CHAT1LL0N
Il faut reculer de bien îles siècles el remonter jusqu'à l'antiquité pour trouver une histoire de place de guerre qui puisse rappeler l'étrange situation de Paris à la Qn du mois de mars. Vers l'an 250 avant notre ère, trois pouvoirs bien distincts, trois armées , se partageaient la célèbre Syracuse : Icélas, de Leontium, tenait la ville proprement dile; Denys était mattre de la citadelle, et la llolle carthaginoise était mouillée au port. Ainsi de Paris, au printemps de l'an 1871 : les Prussiens tenaient les forts de l'est et du nord; le gouvernement légal en était réduit au Mout-Yalérien ; et les insurgés, maîtres de l'enceinte, s'établissaient solidement dans les forts du sud.
Ces derniers, toujours audacieux, méditaient une entreprise dont le projet se laissa facilement pénétrer. On sut à Versailles que, fermement résolu à prendre l'offensive, le Comité central faisait d'importants préparatifs. 11 désarmait les gardes nationaux soupçonnés d'attachement
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à la cause de Tordre, réorganisait les francs-tireurs, créait 25 bataillons de guerre, 20 batteries de canons de 7, se chargeant par la culasse, et 15 batteries de mitrailleuses. Il réquisitionnait les chevaux, pillait les magasins d'habillement de la guerre, s'emparait des ateliers Godillot et faisait des commandes considérables de poudre, de pétrole, de fulmi-coton, de nitro-glycérine. Le 30 mars, les armements de la Commune furent terminés et ses opérations commencèrent : elle mit en marche 70,000 gardes nationaux, pourvus de huit jours de vivres et convenablement surexcités. Le lendemain 31, le mouvement de ces troupes se dessina, et, pendant la journée du 1 er avril, diverses concentrations se manifestèrent au nord-ouest et .au sud de Paris. Après s'être assuré qu'il n'y avait rien de sérieux dans une démonstration opérée par les insurgés vers Ghâtillon, le général Vinoy résolut de porter tous ses efforts sur la presqu'île de Gennevilliers. On y signalait en effet la présence de bon nombre de bandes, qui, après avoir pris et barricadé le pont de Neuilly, s'étaient répandues dans Courbevoie etPuteaux, et poussaient jusqu'à Nanterre et à Rueil.
Notre corps expéditionnaire était formé de deux brigades d'infanterie : l'une, brigade Daudel, de la division Faron; l'autre, brigade de Bernard de Seigneurens, de la division Bruat. Éclairé sur sa gauche par la brigade de cavalerie de Galiffet, de la division du Barail, sur sa droite, par deux escadrons de la garde républicaine, il se mit en marche le 2 avril, dimanche des Rameaux, à six
heures du matin. Une colonne s'avança par Rueil et Nanterre; l'autre, par Vaucresson etMontretout, et la jonction des deux détachements s'opéra sans encombre au rond- * point des Bergères. C'est de là que nos soldats partirent pour enlever les positions barricadées de Courbevoie, défendues par quatre bataillons d'insurgés. En tête de colonne marchaient les gendarmes, soldats héroïques dont on ne parle jamais assez, non plus que des sapeurs du génie. aussi modestes qu'eux. Ils firent ce jour-là, comme toujours, l'admiration de l'armée , et l'on peut dire qu'ils ont sauvé la France!... Leur fermeté d'âme et l'exemple qu'ils donnèrent d'une solidité à toute épreuve surent entraîner nos troupes, dont l'hésitation disparut Aussi la caserne fut-elle bientôt prise par les régiments de la marine, et la grande barricade céda-t-elle aux efforts du 413 e d'infanterie. Le pont de Neuilly ne tarda pas à être dégagé, et, ayant ainsi balayé les approches de Gourbevoie, le général Vinoy fit cesser le feu. A quatre heures de l'après-midi, les troupes qui venaient d'être engagées rentraient dans leurs cantonnements, et nos adversaires pouvaient compter leurs pertes. Cédant toujours à de mauvais instincts, ils osèrent se venger de ce premier échec en mettant trèslâchement à mort un homme qui s'avançait vers eux, seul et sans armes, et que son uniforme de chirurgien devait mettre à l'abri de toute violence . Des gens de • êœw eussent respecté le docteur Pasquier, dont l'armée porte aujourd'hui le deuil.
La vue du sang répandu dans ces combats du dimanche
troubla singulièrement les yeux des chefs de la Commune de Paris, et les enflamma d'une nouvelle et furieuse audace. Réunis à l'Hôtel de ville, en conseil de guerre, ils décidèrent que, dès le lendemain, 3 avril, l'attaque de Versailles serait brusquée. On assure que le plan île campagne, conçu par Cluseret, comprenait l'exéculioii simultanée de trois mouvements, respectivement dirigés par les généraux d'aventure, Bergère t, Duval et Tuiles; qu'une diversion devait être opérée sur le Mont- V.ilèiien, pendanl que, d'une part, une colonne filerait par le Has-Meudon, Chaville et Yiroflay; et que, de l'autre, un corps important, sorti de Paris par la porte de Châlilli'ii, se dirigerait vers l'objectif, Versailles, par le l'iessi.s Picquel, Vîllaeoublay et Vélizy. Ce que l'on sait, ■ Ht IJUC, le II avril, dès le point du jour, les insurgés se uni en forces au nord-ouest, à Courbevoie, Nanti Itueil; qu'ils se massaient, au sud, entre Meufeft, U ndoutfl de Chàtillon et le Petit-Bicètre.
:.- du nord-ouest, les bandes s'avancèrent réso-
ftttwut, «' répandirent par la presqu'île et bordèrent la
v-. ,' .lvi'iti> Hennis jusqu'à Chatou, Croîssy et Bougival.
Wlw **H«*Hl pleines d'entrain et ne savaient point dissi-
'. i -poir qui leur gonflait la poitrine. Les
y**» A" khOHMQHtlfl, qui, depuis trois jours , ne ces-
mmw* Jk "(ViH-vtfr le cri : « A Versailles! à Versailles/ n
. i jmnrirmmrnt pmmi- que îe commandant
ulUit s'empresser de leur ouvrir ses
nlhoutYiit s'avançaient, orgueilleux et
confiants. Leurs chefs militaires, revêtus de costumes de théâtre, et la ceinture bourrée de revolvers, les électrisaîent encore en brandissant de grands sabres.
Cette allégresse guerrière devait bientôt modérer ses transports, car les bouches à l'eu du Mont-Val crien ne tardèrent pas à prendre part à la fête. Quelques projectiles bien lancés dispersèrent les premiers groupes de gardes nationaux; la masse de leurs bataillons fut ébranlée par l'arrivée en ligne des brigades Garnier, Dumoul et Daudel; enfin, vivement canonnés par nos deux batteries de 12, de réserve, il leur fut impossible de tenir. Ils s'enfuirent, abandonnant leur artillerie, leurs barricades de Rueil , de Nanterre , de Courbevoie ; et le désordre des rangs fut à son comble quand ils virent leur ligne de retraite sérieusement menacée par la division de cavalerie du Preuil. Dès lors, ce fut une déroute générale; le vide se fit dans la plaine, couverte de morts, et l'on y ramassa nombre de prisonniers.
Ici se place un épisode qu'il est utile de ne point passer sous silence. Vers huit heures du matin, les insurgés qui occupaient la gare de Rueil se dirigèrent sur Chatou; mais, le pont ayant été coupé , leur mouvement dut nécessairement s'interrompre. Quelques hommes seulement passèrent la Seine en bateau, annonçant que le reste de la troupe allait suivre.... On ne sut pas au juste le but qu'ils poursuivaient, car, surpris par les escadrons de chasseurs qui descendaient de Saint-Germain, ils furent sur-le-champ passés par les armes; mesure se-
vère, qu'explique d'ailleurs suffisamment cette proclamation du général de Galiffet, publiée quelques heures après dans le village de Ghatou :
« La guerre a été déclarée par les bandes de Paris.
«Hier, avant-hier, aujourd'hui, elles m'ont assassiné mes soldats.
« C'est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins. J'ai dû faire un exemple ce matin ; qu'il soit salutaire ; je désire ne pas en être réduit de nouveau à une pareille extrémité.
« N'oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit, par conséquent , sont à Versailles et à l'Assemblée nationale, et non pas avec la grotesque assemblée de Paris» qui s'intitule Commune.
« Le général commandant la brigade,
« Galiffet.
« 3 avril 1871. »
Pendant que ces choses se passaient, le reste des gardes nationaux attendaient sur la rive opposée, ne sachant trop que faire, quand ils furent subitement chargés par la gendarmerie à cheval. Une dispersion s'ensuivit. L'un des chefs du mouvement, le célèbre Flourens, s'étant réfugié dans une maison, avec son aide de camp Cypriani, y fut poursuivi par un gendarme. Traqué dans son réduit,
Flourens n'hésita pas à faire usage de son revolver ; mais le capitaine de gendarmerie Desmarest, accourant au secours du soldat mis en joue, 'pourfendit net, d'un coup de sabre, le coupable défenseur des droits du peuple. Déplorable fin d'un homme jeune encore dont la vie ayait été d'abord celle d'un bénédictin; fils d'un savant, qui fût devenu savant lui-même, s'il ne. s'était laissé prendre aux adulations des faiseurs de république universelle ! Triste exemple de la sincérité exploitée, dévoyée, et, finalement, corrompue par des entrepreneurs de révolutions cosmopolites !
Le même jour, 3 avril, et dès l'aube, une autre attaque s'était entamée vers Sèvres , Meudon et le Petit-Bicêtre. Les insurgés occupaient les hauteurs de Meudon, la grande avenue qui, du château , descend à Bellevue, et bon nombre de maisons du village. Ils engagèrent l'action vers six heures du matin, mais ils avaient affaire à forte partie : leurs bataillons se heurtèrent, à Meudon, aux troupes de la brigade de la Mariouse, à la gendarmerie à pied et aux gardiens de la paix ; au Petit-Bicêtre, ils rencontrèrent la brigade Derroja, de la division de réserve, et les deux régiments de fusiliers marins, de la division Bruat. Partout, le choc fut terrible pour eux : le Petit-Bicêtre, ne tarda pas à leur être enlevé et les gendarmes parvinrent à les déloger de Meudon. Ces bandes sans discipline, incapables de tenir la campagne, lâchèrent pied de toutes parts, et trois pièces d'artillerie, en batterie sur la plate-forme du château de Meudon , ne
tardèrent pas à en achever la déroute. Les fuyards replièrent en désordre sur la redoute de Châtillon, Iaissan entre nos mains des bouches à feu, des caissons, de fusils, des prisonniers, parmi lesquels bon nombre repris de justice et de condamnés militaires. Ceux-ci m rent immédiatement passés par les armes, ainsi que toi les déserteurs.
L'attaque de Versailles venait d'avorter. Toutefois, et pour parer à tout danger de mouvement tournant par Meudon et Sainl-Cyr, les grilles du parc furent fermées; les postes de surveillance , doublés; et les bois, semés d'éclaireurs.
Cependant les insurgés étaient restés maîtres de la redoute de Châtillon, et il importait de la leur enlever au plus tôt. Le lendemain, 4 avril, dès cinq heures du matin, la brigade Derroja était, avec la division Pelle, ; pied de cet ouvrage, et deux batteries de 12 cherchais à en éteindre le feu. Nos braves soldats ne laissèrent pj a l'artillerie le temps d'achever son œuvre; ils gravïre: au pas de course les pentes du plateau, et chargèrent l'arme blanche les défenseurs de la redoute, atterrés d'u élan dont ils n'avaient pas soupçonné la puissance. . huit heures, tout était fini; le drapeau de la France flot tait â Châtillon.
Cette troisième journée était décisive en ce qu'elle réduisait à néant tous les projets de coup de main sur Versailles. L'entreprise de la Commune venait d'échouen sérablement, et les gardes nationaux ne devaient plu
on le pensait, èlru tentés de prendre parla de semblables équipées. Non-seulement, en effet, nos troupes n'avaient pas frate misé avec eux, comme on le leur avait promis, ni levé ta crosse en l'air à leur approche; mais ces troupes, pleines d'ardeur, les avaient menés battant, le sabre-buïunuelle aux reins. La partie était donc bien perdue pour les Parisiens insurgés.
Délivi'''!' de ses appréhensions, l'Assemblée nationale s'empressa d'applaudir à cet heureux résultat, et vota séance tenante (1 avril), et à l'unanimité, « des remercî- <i mente aux troupes de terre et de mer pour leur cou- (i rage , leur bon esprit et leur patriotisme. »
Les journées des 3 et 4 avril nous avaient malheureusement coûté une centaine de blessés, parmi lesquels le général Pelle, atteint d'un éclat d'obus à la cuisse. Dans ce nombre liguraient aussi une trentaine de gendarmes , soldats d'une solidité antique, et qui peuvent être fiers de l'uniforme qu'ils portent. Les insurgés veulent bien confondre tous les soldats de l'armée sous cette dénomination degendarws, dont ils veulent faire une flétrissure. Ils font à nos soldats grand honneur : ils les reconnaissent dignes de combattre à côté des représentants de cette vieille gendarmerie française qui nous a'\alu tant de victoires.
Pour eux , agents intéressés d'une insurrection détestable, et qui n'ont aucun litre au nom de belligérants, il serait difficile de leur reconnaître grande vertu guerrière. Audacieuses derrière un abri, leurs bandes ne tiennent
pas à découvert, et la mise en marche en rase campagne est toujours suivie d'un prompt désarroi des bataillons. La vaine tentative d'attaque de nos positions de Versailles leur causa des perles très-sensibles ; nos troupes firent en outre plus de 1,500 prisonniers, et l'on put voir de près le type des misérables qui, pour assouvir leurs passions de bêtes fauves , mettaient, de gaieté de cœur, le pays à deux doigts de sa perte. — <c Jamais la basse démagogie n'avait offert aux regards affligés des honnêtes gens des visages plus ignobles. » La plupart étaient âgés de 40 à 60 ans, mais il y avait des vieillards et des enfants dans ces longues files de hideux personnages; on y voyait aussi quelques femmes. Le peloton de cavalerie qui les escortait avait grand'peine à les soustraire aux mains d'une foule exaspérée ; on parvint cependant à les conduire sains et saufs jusqu'aux Grandes-Écuries. Là, les interrogatoires commencèrent par-devant le commandant Thenet, grand-prévôt de l'armée, et, fautil le dire? la tenue des prisonniers fut pitoyable; leurs réponses portèrent l'empreinte d'un cachet de franche lâcheté. Parmi les prisonniers faits dans la journée du 4 figurait un certain Henry, acteur du théâtre Montparnasse et qui, s'improvisant chef de légion, avait eu l'idée originale de prendre pour chef d'état-major le marchand de sucre d'orge de son théâtre. Ce jeune homme aux grands cheveux noirs , à l'œil intelligent, n'eut pas , devant le grand-prévôt, une plus noble attitude que celle de ses compagnons d'infortune.
Quant au nommé Duval, cet autre général de rencontre , il avait été, dès le matin, fusillé au Petit-Bicêtre avec deux officiers d'état-major de la Commune. Tous trois avaient subi en fanfarons le sort que la loi réserve à tous chefs d'insurgés pris les armes à la main.
Il n'est drame si lugubre qui n'ait ses incidents comiques, et la démagogie française a l'habitude de semer de gais intermède? les tragiques re pré se nia Lions qu'elle nous donne. Une de ses meilleures plaisanteries consiste à faire hurler les adeptes qu'elle mène au combat. Au premier coup de fusil tiré par l'adversaire, ces soldats nouveau modèle n'ont qu'un cri : — « On mitraille le peuple! On égorge nos frères.' » Tls ont bien, eus, entamé la lutte, mais qu'est-ce que cela? Lnjieitple a seul , sans doute , le droit de faire usage de ses armes.
C'est ainsi que, le jour de son coup de main sur Versailles, la Commune, surprise en flagrant délit d'offensive, et furieuse de nous trouver en état de défense, écrivait avec une placidité naïve :
« La réaction monarchique est sans pitié. Hier, elle > attaquait Neuilly; aujourd'hui, Vanvcs et Châtillon.
Il était permis de sourire , mais non d'oublier les dangers d'une situation encore grosse d'orages. Les insurgés venaient, il est vrai, d'être battus à plate couture ; mais ils faisaient encore montre d'une ténacité toute prussienne. On les vit , dans la nuit du 4 au 5 avril , tenter de jeter un pont de bateaux sur la Seine , à la hauteur de Sèvres. En même temps, leur artillerie faisait rage; et, toute la journée du 5, les forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge ne cessèrent de tirer sur Châtillon , Meudon et le Moulin-de- Pierre.
La lutte devait donc bientôt reprendre, et l'on pressentait une nouvelle phase d'opérations militaires. Pour en assurer le succès, le chef du pouvoir exécutif prit, dès le 6 avril, un arrêté qui répartissait en armée de réserve et en armée active l'ensemble des troupes réunies à Versailles pour le rétablissement de l'ordre en France ; et, afin de donner à nos armes le plus grand prestige , il en confiait le commandement en chef au maréchal de Mac-Mahon, à peine guéri de ses blessures.
Tout le monde sait les mérites du duc de Magenta, plus que jamais illustre depuis la fatale journée de Frœschwiller. Tout cœur français reflète un rayon de cette gloire; mais il convient que la gratitude publique puisse s'arrêter aussi , en toute connaissance de cause, sur les autres défenseurs de notre ordre social. Suivant ce principe , nous donnerons la composition des armées de Versailles placées sous les ordres du maréchal; l'intérêt patriotique qui doit s'attacher à cette page de notre
récit fera facilement oublier l'aridité de la nomenclature.
L'armée active (général Bore! , chef d'état-major néral Princeleau, commandant l'artillerie; général le Bretlevilloîs, commandant le génie) se composait de trois corps, deux d'infanterie, un de cavalerie, respectivement commandés par les généraux île Ladmirault, de Cissey, du Barail.
Le 1 er corps {général Saget, chef d'élal-major; général Laffaille, commandant l'artillerie; général Dubost, commandant le génie) était formé des trois divisions Grenier, île Laveaucoupet et Monlaudon. •— La 1" (Grenier) comprenait la brigade Abbatueei (régiment de Bitche, 18 e et 81 e de marche) et la brigade Pradier( 10 e bataillon de marche de chasseurs à pied , 31" et 72° de marche). L'artillerie ( commandant Lefèvre ) y était représentée par la 27= batterie du 7 e régiment, et la 20' du 10 e , toutes deux du calibre de4; et le génie (commandant Perron), par la V compagnie (bû) du 1" régiment, avec parc. — La 2" division (de Laveaucoupet) était composée de la brigade Wolff ( 23" bataillon de marche de chasseurs , 07", *;S" et 69 e de marche); et de la brigade Hanrion (2 e bataillon de marche de chasseurs , 43" de marche et 133 s d'infanterie). L'artillerie (commandant Vidal) y comptait aussi deux batteries de 4 : la 23 e du 13 e régiment, et la 18' du 10". Le service du génie (commandant Loyre) était fait par la 2' compagnie [bis) du 1" régiment, avec parc. — La 3' division (Montaudon) mettait en ligne la brigade Dumont (30* bataillon de marche de chasseurs , 39 e d'in-
fanterie et régiment étranger ) et la brigade Lefèvre (31 e et 36 e de marche). Elle avait pour artillerie, les 20 e et 27 e batteries du 8 e régiment ( commandant Pioct), toutes deux du calibre de 4; pour génie (commandant Becker), la 16 e compagnie du 3 e régiment, avec parc.
Outre ces trois divisions d'infanterie, le 1 er corps avait, pour s'éclairer, la brigade de cavalerie de Galiffet (9 e et 12 e chasseurs), à laquelle était attachée une batterie de 4, à cheval, la 26 e du 2 e régiment, capitaine Devrey, sous les ordres du commandant Vidal. Enfin , sa réserve particulière comprenait : le régiment de gendarmerie à pied (colonel Gremelin), non embrigadé; deux batteries de 12, deux batteries à balles et une compagnie du génie.
Le 2 e corps (général de Place, chef d'état-major ; général de Berckheim, commandant l'artillerie; général Séré de Rivière, commandant le génie) comportait, comme le premier, trois divisions, commandées par les généraux Levassor-Sorval, Susbielle et Lacretelle. — La l re (Levassor) était formée de la brigade Besson (4 e bataillon de marche de chasseurs, 82 e et 85 e de marche) et de la brigade Daudel( 1 13 e et 11 4 e d'infanterie). Son artillerie, sous les ordres du commandant Lefrançois, comptait deux batteries de 4, les2® (ter) et 3 e (bis) du 15* régiment Elle avait pour troupes du génie ( commandant Pleuvier) la 18 e compagnie du 1 er régiment, avec parc. — La 2 e division j( Susbielle ) comprenait la brigade Bocher ( 18 e bataillon de marche de chasseurs , 46 e et 89° de marche ) et la brigade Paturel ( 17 e bataillon de marche de chasseurs,
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38° et 76° lie marche). A ces troupes s'adjoignaient la 24 r batlerie du 6' d'artillerie, et la 27" du 12 e (commandant Jaubert), toutes deux du calibre de 4. Le génie (commandant Miction) était représenté par la 8 e compagnie (bis) du 2 n régiment , avec parc. — La 3* division (Lacretelle) réunissait la brigade Nofil (19" bataillon de marche de chasseurs, 39" et 41 e de marehe) et la brigade Péchot {70 r et 71" de marche), avec deux batteries d'artillerie du calibre de \ (commandant Desruol) : la 21 e du il" régiment et la 12 e du 22*. Le S" compagnie (bcs) du l rr régiment du génie, avec parc, sous les ordres du commandant Faugeron, complétait la division Lacrelelle.
Le 2 e corps avait aussi pour s'éclairer un peu de cavalerie, le G' lanciers. Sa réserve était de deux batteries d'artillerie de 12, de deux batteries à balles et d'une compagnie du génie.
Le 3 e corps (colonel Balland, chef d'état-major) se composait de trois divisions de cavalerie, commandées par les généraux Halna du Pretay, du Preuil et Ressayre. — La J" division (Haina du Fretay) était formée de la brigade Charlemagne (3 e et 8' hussards) et de la brigade de Lajaille (7 e et II' chasseurs). — La 2" {du Preuil) réunissait 1a brigade Cousin (4° dragons et 3 e cuirassiers) et la brigade Dargentolle (1" et 2 e régiments de gendarmerie à cheval). — La 3" division (Ressayre) comportait la brigade de Bernis (9 e lanciers et 7* dragons) et la brigade Bachelier (4" et 8' cuirassiers).
Le 3' corps avait, en outre, une batterie d'artillerie
h cheval, du calibre de 4, attachée à chacune de ses divisions. Celaient : pour la division du Fretay, la 22' batterie du 18' régiment (capilaine Gouzy); pour la division duPreuil, la 24' du 10° (capilaine Raffon de Val); enûn, pour la division Rcssayre, la 25' batterie du 19 e (capilaine Lepage). Ces trois batteries étaient, pour l'ensemble des mouvemenls, sous les ordres du chef d'escadron Pinel de Grandchamp.
Telle était l'organisa! ion des trois corps composant l'armée active. Le maréchal de Mac-Mahon pouvait d'ailleurs, s'il le jugeait à propos, étendre son commandement sur l'armée dite de réserve, qui demeurait sous les ordres directs du général Vinoy.
Celte armée de réserve (général de Valdan , chef d'étatmajor; général René, commandant ['artillerie; général DupouBt, commandant le génie) était formée des divisions Faron , Bruat et Vergé. — La I™ (Faron) comprenait la brigade de la Mariouse (35 r et 42' d'infanlerie), la brigade Derroja(109' et 110 e d'infanterie) et la brigade Berthe (22 e bataillon de marche de chasseurs, 64 r et 63 e d'infanterie). A cet effectif élaient attachées trois batteries du calibre de 4 (commandant Rocquenet) : la 19' du 11* régiment d'artillerie, la 16' du 6°, et la 22" du 8 6 . Une compagnie du génie, Ial8°(4«)du2'régimenl, avec parc, sous les ordres du commandant de Bussy, complétait les forces de cette division. — La 2' division n'avait que deux brigades : la première {«le Bernard de Seigneurens) réunissait le 74" de marche, le 1" régiment d'infanterie
de marine et le 2' de marins fusiliers; la seconde (de Langourian ), le 75 e de marche , le 2" d'infanterie de marine et le 1" de marins fusiliers. La 27* batterie du 6* d'artillerie et la 21 e da !B*, toutes deux du calibre de 4, et sous les ordres du mmmandant Rabatel, formaient l'artillerie de la division Uruat. Elle avait pour troupes du génie la 3' compagnie {lus) du l* r régiment, avec parc (commandant Sainte-Beuve). — La 3" division (Vergé) était également répartie en deux brigades : l'une (Duplessis) formée du 2G' bataillon de marche de chas seurs, des 37" et 79 e de marche; l'autre (Archinard), de 90 e et 91* de marche. Ces troupes étaient soutenues par deux batteries de 4, la 16° et la 18 e du 11 e régiment, sous les ordres du commandant Louis, et le service du génie (commandant Guéryjy était fait parla 1" compagnie {bis) du 3 e régiment, avec parc.
L'armée du général Vinoy avait, en outre, pour réserve, la garde républicaine a pied et â cheval, non embrigadée, deux batteries de 12, deux batteries à balles et une compagnie du génie.
Telle était la composition de cette armée de réserve, que le général en chef avait à ses ordres chaque fois qu'il jugeait à propos de faire concourir les deux armées à une commune opération. On verra , dans la suite de ce récit , que l'armée active s'accrut, vers la fin d'avril, d'un f et d'un o* corps, respectivement placés sous le commandement des généraux Douay et Clinchant. Les forces destinées à la répression de l'insurrection de Paris se
trouvèrent donc, de fait, divisées en six corps distincts, dont un de réserve , et cet ensemble eut lui-même pour réserve générale : 2 batteries à balles, 4 batteries de 7, 4 batteries de 12, et six compagnies du génie.
C'est avec ces moyens puissants que le maréchal de Mac-Mahon fut appelé à poursuivre le cours des opérations militaires . Le 6 avril , le jour même où paraissait l'arrêté du pouvoir exécutif portant organisation des deux armées, l'action reprenait dans la presqu'île de Gennevilliers, à gauche du rond-point des Bergères. Soutenu par la brigade de Galiffet et le canon du Mont-Valérien, le régiment de gendarmerie à pied délogea sans peine quelques centaines d'insurgés qui gardaient Gourbevoie; occupa la caserne et, poussant vigoureusement en avant, dégagea complètement le pont de Neuilly, dont les barricades furent, l'une après l'autre, emportées. Repoussés de toutes parts, avec des pertes considérables, les gardes nationaux se replièrent en désordre dans l'ouvrage élevé en avant de la porte Maillot.
Nous étions maîtres du pont, mais non de Neuilly même, et nous avions à nous y établir solidement, afin de disposer librement du passage de la Seine, dont on pensait avoir à faire ultérieurement usage. Une opération fut ordonnée à cet effet, et, dans la matinée du 7 avril, la division Montaudon et la brigade de Galiffet, du 1 er corps de Tannée active, étaient réunies à la brigade Besson, de la i n division du 2 e corps, en avant du pont de Neuilly, que les insurgés avaient fortement barricadé. Une vive fusil-
lade partait de cette barricade et des maisons collatérales. Nos troupes y répondaient , mais ne pouvaient avancer sans s'exposer à de grands périls. Pour avoir raison de cette résistance, le général Montaudon donna, vers midi, Tordre de cesser le feu, forma ses troupes en deux colonnes, qui prirent position à droite et à gauche du pont; et disposa son artillerie de manière à prendre d'écharpe les défenses des communeux. Vers deux heures et demie, huit pièces de 7 tiraient sur la porte Maillot; quatre pièces de 12, sur la barricade; et le Mont-Valérien secondait l'action de ces douze bouches à feu. Après une heure de canonnade bien nourrie, l'avenue de Neuilly n'était plus tenable, et la barricade du pont paraissait fortement ébréchée.
Pendant ce temps, la compagnie du génie s'était bravement jetée dans les maisons d'angle et, partant de là, avait cheminé à travers les maisons qui, à droite et à gauche, bordent la grande avenue ; ouvrant des murs, perçant des créneaux, préparant une occupation sérieuse des quartiers de Neuilly qui touchent à la Seine. Cette opération, dirigée par le commandant Becker, était terminée à trois heures et demie. Aussitôt, le général Montaudon lança ses colonnes en avant, sur le pont. La barricade fut enlevée en un clin d'œil, les maisons collatérales furent occupées, nos travaux de tête de pont commencèrent et, à quatre heures et demie, nous étions absolument maîtres de la position.
Ce brillant succès était, d'ailleurs, assez chèrement
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acheté. On avait pris quatre canons aux insurgés, on les avait repoussés jusqu'à l'enceinte en leur tuant beaucoup de monde ; mais, de notre côté, nous avions à déplorer la mort des généraux Besson et Péchot. Le général Montaudon lui-môme avait été blessé. Vers cinq heures du soir, le ministre de l'intérieur faisait part de ces nouvelles à la Chambre, et ajoutait : «C'est un succès, messieurs... « l'Assemblée rendra hommage au courage de l'armée... « elle sera profondément reconnaissante envers ceux qui « donnent leur vie pour le pays. »
Cette action de vigueur, suivie de l'armement de notre tête de pont de Neuilly, calma quelque peu l'ardeur belliqueuse des insurgés, toujours contenue, d'ailleurs, par les pièces de gros calibre du.Mont-Valérien. Cependant, dans l'après-midi du 9 avril, vers cinq heures et demie du soir, quelques groupes apparurent dans la direction d'Asnières : la cavalerie chargée d'éclairer notre tlanc gauche les culbuta promptement, et grande fut la déroule des communeux.
Les jours suivants ne furent signalé» par aucun engagement sérieux et se passèrent en combats d'artillerie. D'une part, la porte Maillot échangea des obus avec nos batteries de Neuilly; de l'autre, les forts du sud tirèrent avec fureur contre nos positions de Châtillon, de la Touraux-Anglais, du Moulin-de-Pierre, ou, pour mieux dire, ils tirèrent à peu près dans le vide, car les pointeurs de la Commune, tout endiablés qu'ils fussent, en étaient encore à l'enfance de l'art. Ces audacieux, ne sachant met-
tre en doute la puissance d'aucun moyen, organisèrent, au Trocadéro, des batteries destinées à contrebattre le Mont-Valérien, si gênant pour la porte Maillot, pour l'avenue de la Grande-Armée et le rond-point de l'Étoile.
La Commune y enterra, dit-on, des pièces de 24, dont elle força les charges, mais sans jamais obtenir une portée suffisante. Ses projectiles n'atteignirent que Puteaux et Suresnes, et les coups les plus longs ne touchèrent que le pied des glacis du fort.
Les journées du 12 et du 13 avril furent à peu près insignifiantes au point de vue des opérations militaires. On eut cependant à repousser quelques petites sorties, et notre cavalerie , se portant rapidement vers Juvisy et Choisy-le-Roi, coupa les dernières communications des insurgés avec Orléans.
La journée du 14 fut employée à contrebattre la batteterie des défenseurs d'Asnières. D'autre part , le général Wolff, gêné par le feu de plusieurs maisons dominant notre tête de pont de Neuilly, se jeta résolument dans la grande avenue, cerna ces maisons crénelées, passa par les armes tous les communeux qu'il y trouva, et les occupa, à son tour, très-solidement.
Le 15 et le 16, la canonnade reprit avec violence au nord-ouest et au sud de Paris , sans amener, plus que les jours précédents, de résultats appréciables ; mais la journée du lendemain, 17 avril, devait être féconde. C'est à cette date, en effet, que se rapporte la prise du château de Bécon.
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Situé sur le sommet d'un tertre qui domine la Seine, entre Gourbevoie et Asnières, le château de Bécon commande la route qui relie ces deux positions ; et les insurgés, bien inspirés, l'avaient mis en état de défense. Une première fois , dans la nuit du 12 au 13, on avait tenté d'enlever l'obstacle ; mais le bataillon d'infanterie et la compagnie du génie chargés de l'opération s'étaient heurtés à une forte barricade, qui en protégeait les abords. Accueillis par une vive fusillade partant des créneaux de tous les murs du château, nos soldats avaient dû rentrer à Courbevoie , avec leur chef de bataillon blessé. L'autorité militaire décida qu'il ne serait plus fait d'attaque de nuit, attendu que ces sortes de surprises n'ont chance de succès que lorsqu'on dispose de vieilles troupes, parfaitement aguerries. Les sapeurs du génie étaient solides, mais nos jeunes régiments de marche n'avaient pas encore le calme et la fermeté nécessaires. On s'arrêta donc à l'idée d'une attaque de vive force. L'exécution en fut confiée- au général Montaudon, qui, dès le matin du 17, ouvrit un feu très-vif sur la positiou ennemie. Après une heure de canonnade, labrigadeLefèvre(2 e dela 3 e division du 1 er corps) reçut l'ordre de se porter en avant. Mais le concours de deux régiments (31 e et 36 e de marche) était inutile. Le colonel Davoust, s'élançantà la tôte du 36 e , emporta le château, où le génie (16 e compagnie du 3 e régiment) s'empressa d'organiser des épaulements propres à recevoir une batterie. — « La position d'Asnières, ainsi con- « trebattue, ne pourra plus inquiéter notre tôte de pont
« de Neuilly, » dit le chef du pouvoir exécutif en rendant compte de ce brillant fait d'armes, et le public, tout en lisant la circulaire aux préfets, ne pouvait se défendrfe de songer à la singulière fortune de M. Tbiers. Il attaque , disait-on, ces fortifications de Paris qu'il a construites; il ordonne l'assaut de ce château de Bécon, où il passa tout un été (1835) consacré à de paisibles études!
La journée du 18 avril ne vit aucun mouvement important se produire du côté des forts du sud, mais il n'en fut pas de même dans la région nord-ouest de Paris. Pendant que les insurgés ouvraient le feu de leurs nouvelles batteries du Point-du-Jour, le régiment de gendarmerie à pied leur enlevait le village de Bois-Colombes. Ces gendarmes, serviteurs intrépides, dont on ne saurait trop faire valoir le mérite militaire, se portèrent au delà du village, s'emparèrent de celui de Gennevilliers, et balayèrent la plaine en faisant essuyer aux gardes nationaux de grandes pertes en morts et prisonniers. Une locomotive blindée, que manœuvrait l'artillerie communeuse, se trouva dans le plus grand péril par suite de l'enlèvement opportun de quelques rails de la voie. Tous les insurgés refluèrent sur la rive gauche de la Seine , ne conservant sur la rive opposée que l'unique position d'Asnières, laquelle allait encore leur être enlevée dès le lendemain.
Le 19 avril, en effet, à l'heure où les insurgés démasquaient deux pièces au viaduc d'Auteuil , et où leur batterie flottante du Point-du-Jour ouvrait également son feu contre Meudon, la division Montaudon abordait les bar-
ricades d'Asnières. Nos soldats s'emparèrent d'abord de la partie du village située au sud de l'embranchement des voies ferrées; ils traquèrent ensuite les gardes nationaux, de maison en maison, dans toute la partie nord. Ceux ci, sentant enfin que le pont, leur seule ligne de retraite, était sérieusement menacé, lâchèrent pied et se précipitèrent vers la rive. Des bandes entières fuyaient, effarées, avec un entrain qui rappelait celui des gardes nationaux de Belleville au combat de Neuilly-sur-Marne, et le passage de la Seine s'effectua dans le plus grand désordre.
Asnières emporté , toute la rive de la Seine était à nous; aussi la presqu'île de Gennevilliers fut-elle, comme l'île de la Grande-Jatte, promptement évacuée par les partisans qui l'occupaient. Refoulés dans la zone comprise entre la Seine et l'enceinte de la place, les insurgés ne tinrent plus, dès ce moment, qu'une portion de Neuilly et le village de Levallois.
Les résultats acquis depuis quinze jours étaient assez satisfaisants pour qu'on fût en droit de fonder grand espoir sur l'issue de la nouvelle série d'opérations qui allait s'ouvrir.