur Rolla. Ils prétendirent bien, nia^n^ cela, s'attribuer la victoire, vu fju'its avaient mis hors de combat inviroQ 1200 sécessionnistes, mais de leur cf)i6 ils perdirent im millier d^hommes^ dont leur brave générai Lyon, tué en eondaiaant une chafge.

Après ce foit d'armes, les séparatistes s'enhardirent au poiiit que le général Fremont dut prendre des mesures plus TÎQoareuaes pour contenir les soulèvements. Il proclama la loi martiale et ae mit en devoir de libérer les esclaves des insurgés. Une proclamation qu'il pabKa dans ce sens provo* qaa toutefois tant de récriminations, que le président Lincoln, «fin d'apaiser le parti démocratique qui combattait sincèrement pour l'Union, mais rien que pour l'Union, déclara modifiées, par sa propre autorité présidentielle, les mesures hâtives du général. Le reste de la saison se passa en escarmouches varit ---^, ordinairement au profit de*; confédérés. Ainsi ils détruisirent le chemin de fer llannibul-St-Joscph au pont du Platte : Lexington, ils capturèrent 2500 fédéraux SOUS le colonel Muliigan. D'autres affaires, h Black-River, à ISraenville, à Tuscumbia, h Osceola, à Papinsvilie, à Uunter, àSchangae, à Springfleld, à Beckwith, à Tavemcreek, à Inmton, à BuflSAlo-mill, ftirent sans grande importance, quoiqu'il s*y produisit souvent des actions individuelles brillantes.

Le camp et la flottille du Gairo continuaient à s'augmenter, et fourniraient bientôt vfkie force tout-à-fiùt apte à desaffiiires d'éclat.

fin novembre, le général Fremont , trouvé finalement trop

poUticiet^ , fut remplacé dans son commandement par le général Halleck, et des opération?^ plus dt-risives furent combinées entre celui-ci et le nouveau coiuni.uulant en chef.

Dans le Kentiicky, jilacé sous le coinuiandenient du major Anderfion, devenu izénéral, rien tl ini portant ne s'était produit. i>es escannouches eurent lieu à Columbus, à Barl)oursville, à Elicotts-mill, à Smithland, h f'ynthiana, ii Lucaa'Bend, à Hopkinsville, à Flemington, h (>)lumbus, îi Pikeville, à MumfordviUe, sans donner d'autres résultats que de maintenir tout le pays sous les armes. Le gros de l'armée fédérale stationnait aux environs de MumfordviUe. La situation poli-

Lique s'étxut en rovanche accentuée. La législature, réunie le 2 septembre, s'était |)n nonc^^e en majorité pour ITInion, mais des comités actifs n'oii ( (Hiliiiuaient pas moins rmivre séro^siomiiste au nom (Ip TKtat et lirmantierenl i en trie du Reiitucky dans la confédérntinn ; celle-ci passa, en ctôceinbite, un bill pour l'admission du kentncky.

En Vir^dnie-occidentaie le général Hosencranz avait livré * aussi de nombreux combats, contre le général Floyd entr'di»- Vre&y mais qui n*avaieut rien changé à l'étal des choses indiqué précédemment.

Aux environs de Fert-Monroe le général Butler avait eu quelques engagements contre le général Magruder ; et celui-ci en fNTît occasion, au commencement du mois d'août, de réduire totaiemeat en cendres la jolie petite ville de Hampton, acte de vandalisme sans aucune utilité.

Le liaryland avait un moméat, pendant Tété, donné de nouveau quelques inquiétudes. Sa législature praiait le verbe haut et menaçant. Vers le milieu de septembre il lui Ibt signifié d'avoir à se calmer ; la sommation n*ayant pas eu Vette^L voulu, la légiaialure fut dissoute par ordre de l'autorité militaire, et les membres sécessionnistes incarcérés au fort Mac- Henr>'. L'émotion causée dans le Marylaud, ainsi que dans le Delaware, qui lenrlail aussi às'a^dter, par cet acte de vigueur fut vive et salutaire ; atjcun trouble ne s'en suivit.

A toutes res affaires le ^r in ral Me (^lellan n'était naturellenii lit pas resté coni})lelenienl étran«îer. Il n'avait pas attendu, 011 l'a vu, d'être otiiciellenient en fonctions comme connnandant en chef des forces des Etats-Unis pour suggérer ce qu'il y avait à (aire sur les différents théâtres de guerre ; ce qui pouvait s'y passer ou pas devait avoir plus ou moins d'influence sur les opérations de l'armée du Potomac, et devait s'y lier à certains égards. Mais une* fois revêtu decebant emploi il avait doublement le devoir de s'occuper des armées secondaires. U n*y manqua pas, et dès les premiers jours de novembre il envoya des instructions à cet effet aux différents cbefr de départements, entr^autres aux généraux Halleck, Buell, Buniaide, Sherman et Butler, qui définissaient la situation générale et les buts spéciaux de la campagne qui allait

s'ouvrir. En attendant que sa proprt^ armoi- fût assez bien org'tnisée pour se meHiv nionv-Miiriil rl pour frapper le grand coup , il n'avait du reste rien de mieux à £ûre qu'à e»mj» de faire bouirer les autres.

An ^néral Halleck il écriril da réorganiser avec soin les krooB éa Ifisaoori et de litre comprendre «m habitants dootaox <ia*cm ne eombeltait que pour le manHieii de fUnion et de bon ordre ; qu'il eit, pour le moment k ee retrencber eoUdanent à Bolla, à Sedalia et anr d'autres points întérienrs, et à eoneentrer les masses près du Missiasipi, de manière à ce qu'elles funnopt prêtes à toute opération ul^rieure gui serait ordonné.

Au général Buell, réoeimnent placé à la tète du département dit de l'Ohioetdes opérations dan*^ le Kentucky h Test du Cuiuberlaiid-Kiver (la partie du Kentucky à Touest de cette rivière relevant du département du Mïs.-^oun > il recommanda de faire son }>os<»ible pour maintenir l'Etat tout entier du kentucky à l'Union, et pour cela de soigner sa politique autant que son arm(^e; de ne pas s'immiscer dans les affaires domestiques et de protéger tous les droits constitutionnels eompatibles avec les nécessitée militaires. Quant aux opérations oe iiréparer à les entreprendre activement, en se âon« nant pofur principal obiectif le Tenessee-oriental, où l'Union a de nombreux partisans^ et en particulier Nashville. À cet efiél rester en défensive sur ta ligne de LouisviUe à NashvlUe, et jeter rapidement Isr masse des Ibrces, par Gumberland»-Gap ou Walkere^hq» sur KnoxviOe ; y occuper le chemin de fer et couper ainsi la communication ferrée entre le Ifississtpi et la Virginie-orientale ; ne pas négliger de fortifier les dédiés sur les derrières.

Le général Me Clellan n tjublia pas non plus les côtes, et les ve->'>uri:'-< que la navi^iation pouvait apporter à l'armée^ soit comme aide direct, soit pour des diversions.

Il avait demandé déjà en septembre la formation d'un corps spécial d'une dizaine de régiments de marins et de soldats

de la Nouvelle- An frleterre pour des entreprises côtières.

Ce corps avait été formé ; des bâtiments avaient été réunis,

et Ton torcherait à s'emparer de différents points du Sud

sur rAUantique, deRoanoke-Islazui, de SavaonBhy 4e kNoi»vèU&Orléans et d'autres encore. Au commencement de janvier une de ces expéditions était enfin et après beaucoup d'efforts prête à partir. Le général Uurnàide i ii revut le conirnandeiaeiit uvi^c les instructions suivaiiU s : rallier, à Fort- MiHiioe, le Commodore Ouklsboidugh et il i rifçrren commun sur l'ile de HaUcriis dans la Caruline-du-Nord, y luetti e garnison, pénétrer dans la baie, altaquer et orrnper lloanoke- Island; faire une descente sur New-Hei'ne ; réduire le fort Maçon et occuper BeautbrL; puis tacher de saisir le carrelViur de chemins de fer de Goldsborough , et pousser si possible jusqu'à Raleigh ; se rabattre ensuite surWilmington ; détruire les ebemins de fer utites à Tennemi, entr'autrea le Wilmington-W'eldon, une des meilieures lignes d'aptNTOvisionnemeDt de la Virginie. Dans tout cela user d'une grande prudence ; s'entendre toujours tnen avec la flotte; être sobre de proola* mations, surtout n'y pas trop parler de politique et de nègres ; se rappeler que les fâdéraux combattent seulement poiir le maintien de l'Union et de la toi ; protéger en conséquence les droits et les propriétés des gens qui ne sont pas en armée contre eux.

Nous verrons plus loin que cette expédition, sans accomplir tout son vaste programme , eut cependant ^ suocès très convenable.

Une autre entreprise cùtière avait déjà été dirigée plus au sud, sous le ^'éuéral Slioniiau, qui s'établit à Purt-Royal dans la CaruUiie-du-Sutl. \'crs le aidieu de févrj<'r il lui fut envoyé, avec des pièces de î2:ros calibre, des iusti-uctious pour réduire le fort Pulaski et ]K»ur s eiuj)ai'ei- (\o Feniaiidina et de St-Augustiij. Kn l'evanclie un iuatéri<-l de siège coiilre Savaiuiah lui fut l'efusé pour ne pas cparpUler K's ressources. Le tour de Savaunali et de Charleston sui'louly cœur do la rébellion, viendrait seulement plus tard.

Dans le nii'^me mois de février, une autre expédition de même nature fut c onfiée au général Butler, remplacé au commandement de Fort-Monroe par le vieux général Wool. .11 ne s'agissait de rien moins que de s'emparer de la Novtvelle-Orléans. U reçut à cet eCfet la 41ftposition d'une force

de déban-fuement de i8 mille hommes, de trois batteries^

270 cavaliers et d'un train de siège. Le généra! Me Glelkn, en date du '2:\ fôvrier 1862, lui donnu les instructions suivanleri : Xçiw en l-i ime entente avec la flotte sous le commandement (lu i«>iiiinodoiv Karrajciit; garder secret le l»nt do l'expédition, même h tous U"s ofticiers de Pétat-major, sauf au chef d*état-inaJor et au lieutenant du \iénw Weitzel ; pénétrer dans le Mississipi, où les premiers obstacles seront sans doute les forts Saint-Philîpp et Jackson ; les réduire par (e feu de la mariiie, qui sutTira probablement ; y latsaer une petite garnison, ainsi qu*à la station des pilotes, pour assurer la retraite en cas de revers. Si la marine ne pouvait venir seule à bout des ouvrages, Vy aider en débarquant des trou- * pes et do canon. Après cela des batteries à English-Bead seront le second obstacle. Prendre ces ouvrages par une ac* tion combinée de la'troupe et de la flotte, ce qui livrera la \ Nouvelle -Orléans elle-même. Dans ce cas, le mieux sera pro- ■ bablement d'occuper Algiersavec la masse des troupes, ainsi qpie la i èJ^e j^auche du fleuve en amont de la \ille, tout en laii=>"=:ant tlan^ la ville quelques troupes pour y maintenii le boa onire. lléduire les ouvrages du cot*^ de l'Est et occuper Mancha<*-pa»ri- Ensuite B;\ton-Rou^^e , Berwick-Bay et Fort- Liwington, puis Jackson dans le Missi?»sipi, réclameront Tattention dans le but de se relier, en remontant le fleuve, aux opérationa des colonnes du Nord. Â cet effet une feinte sur GaWeston sera favorable. Après avoir ainsi ronvert le Mississipi, et à l'aide de renforts qui pourront sans doute être envoyés, on agira contre Mobile, Pensaoola, Galveston et autres points de ces côtes.

Dés lemoisde mars, cette vaste entreprise était en bonne voie d'exécution, et nous en verrons plus loin les brillants résultats.

De rénumératiôn de ces diverses opérations, sans parler des travaux d'organisation toujours en cours, découle tout nnturellement la preuve que l'armée, et surtout son étatiriajor suprême, ne restaient [inint les bras croisés. Peut-être un peu moins d'activité eût-elle été désirable, car sans le vouloir, et même en voulant tout le contraire, on entrait à pieine voile dans un système d'éparpiilement et de pet Us pa^

TOMS 1.

qiuits qui ne pouvait rien amener de bon. On pensait Wen, à ia vérité, (lu»' la tàclie princi[)ale était ^;ui' le ciieinin de Richmond, et qu'à cela les expéditions sur d'autres points apporteraient un aide eflicace en forçant l'ennemi à s'affaiblir en Virginie pour se renforcer ailleurs. Mais le.s expéditions lointaines sont toujours plus soumises aux contre-temps que ce qn'oîi a SOUS la main, et il aurait certes mieux valu employer la majeure partie du personnel et du matériel ainsi disséminés à renforcer Tarmée principale, cpi'on disait inférieure à ce qu'elle devait être.

Quoi qu'il en soit de l'activité déployée à cet égard, tant que devant Washington rien de plus évident ne se faisait, les plaintes du public, de Tadministration , du Congrès n'avaient pas cessé. Chaque fois qu'un pe« de soleil peroait les nuages, les journaux l'annonçaient comme une joyeuse nouvelle, car les routes allaient sécher, f ahnée entrerait en campagne et la hideuse rébellion n'avait plus que quelques jours à vivre. Quand ia pluie tombait, c'était un second couplet sur le même air. Les neij?es allaient fondre ; les rivières sentier; les cimonnières pejieLreraient à leur aise jusqu'au cœur de la hideuse rél)ellion, qui recevrait entin le eoup de mort. Pour calmer les anxiétés bien natuoelles des populations, on ne pouvait pas leur raconter les prpiets et les opérations en cours. On devait même, vu le grand nombre d'agents du Sud au sein de la société de Washington de tous étages, tenir dans les corps et dans les bureaux un grand secret sur les aflaires militairqs. Le général Me Clellan ne s'en ouvrait qu*& de rares personnes et dans les cas absolument indispensables. ^

D'autre part, un nouveau secrétaire de la guerre était ar^ rivé à ce département. M. Stanton, avocat de l'Ohio, homme actif et honorable, patriote ardent, mais peu intelligent et aitiiaiiL à laire montre d t iierjïie, avaif remplneé, en jauviéir, M. Caméron. Comme tout lion nouveau ministre, il n'entendait pas que son entrée aux alVaires passât inapeivue. Pour la rendre au contraire bien visible, autant sans doute que pour se mettre au courant de sa besogne, il s'occupa d'abord de tout revoir et de tout prévoir ; pendant quelques

jonrs; il inonda U pressa de rapports, de prodsmalions, d'oftl^ du jour personneb d'une boorsouffliire trouvée lidM^fe par les gens dont la tête n*était pas échauffée an môme degré. Dans ces derniers pouvait bien compter Tétatm^r du commandant en chef, qui avait d'ailleurs des devoirs plus prossanls que de piésider à rapprenlissajjie du nouveau ministre. Il s'ensuivit que M. Slantnii m: rencontra pt'-ut-t*'tre }ia> «l»' ce côtr-là toute la •■ontianee à la(|uell«' sa position oflieiell»' lui *loiuiait tiioit. et l'on cojiiprend qii'il ait pu en j'ai (lt»i- (piL-lqne rancune. I.e fait est que peu de temps après son entréo en fonctions, les rapports entre le gouvernement et le quai^ier-général devinrent de plus en plus aigres, et la correspondance prit tout le caractère d'une polémique et d*un éahange de notes diplomatiques destinées à voir une fois le ifmd jour.

n faut dire aéssi que les divergences d'opinion politique avaient une bonne part dans le conflit à l'état encore latent Le général .Me fclellan, quoique essentiellement militaire, appartenait cependant au parti démocratique ; sa popularité eroisBante et ses constantes recommandations d'élaguer autant que possible la question de l'esclavage de la lutte engagée relevaient la cause déraocratiqin» , en m Ame temps qu'elles irritaient la fraction abolilionniste. Celle-ci , par queU^uo;» lionuiies d'I-^tat de grand talent, ét.dt («'pendant puisr^ante au ( longiès ; elle ap|)uyait vivement le gouv{»rnenient et surtout le nouveau ministre, foncièrement n'puhli- . cain, dans toutes les mesures cpii pouvaient tendre U rendre \ la guerre plus (5nergi(|ue et plus nationale, l Cette fraction, dont MM. Sumner, Ghandler, \\ ilson, la Kr>*t6une étaient les principaux organes, semblait même craindre que la guerre ne fût trop bien menée, militairement àarlant, et qu'elle n'abouUt, par la voie du militarisme triom- ^hant , qu'à foire déplacer la question même qui avait été la, cause première de la crise, la question de l'esclavage. En ftût une immense équivoque s'étendait sur tout le pays à ce moment-là. La guerre avec ses tristes réalités avait provoqué une réaction dans la politique. Une fois le Rubicon passé, les appréhensions étaient survenues. On voulait bien

que la nation se montrât brave, mais sans se créer plus de

dangers qii il ii était nécessaire, et sans précipiter le pays dans une guerre i-évolulionnaire et sociale qui a| «paraissait comme mèléoàilcs ;)l)iMit's sans fond, f.e rétoblisseiueuL delà paix,lemairiti«'ii delà Ici^alilé s.njss'iiujuiéler d'esclavage, était le programme devenu celui île lont le mond(% le progr-iuiune public au moins. Four beaucoup ce n'était, il est vrai, qu'une partie, que le commencement du programme, qui n'excluait pa» l'autre, l'avancement de la question de l'émancipation ; pour beaucoup d^iutr. s, c'était un programme sincère et complet, pour New-York, par exemple, pour Chicago, en général pour les grandes villes commerçantes du Nord. Pour d'autres encore, c'est-à-dire pour tous les états bordera rattachés à l'Union, c'était plus qu'un programme complet, c'était une convention à laquelle on s'était engagé ; enfin, pour les états douteux qu'on voulait ramener à l'Union, c'était, quelque opinion qu'on pût en avoir au fond, le seul drapeau avouable, à moins de vouloir de galté de cœur doubler le nombre des ennemis à combattre. Ainsi, et par ces diverses raisons, le pays avait l'air d'être engagé dans une guerre dont il essayait de se voiler la cause h lui-même. Ur^^ane de l'opinion pulilique, le président avait uiéiue ('t»' forcé, on l'a vu, de tenqiérçî» les ardeurs abolilionniMeH , assez modérées eependarit, du fiénéral Freniuul à Saint-Louis. Mais !e< l'épulilieriins avancés étaieril froissés de voir >e restreindre à ce poniL le ehainp de la question qui leur tenait le plus h coeur, et ils ne craignirent pas , dès la fin de janvier et dès l'arrivée de M. Stanton aux afTaires, de réagir très ouvertement contre la tendance trop réellement démoerntique que prenaient les affaires de la guerre. Le comité militaire du Congrès, sorte de conseil aulique composé de délégués spéciaux des deux Chambres, se mit surtout de la partie, et il aida de son mieui à fomenter dans les parages officiels une guerre sourde mais ardente contre le commandant en chef.

Un des premiers ordres du nouveau ministre de la guerre fut de demander au général Me Clellan d'assurer la réouverture du chemin de fer Baltimore-Ohio. C'était, en effet, une communication importante et la plus rapide entre les

ariiHNis de l'Est, du Contro, r'ost-à-diiv dp \^ Wvhuùp-Occidentale, et de rOue^ît. Mais n'\ l'on n»» voulait pas ipuiorcer l'une d»' ('PS armées au moyen des autres et se servir du chemin de fer comme prompt moyen de concentration, il n'y avait pas grand intérêt à rentrer, quelques semaines plus tôt ou plus l fiiî. on possession de cette voie ferrée. Le mérite subit qu'on lui découvrait venait, paralt-il^ d'un certain rôle qu'elle aurait joué dans le changement du personnel ministériel ; on avait accusé M. Cameron, ce qui ne fut jamais bien prouvé du reste, d'avoir volontiers laissé cette ligne aux mains de l'ennemi pour en fiivoriser une autre, à laquelle il était personnellement intéressé.

Un second ordre au général Me Qellan le requérait d'agir aussi du cété opposé, c'est-à-dire sur le Bas-Potomac, et, concurremment avec la marine, de nettoyer les rives de la baie de Chesapeake des batteries rebelles, tjm de divers endroits, de Mathias-Point enti autres, nKMiaraieiil la navigation du fleuve. Cela aussi avait une importance incontestable, mais qui ne teruiil pas luni plus à une exécution immédiate.

On comprend en elVct «pic des oiu i atituis d»; cette nature, et tant que ra|)provisnuui(Muoiit de ia grande aiinée et do la r.ipitalé ne souflrait pas de l'état des choses, fussent subordonnées aux mouvemanls d'ensetuble et au programme de la campagne (lui allait s'ouvrir. Jusqu'au moment où l'armée se mettrait décidément en mouvement, il importait de laisser l'ennemi dansledoute le plus complet sur la véritable ligne d'opérations qui serait choisie; et pour cela il était avantageux de ne rien changer nqpmentanément h la situation, et de se garder, à droite' et & gauche aussi bien que sur le front, les prétextes plausibles de diversion qui s'y trouvaient. L'ennemi pourrait être d'autant mieux trompé sur le point oh il serait réellement attaqué.

Le générai Me Clellan, qui avait déjà arrêté son plan, mais qui ne désirait pas encore le révéler, se borna, paralt-il, à opposer des lenteurs et des échappatoires à l'exécution des deux entreprises ordonnées par le gouvernement. Pressé cependant de s'e.xpiiquer , il lit connaître au ministre de la guerre, d'abord verbalement, puis développa par écrit son

[)mjet, (l'olait (le se porlor sur lîirhmnnd au nioyon «l'un fiiibunjuement et d'un débarquement sur la baie de Chesapeake, en tournant ainsi par leur droite les positions fortifiées de rennemi. président examina ce plan et le désapprouva; il en proposa d'autres , particulièrement celui d'enlever tout bonnement de front les ouvrages sur Ja route directe de Richmond. Le général Me Clellan présenta à son tour ses observations sur les plans du gouvernement.

Enfin, le 27 janvier, au milieu de ces pourparlers et sans plus de consultation, le président Lincoln émit Tordre suivant:

Résidetice executive, Washingtm, il janvier i862,

n «tl wémmi que 1« 22 ftrrier toutes les forces de terre et de mer

des Etats-Unis se mettent en raouvemeat contre les forces ennemies. One sptûialeiTieiit len arm/'es de Forl-Monrop, dn Pntoinac, de la Virginie-Occidentale, du Kentucky^ du Caii o, et la Hutte dans le golfe da Mexique, se préparent à se mobiliser |M>ur ce jour-là.

Que toutes les autres forcu de tortn èt à» mer, ainsi que leurs eommandants respectifs, obéissent aux ordres déjà donnés pour cette époque et se tiennent prêts à obc-ir à tous les ordres supplémentaires qui pourrait'iil i^lre di'^iiuMit (loiirn's.

Oue les chefs de dépai teiueiil, et purticulièrt fiteiil les secrétaires de la guerre et de la uiarine avec tous leurs subordunnés, et le général en chef avec tous les autres commandants de forces de terre et de mer, soient sévèrement tenus responsables de l'exacte, prompte et complète exécution du présent ordre.

Cette incroyable prétention à manœuvrer un million d'hommes au commandement ni plus ni moins qu'un simple peloton fut corroborée, en ce qui concerne l'armée du Potomac, par l'ordre suivant :

Ritidefice exéeutive. Wa$ki»gto»j Si janvier Spécial ordre de guerre du président, w 1 .

Il est ordonné que toutes les forces disponibles de l'armée tlu l'otoànac, après avoir pourvu à la défense de Washington, soient mises en campagne dans le but immédiat de s'emparer du point du cbemin de fer du Sud-Ouest connu sous le nom de Slanassas-Junction, et de s'y maintenir. Les détails de l'expédition restent à la discrétion du général en chef; le mouvement aura lieu le â!2 février ou avant ce jour-là.

Le général Me Gleltan fut, comme on le pense,' stupéfait de telles décisions de la part du gouvernement. Elles sentaieni bien plus un charlatanisme politique déplorable en de

telles circonstances, qu'elles n'indiquaient des vues militaires sérieuse:*: — il faut savoir que le 22 février est une journ»^e SôlenneUe et patriulnpie aux Etats-Unis ; c'estranniveiauire de la naissance de Washington ; les salves de réjouissance tirées du Capilole fédéral à cette occasion devaient être l'ordre du départ et de la victoire.

Le commandant en clief demanda toutefois à pouvoir pré> aenter ses objections par écrit, et cette txvenc lui ayant été accordée, il soumit au secrétaire de la guerre, le 8 février, , une longue note à cet effet.

Après avoir rappelé tout ce qui avait été (ait jusqu*à ce jonr devant Washington et aux autres armées, il passe au point spécial des opérations ftitores de Tarmée du Potomac. Deux lignes d'opérations sont h choix. En premier lieu, celle directe do Washington sur la zone de Centrevillc a contre elle les forts retranchements et les batterie.^ rebelles établies à Cenlreville, à Manassas, le long de TOcoquan et sur le (:ht»sapeixke, qui empêchent de penser à une attaque soit de front, soit sur leur droite. En outre, le mauvais état des routes et les larges cours d'eau ne permettent ni de fixer le moment du départ, ni de compter pouvoir manœuvrer &cilement devant l'ennemi, qui, lui, s'est £ût de bonnes routes et pourra opérér sur un terrain connu. Il est toujours avantageux à la guerre de ne pas Êûre ce que Tennemi désire. On le servirait à souhait en allant lui livrer bataille dans ses positions quand on n'y est pas obligéT.

La seconde ligne d'opérations serait par la haie de Chesapeake, en se créant une nouvelle base h un point convenable de la côte, qui dépendndt des circonstances du moment, à Ur'oana, par exemple, à rcmhouchure du Happahanock. De lîi on utleindi'ail facileiufiil les environs de Ricimiond, et Ton couperait peut-être l ai iiiée de la Péninsule de celle déjà tourni'i^ de Majuissas. Si Ton ne pouvait atteindre I rbaiia, la baie de Molijack, du à ricrueui- le Fnrt-Monroe, ou tout autre point de g^h côtes offrirait des avantages à peu près sembia-

bles, fociliteniit les transports, éviterait les mauvaises routes, économiserait de nombreux charrois et offrirait les moyens, en agissant rapidement, de surprendre Tennemi. Plus spécialement le général recommandait la base d*Urbana comme la meilleure.

Cette démonstration, munie de pluâ longs développements que nous n*en donnons ici, et de Tindication de vastes opérations que le général Me Qellan projetait pour arriver ensuite, par des mouvements combinés entre les diverses armées,

jusqu'au cœur mdnie de la rébellion, séduisit le gouvernement. Il laissa tuuiber sans mot dwv 1 Hu xécntion de ses ordres emphatiques, et se mit en devoir de réunir une flutte de transjK)!'ts à Washington et à Anapoiis. Unempl«)ye supérieur du serrétarial de la guerre, M. Tucker, fut spécialement chargé de ce soin, et il s"en acquitta avec beaucoup de zèle. Au commencement de mars, il mit à la disposition du commandant en chef cent et quelques steuiners, près de 200 schooners et de 90 barques.

Néanmoins quatre à cinq semaines avaient dû encore s'écouler pendant ce temps. Ce délai n'avait naturellement pas calmé les impatiences du public ; d'autre pait de nouveaux tiraillements s'étaient produits entre le gouvernement et le commandant en chef, à Toccasion d'opérations plus ou moins réussies sur le Haut-Potomac, et manquées contre Mathias* Point.

Enfin, le moment s'approchant où tout serait disposé pour l'entrée en campagne, le général en chef réunit ses divisionnaires en conseil de guerre le 28 février. Il leur soumit son plan par la baie de Chesapeake, qui fut adopté par 8 voix contre 4. Mais (juolques jours après, le 9 mars, on apprend (|ue Tennenii venait d'évacuer subitement ses positions de Centreville. de Manassas et du Haut-l'olomuc. Sa hâte avai^ été si pi'antU' qu'il avait lirûlé t(Hls ses camps et un innnense approvisionnt'uicnt. Il parait qu'inturnié, par un de scsaj^eiits de Washin^^ton , du |-n'ave danj^er <iui h: nienavail, il n'avait pas cru pouvoii" y parer autrement que par la retraite, et il fournissait ainsi une preuve bien évidente de la justesse des prévisions el du pian primitif du général Me Clelian.

L «'vacuation de Manassas changeait (^vtdf»nimont la silna- Ijon ; il s'aLrissail de retaire des plans à nouveau et, ponrrela, de savoir jurjc^u'ou les confédérés mèneraient leur retniite. Le général en chef prit inmiédiatement son parti de marcher en forces sur leui-s talons. Ce n'était là d'ailleurs qu'une Ic^ore variante à son plan primitif. L'embarquement sur le Chesapeake devait être précédé des diversions convenables sur la droite et sur le fix>iit. La diversion sur le front serait plus sé* rieuse et servirait aussi de reconnaissance. Déjà le iO mars au matin toute l'armée s'ébranla. Tout ce qui était sur la rive gaucbeduPotomac, à l'exception d'une forte garnison laissée à Washington, franchit les ponts et se porta en avant du côté de Manassas, par Fairfox-Gourt-House etCentreviUe. La pluie tombait par torrents et les chemins de la Virginie étaient littéralement transformés en torrents de boue, où les voitures, enterrées jusqu'aux essieux, se mouvaient avec la plus grande peine.

L'armée ( Mfnpiviuiit alors 11 divisions, sans compter divers cnnint iiMl- Mil' h( - spéciaux; chaque divisirm à trois brigades ('). Elle s'avaiu.'u le premier jour jusqu'à Fairfnx-C(Mirt- House seulement avec le gros; l'avant-garde, sous Me i)o\N ell, à Centrevilh' : !•) cavalerie de Stoneman porta ses reconnaissances jusqu'à Manassas et c/»nstata i'évactiation du camp confédéré, au milieu de l'incendie qui le dévastait toujours. Les jours suivants, le*gros de l'armée resta h peu près en place ou ne s'avança que de quelques milles. Me Dowell occupa Manassas-Junction et les environs; la cavalerie continua à battre la campagne plus en avant. On put constater à l'aise que les retranchements de Manassas et de Centreville étaient formidables et eussent coûté de rudes pertes ou de longs cheminements pour être emportés de front. Il fût reconnu aussi que les renseifniements obtenus pendant l'hiver sur la force et la dislocation des confédérés n'avaient pas été très loin de la réalité. Ils avaient eu là environ 70 mille hommes, ré^jartis en 7 H divisions.

Le 14 mars, le quartier-général se transporta de Fairfax- (1> Voir «m plèee» âmmn ta réparlttioa ^âtalUée de r«mée du PomMc.

Court-House au séminaire d'AIex;<n Irie. Uno forle reconnaissance, dirigée \)nr le général Stoneman lui-même et accompagnée de deux nides-de-cainj» du commandant en chef, les rapifnines d'Orié;ins. avnit rén>si h atteindre l'-irrière-parde ennemie .-«tix enviions d»> Warrentnn. Oiî^^lnues escarmouches avaient eu lieu sur le Ciedar-Run et près de CatUel-station. Les prisonniers faits confirmèrent la nouvelle, reçue de diverses parts , que l'ennemi s'était arrêté en avant de Gordonsville , dans une forte position retranchée, avec avantpostes à Fair^-Gulpeper. Le mouvement par eau avait donc encore sa raison d*ètre, et cela d'autant plus que l'état aflireiix des routes de la Virginie venait d*ètre pleinement expérimenté,. Le général Me Clellan s*était donc rapproché à la fois de Washington et d*Âlexandrie, pour présider à Tembaripiement des troupes.

Toutefois, un incident notable et &tal à cet égard était survenu. Les fédéraux, qui s'étaient crus les maîtres absolus des eaux, venaient d'apprendre le contraire à leurs dépens. Un bâtiment étranî?e, le Merrimac^ était tout à coup sorti du poil confédéré de Norlblk cl avait jeté la teneur dans les rades du voisina^îe, quoique ayant dû luialement céder à un lutteur au>si i-lrani^fe que lui, le Mmiitor. (let ca énenumt, qui eut un grand retenlisrseuienl pai- Tcre toute nouvelle qu'il inau}^ura dans la marine et dans le> .ltims engins de {^'uerre, mérite d'être raconté avec quelque détail. Voici ce qu'en dit un témoin oculaire :

« Le MBrrimac, que tout le monde connaît aujourd'hui, était une ancienne et grande frégate à hélice des Etats-Unis, bonne marcheuse, et qui fut remarquée des connaisseurs eupéens lorsqu'elle ût son premier voyage en 1857. Coulée par les fédéraux à Tévacuation de Norfolk, elle avait été remise à flot par les séparatistes et recouverte d'un toit en fer assez fittblement incliné pour faire ricocher les boulets. Dans ce toit, dix sabords étaient pratiqués pour des canons d'Armstrong de 100 et quelques autres pièces du plus gros calibre. L'avant était armé d'un éperon en fer, comme celui des anciennes galères. Le 8 mars, le yferrimac^ escorté de plusieurs canonnières blindées, sort de i'Eiisabeth-River et se dirige

ii'.it ver< l>ntr«-e «lu Janips-River, où (''tai»'nt nionillpos los deux vieilles ti*égutes à voiles de la maririt' tV-ilrnilp. !»• Ctnnberland et le Congress. Toutes deux font feu do [oulo leur artillerie contre rennemi inattendu qui s'approche ; mais ce feu est sans effet : tous leurs bouleUi ricochent sur la toiture. Le Merrimac continue paisiblement sa route et vient, avec une vitesse de quatre à cinq nœuds seulement, plonger son éperon dans le flanc du Cumberland, Chose singulière, ce choc fot très doux ; à peine si on le ressentit à bord du Mer^ rimae; mais il avait suffi pour frapper à mort la frégate lédAraie. On la vit couler majestueusement, ensevelissant avec elle deux cents hommes de son équipage, qui, jusqu'au dernier iiii?lant, servaient encore leur puissante artillerie ; grand et glorieux spectii' le ! Mais dans ce choc fatal le Merrimac avait l)rir^é soi» ♦'in ion. Est-ce pour ce motif qu'il n'essaya pn^ de conler de niètiie le Congre&si Toujours est-il qu'il ?e borna à engager avec cette frégate un due! d'artillerie (urellc ne put longtemps soutenir. Encombrée de morts et de mourants, elle hissa ses voiles, alla s'échouer à terre, amena son pavillon et prit feu. Kn voulant faire prisonnière une partie de l'équipage, tes marins du Merrimac Airent exposés à un feu de mousqtteterie parti de la côte, et nne balle atteignit leur brave et habile capitaine, M. Buchanan.

« Pendant ce temps, toute Tescadre des fédéraux, réunie à Hampton-Roads, s*était mise en mouvement pour aller au iecour» de ses infortunés compagnons do James-River ; mais cette escadre ne pouvait être que de peu de secours. Elle se composait de trois frégates, dont une seule, le 3/trt»eioto, en état de remire «{uelnues services: c'était une frégate à hélice de iiiêiue dimension que le Merrimac mais n »ii blindée. Les de«ix aiitr^^s. le lUuinnkf, éiralHite iil frétai».' à hélice, mais qui avait |>erdii son arbre, et le Suinl-lAtv.'rrucf. vieille frégate à voiles, n'étaient bonnes qu'à se faire détruire. Toutes deux, après des ett'orts infructueux pour se rendre sur le lieu du combat et des échouages partiels, abandonnèrent la partie et retournèrent à leur mouillage. Quant au ^finne9ota, qui aurait pu avoir quelque chance contre le Merrimac, non avec son artiUerie, mais en profitant de sa supériorité de vi«*

tpsst* pour l'abord^^r et essaye?- de le couler pnr le clioe, ell<*. tirait six pieils d eau de plus i^ne le Merrinmc, et geuvei*nail fort mal dès (lu elle n'avait plus (ju'un pied sous la quille ; aussi ne tarda-t-eiie pas k s'échouer dans une position où elle courait les plus grands périls. Nul doute (ju(\ si à ce moineiit de la journée le Merrinmc fût venu rassaillir, elle n 'eût eu le même sort que le Cumberland et le Congés». Le Merrimac, sans doute pour venger la blessure de son capitaine, resta à canonner le camp et les batteries de Newport-News, d*o(i était partie la baUe qui Tavait frappé; puis il rentra à Norfolk pour la nuit, comptant probablement acbever le lendemun rœuvre de destruction.. . Ififais dans la nuit était arrivé le Manitar. *

t J*ai besoin qu'on me pardonne ici la comparaison très liunilière dont }e vais me servir pour figurer aux yeux du lecteur cet étrange bfttiment. II n'est personne qui ne connusse

ces biscuits de Savoie cylindriques, couverts d'une croûte de chocolat, l'un des principaux orneineiits de ia houticpiede nos pâtissiers. Qu'on se i tîpi ésente ce gAteau placé dans un plat oblon^JT, Bi l'on aui a une idée exiirt»' de l'apparence extérieure du MoiiUûi'. Le biscuit de Savoie est une tour en for [)er« ée de deux ouvertures par lesquelles jiasse la ;:ue\dt' de ses deux énormes e;nions. Celte tour a la propriété de tourner sur son axe par un appareil très-ingénieux, de mamère à diriger son artillerie sur n'importe (]uel point de l'horizon. Quant au plat oblong sur lequel le gâteau est placé, c'est une espèce de couvercle posé à fleur d'eau sur la coque, qui contient la machine, le logement de l'équipage, les approvisionnements, et dont le déplacement supporte le tout. De loin on ne voit que la tour, et cette tour flottante, d*un aspect si nouveau, fut la première chose qu'aperçurent le Metrimae et ses compagnons^ lorsque, le 9 mars au matin, ils revinrent pour porter les derniers coups au MUinesoîa, totyours échoué, et probablement se livrer à d'autres destructions. Les deux navires ennemis, le Jameê-Tùwn et le Yark-Town, s'avancèrent les premiers vers le Monitor avec celle curiosité tou)(.»urs un peu craintive que mettent les chiens h s'approcher d uii animal mconnu. lis n'attendirent pas longtemps: deux éclairs parti>

rent de la tour, suivis par le siiil* tim i-t de deux boulets de 1*20. Il n'en fallut pas dnvantnrre pour taire rebrousser chemin au plus vite aux deux explorateurs, l.e Merrimac reconnut aussitôt à qui il avait affaire, et il se porta bravement au-devant de i'advereaire qu'il ne s'attendait pas à rencontrer. Alors commença le duel dont il a été tant parlé, et qui semble appelé à faire une si grande révolution dans l'art naval. Dès Tabord, les deux jouteurs sentirent qu'il fallait se comlmt* tie de pr^; mais, même à quelques mètres de distance Tun de l'autre, ils semblaient également invulnérables. Les boulets ricochaient ou se brisaient sans faire autre chose que de lais* ser de légères empreintes. Boulets ronds du poids de iâO, boulets coniques de iOO, boulets Arrostrong, rien n'y foisait. Le MerHmac alors, voulant profiter de sa grande masse, cher^ cba à couler son adversaire en l'abordant violemment par le travers; mais il ne pouvait prendre d'élan. Le Monitor, très court, très agile, tr^s prompt à la manœuvre, s'altachait à lui, tournait autour de lui, échappait à ses coups avec une rapidité que la lnii|^iieiir excessive du Merrimai- ne lui j)ei'niettait j)as d'atteindre. Hien de \An> curieux que dti vuir les deux adversaires se reinettant alors à tourner en rond l'un autour de l'autre, le petit Monitor décrivant le rcrrle iiitôrieur, tous deux également attentifis à chercher le pouit faible de l'ennemi, pour y décharj^er aussitôt à bout portant l'un de leurs énormes projectiles. La lut le se prolongea ainsi, sans résultats apparents, pendant plusieurs heures. Une seule fois le Merrimac réussit à frapper avec son avant le travers du JVonitar; mais celui-ci pirouetta sous le coup comme un baquet fiottant, et une très légère endenture laissée dans sa muraille ftit la seule avarie causée par ce choc formidable. L'épuise- * meut des deux combattante finit par mettre un terme à la lutte. Les confédérés rentrèrent à Norfolk, et le Monitor resta maître du champ de bataille. Le Minnuota et toute l'escadrille de Hampton-Roads étaient sauvés : le py^rmée avait tenu tète au géant. Restait à savoir si celui-ci ferait une autre tentative lorsque l'enjeu serait plus tentant, lf>rsque, au lieu de chercher à détruire un ou deux iia\ ires de guerre, il s'agirait

de s'opposer au débarquement de toute une m'mée d'invasion, n (')

L'apparition du Mcrriiuac, si contrariante qu'elle fût, n'était pas le fh^'s.ij.iTéable dfs incidents qui vinrent, à ce moment, conipli(|uer la tâche du ct)innKni(l;inl en chef, lîne grêle de nouveaux ordres du pouverneiiieiit s'abattit sur lui, au moment où il mettait le pied sur le sol ennemi.

Un premier décret, du 11 mars, lui enleva ses fonctions de commandant en chef des forces des Etats-Unis, pour les restreindre, puisqu'il était en marche, » à celles de comman» dant du département du Potomac. Une disp:rÂce aussi brus^ qtie était un adieu peu encourageant, il iaut en convenir^ pour une entrée en campagne. Les départements de TOuest ftirent réunis en un seul et grand département du Missiasipi, sous le général Halleck, et entre ces deux départements on en forma un troisième, dit des Montagnes, pour le général Frémont. En somme, c'était toute une révolution militaire, que le général lifc Qellan, qui en était la principale victime, n'apprit que par les journaux.

Un autre décret, du 8 mars, prescrivit rorganisation de l'armée du Potomac en 5 cwps, la forc^ de chui|ue corps, ainsi que d'autres détails, et nomma ménie les chefs de cori >3, .'i l'ancienneté. Celle mesure était très bonne en soi, mais il eut r\é préférable et même convenable de laisseï- au général en chef la latitude de conipoî»ei' ses corps à sa guise el selon les besoins. Après avoir adressé des réclamations à cet égard, dont il ne fut tenu compte que très faiblement, le j^^énéral s'exécuta et procéda, en date du 13 mars, à la fonnalion des corps d'armée, comme suit:

i«r corps: McDowell. Divisions Franklin, Me Gall, King. (Le décret présidentiel avait prescrit 4 divisions pour ce corps; la 4«« lut ajournée pour le moment.)

^ corps : Sumnêr. Divisions Richardson, Blenker et Sedgwick.

3^ corps: Ileintzeinvan, Divisions Porter, Hooker et Hamilton.

(1) Revue deê Deux Mmà*» d« 1862. Campagne du Poloinac. d'après les uoiM du prîiio9 d« JoiovIUe.

corps: Keyes. Divisions Couch, Smith et Casey.

5™' coi*ps : Banks. Divisiims William et Shields.

Par le décret prt'sicUMiticl Ini-nième, les quatre premiers corptKfon!!.neiit raniiée d'oxptSliiion proprement dite; le 5»»* était piep<>-,f> à la (^nvde du Haiit-i*otomac.

Un commandement spécial était encore formé par ce décret, celui du général Wadsworth , en qualité de commandant des défenses de Washington , et de gouverneur militaire du district de Colombie.

La cavalerie restait attachée Diomaitanément aux divisions, en attendant que des ordres subséquents organisassent la réserve de cavalerie et celle d*artiUerie.

Une autre mesure du gouvernement vint mettre le comble à Texpression de sa mauvaise humeur contre le général auquel il laissait cependant le poids d'une si lourde mission. Par un ordre de guerre spécial n^* 3, en date du 8 mars, le président ordonna qu'aucun changement de basp d'opérations de l'armée du Potomac n'eût lieu, sans laisser a Washington et environs une force telle que , dans l'oi^inion du commandant en ehef et d*'s comuiundants de tous tes corps d'armée, la capitale soit en parfaite sécurité.

Ainsi on imposait à l état-major supérieur une sorte de constitution républicaine, qui donnait au gén<^ral en chef ses subordonnés immédiats comme conseillers d'offîce et comme contrôleurs.

Ce que le général Me Clellan aurait eu de mieux à faire k ce moment eût été de donner sa démission, puisqu*il devenait bien évident qu'il possédait toute la défiance du gouvernement ; et que dans de telles conditions la conduite d'une guerre est Impossible. C'était là sans doute qu'on espérait Tamener à force de tracasseries. Mais cette abnégation aurait aussi pu être mal interprétée à la veille de se rencontrer avec l'ennemi. Le général prêtera modestement passer expédient. Il convorpiu son conseil de guerre pour le \3 mars h Fairfax-Court-Hou.se, et il lui stxiiijit ses plans avee inus les d(''tails. On s'embarquerait toujours sur le r.hesapeake, mais comme l'ennemi se trouvait maintenant retiré en arrit^re on ne pouvait plus penser à débarquer à Urbana, il fuUait aller

plus knn et il proposait de prendre pour bue la Fortereaee-

Monroe .

Le conseil , auquel assisliiiont les j^^énéraiix Me Dowell, Sumner, Keyes et H<*intzelniaii (le trônerai Hanks étant ;ibseni), examina sérieusenicnl tons les pointà de ce plan, et le résultat des délibérations fut le ^suivant :

« 4" Que l'ennemi s'étant replié de Manassas à GordonsviUe, derrière le Rappahanock et le Rapidan, il est avantageux d*agir de Fort-Monroe, entre les rivières York et James, sur Richmond, pourvu qu'en premier lieu le bâtiment ennemi Merrimae soit neutralisé; qu'en second lieu les moyens de transport pour un transfert immédiat de Tarmée par le Potomac soient prêts à Washington et à Alexandrie ; qu'en troisième lieu une force navale auxiliaire participe à la prise des batteries ennemies de la rivière York ; et qu*«D quatrième lieu la force laissée pour couvrir Washington donne complète sécurité pour la capitale. A runanimité.

t 2» Si le projet ci-dessus ne peut être exécuté, l'armée se mouvra contre l'ennemi, derrière le Rappahanock , au!«si promptement que possible. A cet effet, on devra lui fournir les moyens de reconsli uii e les punis et de remettre en état de service les deux elunnins de ft*r Orange-Alexandrie et Aqnia-Uichmond, pour en foire lc& ligues de ravitaillement de l'armée. A Tunanimité.

c Note, Que les forts de la rive droite du Potomac ayant garnison complète et ceux de la rive gauche étant occupés, une force de 25,000 hommes laissée au firont de la Virginie serait suffisante pour couvrir Washington. (Généraux Keyes, Heintzelman et Me Dowell.) Une force totale de 40,000 hommes suOlrait à la défense de la capitale. (Sumner.) »

Le même jour, le général Me Ciellan informa le département de la guerre c que le conseil des commandants de corps d'armée avait décidé à Tunanimité on plan d*opérations, et que le j^a-nérul Me Dowell allait se rendre à Washington pour le lui soumettre. »

A c(uoi le secrétaire de lu j^uerre réplirpia : i jnel que soîl le plan adopté, exécutez-le immédiatement, sans perdre une heure pour mon approbation. »

— ils —

Le plan fût soumis te méias jour an préaident, qui Tap-

prouva également, mais en donnant les directions suivantes pour son exécution :

♦ 1» Laisser à Mana.ssas-Junction une force telle qu'on soil certain que l'ennenii ne reprenne pas possession de ce point et de cette lip^ne d»» i noirnunu iiiion ;

« 2" Laisser Washington en sécurité ;

« 3*^ Porter le reste des forces par le bas Poiomac, choisir une nouvelle base à Kcirt-Monroe , ou partout ailleurs dans ces parages, ou à tout événement poursuivre aussitôt Teii* nemi par terre avec tout le reste de l'armée. »

Toute à'ai-mée revint sur Alexandrie afin d'y être embarquée pour la péninsule, et les corps furent disloqués tout autour de la ville et le long de la oMe en attendant leur em^ barquement. Cette siluation provisoire ne laîssa pas d*èlre pénible pour les troupes, obligées de bivouaquer par un très mauvais temps.

Le général Me Dowell avait d*abord été désîgpné pour prendre la tète de Texpédition, mais lorsqu'on vit, qu'il n*y avait pas de bfttiments pour emporter tout son corps à la Ibis , U consentit à rester jusqu'à ce que toutes ses troupes pussent être embarquées ensemble , en réservant que les troupes parties avant lui n'opéreraient pas sur le champ d'action spécial (pli lui avait été désigné. Il s'ensuiul liue 1»^ corps Me Dowell resta devant le front, destiné à être le dernier ?i partir.

î,e .i'>v corps (Heintzelniau ) prit sa place en téle de Te.xpédition. Son embarquement commenra dès IH tuars, et le 23 mars le général Heintzelman établit lui-inéme ses troupes autour de la forteresse. Il avait l'ordre de camper aussi près que possible du fort, aiin de laisser l'ennemi ignorant de la direction ultérieure des opérations. Le reste du gros de l'armée suivit promptement Heintzelman ; la baie de Chesapeake et la rade de Hampton furent, pendant quelques semaines, sillonnées de bétimenta de toute espèce chargée de troupe^ et d'autres pour les escorter. Le général Me Qelisn s'embarqua lui-même à Alexandrie le 1" avril, laissant derrière lui Teffectif de 4 à 5 divisions, qui ne devaient pas tarder à le rejoindre. Il arriva à FortrMonroe le 9 avril, et

TOICB I. <r •

— iU —

le 3 déjà il se porta en avant avec toute l'armée. Le général Heintzelman n'avait malheureusement pas observé autant qu'il l'aurait dû la reconiTiiantlation qui lui avait <''té faite de se tenir rollé à la forl»'i'Psse. Soit pour échapp-M à l'autorité du général Wooi, qui, depuis ie décret du 11 mars, était indépendant du général Me Clellan et e.ommandail en chef à Monroe, soit par excès de zèle, il s'était lancé en avant dès son arrivée. Le 27 mars, il avait poussé des reconnaissafices sur Big-Bethel et sur Ualf-Way-House, qui avaient^ en œ dernier point, heurté 4 à 900 confédérés assez mal retranchés. On s'était bien gardé de les attaquer, mais cette pointe avait suffi pour donner réveil à Yorktown, puis ft Richmond. Du reste, les confédérés étaient déjà sur leurs gardes. L'embarquement et le débarquement des fédéraux, qui n'avaient pas duré moins de trois semaines, les bruits publics de Washington, et la grande flotte concenti'ée dans la rade de Hampton ne pouvaient leur lai^^ser aucun doute à l'égard du but de cette expédition . Dix mille lioniines, sous le général Magruder, tenaient Yorklosvn. Les ouvraj^^es dont nous avuii.s parlé piu.>. haut avaient été conMdt ral»IeinenL renforcés contre la presqu'ile et contre la rivière. Dès le 30 mars, des renforts en troupe et en matériel ne cessèrent d'arriver au générai Mâgruder, qui pouvait communiquer promptement avec Riclimond par le moyen du York-River et du Panumkey jusqu'à West-Point et White-House, et de West-Point par le chemin de fer York-River-Richmond. Le 5 avril, le gros des fédéraux arriva sans coup férir devant Yorktown, où il se trouva arrêté par une vive canonnade à tous les débouchés possibles. Les obstacles étaient décidément sérieux; il ne s'agissait plus de les écarter, comme à l'ordinaire, par de «mples avant^pardes. L'armée entière dut prendre position et attendre que l'élat-major eût avisé. Celui-ci se répandit en reconnaissances tout le long de la ligne, à travers d'épaisses forêts marécageuses et de gaies clairières, qui n appraenl qu'une chose, c'est que la ligne emieniie était infranchissable sans une action générale et sans aide de j^ros calibre. 11 y avait donc Ueu d'attendre que toute l'armée fût débarquée et concentrée avec ie matériel de la réserve d'artillerie.

Si désagréable que fCil l'incident de ce barrage, semblable à celui du fort de Bartl en 180<) an tHanl le beau mouvement stratv»giijue de Bonaparte sur rilulie, le général Me Glellan ne s'en alTertait pas beaucoup. Son extrême prévoyance en avuit tenu euiui le. Ofi snit que lorsqu'il partit d'Alexandrie, le corps entier de Me Bowell était ror^té en arrière et que sa destination lui avait été « xpi essémenl réservée. Ce corps devait débarquer non à Fort-Monroe, eoinnie les autres, u)[Ùh plus haut sur le Cliesapeake, et s'avancer par le Severn sur Gloucester; il ferait sa jonction, sur la rive gauche du York- River, avec le gi'os de l'armée. Il aurait ainsi tourné les oumges de Gloucester et aurait probablement Mi tomber da coap ceux d'Yorklown.

Le général Me GleUan attendait donc avec confiance TeiEst de cet important mouvement, lorsqu'il reçut rétonnante nou* velle cpie Me Dowell ne s'embarquait paa. Au contraire il devait, par ordre formel du gouvernement, rester devant le front de Washington, d'où, si possibie, il s'avancerait par terre sur Richmond. Voici ce qui s'était passé.

On a vu que le mouvement de l'armée sur le Gbesapeake et Monroe n'avait été autorisé par le gouvernement que moyennant qu'un corps suffisant à la protection de la capitale fût laissé à Waîihington même et sur le front, et ([ue le conseil de guerre charité de détei imiu i la force de ce eorps avait décidé, le 1;i mar.s, que let^ forts Ue la rive droite ayant garnison complète et ceux de la rive gauche étant simplement occupés, le corps couvrant devrait être de 25 mille homme**. (Tue minorité d'un membre portait ee chiffre à ^ mille hommes.) Avant de s'embarquer poiu* l- ort-Moiaoe, le . g(^nôral en rlief avait fixé les troupes qui resteraient sur le front, et il leur avait prudemment donné toutes les directions nécessaires. Par lettre en date du i"<' avril, il avait aussi nanti le gouvernement de ses dispositions à cet égard, ainsi que de l'état détaillé des forces laissées à la garde de la capitale. Ces forces ne se montaient pas à moins d'environ 75 mille hommes, à savoir : 35 mille dans la Shenandoab, sous le générai Banks ; mille à Washington même, sous le général Wadsworth; SO mille à Manassas et Warrenton, sous le gé-

néral Abercrombie. Divers ordres de marche furent calculés de manière k ce que les troupes en avant du front fùssent en mouvements continuels pendant plusieurs semaines, les unes pour finir rembarquement, les autres pour se porter sur la

Sheiiandoah et être remplacées par d'autres encore ; en outre, des ouvrages avaient été ordonnés aux environs de Warrenton , le génie s'était aussitôt mis à l'œuvre, et par les soins actifs du capitaine Minitiier, ancien oflicier de l'armée prussieime, de h>olides retranchemouts s'étaient promptament élevé?.

De telles dispositions péehaienl évidemment par un exeès de précaution ; immobiliser un elFectit aussi considérable à la garde de la capitale était plus que de la prudence, c'était un vrai gaspillage de forces. Trente mille boni mes, dont 5 mille h Washington, 10 mille plus en avant, et 20 mille dans ia Shenandoah, eussent été plus qiie suffisants dans ce but. La moitié même de ce chiiTre eût à ia rigueur pu suffire, derri^ le large fossé du Potomac, avec Taide de cpielguesmns des bons ouvrages des défenses de Washington et de q[uelqueB canonnières sur le 0euve. Gela se pouvait d'autant mieux que le général Dix occupait solidement le Maryland, que les communications de Washington avec le Nord étaient parfiûtement assurées, qu'à New»York il y avait à ce moment 4 mille hommes de troupes en organisation ou prêtes au service, en Pensylvanie 3500, et quelques milliers dans d'autres Etats de l'Est ; que l'ennemi d'ailleurs allait avoir.sur son flanc droit toute l'arméo du Potomac, sans parler de celle de Frémont sur sa gauche. Au début de la guerre ou avait, a\ ec un effectif bien moindre, assuré Washington contre des dangers bien auli'emcnt graves.

Il est vrai qu'alors Washington n'était pas encore fortifié!.. . Mats n anticipons pas sur uue réflexion qui trouvera mieux sa place un peu plus loin.

£n résumé si le gouvernement avait voulu corriger efticacement les plans de son lieutenant, c'eût été de lui renvoyer les deux tiers du monde qu'il lui laissait mal à propos. Il fit juste le contraire. Le général Wadswofth , soit par ineptie, soit par pusillanimité , soit par complaisance pour lesintri*

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gwee nouées contre le commandant en chef, trouva qu'avec ses 20 mille hommes il n'avait pas assez de monde « pour remplir son important devoir » et s'en plaignit au secrétiiire de la guerre. Deux généraux de ce Département, l'adjudantgénêral Thomas et le major-général Hitchcock, furent chargés d'émettre une C4insulte sur cet objet ; ils fournirent aussitôt un docte rapport, concluant h ce (jue le général McClellan avait manqué a ia requête du président que la capitale soit laissée en parfaite sécurité.

Celte sentence, en date du 2 avril 1862, à 7 heures 40 minutes du matin, était donnée dans toutes les formes de la basoche, et assez adroitement entortiUée de chiffres ; si elle ii*eût pas trop manqué de bon sens et d'équitô elle eût accusé de la part de ces deux organes du conseil anliqued'asaes grands talents de procureur, à défont d'autre». Ainsi en ergotant sur les mots, MM. Thomas et Hitchcock avaient calculé, on ne sait comment, la garnison indispensable des ouvrages à 95 mille hommes. Ds avaient en outre trouvé que les troupes de la Shenandoah ne protégeaient pas Washington ; et entendu la sécurité parfaite de cette capitale comme s'il se fût airi de la préserver dys mouches. (')

Il est vi ai que l'immense ceinture d'ou\Tages. dont on avait cru renforcer le siège du gouvernement, apparaissait maintenant siiiis sa juste valeur, c'est-à-dire comme un triste embarras, piiisfju'il ne fallait pas moins d'une armée de 35 mille hommes seulement pour la prarder. et d'une antre de 120 nulle hommes pour garder ceux-ci. Une telle disproportion entre les forces immobilisées et les forces agissantes était bien faite pour provoquer les plus sérieuses réflexions, pour montrer que les problèmes se rattachant à la fortification des p^rands centres, liés à toutes les questions supérieures d'organisation et d*art militaires, ne sont pas de ceux qui peuvent être résolus au milieu delà fièvre du danger, et subordonnés aux besoins du moment. Jamais on ne vit mieux au contraire que la question de la fortification d*une capitale est une de celles

(1) Voir le texte d« celle pièce, ainsi que d'autres détails Intéressants surtout ce débat dans notre volume intiinl** : CaDipnunff dr Virginia et de Marylanden 1862; documents o(&cielt> soumis au Congrès avec Introduction et annotations, 1 vol. in-8. Tnur», éditeur, Part», me de 6«Tole» 6.

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auxquelles on doit penser d'avance: qu'elle est aussi jxtljt ajud qiie militaire , turelle dépond du degré d éneryir cl d'.nnnur- ]n i>pre que la natuui \eut mottnî à la guerro ; dos elVectiis et du matériol dont elle peut disposer, et du genre de campagne dont elle compte user. Qu'elle relève par conséquent dans sa partie essentielle autant et plus des hommes d'état que des militaires , en tout cas de rétat-mjyor général et non des états-majors particuliers, dont l'œuvre ne doit commencer qu'après que les bases fondamentales ont été bien posées. On a vu que c'était juste le contraire qui s'était produit à Washington ; que des besoins momentanés de campement et d'avantrpostes, satis&tts à brûle-pourpoint par d'exceUents ingénieurs, avaient surtout présidé & la confèction de ce grand camp retranché.

Tant qu'il ne s'était agi que de s'enfler pour paraître fèrt, le camp avait fait merveille ; aujourd'hui qu'il ùdlait réelle- ^ ment s'en servir, il n'était plus qu'une charge ; il pesait au pays comme pesait au pauvre diable connu l'éléphant qu'il avait eu la chance d'attraper à la loterie.

Pour un gouvernement qui aimait à rectilier les plans de ses généraux, il y avait là une belle occasion de se montrer. I,e moyen de })ai'er aux inconvénients signalés était tout simpienuMit de ne t«Miir aiicun compte de l'étendue du camp retranclie, de revenir au système d'une déf^'use restreinte, de ne feire occuper solidement que les 4 forts qui convi aient les ponts, de miner doux ou trois forts mal placés, et de livrer les autres à la protection de quelques factionnaires seulement, et des secours qui leur seraient envoyés d'une réserve centrale au moment du danger. Ainsi 4 à 5 mille hommes répartis aux forts, 8 à 10 mille en réserve, vers la Maison- Blanche même, un bon service de patrouilles et de signaux, c'était tout ce qu'il &llait pour tenir la ville contre une force qui ne serait pas trop imposante, et pour fiiire dépendre en tout cas sa possession par l'ennemi non d'un coup de main, mais d'une bataille. Si des forces considérables se présentaient, il y avait lieu de penser qu'elles ne surgiraient pas de terre tout juste devant la vHle, qu'elles auraient dû agir déjà quelque part, et qu'elles seraiciiL :àui\ ie6 d'une ou

de deux des années fédt^rales rn campapiie ; que par ( (^nscquent il y aurait encore bataille dans des eonditions avantageuses pour 1m capitale et avec l'aide de ses ouvrages coirnne pivots de manœu\Te.

Mais le goiivernnnpnt et ses savants conseillers no voulutrent rien voli- de tmii cela.

J.e président goùUisr fort la pièce jin idi<{iie df MM. Thomas et Hitrhcock que le lendemain du jour où elle lui fut souimae, il invita le secrétaire de la guerre d'ordonner à un corps •ntier de l'armée du Potomac de rester jusqu'à nouvel ordre devant le front de AY<ishington. Le corps, le seul ou complet encore en arrière, fut choisi à cet effet. A son grand désappointement le général Me Dowell dut suspendre ses pré* paratife d^erobarquement, et devenir bientôt chef d*an nouveau département, celui du Bappahanoclc.

Aasorément nous croirions fiiire injure au courage et à Tii^ telligenoe souvent prouvés du gouvernement de Washington en prenant au sérienx ses inquiétudes au sujet de la sécurité de la capitale et sa singulière foçon d*y pourvoir. Les mesures h cet tîgard provenaient d'autres causes, et visaient essentielleinent à (Tant r. s buts. Elles avaient leur germe dans les dissentiments politiques qui s'étaient nianifestéb entre l'adninii-tralion et le commandant en chef; elle** faisaient loul II itui ell(Mneni .suite aux tracasseries ([ue jhjus av<tns vu se priHlinre à propos de l orpanisation de l'armée et du plan de campagne. C'était une petite guerre dan^ la grandie guerre, parfaitement logique en soi. au point de vue tles mœurs américaines. Seulement une chose pouvait frapper plus d'un esprit attentif, c'est que In petite guerre était beaucoup mieux menée que la grande. Cela toutefois était encore logique. Le gouvernement partageait alors les illusionsde tout le monde; il croyait sa cause sûre d'un triomphe très prochain. Ce n'était qu'une affaire de semaines, au plus de mois. La rébellion était un ennemi déjà terrassé et fané; il avait déjà cédé la place à un antre ennemi, -qui était le parti démocratique. Ce parti avait réussi à s'attacher le général en chef avec son entourage; il recueillerait tous les lauriers de la guerre, si cshii-ci parvenait à réaliser les beaux plans qu'il avait fkit

miroiter aux yeux de radministration, et à pénétrer, cet «ntomne encore, jusqu'en Géorgie par Richmond. H escamoterait finalement la caïue elle-même de la crise ; il l'es* camotait déjà, sous le couvert de la tactique militaire, en

affec'Uint de prendre au sérieux le mot d'ordre: « combattre i>our la Oonstitution telle qu'elle est, » c'est-à-dire sans avancer en rien la quebliim de l'émancipalion des esclaves. Il en r(!*sultei ;»il, cumme après la guerre du Mexique, que le parti psclav îiifiste en serait renforcé. Puis des arrière-plans de t onquètes et d'annexions sudistes pointaient h rhorizon. Il était question de d»Hourncr les dissensions intestines sur l'extérieur, et de proliter pour cela de Tintervention européenne qui se faisait en ce moment au Mexique. Le général Me Clelian arait caressé complaisamment ces rêves ; il avait à plusieurs reprises recommandé une alliance avec la République mexicaine. D'immenses territoires en reviendraient à rUnion, sans nul doute, qui seraient colonisés par le Sud; de nouveaux Etats esclavagistes viendraient rompre totalement l'équililire au détriment du Nord, et cdui-ci verrait finalement tourner à sa confiision son éclatant triomphe de Télection de

Tels étaient les raisonnements de la plupart des hommes d*état républicains alors au timon des affaires, et nous reconnaissons pleinement tout ce que ces vues renfermaient de

prévoyance et d'élévation. 11 aurait foUu seulement qu'elles fussent liées à une appréciation plus juste de la situation militaire. Négligeant celb^ d(;rnière considération comme un ti(»p uiuiiiiie détail, ils ne penst'i\'ut qu'à répartir un peu de droite et de gauche les lauriers (pie le général Me Clelian semblait, p-AV ses tendances aijsorbantes, vouloir accaparer pour»lui seul. 11 y en aura pour tout le monde, lui signiTia îe gouvernement en le relevant de ses fonctions de commandant en chef des forces fédérales, pour en donner deux grosses part^ aux généraux Halleck et Fremont. On lui dit la même chose en lui imposant des chefs de corps d*armée à l'ancien* noté et dei» délibérations d'ofiice avec eux. On lui tint encore ce langage-là en limitant son armée à 4 corps, en organisant on 5^ corps, Banks, qui devait rester sur le Haut-Potooac,

en enleivaiità Tannée du Potomao, au moment de rembarqueineniy une de see ploe bellee divisions , la divition allemande

Blenker, du Si™* corps, sous prétexte d'un mouvement ofifensif de Jackdon dans la Shenandouh. Enfin on s'exprimait toujours dans le même sens en retenant les trois divisions do Me Dowell, cliargéea» d assurer la marche en avant du ^'ros de l'armée dans la péninsule. Aux deux rivaux qu'on avait suscités dans l'Ouest s'en ajouteraient deux en Virginie, en attendant d'autres. On augmenterait peu à peu les corps de Me Dowell et de Banks jusqu'à en faire des armées indépendantes; elles s'avanceraient par terre sur Richmond, et elles y arriveraient peutpétre avant Me Glellan ; le parti démocratique setait mis dans le sac avec sa botte de lauriers !

Voilà comment il se fit que Tannée du Potomac, arrivée devant Yorktown, s'y trouva doublement arrêtée par la force des ouvrages et par l'absence du mouvement tournant sur lequel sou chef avait compté. On comprend dès lors que celuiH» ne pouvait Irien précipiter, et que d'ailleurs il ne ftit pas précisteent disposé à sacrifier aux impatiences d'un parti bos^ le sort de l'armée réduite qu'on lui laissait et sa propre réputation. Ne voulant rien donner au hasard, par cons^ quent pas tenter des assauts dont le seul résultat sur eût été de coûter de rudes pertes , il se décida h faire le sïéiia de Yorktown. Il en ordonna aussitôt les préliminaires, qui furent i l tablir solidement l'armée devant la place, d'améliorer les routes sur Monroe, d'en créer d'autres à travers l?t t>»r6t sur le York-River, où la flotte viendrait apporter se- ij iM «visionnements, de relier télégraphiquement totis les quurliers-?énéraux de divi.sion et de corps au grand quartier-^'énéral et celui-oi h Washington, de reconnaître l'emplacement des batteries de siège et de tracer les chemins pour y amener le matériel.

Lr'armée fat disposée à cet effet comme suit: Devant le front de Yorktown, le corps Helntselman, à savoir la division Porter à la droite, sur le York*River et à la bouche du Woim* ley-creek, à sa gauche la division Hooker sur une étendue d'environ un demi-miBe; plus à gauche encore là division Hsp miltoD, s'étendant jusqu'à la route de Warwick, en fuse de

Winn^-iiiill. A la paiiche de Hamilton, la division Sedgwirk, du 2'"'' corps, qui venait d'arriver, se plaça en face des ouvrages de AVinns-mill. Plus à gauche, le corps de Keye>;, h savoir les dîvisionf) Smith, Couch et Gasey, s'étendait le long de la riire gauche du Warwick-creek jusqu'à son embouchure dans le James-Rlver, et fiûsait hce aux ouvrages dits batterie d'un canon, Lees-mill, Warwick-House, etc., sur Tantre rive de ce cours d*ean. Toute la gauehe, à savoir Sedgwick el Keyes, Ait placée sous les ordres du général Sumner. Le quartier-général s'établit dans une grande clairière baptisée ' camp-Scott, en arrière de Heintzelman, ayant h sa proximité la réserve d'infanterie et (rartillerie.

En même terni s qu'il faisait ces piéparalifs, le général Me Clellan avait vivcinont réclame^ à \Vashin<jton contre l'ordre qui enlevait le corps de Me Dowell ?i 5?a deslniatinn première. Il avait fait ressortir qu'en le privant suceessivemcnl des trois divisions du 1""^ corps, de la division Blenker du 2*», et en lui étant la libre disposition des troupes occupant sa propre base (comme il venait d'en recevoir Tavis positif) on avait diminué son effectif en réalité d'une cinquantaine de mille hommes ; que le plan primitivement conçu ne pouvait plus s'appuyer sur les mêmes prévisions. Le général Keyes écrivit éloquem* ment dans ce même sens à un sénateur de ses amis, en le priant de iaire connaître l'état réel des choses au gouverne* ment. Ces plaintes eurent un bon effet, et marquèrent un retour du président en faveur du général disgracié. On lui promit de lui'expédier la division Franklin par eau, tandis que le reste du corps Me Dowelj s'avancerait par Aipiia-Greek sur le Rappahanoek, et de là s'efforcerait de tendre la main au gros de l'armée du Potomac. On pensait qu'il pourrait ainsi rendre les mèni<'s sei vices <pio ceux auxquels il avait été préalablement affecté, tout en contribuant à rouvrir Washington sur le front. Mais ce n'était \Tai qu'en partie ; car sur cette zone il était séparé de l'armée principale par deux ou trois cours d'eau et par Tennemî, tandis que par le Sevem, ou sur le York-River il aurait été, par le moyen de la flotte sur la baie et dans le fleuve, en communication fodle et constante avec le gros des forces. La division Franklin ftit en effet

embarquée, et du gros matériel fut envoyé pour armer les batteries. Les lenteurs ordinaires d'un siège allaient remplace Ja marche rnpide qui juinat. tiù porter rannée du Potoiiiac ju.-.*iue flevaul BuluiiHud, pour que \e iiiouvenieiil fut couronné dt^ suct è.s. La campagne était dors et déjà manquée au point de \ ue stratégique, ni plus ni moins qu'eût été celle du Premier-Ck)nsu! en Italie, eu 1800, s il avait dû s'arrêter trois à quatre semaines devant le fiori de Bard pour le réduire.

Vin

8iég« dTorktowB ; bataille de Williarnsburg ; positions

dv CSiickahominy.

Quoique ce siège n'ait eu aucun autre résultat militaire que de faire malheureusement traîner la campagne en longueur, il est cependant digne de quelque attention par les travaux spéciaux dont il fût l'occasion, et comme le premier et peutrétre le plus important siège régulier de cette guerre, qui compta cependant un si grand nombre de travaux relevant du génie.

Ckimme nous Tavons déjà brièvement indiqué, les anciens ouvrages de cette place au t^Mups de la révolution formaient la base des ouvrages actuels. Trois fronts bastionnés d'an*

cienne consiniction constituaient la fece principale, dans la direction de Monroe. Trois autres se détacliaient de là vers le nord, faisant l'ace au James-Uiver; deux fronts composaient le côté du nord ; ces constructions-ci éUiient plus récentes. Le côte du York-Uiver était comp isé 18 batteries irrépilières, étal)lii's sur les blulls ot plus ou moins reliéi's par des créniailleres. O's fronts, partictdièrement ceux faisant face à Tannée fédérale, avaient une épaisseur de parapet d'une quinzaine de pieds sur une profondeur de fossé en moyenne d'une dizaine. Il n'y avait jjas de maçonnerie , tous les travaux étaient en terre, avec secours de troncs d'arbres, de gabions, de fiiscines et de sacs k sable.

Des ouvrages détachés, datant de Thiver, renforçaient ce quadrilatère et formaient une ligne partant de Tangle des deux fronts sud et ouest, pour aller se relier à ceuùc de War* wick-creek et former le barrage complet de la péninsule.

Cétait d'abord le fort Magnider^ ou redoute blanche, sur le

prolongement môme du firont du Sud, et & 1500 yaida de son

angle ; à un millier d'yards plus à l'ouest, la redoute rouge, reliées entr'elles par des crémaillères el des fossés de tirailleurs Crifle pits) , puis quelques autres batteiies et abattis se pi ulungeaient plus à l'ouest. La place même d'Yorktown, y compris les forts extérieurs, compreuait un armement d une centaine de boiiehes h feu, en embrasures et en barbettes; 26 battaient l<i rivière, ><■ InHivaicnt sur le fi'oid d'attaque mèijie ; "20 dans les ouvrages détachés. Les calibres étaient très divers, lisses ou rayés, le plus'gi'os rayé était le canon de siège d'ordonnance de 4 '/j pouces de diamètre. Il y avait des mortiers de 13 pouces, des colombiades de 64 livres, et une quarantaine d'embrasures et de barbettes pour pièces de campagne. La batterie de l'angle sud-est, dite le Haut-Bastion , donnant à la fois sur le fh>nt d'attaque et sur la rivière, était la mieux armée ; elle avait entr'autres un gros canon rayé qui fit merveille à plusieurs reprises. Des fossés de tirailleurs hi di* verses défenses accessoires s'étendaient' assez en avant le long des criques et des replis de terrain pour gêner considérablement les reconnaissances et les approches. De Tautre cété de la rivière, les ouvrages de Gloucester se composaient d'une forte redoute pentagonale et d*une batterie rasante sur Textrénie pointe. Les bouches à feu n'y étaient qu'au nombre d'une douzaine, mais la moitié de gros calibre; quelques-unes pouvaient ll.uuiu. r 1 1 franche de la place, et battre facilement, en tout cas, des approches tentées le long du lleuve.

Telle était la position (jui retenait à ce niouicnt la marche de l'armée léderale. Jusqu'au 10 avril, le temps se passa en reconnaissances préparatoires des divers états-majoi-s, et à tracer des communications entre les divers corps de troupes et avec la rivière. Un emplacement fut recherché par le général Barr>' pour devenir le port de tout le campement et le point où le matériel de siège serait débarqué. U choisit, à cet elfot, la crique Cheesemann, un petit affluent du Poquonin-River, à environ deux millee et dconi en dessous de l'endroit oii les premiers ouvrages fédéraux pourraient être établis. Ce nouveau po^t fut immédiatement installé; on y fit des docks, des

quais, des tlébarcaclères, et le prand dépôt ii artillerie fut établi à ua lïiille et demi de là, dans un vaste champ à proximité des diverses routes. Le train de siège, dont 1»^ débarquement fut aussitôt commencé, se composait de 101 pièces, & savoir:

22 Parrott de 20 livres 13 » » 30 > 11 » » 100 >

2 » » 200 Jft 10 canons de sîége d'ordon. de 4 pouces. 10 mortiers de côte de 10 puuces.

5 » de siège 8 »

3 obusiers de 8 pouces. Plusieurs batteries de campagne . de 12 livres lisses devaient aussi être employées. Le train de siège était spécialement desservi par le l«<r régiment d'artillerie du Gonnecticut, colonel Tyler, et le 5* volontaire de New-York, colonel Warren. Le général Porter fut spécialement chargé du commandement des tranchées, et il devait s'ontendre avec les généraux Barry et Bamard pour tout ce qui concernait la direction du siège.

Les reconnaissaucèi» plu.s dcHaiUées de la position, dans laquelle MM. les officiers du génie montrèrent autant d'activité que de courage, et fixèrent plus d^une fois leurs planchettes sous le feu de Tennerai, procurèrent 4es renseignements qui permirent de déterminer, dès le 14 avril, l'emplaoement de la première parallèle et des batteries à établir. Un petit ruisseau et un ravin débouchant dans un des bras du Wormley-Creek firent en migeure part les frais de cette pre» mière parallèle ; du reste, les épidssee forêts du voisinage couvraient tous les travaux préparatoires et fournissaient en abondance le bols nécessaire au gabion nage, aux plates-formes et aux revêtements en troncs d'arbres. Aux alentours immédiats de la place le lei raui était plus ouvert; néanmoins des forêts de petits pêchers, en pleine floraison à ce moment, le coupaient d'une manière tort agréable à l'œil et ofiraient quelques couverts.

n Ait décidé cpie qualone bsiteries aeraieiit étaUiaa contre la place, aUuéea et armées comme sait :

Batterie 1, à rextiême droite, h la pointe entre le York- River et le Wormley-Creek, en airière de celui-ci, vers la ferme do Farinholt, pour battre la p:auche du front de terre de

la place a 3800 yards (') du Haut-Bastion, et enfiler le front de la rivière et Gloucestnr iu<qii'à lÂkÂ) yaril> ; 5 eanons Parrott de lUU, 2 de '200. Comiaandaot, major Keliog, du i'^' Cr)nnH(ticut.

Batterie n-» 2, dans la première parallèle, sur la {grande route de Yorktown à Hampton, pour battre la droite du Flaat- Bastion et la gauche de la Redoute-Rouge, à 1850 yards en moyenne. Six Parrott deâO, six de 30, trois rayés de siège de 4 % pouces. Commandant, nugor Hamingway, du 12"* Con* neoticut.

Batterie n« 3^ à . 200 yard» à gauche du n« 2, aussi dans la première parallèle, battant la Redoute^Rodge à 1900 yards et le Haut'Bastton à 2900. Sept Parrott de 20. Commandant, capitaine Voegeli, du l'*' bat. New-York.

Batterie m 4y dans le ravin sous le plateau de la maison Hoore, à 4100 yards de Gloucester et 2100 de Yorktown. Dix mortiers de côte de 13 pouces. Commandant, major Doull, du 9» bat. New-York.

Batterie n«» 5, derrière la grande route de Warwick-Gourt- House, contre le furt de la Iledouti»-Roijge, à IGOO yards; à 2800 yards d' Yorktown et 20(X) du iiaut-Baî^tion. Huit Parrott de 20. (Jommandant, capitaine Carlisle, du 1^' bat. New- York.

Ratîorie n" 6, h la jonction des routes de Wanviek et de Hampton, à 5100 yards de Glouecster, vards des docks d'Yorktown ; à 2500 de Winns-Mill, à 2000 de la Redoute- Rouge. Six rnoitiers de côte de 10 pouces. Commandant, capitaine Burbank, du i*' Conneoticut.

Batterie n« 7, en face de Winns-Mill, à 1100 yards. Six ca* nons obuaiers de 12 lisse de campagne.

Batterie n*» 8, en &ce d'ouvrages au sud de Winns-lfiU, k 1125 yards. Douze canons de 12 liv. de campagne.

Cl) Vn i9gà égal* 9l oMtlnMm.

Batterie 9, à droite de la batterie n* 3 et à la gauche de la digue dite d*01d-BCill, à âOOO yards des ouvrages extérieurs. Dix mortiero de siège de iO pouces. Commandant, major TrumbuU, du 1" Connecticut.

Batterie n" iO, an milieu de la prciniêro parallèle, entre le York-River et la cnque, à 1500 yards du Haut-Bastion ; à 2150 de la Reiloute-Blanche. Trois Parrott de 100, un de 30; sept canons de 4 % pouces. Commandant, capitaine Winslow, du 5'w New-Yoï k,

Batterie w M, au sommet du ravin, en arrière du n" 9, à 2400 yards dos ouvrages extérieurs, à 3300 de VVins-Mill et 4700 de Gloucester. Quatre mortiers de côte de 10 pouces. Commandant, capitaine X...., du 5^ New- York.

Batterie n*" 12, droit en avant de 11 et de 9, vers les S9eesh'Huts, à 2000 yards des ouvrages extérieurs. Cinq mortiers de siège de 8 et 5 de 10 pouces. Commandant, capitaine Z...., du 5^ New-York.

Batterie n« 13, à la droite du n« 10, au bord du York-River, sur le bluff en avant de la maison Moore, à 3000 yards de Gloucester, à 2400 des ouvrages extérieurs, à 1300 du Haut- Bastion. Six Parrott de 30. Commandant, capitaine Cambre* ling, du 5"M New-York.

Batterie n» 14, à 100 yards en arrière de la précédente et à l'extrême droite de la première parallèle. Trois Parrott de 100. Coiiiniundant, capitaine Perkins, du 1"" Connecticut.

Les travaux préparatoires, c'e^^t-h-dire la confection des routes, des abords et de quelques boyaux menèrent ju.->qu au 17 avril.

Avant (fallor plus loin et d'entrppi^ndre les batteries ellesm^mes, le g«^n»M"al Me Clellan vonlnl pourtant essayer d'un moyen plus expéditif, et de percer quelque part le barrage des confédérés. Cette ligne, plus ou moins continue, comptait près d'une dizaine de milles de développement, il devait s'y trouver nécessairement des points faibles. On croyait avoir enfm découvert un de ceux-ci, devant le fwnt de la division Smith, à une clairière traversée par une digue, près de Lees- • Mill. Le général Smith fût changé d'en tenter l'attaque. Le 16 avril il fit d'abord ouvrir le feu de toute son artillerie de

campagne, 18 pièces, à 600 pas ; elles firent taire les batteries confédérées. L'inOmttTie, un réj^inrifiil «In Vormont en tèl»', pass;i aussilôl la i-n<iup. ayant de l'eau juxiu'à la (-(Mntiire et eîili va tn'> l»ra\ riuerit un rifle-pit do l'autre côté. Mai?^ \o> cari" ludit's avanMil été moiiilléps : puis des; renfort^ arriveivnt aux cniU'édéré.-- avant (pic Ic-^ i>i <'ii»iers fédérnux aient pu être souttmus. L'attaque se translornia en une simple reconnaissance. Peut-être aurait-on dû ne pa^ se décourager par cet essai infructueux.

De son côté la marine avait aussi essayé de faire de son mieux, mais snns réussir h. avancer beaucoup les affaires. Il lui incombait^ il est vrai^ une lourtle tâche et surtout une forte responsabilité. Elle avait h veiller h quelque nouveau tour du Merritnac, Si la flotte fédérale, qui portait tous les approvisionnements, et était la seule ligne de communication de i*armée, venait à être détruite ou dispersée, comme celle de Newport-News, le 8 mars, Tarmée entière du général Me Glellan aurait été réduite h demander merci. Sentant le poids de cette situation, le commodore Croldsborough restait donc, avec sa flottille et le Kfonitor, en station devant Haropton, toujours vif,qlant et sous vapeur. Il n'avait pas voulu s'avancer dans le James-Hiver, qui j estait ainsi formé aux fédéraux et lilirement ouvert an\ l)âlimerits emieims. Ceux-ci pouvaient y appuyer la droitr» de la ligne de Warwick par leurs eaïunis, et amenor m-'iiu- îles renforts de Norfolk. C'est ce qui avait déjà eu lieu à plusieurs reprisesau uiomeni où nous en sommes arrivés. Le commodore Goldsl)orougii avait dù limiter plus encore les «garanties qu'il offrait à rarmée. H n'avait pu répondre (pie de l'entrée du VorK-Uiver. Quelques canonîiiéres s*étaient avancées vers Yorktown, mais elles avaient trouvé la passe gardée par un fen émisé d'une «{uarantaine de grosses pièces, qu'il ne pouvait être question de braver avec des bâtiments de bois. La place n'avait donc pu être investie par eau. D'autre part la division Frqjnklin n'arriverait que dans quelques jours, et quoique une des plus belles de l'armée et forte de 11 mille hommes, il ne serait pas pindent de la lancer seule sur la gauche du York-River

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